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éééé

Tu t'emmerdais, je suis passée. Je voulais combler. On s'est emmelés. Les névroses bien adaptées. Et puis, Je me suis emmerdée, je t'ai quitté.  Bon bon, bon. Il va falloir s'y soumettre, je crois que j'ai plus rien à écrire.  A dire, ça fait longtemps que je le sais. Tu savais que l'oklahoma est un mot du langage choctaw signifiant terre rouge ? Il y a une histoire dégueulasse de pétrole la-dessous. J'ai appris ça il y a peu. J'ai dit "ho, c'est vrai ?".  Ce qui me manque le plus, canicule oblige, c'est de ne plus conduire. Il y a toujours un moyen lorsque tu conduis, conduire moins vite, rouler à donf. Une illusion de contôle, un peu. Il y a ce moyen-ersatz de te soulever au dessus du poids de la vie, de te confondre avec le vent que tu brasses des roues, te dire que tu n'es pas attaché à ce monde, que tu migres vers le prochain. Mais bon, la liberté de rebelle genre yahou je vole, sans fumée sans alcool , dans un cocon automobile dépend quand même  de la station essence, et d'un garagiste arnaqueur, en bleu noir, et ça casse le délire, ta lucidité. Je m'emmerdais, la roue tournait, c'est là qu'on aurait pu avancer. Mais si tu savais comme ça m'ennuie les gens qui parlent de tracer des chemins, de poursuivre leur route, si tu savais comme je m'en fous de bien ou mal continuer. Je sais bien que c'est tendance cette façon de rien attendre et de jamais se faire surprendre, être blasée; mais avant que ce soit "in", j'étais déjà une lassée. J'aimerais bien m'émerveiller, espérer, être très fière de ce que j'ai "gagné". Mais j'y suis jamais arrivée. Ecoute, en même temps, je pourrais boire, hein. Pour oublier. Mais je le sais bien qu'on boit jamais que pour pouvoir se supporter, et qu'au final, c'est les autres qui peuvent plus vous blairer. A midi pile, le téléphone a sonné. Je ne sais pas qui tu es, je le saurai jamais, je décroche plus désormais. Rien ne s'affiche, t'es rien qu'un numéro masqué. Ca a le mérite d'une grande clarté.  Depuis que j'ai vu la photo,  j'ai envie de me noyer.

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Il faudrait du mépris sans doute, mais de quelle taille ? Il faudrait de la force mais je ne me rappelle plus la couleur que ça a. Il faudrait de l'assurance en cornet, de la neutralité en baril, quelques sourires plus aigus que des accents, pour montrer que je ne suis pas dupe, malgré tout.  Un truc subtil et enlevé, un mouvement d'épaules étudié, un truc de reine brisée mais digne.

Il y a cette tristesse qu'on nous vend, ce désespoir japonais, ce tragique bavard et glacé, volontairement sale mais qui se soucie encore de l'esthétique des sanglots, la bouche à quatre pattes et les mots dissidents. On ne sait plus dire qu'on est perdu sans décrire la laideur des autres, on se sait plus ouvrir son coeur sans se montrer la violence de la taillade, l'aorte, les vaisseaux, et les caillots...

Il me faudrait être quelqu'un d'autre, ou bien le pouvoir de corriger après coup chacune de mes félures, un photoshop du langage à contre-temps, des grands coups de ciseaux dans le flux ridicule, des gros coups de pinceaux sur tous les plis d'amertume et de rancune mal digérée. Alors, je pourrais te parler, mais je crois que je n'aurais rien à te dire.

De tout ça, il ne me reste que les dommages collatéraux, les rancunes, l'amertume, rien d'autre. Je n'ai rien à te dire de plus que mes regrets, ma douleur de narcisse, ma colère  de m'être plantée,  mon désir pathétique de changer sinon le décor mais bien tes limites. Le reste, c'est du vent tiédasse, un prétexte à me souvenir, c'est juste mon imagination. C'est un pet que j'ai pris pour une brise. Je n'aurais rien à te dire, rien à te prouver, et tu ne me reconnaîtrais pas.

19 août.

Je ne crois pas aux pressentiments, mais il y a longtemps que j'ai perdu foi en mes incroyances. Les « je n'y crois plus » sont encore des certitudes et il n'y a rien de plus trompeur.

R. Gary.

Draps, suaires de solitude, haha

J'étouffais et ce n'était pas seulement la chaleur, c'était pas elle du tout. J'étouffais, comme un foetus enfermé dans la mère, condamné à la satisfaire. J'étouffais et il y avait cette pilule, celle qui doit se mettre sous la langue pour agir plus vite, pour sombrer prestement dans l'oubli. Je m'endors toujours sans rien remarquer avec elle, elle m'éteint.  Le reste du temps, je m'endors en conscience, par paliers, de la pensée à l'association ou à l'anéantissement des paradigmes,  j'en arrive au rêve et j'aime mon repos, en bascule, en déséquilibre. Je n'ai pas peur de me voir partir.  Dès lors que je sens une respiration, une présence, désormais, dès lors qu'un autre partage ma couche, je ne dors plus. J'ouvre les fenêtres, je me lève, je me serre contre toi,  je te repousse, une terreur de rien, comme ça, une horreur que je ne comprends pas. J'ai touché sa hanche et la mort a souri. Un empêchement de vivre. Comme si il y avait une nécessité impérieuse de répondre à une demande, et tu ne demandes rien. Je m'agite, enfermée. J'ai peur de ça, j'ai peur de cette  solitude obligatoire dont je n'aurais pas même conscience. J'ai peur à nouveau de m'inventer des rôles que je confondrais avec mon identité. C'est pas tant que j'y tienne à ma singularité, à ma personne, et à mon désir de sujet désirant et bla. Pour tout dire, je m'en fous complètement. Mais force est de reconnaître que j'étouffe près de toi. Pire, que j'étouffe en ma propre présence, que j'étouffe partout, trop vite, malgré moi, enfermée, condamnée à vous satisfaire.


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/I won't rest until I don't care La La La La La La La La La/

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J'ai toujours besoin d'aboyer les évidences, la gueule ouverte pendant trop longtemps. C'est sûrement parce que j'ai du mal avec le réel, ça ne me touche jamais vraiment, la surface. J'ai longtemps cru que j'attendais rien, que j'étais pas humaine à force d'être blasée. "Aime-toi toi-même, pour aimer les autres", qu'il disent. Personnellement, je me hais assez et ça ne n'empêche pas d'être émerveillée par les autres. Le problème n'est pas de mériter mes cheveux,  ou de me sentir fière de mes insuffisances. Aime- moi. Le reste, je m'en charge.

J'écris pour me rendre des comptes.C'est souvent tragique, mes petites lettres sur fond blanc, mais il n'y a que là-dedans que je me sente à l'aise. Disons que c'est familier:  je reconnais. Tu sais, j'ai l'esprit lent en ce qui te concerne. Je flippe de ta réalité. J'ai la peur tellement bleue que ça me rend liquide, quand il s'agit de toi. Les gens ne comprennent pas: je fais forte, comme ça, finalement. Et puis j'explique tellement bien, c'est tellement logique, finalement. Tout se recoupe dès lors qu'on cisaille ferme dans la bande son.   Et puis à toujours rigoler de tout et à me foutre de ma gueule...même moi, j'ai fini par penser que c'était réglé.   C'est tant mieux. Si j'avais compris, avant, l'étendue du chaos, je serais peut être une bavante blindée de neuroleptiques, en train de sucer des barreaux, je serais peut-être recherchée par Interpol, va savoir,  en tous cas, je n'aurais sans doute jamais eu d'enfant.

Alors voilà, je me retrouve à avaler pour la énième fois qu'il n'y a pas d'issue, et je te jure que j'en ai mal à la gorge.  Je suis là à me seriner qu'on ne négocie rien avec la folie, qu'il n'y a pas de dialogue possible, que je suis juste un élément projeté dans la construction délirante, mais j'ai mal chaque fois pareil quand tu m'éclates contre le mur.  Ce n'est pas simple d'oublier la langue maternelle, tu pourras décortiquer les signifiants pendant mille ans, à soixante euros la séance; tu pourras te faire masser l'occiput dans un ashram bouddhiste; tu pourras écrire douze poèmes et quatre pamphlets, et dans la foulée, un blog de rock star, pour la frime, tu pourras adopter la posture du recul salutaire, et mettre des  rangers par dessus, tu te demanderas toujours, dedans,  petite voix flûtée, joues rondes au grain de brugnon, qu'est-ce que t'as fait de mal pour qu'elle soit aussi en colère ?

J'ai  beau avoir le devis chiffré, les preuves tangibles, les armes du crime, les témoignages concordants, et la main sur l'épaule de l'agent de police, c'est pas demain la veille que je ferai mon Oreste. Je me sens coupable encore. Encore. Jusqu'à la dépersonnalisation. C'est banal, c'est attendu,  mais je voudrais juste un mot d'excuse, un je regrette , un petit  j'ai pas fait exprès.  Juste un petit aveu de l'assassin.   Oui, c'est bien moi qui parle, celle qui bassine tout le monde avec l'amour qui n'a pas besoin d'excuse, ni d'absolution.  Mais toi, c'est pas pareil. Tu es avant toute chose, tu es le Verbe et la source, et moi, je n'y peux rien:  je voudrais pouvoir accepter ton pardon. J'ai l'impression que ça mettrait comme un bémol à mes jappements lamentables, un peu de laine de verre entre ma peau et le reste;  j'en ai marre d'avoir froid, même quand on m'embrasse.  Je voudrais que quelqu'un me défende, que tu te comprennes enfin.

Tu vois, tu ouvrirais les bras, je foncerais dans la béance, je te rentrerais dedans.  Et quand je repartirais, j'aurais de ton sang sur ma tête, et des lambeaux de ta délivrance sur mes yeux fermés: on jouerait que je serais née.

Testis

C' était l 'heure grise où l 'on est censé faire le bilan, le solde de tout compte, comme si on allait décider quelque chose. Le problème avec les questions, c'est qu'elles amènent forcèment des réponses.  Sans cesser d' observer les passants qui déambulaient en grignotant des fèves trempées d' huile d 'olive, il considéra la chose d 'un oeil vide:  Il n y avait rien à dire, alors se il parla de tout et de rien, des fragments de pensée, des filaments de syntaxe, des scenari attendus - un mouchoir dans le poing, des poings dans les murs, des cris, le silence etc etc-  à moins que ce ne soit qu' une formule. Il y a une grande différence entre le tragique et le désespéré.  Le premier décortique tout et sodomise les mouches. Il se trouve très beau, malheureux. Parfois, il publie un livre. Le plus souvent, il écrit des notes pleines de rage et de métaphores enlevées, sur l'internet, avec une ponctuation impeccable.  Le second repeint les marches de son escalier qui allait très bien, merci, mais bon. Il écrit des trucs qu'il ne montre jamais à personne, car il a oublié où c'est, ou bien, il se gratte le sourcil.
Il se souvint du jour où...la gueuse, la maudite. Il savait désormais qu' il la haïssait, comme on est sur de l 'amour dans  l'oeil de son chien quand on lui tend un biscuit un dimanche matin pluvieux de merde. Il se demanda cinq minutes si le chemin serait encore très long pour arriver simplement à la détester. Se distancier, Prendre du champ. Il y avait cette thanatopracteuse aux cheveux courts et à la voix cassée, qui lui disait parfois au téléphone, simplement :"Je te rappelle. Là, j'embaume." Et elle rappelait tranquillement, habituée à la mort, baguenaudant parmi les cadavres, parlant de ses escaliers, se grattant le sourcil, une vraie désespérée. Une ré-humaniste. Il l'aimait bien, et elle l'impressionnait un peu. Mais il était devenu incapable de manifester la moindre affection à quiconque. A moins qu'il n'ait jamais su.

Faire la mort

Voilà  et c' est pas comme on nous a dit, étant donné que je me regarde, étendue par terre et que la seule idée dont mon cerveau décédé soit capable, c' est que c' est très con de mourir sur le dos. On voit mon ventre, j'ai les bras le long du corps,  et ma bouche est ouverte; c'est un peu ridicule. Je sais qu'on trouvera un moyen de me la fermer, j'ai vu faire ces manoeuvres brutales par deux fois sur d'autres morts. C'est terrible, pour les vivants. On dirait que je suis au garde à vous, une morte timide et stupide, une morte obéissante,  et je ne m' aime pas du tout en cadavre. Pas du tout.


J'aurais aimé une mort un peu plus théâtrale, à tout prendre,  sur le ventre, si possible, un bras levé, une jambe pliée, une flaque écarlate sous moi, un truc à dessiner à la craie, les contours de mon macchabée, avec l'équipe de criminal minds qui profile le serial killer en observant la plante de mes pieds. J'aurais préféré, je crois.


On nous a menti, on ne sent aucune libération, toujours autant d ' entraves et de parasites pensées, de celles qui nous ont gâché la vie, et qui continuent de nous gâcher la mort. Toujours autant de narcissisme, finalement. Une inquiétude préhistorique me serre les entrailles, disons que c'est comme flouté, le souvenir de l'inquiétude, à l' idée de mon fils resté orphelin, qui va pleurer et tout ça, qui va me haïr et me sublimer à la fois, et ça finira chez un psychanalyste, à se demander pourquoi il n'entretient pas de relations suivies, et il se dira que c'est parce qu'il a peur de perdre et préfère s'en aller avant, pour pas trop morfler, et ses copines ont toutes un grain de beauté dans la paume  de la main,  comme mahaaaamaaaan, pleurs, sanglots, tout ça à cause de moi,  ça va pas être simple.  Je sens aussi que ca ne va pas durer, qu' en tant que morte, je vais très bientôt m' en foutre complètement.


Cette indifférence à venir me déplait beaucoup, d' autant que, vivante, j'ai souvent fantasmé sur mes funérailles, curieuse de l'effet de ma disparition sur ceux qui n' arrêtent pas de m'emmerder,  ou ceux qui ne m'aiment plus, pour leur petit confort personnel, espérant les voir chialer leur race, et me regretter en somme, des trucs comme ça.


Une voix désincarnée et un peu cynique,  un poil désabusée, me dit que je ne verrai pas mes funérailles, de toutes facons, et  que voilà jai cinq minutes avant de repartir vers d'autres cieux. Je me retourne, espérant voir dieu, à qui je n'aurais pas pu imaginer une autre voix,  celle d' un fonctionnaire fatigué de répéter les mêmes consignes, jour après jour, mais voilà que je me casse la gueule, car ce qui me reste (l' âme ?) n'est pas habitué à se mouvoir brusquement,  ça flotte lentement comme le ça de Stephen King, et ça a le geste economique et mesuré,  vu que ça dure un truc genre... l' éternité.


Je réponds mais où on va ? et ma voix me fait flipper parce que j' ai l'accent portugais.
J'ai la voix de Linda de Suza, morte, et je panique complètement.  La Voix me signale que c' est comme ca, que j' ai trop frimé ces derniers temps avec ma guitare, un peu trop de complimemts sur ma surprenante mémoire musicale et mon timbre joli, alors maintenant faut payer. J'ai une voix de merde désormais.


Je suis estomaquée que ce soit du genre chrétien contrit, protestant autoflagelleur, loi du talion juivo- coupable, quand on est mort.  Je rappelle de ma voix de porteuse de valise en carton qui chuinte qu ' en tant que juive, païenne sémite, quand même, peut-être...
Là,  on me soûle avec une histoire de quota, d'interim syncrétique, de contrat centennal, genre y a tellememet de religions, faut satisfaire tout le monde, ma petite dame, on traite les morts comme on peut, en fonction d' un calendrier établi à l'avance,  car voyez vous, c'est pas que dieu n'existe pas , c'est que tous les dieux existent, et ils sont super exigeants avec leurs droits, limite syndicaliste obtus, etc etc. Avec le cul que j'ai, je suis tombée dans le siècle des défunts trip mormon. Mais, mais, je proteste, ché quaô même lé droit dé vouar mon père qué ché l'aime trop La emcima esta o ti-ro-li-ro-li-ro caem baixo esta o ti-ro-li-ro-lo , ja cantava a minha avo, non ?...et on me dit que non, que mon père,  c'est sous le règne de Zeus qu'il est mort, que je peux toujours adresser une requête à icelui, mais que bon, il sait à peine lire comme dieu,  et Hera surveille jalousement son courrier et fait disparaître toutes les lettres des femmes. Alors c'est moi qui vois. Je pleure un peu, et ça fait des sons moches luso-galiciens. Alors, je me tais et je ne demande plus rien, je jette un dernier regard à mon ventre et à ma bouche ouverte plus bas, je ne me reconnais déjà plus.

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