things not to be done on the sabbath
J'attendais patiemment mon tour à la station service. Moteur arrêté, et puis c'était mon tour donc. J'ai essayé de démarrer pour avancer jusqu'à la jauge. Et l'enfer a commencé. Je veux dire, c'est comme si Ira Levin et WP Blatty avaient imaginé le scénario. Ca faisait pouf pouf et ça démarrait jamais. Il était 11 h30. L'Infant était "au sport". Je devais aller le chercher avant midi, sinon, ils appellent la gendarmerie pour nous apprendre à respecter l'heure au lieu d'aller chez le coiffeur. Je gênais tout le monde. Les hommes ont essayé de démarrer ma bagnole à ma place, ils tournent super mieux la clef, c'est bien connu, Après ils disaient "C'est le démarreur", comme je venais de leur dire, mais bon là, ils étaient bien sûrs tu vois. Ce jour-là, (un sale coup de Satan) j'ai eu envie de mettre une jupe et des bottes, tu sais comme à peu près 98 % de la poulation féminine en ce moment. J'ai dit à la dame de la station service "Je vais devoir laisser ma voiture là, mon fils m'attend tel un roumain abandonné sur un terrain vague à deux kilomètres d'ici, je vous en conjure, aidez moi". Elle a dit , scandalisée "Mais vous avez réglé l''essence ???" . Le chargé de la sécurité a poussé ma voiture sur le bas côté en disant que c'était super lourd et je sentais bien qu'il me haïssait et je me suis mise à courir vers ma demeure car là, je pouvais téléphoner à un sauveur potentiel qui aurait retourné le temps, tué la guerre, sauvé willy, porté ma voiture d'une main, en volant super vite, et on aurait récupéré l'Infant qui avait froid et faim et plus aucune confiance dans le monde, avec l'autre main, et ensuite j'aurais dit merci et il aurait dit " You're Welcome, Honey" mais là je courais, et ensuite j'ai montré aux automobilistes qu'une menace pesait sur le monde, et qu'il fallait porter secours aux désoeuvrés en levant les mains très haut. Deux femmes sont passées , méprisantes, parce que j'ai des super plus belles bottes qu'elles, et il y avait un bouchon de mecs qui voulaient me sauver et il y en a un qui s'est arrêté et m'a dit "La galanterie se perd et où va le monde c'est terrible vous avez couru ho vous avez couru vous avez pas l'habitude de courir on dirait j'aime beaucoup les femmes en jupe vous êtes sûre c'est le démarreur ?" Et ensuite, j'ai sauté de la voiture, j'ai dit merci merci et je suis rentrée chez moi pour retrouver le numéro du Sauveur Heroïque, mais j'ai cru que j'avais perdu ma carte bleue à la station, et puis mes clefs et puis je trouvais que je méritais pas tout ça. Et j'ai pleuré un peu. Le Sauveur m'a dit qu'il arrivait et il m'a dit qu'il s'occupait de tout et il a dit c'est la batterie à mon avis, je vais chercher Rémi Sans Famille, oui oui. Puis quand j'ai pu serrer l'Infant qui avait échappé à B. Hortefeux, dans mes bras, en lui disant que tout allait bien désormais et que la guerre était finie, qu'on pouvait rentrer chez nous, on est allé voir ma voiture, et Superman a dit Ha ben oui c'est le démarreur. On est rentré, j'ai voulu dormir, mais je devais aller chercher ma guitare qui a eu une clef cassée la semaine dernière ce qui a provoqué chez moi une maniaco-dépression ainsi qu'une rhinopharyngite, et donc j'y suis allée avec V. qui est toujours là, et qui me comprend. Le monsieur du magasin m'a dit "l'Ibanez ? mais on l'a déjà rendue..." et là, j'ai dit que je voulais mourir; mais c'était une super blague de musicoss, tu ouas. Et ensuite il a accordé ma guitare toute guérie et a joué un truc tellement beau que je voulais la laisser là, dans ses bras, parce qu'elle doit vraiment s'ennuyer avec moi. Elle sent bien toute ma bonne volonté, mon désir de bien faire, mais je crois qu'il lui faut un homme un vrai qui sache la faire vibrer et tout mais bon finalement j'ai dit bon je vous dois combien et je suis partie avec mes super bottes et ma guitare parce que.
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save me save me save me save me save me save me save me
..."Elle commençait à avoir froid. Puis mal à la tête. Elle posa sa main sur la table pour que je la lui réchauffe. j'étais agacé et feignis de ne pas la voir. Mais au moment de partir, je lui dis "Ta main est là, ne l'oublie pas". Je le regrettai ensuite; mais ensuite c'était trop tard."...
(Stig Dagerman. L'enfant brûlé.)
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underemphasize
- Une fille rencontre un garçon.
- C'est comme ça que se terminent les contes ?
- Oui et c'est comme ça que ça commence, les tragédies.
- A force de lire, on finit par avoir des lettres. A force de penser, on a des idées. A force de se taire, envie de tout déballer. Moi je voulais écrire pour la jeunesse, je voulais écrire des livres de ceux qu'on dérobe aux adultes, parce que l'enfance n'est pas une préparation à la vie mais la vie elle-même. Et puis j'ai fait autre chose. Je n'aime pas l'idée qu'on me corrige, qu'on me dissèque. Je me fous d'être comprise. Le langage me sert rarement à communiquer. Je suis une usine à phrases, une usine délocalisée, Je transforme les choses en mots parce que j'en suis très vite affectée. Je revis la scène et c'est alors plus drôle, plus appuyé, c'est à une autre que ça arrive. Je crois que le bonheur finalement c'est de savoir quoi faire de son malheur. J'en fais des ribambelles de mots. J'en fais toute une histoire. Et tu vas rire, je ne suis sensible qu'aux actes, je tiens toutes mes promesses et les parleurs me font souvent chier.
- Il m'a dit que ce n'était pas d'angoisse que je souffrais, que ce mot-là on me l'avait trop dit, que cela faussait tout. Je sais l'importance de la dénomination pour ce linguiste. Je n'écoutais que très poliment. Je te l'ai dit, la peur de la mort, la douleur de ne pas aimer, les tueries, les bonnes volontés qui pavent les routes de bonnes intentions infernales, chez moi, c'est épidermique, corporel, tripal même je dirais. Ca n'a pas tant de mots. Mais il a dit un mot en allemand, le nom de ma maladie. Il a dit on traduit ça, assez mal, par le desêtre. Entre le désert et la détresse, j'ai aimé le paysage esquissé. Souffrir de ça, je trouve que ça a de la gueule, non ?
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la poésie c'est du radium
Je dirai que ça ira. Ce sera comme le sucre. Je déteste le sucre comme une gorgée de café quand on porte un bébé. Je dirai plein de choses mais je ne répondrai pas. Je vais au-delà du bien et du mal. Je vais deci -delà. Je vais bien ne t'en fais pas. Mais en vrai, je vais pas.
Tu viens ?
Je ferai mine d'hésiter. Ca sera une mine bien taillée. Je ferai mmh ou heu je sais pas, faut voir. Des mots en brouillard réticent, en coton névrosé, en brume de perplexité. Et puis je refuserai.
De quelle couleur le refus ? Quelle taille ?
Je compterai en sang qui vous remonte aux lèvres. Je compterai en averses d'été, en minuscules éternités, en arbres. Je compterai sur tes doigts et au passage, je les mordrai. Je compterai en cheveux qui ne tombent jamais dans le lavabo. Je ne compterais pas sur moi si j'étais toi.
Tu restes ?
Comme on va partir, je dirai. Je suis là je suis là je dirai comme on dit aux gosses alors qu'on est à 25 mètres et c'est si loin quand tu ne sais pas marcher. Je ferme ma porte comme je t'ai ouvert ma robe, et vice versa. Sans laisser d'adresse, sans laisser de trace. Je garde une petite empreinte ici et là, la cicatrice de toi. Et le soir l' emportera.(tralala)
Tu me retrouveras dans un hôtel ou à l'hôpital. Je serai peut-être à la fourrière, ou bien je serai devenue une goutte de pluie, une rosée, une alchemia fissa, une corde, un choléra. (car je suis poète, tu vois.)
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mercredi.
Il y a le fils d'Anthony Perkins, Elvis. Déjà, le nom, tu vois. Sa mère, en plus. est morte dans l'avion du 11 septembre. Il a fait un album sur le deuil, avec des trompettes liquides, pas desesperé, triste comme il faut, à la bonne distance. il a un peu la tête d'Harry Potter, Elvis. Il fait hooo hoooo while your're sleeping et des choeurs répondent hoho. Un deuil qui fait hoho, ça vous pose un homme. J'ai besoin qu'on valide ma vie. Je me sens un peu comme un autobus comme nana. Le même itinéraire, avec l'illusion du changement parce que le conducteur varie, mais c'est jamais moi qui conduis. C'est jamais moi. J'ai des peurs de gosse, peur des fantômes peur du noir peur de l'inconnu peur de l'étranger peur de tuer maman. Je suis passée devant ce bar, où les hommes vous fixent comme s'ils sortaient de douze ans de tôle. J'ai accéléré le pas. Ca me fout super mal à l'aise et je veux pas non plus qu'ils pensent qu'ils me font flipper, Genre excusez -moi de vous demander pardon. Je me suis tordue la cheville, c'est l'ostéoporose, je me suis dit. J'ai mis du temps à démarrer au feu rouge. On était à deux secondes de la montée dans ce morceau que j'adore, je voulais coïncider. Ca a klaxonné derrière. Journée de daube.
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Ecrire n'est pas une ambition que j'aie, c'est ma manière à moi d'être seule. Tu vois, je fais ma Pessoa, parce que là, j'ai besoin de transformer le vertige en une expression corporelle, et écrite de l’angoisse de ne pas trouver l’objet au rendez-vous et de chuter alors dans le vide. J'ai besoin d'élaborer pour plus me perdre. J'ai trouvé que ça. Je fais des rêves tellement freudiens que si j'avais pas la mâchoire tétanisée par cette imminence du pire, je me moquerais de moi. Y a du flou devant mes yeux et je fixe devant tout droit pour pas plonger. Y a rien de grave, rien du tout. Ca n'a jamais été aussi bien, aussi tranquille et ça m'exaspère que ma part malade ait encore ce pouvoir de tout me gâcher. J'ai pas d'ailes pour m'envoler. J'ai jamais rien eu d'un ange. J'ai pas tant de défenses, même dans ma putain de forteresse. J'ai ce visage amical et neutre qui fait illusion. Je pense tout le temps et comme je parle peu, même moi j'ai fini par croire que je réfléchissais jamais. Je voudrais me zapper quand je panique comme ça. J'ai quelques mois tu vois , à ce moment -là, je suis qu'une petite créature toute archaïque, aphasique, qui tête dans l'air pour trouver des contours, c'est tellement primaire, tellement froid, sans même un barreau pour se retenir, c'est tellement le vide blanc que je m'échappe dans une réalité parallèle et pas franchement jouissive - quand bien même il paraîtrait que oui- où je ne reconnais personne à force d'être perdue dans moi-même. Je devrais faire sans les bras, sans les épaules, sans les mains. Il y a ces immenses magasins où j'étouffe, ces cages d'ascenceur où je me noie, ce vacillement du corps, tout le temps. Je crispe mes synapses pour me rappeler pour qui pour quoi à qui à quoi, pourquoi. J'ai toutes les réponses, toutes et rien ne comble la béance. J'attends, sans pleurer, mon visage reste lisse, tu sais amical et bienveillant, je crois même, malgré tout ce que tu continue à dire, que je suis aimable. Et que je parviens à continuer d'être aimante. J'attends que ça passe. Ca passe toujours. J'ai comme à mon habitude, vérifié l'intérieur, des ovaires qui créent, des seins qui nourrissent, des reins qui éliminent, comme d'autres vérifient cent fois le gaz, la porte fermée, font des listes. Ils sont dejà dehors, ils sont dans le monde et moi je suis à l'intérieur de moi, une glaise, une boue que personne n'a façonné pour tenir. J'ai vérifié. Y a rien. Et l'angoisse contenue, circonscrite dans un espace socialement acceptable se répand maintenant, les digues éclatées, du vertige à l'abandon, de la terreur à l'anéantissement. Merde. Je veux rien faire sans penser tout le temps à la mort Je veux t'aimer sans avoir peur Je veux courir sans tomber Je veux sortir le noeud de là-dedans(oui oui) je veux le regarder bien en face et lui cracher à la face avant de le jeter à mes pieds pour lui fracasser le crâne d'un joyeux coup de botte. Amicale et bienveillante mon cul.
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ça, c'est fait
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d'un complexe dimensionnel à un autre
Mon père adorait la viande rouge et ne pouvait pas manger un plat réchauffé, même du jour. Il buvait beaucoup d'eau.
Mon père posait sa main sous son cou, bien a plat, pour dormir. Il se réveillait toujours très tôt.
Mon père parlait peu et se moquait beaucoup de lui. Il se regardait parfois dans la glace du couloir, et disait d'un air profond "Je suis beau, c'est incroyable comme je suis beau. Je suis tellement beau que j'ai envie de me crever un oeil."
Mon père avait une sorte de rhumatisme qui lui faisait les phalanges premières un peu gonflées. Il aimait jouer un peu d'argent au casino.
Mon père lisait Philip Roth et n'en parlait jamais. Quand j'ai lu Philip Roth, mon père était mort. J'ai fait connaissance avec mon homme de père.
Mon père ne se rappelait le prénom de personne. Il disait aux hommes François et aux femmes Françoise. La dernière fois, au Théâtre, une femme s'est jetée sur moi, "Depuis le temps, t'as pas bougé ! comment tu vas toi ?" j'ai dit bien bien bien, ça va bien ça fait plaisir dis donc. Je ne l'ai jamais vue, j'en suis sûre. C'est certain. Le concert commençait, j'ai dit salut Françoise.
J'ai vu pleurer mon père deux fois. Une fois lorsque son père est mort. Assis sur un fauteuil, il a poussé deux petits cris que je ne connaissais pas. C'était fini. L'autre fois, c'est quand on pensait que je. Il a dit non et des larmes ont coulé.
Mon père n'aimait pas beaucoup les animaux, il avait une sorte de dégoût pour les gens mous ou gros.
Mon père fumait deux paquets de cigarettes par jour, il allumait les cigarettes avec ses mégots. Il avait de mauvaises dents et des yeux en amande qui riaient. Mon père aimait bien changer de voiture.
Mon père faisait peur à ma soeur, quand elle était enfant. Mon père faisait très bien la sauce gribbiche. Mon père était très fier de l'agrégation de son fils. Mon père ne parlait jamais sérieusement. Mon père trouvait que la musique que j'écoutais était abominable. Mon père ne supportait pas les comédies romantiques et les films policiers français. Mon père fou de colère tapait sur ...ses cuisses. Mon père a fait la guerre d'Algérie et n'en parlait jamais. Mon père ne pouvait plus aller à l'école en 1943, parce qu'il était juif. Mon père avait toujours l'air paumé dans les fêtes religieuses, le teffilim et la kippa sur lui, on aurait un peu dit Halloween. Mon père prenait toujours le temps de vous serrer un peu le bras après vous avoir fait la bise. Mon père croyait beaucoup aux liens du sang. Mon père est mort tout seul dans un hôpital. Je suis le dernier visage qu'il ait vu penché sur lui. Il a souri, de son air un peu lassé, celui qu'il avait quand on l'emmerdait.
Comme toi, exactement, il ne portait de jugement sur personne et avait un beau sourire d'ironie quand on portait un jugement sur lui. Les gens qui commencent leur phrase par "je connais ton ..." "oui, mais toi tu..." "je sais que tu ..." me font toujours rire, moi aussi. Quant au fait qu'effectivement, il est assez rare que je porte un jugement sur les autres, je soupçonne mon père de ne l'avoir jamais fait, pour la même raison que moi: Je m'en fous complètement. C'est peut être là le secret tordu et un brin honteux de ceux qu'on admire pour leur si belle et digne tolérance.
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Je suis une artiste
Pour casser définitivement le mythe:
-Oui, je fais des collages: celui-ci est censé représenter le poids de la féminité. La féminité c'est super chiant, je veux dire, parce qu' il faut faire pousser des fleurs et trouver merveilleux d'améliorer sa daube, ne pas conduire de grosses voitures, et faire oh oui c'est trop bon d'être ta chose continue continue.. quand on a envie de dormir. C'est très chiant, parce que tu peux pas dire que t'as envie de baiser avec plein de monde SAUF si tu portes un porte jarretelles qui gratte, et que tu ne dois jamais faire rire plus que ton mec. Sinon, il bande plus.
(J'ai eu une note honorable, mais je pense que c'est parce que je paie ma formation. Ou que la correctrice est fan de B.Groult.)
-Oui, la musique m'est un cri qui vient du Ministère de l'Intérieur : et "je chante du soir au matin pour oublier les maux du monde parce que merde, c'est trop dur, les maux dans le monde" (op cit. F. Pagny.)
J'aimerais pouvoir dire que c'est pas moi qui joue de la guitare (six mois d'entraînement), mais c'est moi. Et c'est drôle que pour ceux qui comprennent l'anglais. (Mes voisins ne comprennent pas l'anglais)
- Oui je suis une poète, ceci est mon premier poème (j'avais douze ans)
"J'ai le mal de vivre,
j'ai le mal de vivre
mais ce qui me fait vraiment flipper
C'est le mal que j'aurai
quand il faudra crever."
Voilà, désormais vous savez toute la vérité: Le blog, c'est pas la vérité.
(On vous ment, pauvres crédules.)
Ghost Day
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