10 mai 2008

BLOG NORMAL

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 8h30 : Parce que la mort c'est pas marrant, parce que la mort c'est dégoûtant, parce que la  mort ça te prend tout, ça te laisse  con comme un manche, eh ben moi, je  me casse, je vais prendre une douche.

(photo  prise  un jour où j'étais noire et blanche, un peu comme l'âme d'un bloggeur  .... Ou pas.)

 

 

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 9h12: Ho, Mon zhommoitiépititcopain amoureuxcompagnonfiancétrodlaballe vient m'embêter sous la douche. Il fait semblant de piquer mon shampoing Brillante Brunette. Trop chou.  Je lui jette de l'eau, il me dit "Je suis mouillé". Son regard brûlant comme le feu qui brûle d'un incendie en Provence au mois d'août- c'est trop affreux,à ce sujet,  sauvez les arbres !!- me laisse à penser que ça va mal finir. Lol.;-)))))--> clin d'oeil entendu.  Nous faisons l'amour pendant exactement 21 minutes dans l'eau savonneuse, je le sais car il y a une horloge de bois blanc veiné de blanc dans ma  salle de bains, et après il me dit que c'est trop fun la vie avec moi, parce que tout est si imprévu, toujours ! pendant que je passe la serpillière sur le sol dévasté comme mon coeur ce fameux jour de septembre où tu m'as dit: "La chatte est mite en carré...ou cantaré (?)" Je ne sais plus. Quelle importance? Le résultat est le même.

 

(photo ou c'est pas moi, et où c'est Jim Morrisson qui se sert de l'épaule de sa meuf pour faire genre il est pas bourré.) 

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9h 51: J'ai mal. Je regrette. Les regrets c'est comme des tulipes, c'est pas ce que je cherche à Amsterdam. J'ai comme un noeud de sel dans mes yeux qui suffoquent de l'arme acide du fiel du 2.0. Oui je suis un peu sybilline, mais pardonnez moi, j'ai une pudeur, aussi. ..mais après tout, je crois qu'il faut que je l'avoue. A quoi bon davantage  le cacher ?

Ai je bien fait d'enchérir sur un sac Chloé Paddington à 478 euros sur E Bay ? Alors que je suis à découvert ? Non bien sûr, bien sûr que j'ai mal fait. Comme si je le savais pas. Mais j'en ai rien à foutre. Je m'en fous , tu vois, moi je marche seule, et j'ai la rebellion plantée dans moi comme un dard, ce dard qui empoisonne ma vie, et qui me fait souvent me coucher si tard alors que la pluie bat sur les carreaux comme un coeur trop fou- ou un pénis,( j'hésite). Déjà, ado, je m'échappais des Réveillons en famille pour aller sniffer de la cocaïne, tellement j'étais mal dans ma tête. Ha ce n'est pas fini. Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître...Point final qui fait mal.

(Photo de merde, on peut bien le dire) 0756f0a619cb6e6219510c278b705e30.jpg

10h25 : J'essaie tant bien que mal de remonter la pente. L'escarpe est raide, mais j'ai le pied agile, et le souffle tangible comme un bol de nescafé. Haureusement, j'ai mon Ibanez qui est toujours là pour me réconforter, ma réponse aux tourments, tu ouas, c'est la musique, Mi- Fa#-Mi- Do#-La. C'est comme un graal. Un talmud. La musique me donne des pistes, m'envoie comme une fumée qui me montrerait le good way. Et je suis pas la dernière des mohiconnes.

(photo de quand je déprime parce que je sais pas jouer) 

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  11h24: Ha le sort s'acharne.  Je crois que je fais une allergie à mon mascara; je suis comme maudite, moi. 

(photo avec une option de ComicLife du mac qui fait genre c'est un painting. C'est affreux.)

 

 

 

 

 

6916cbfb3800ca43c8df522b418a68eb.jpg 12h00: Penchée devant ma fenêtre dans la fantastique lumière d'un jour de mai qui ressemble à s'y méprendre à l'été, je me demande si je dois sauter. Ou pas. Et vous ? Parce que je trouve trop dur la vie et j'ai peur de l'avenir, et en plus j'ai même pas voté Sarkozy, je crois qu'ensemble tout devient super chiant. J'ai vraiment des fois, tu sais, c'est trop bizarre, dans mon coeur, tu sais, j'ai envie ...d'...d'en...de ..j'ai envie que tout ça, ça... j'aimerais tant.

(Podcast  avec  des voix qui se meurent, et des guitares qui pleurent: un violon discret nous rappelle que je souffre-->
podcast

Mais pourquoi ? Mais là, je vais manger. Je vous embrasse. merci d'être là. Je suis touchée, vraiment. VRAIMENT. V.R.A.I.M.E.N.T.

 

(Photo de quand j'avais un projet avec Sophie sur un roman photo mais on a arrêté, parce que rentrer dans la peau d'une autre, ça fait trop mal ...Déjà que dans la mienne...(baissage de zyeux) ha bah jetons un voile pudique et passons.) 

 

 Que mangera-t-elle ?

Que se passera-t-il pendant l'après midi ?

 C'est quoi cet appareil photo en bois ? 

Est ce que tout va si mal, est ce que rien ne va bien ? 

 Me feras- tu un bébé pour Noël ? 

 

Vous le saurez dans BLOG NORMAL SAISON TWO.

 

 

 

 

07 mai 2008

Karoshi

 

 J'ai toujours pensé que l'échec, c'était plus joli à regarder que la béatitude couétiste. Je n'ai jamais voulu écarter la souffrance, en faire une épopée. J'ai toujours pensé que la névrose est un luxe qu'on peut encore se payer, que ça donne l'illusion, sinon d'être heureuse, tout au moins, de sembler avoir l'air d'en avoir envie. La peur cache le désir, et la victime, nom de diou, figure toi que c'était le bourreau !!  et vice versa, et c'est çui qui dit qui l'est...hein. Comme ses phrases qu'on recopiait, ado, sur nos sacs US, ou à la page mercredi de nos cahiers de textes, et qui nous donnaient le sentiment d'avoir triomphé de la difficulté d'être soi.

Je considère, au fond, que rien se sert de courir, ni même de partir à point, pourvu qu'on me lâche la grappe. Mais là, j'avoue que j'aimerais bien un peu de répit dans ma sublime sublimation de la merde environnante, mon acceptation de la puante fatalité et mes trouvailles hallucinantes et cathartiques sur la vanité des lendemains qui détonnent.  Je voudrais que ça s'arrête, l'infernale cadence des jours qui se répètent et ne ressemblent à rien, dans un travail où l'on me demande quasiment d'être le contraire de moi-même. Et si c'était qu'au boulot...

Le prochain qui me demande ce que je compte faire de mes organes sexuels dans les semaines à venir s'expose à une explosion nucléaire du pied ou à une épilation du maillot à la cire orientale.

Pourtant, je continue d'exploser de rire chaque fois qu'une recherche musicale sur des sites interdits me conduit à Nuno Bettencourt  population 1 cute girl has orgasm on webcam, par exemple.  Je continue d'être excessivement soignée, propre, polie. Je persiste. Je m'acharne. On dirait presque que j'y crois.  Je continue de changer mes draps une fois par semaine, je continue de règler mes factures en retard, et on me menace de coupures, figure-toi; c'est pas dingue ? Ca me la coupe, moi. 

je connais de plus en plus de gens qui ont des problèmes de fric qui les empêchent même de bouffer. 

Je continue de manger n'importe quoi à n'importe quelle heure, je continue de ne jamais regarder la télé, je continue de lire beaucoup, je continue de découvrir les fonctions infinies de mon ordinateur. J'ai mis les fleurs d'une robe d'été, ce matin,  pour me faire croire que tralala. Je continue de trouver le sport infiniment suspect, je continue d'avoir une libido, je continue de me trouver même normale quelquefois, je continue de dire non à qui de droit, de dire à l'autre oui oui, on verra. Je continue de me trouver percutante, et même vivante parfois, d'une tolérance inouïe (mais je crois que c'est parce que j'en ai rien à foutre, ça).   Je continue de danser en culotte le dimanche matin, je persiste, je m'acharne, j'y tiens.  je continue de pleurer devant certaines photos, je continue d'avoir de plus en plus de mal à "publier" (HAHAHAHAHAHAHAHA) ici, tu sais, je regarde la note et je dis:"Oh putain au secours, j'ai un blog", comme des phrases qu'on recopierait, trop vieil ado, à la page mercredi de nos cahiers de textes et qui donneraient l'illusion pathétique d'avoir quelque chose à partager, ou à vérifier avec toi. Mais bon si blogguer m'a lassée, écrire, je ne m'en passe pas. Ecrire, c'est pour me rappeler que rien ne me consolera jamais. 

Je continue de penser que les différences sociales créent bien plus de dégâts que les différences sexuelles, encore que. Oui, j'ai pas peur de nuancer, tu vois. Holala trop dingue, je suis comme nana.  Je continue d'habiter dans quelques pensées qui me servent de repères.  Bref, je continue d'être à la fois neurasthénique, phobique, terrifiée et curieuse, gaie et ...terrifiée. La routine. Je persiste, je m'acharne, j'y tiens. 

Je voudrais tellement que ça cesse, la course à pas grand chose, et comment je joue le jeu, comme les autres, d'être ravie d'avoir tout bouclé à 21h10, et de pouvoir enfin m'écrouler sur un canapé. Je voudrais que ça s'arrête, je voudrais même pas commencer. 

Et surtout, surtout, je voudrais un genre de panneau stop chaque fois que je sens que j'y crois, à l'humanité.

Comment peut-on être à la fois si lucide, habituée, n'attendre rien, et morfler de tant, tant se planter  ?

La réponse est dans la question. Poil à l'inter-pénétration.

 
podcast

(EITS. What do you go home to ?


 
 

02 mai 2008

Demain.

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 J'aime le décalé de la voix trop aigüe d'un gosse dans un cimetière, qui s'applique à ânonner "Je ne t'oublierai jamais" dans le silence dolby stéréo qui m'impose , sinon le respect, pour le moins une immense inquiétude.

Morts, nous aurions encore moins de choses à nous dire ?

Tous ces mots trop jolis que l'on n'écrit qu'aux morts et qu'on tait à tous nos vivants.

Je t'oublie tout le temps comme on oublie toujours ceux qui nous aiment, trop occupés à réserver nos souvenirs à ceux qui nous blessent, nous rejettent, ne nous aiment "plus". Une façon comme une autre de ne penser qu'à nous, avec le pompeux alibi du chagrin....Je t'oublie tout le temps.  C'est ta mort qui remplit toute ma mémoire, c'est ta mort qui déborde toujours quand je crois en avoir fini avec toi.

 

                                          ***

 

Quelque chose me manque, comme un membre arraché. Par dessus l'absence et bien au delà du vide, la douleur est dans la mutilation. C'est un moignon de coeur que tu auras toujours, quand tu auras marché derrière le cercueil de ton père,  quand tu auras vu des hommes vivants, plein de force, le soulever pour le descendre en terre.

Tu étais debout, toujours un peu vouté, inquiet sans oser te le dire de nous voir grandir. Un petit ami, pour rire, t'avait demandé ma main. "Je ne vends pas au détail", tu avais répondu, et ce qui nous avait tant fait rire ensemble, l'éloignait définitivement de moi.

Tu étais assis, la main sur tes poumons, inquiet sans oser nous le dire de te voir mourir. Tu racontais à mon mari que déjà, à ma naissance, les cliniques, les dessous de table, il avait fallu payer pour que je naisse ! Il avait dit :"Ok, ok, je vois...Alors combien je te dois ?" Ce qui nous avait tant fait fait rire, tous ensemble, nous avait, pour un temps, rapprochés.

Quelqu'un me manque. Regarde-moi, la rénégate, je suis, depuis ton arrachement, ta fille juive, la fille juive de mon père si fier d'être français. On t'avait interdit l'école en Algérie. Tu avais glissé ta tête sous l'oreiller parce que tu voulais mourir. Tu as vu ton père fabriquer, de force, un cercueil pour un soldat allemand, qui n'y était pour rien, et puis cracher dedans. Tu ne racontais rien, c'est ton frère qui m'a dit.  C'est peut être de toi que je tiens mon goût de passer sous silence. Ca m'habite comme une prière que je ne connais pas, ces prières de chez nous, infinies, desespérées, au vieux rythme fondamental, têtes secouées, buste saccadé,  adonaï elohenou mizmor le asaph elohyim nitsab ba abdat el beqereb elohyim yishpoth. Soumis à la Loi de Dieu, soumis.

Quelque chose me manque, c'était vraiment quelqu'un. Et ce marbre où  tu recommences à mourir chaque fois que je le vois. Tu continues de partir malgré le temps qui passe et qui n'arrange rien, comme les ombres qui grandissent à mesure que l'on s'éloigne, tu as beau devenir un point.  Et ce marbre qui n'est pas toi.

 Ta mort reste le lieu où je ne me soumets pas. 

 

                                         -
 

26 avril 2008

Des choses que j'ai vues.


 
podcast

 

Chaque image me raconte une histoire, tranquillement tragique, calmement déchirée.  Le flou, des femmes comme noyées aux portraits de marbre fêlé comme de paisibles chaos en écho,

le desespoir d'un matelas foulé, le froissé intelligible d'un drap posé, l'eau de ton regard lourde comme un secret, 

l'algue verte sur un visage fatigué,

des sièges desertiques, des pays vides habités, et vice et versa, aux arbres en ombre rapportées, le fané d'une rose poudrée, et les ombres. L'arête, et la tête d'un animal mort, le quotidien fendu sous la loupe de ton viseur. Un mur de silence où défilent des aimés, j'y vois toujours des absents, enveloppés dans le pourpre, presqu'effacés, le velours d'une joue d'enfant, ta latéralité mal-assise, é-coeurée. Des passants de pluie en coulée de couleur cendrée, la clarté de l'incertitude, voilà ce qui lacère, des plis de pages cornées abîmées, des larmes d'orage, les mains tordues dans des prières païennes pour s'échapper,  la mélancolie d'une laverie, l'écorchure d'un pavé, les félures d'un bitume, et les ombres,

 Toutes tes images me parlent de moi.

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22 avril 2008

A 62

On s'est rencontre sur l'a62, dans les toilettes de l'aire Buzet-sur-Baïse. Il y avait du vent.  Les chiottes pour hommes étaient hors service. Moi aussi. J'étais en position gardien de but sur les wc turcs, et je chantais

you're terrific when you're drunk

I like you mostly late at night

you're quite all right.

J'étais heureuse, parce que j'avais pensé au kleenex pour m'essuyer. il n'y a jamais de papier toilettes sur les aires d'autoroute, ou s'il y en a, il est rouge, épais et sec, il fait mal. Quand je suis sortie des toilettes, j'avais fini ma chanson et ma vessie vide me donnait le sentiment euphorique et vain de la liberté. Tout redevient possible et léger quand tu n'as plus envie de faire pipi. Tout redevient possible quand tu n'as plus envie tout court. C'est inutile mais c'est intéressant. Il était là, debout, et il réajustait les bretelles de son sac à dos. Il avait une barbe de deux jours, et des yeux qui en avaient vu de belles, avec des pupilles si petites que j'ai tout de suite compris qu'il venait de revoir sa soeur. ll m'a dit "C'etait beau ta chanson d'urinoir" J'ai dit oui, j'ai dit :"Cette chanson est très belle, je dois le reconnaître.", comme si je m'excusais, un peu. Il m'a regardée de haut en bas. Je trouve que c'est plus sincère, moins génant que de bas en haut. Regarder ma  tête avant mon cul, je trouve que c'est une marque de respect. C'est quelque chose qui se relève. A vingt ans, tu te dis que le mec te regarde les miroirs de l'âme ou un autre truc d'un goût douteux, bref, à vingt ans, tu te racontes une histoire.  Quasi vingt ans plus tard, tu te dis juste "Voilà un mec qui sait regarder poliment" Et tu te racontes rien. Ca repose. Il avait bien dix ans de moins que moi. La différence idéale. Il ne me demanderait jamais en mariage, et moi je ne tomberai jamais amoureuse de lui. Nous nous épargnerions donc des repas au restaurant pathétiques ou je lui avouerai sur le ton de la confidence, histoire de dire quelque chose,  que j'avais découvert en analyse que j'étais, tiens toi bien, une boulimique qui se faisait pas vomir, ou plutôt, une anorexique, ouais, mais qui mange. Il aurait fait Ho ben ça alors s'il avait l'intention de me sauter le soir même, ou Tu paies soixante euros pour savoir ce genre de conneries ? s'il avait décidé de se tirer avant le dessert. Ca me faisait un vent frais dans les synapses, comme une liberté urinaire, une autre. Je trouvais ça merveilleux, cette chance de tout ce qu'on allait économiser puisqu'on se reverrait jamais. Je ne serais jamais condamnée à faire la conversation, animée de cet incompréhensible besoin d'être entendue. Dieu qu'il est bon d'être délivré du besoin d'être compris. Il m'épargnerait le narcissisme inhérent à l'homme le plus généreux et ouvert à l'autre, qui, dès qu'il se sent aimé, et désiré redécouvre la béatitude gonflée d'importance d'un nourrisson repu, et souvent ça me dégoûte. Tout ce qui a un rapport avec le lait et le miel me révulse. Nous allions nous épargner tant de choses. J'avais envie de le prendre dans mes bras et de lui embrasser les paupières, pour nous remercier.  Je me disais tout ça pendant qu'il déboutonnait mon Aquaverde, pas trop fébrile, mais le geste sûr. C'était un joueur de saxophone, il avait la lèvre inférieure un peu aplatie. Ca rendait ses baisers insolites. Il avait le ventre dur et les gestes très lents. D'habitude, ça m'exaspère. Les hommes qui continuent de se raconter des fantasmes pendant qu'ils font l'amour m'ennuient un peu. On dirait qu'il se regardent faire. J'aime bien qu'on assume le côté pulsionnel de la sexualité, qu'on en fasse pas tout un fromage.  Les couples qui ont besoin de se raconter par le menu tout ce qu'ils vont se faire, et de créer tout un décor m'épatent. Quel temps perdu. Quand j'ai faim, je mange, sans fermer les yeux pour savourer combien j'aime manger. Disons que c'est être repue qui m'intéresse, pas de faire mijoter le plat. Mais bon, là, ça allait, il ne se prenait pas pour Mickey Rourke. Il avait des gestes lents, je pense, parce qu'il bandait mou.  Je ne l'ai pas pris contre moi, je ne me suis pas dit que c'était parce que j'étais pas sexy. On était au -delà des considérations Marie Claire, je crois. Il avait ses problèmes de bandaison, que veux-tu. Moi,  J'avais mes problèmes de désir froid et roide. Ma faim sèche et désincarnée. On n'allait pas s'en vouloir pour si banalement peu, hein... On était fait pour s'entendre, alors on ne se parlait pas.

On a tranquillement assouvi un désir tiède et fatigué, sur une aire d'autoroute sans se prendre la tête et sans se dire qu'on vivait un truc qui nous ferait décoller tout seul quelques jours, en regardant nos lèvres un peu gonflées dans le miroir de la salle de bains,  sans se la jouer fièvreux du bas ventre.  Je savais que je ne me rappellerai plus son visage dans l'heure qui suivrait. Il savait que je me foutais complètement de savoir s'il aurait pu m'aimer. Ca nous rendait affables et tolérants, bienveillants, amicaux.  On se rendait service sur l'autoroute, en quelque sorte.  J'aurais voulu que ça dure un peu moins longtemps, parce que j'avais un peu froid aux fesses. Il aurait bien aimé que je sois plus active, mais j'ai cette habitude des filles qui ont été suffisamment désirées de pas trop me fouler, je dois dire, de me considérer comme un cadeau du simple fait de m'offrir. Avec l'âge, il va falloir que je reconsidère la question, sans doute, mais ça ne me pose pas de problèmes, en réalité.  Qu'on n'y revienne pas m'arrangerait plutôt, quand bien même ce serait parce que je suis décevante de la gaudriole. Qu'on ne revienne pas à moi, je crois que ça me conviendra toujours, ça m'évite de prendre les devants et de faire pffffffff pour que l'autre commence à comprendre qu'il est temps de tailler la route.

  Quand la chose a été réglée, j'ai failli dire "Merci bien. Mais là, faut que t'y ailles, hein", mais j'ai des lettres alors j'ai juste dit:"C'était très agréable. Je dois filer" Il m'a dit qu'il aurait aimé savoir mon nom. J'ai dit que je m'appelais Louise, parce que j'aime bien ce prénom. Ca n'a pas manqué. Il m'a dit "Ca te va bien" Et j'ai tapoté ma main pour me féliciter. Il s'est éloigné sur la route, il a levé son pouce, il avait encore bien des kilomètres à faire. Je suis retournée faire pipi. J'ai chanté:

Well she's all you'd ever want,
She's the kind they'd like to flaunt and take to dinner.
Well she always knows her place.
She's got style, she's got grace, She's a winner.

Il y avait un homme dehors. Un très grand, très brun, très maigre. Il avait de belles mains. Dix ans de plus à peu près. Une différence idéale. Déjà casé. Il ne me harcelerait jamais. Ca me ferait comme une vessie libérée. J'avais envie de l'embrasser à la naissance des ongles tellement ses cuticules étaient jolies, pour nous féliciter. 

Il a dit "C'est joli, cette chanson ..."


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15 avril 2008

Blablabla

J'ai encore des larmes, je croyais que tout était tari, c'est jamais fini. J'ai poussé le cynisme et le dégoût de moi jusqu'à croire que j'avais besoin de spectateurs pour pleurer, une hystérie pathétique, une mise en scène pour m'incarner. Je me trompais. J'ai jeté des chaises, j'ai frappé des murs, toujours sans hurler et pourtant j'ai des millions de cris gonflés, en attente là-dedans. Les murs avec leurs gnons, je m'en fous. Soudain, je sais que tout ce vide dans ta maison, tu en as eu autant besoin que moi. Comme une preuve que tu ne finirais rien, que tu dépasserais personne. Tu continues de me dire que tout ton toi-même n'est qu'une conséquence de mes actes, de mes silences, de mes demandes brutes, pas décapées,  pas polies, ni cirées-vernies.  Et je continue de te trouver parfaitement dégueulasse de ne pas prendre tes responsabilités, de me donner tant de pouvoir, quand je n'ai rien eu que  la faiblesse de t'espérer. Et maintenant je pleure, en glissant contre un mur, je me tords, ça fait des bruits stupides. En secret je m'enterre. Personne ne me regarde, tu ne viendras que quand tout sera fini, tu ne comprendras rien. Je vais finir par croire que c'est mieux ainsi.  Tu me verras assise ici, tu croiras que toutes ces chaises qui volaient, ce n'était rien d'autre que mon trépignement habituel, mes petits poings levés, un reste de ma jeunesse  dépravée. Tu joueras à la colère contenue difficilement, mais en fait tu ne sais même pas ce que c'est que de vouloir crever de ne pas vivre assez.  Je déteste le tour que prend ma rage. Va t-en vite, quand je commence à te mépriser, j'ai envie de me tuer de t'avoir aimé. Tu croyais quoi ? Qu'il y aurait toutes les belles étapes ; de la colère à l'oubli, bien rangé par ordre alphabétique ? De la rancune au symbole répugnant d'une page qui se tourne et qui signifie juste qu'on se fait baiser par un autre ? Tu croyais que j'allais dire amen, oui, ok, et peut être aussi "C'est mieux ainsi" en hochant la tête dignement ?  Tu croyais que je ne t'aimerais plus comme on ne peut plus souffrir la crème vanille, écoeuré, all of a sudden ? Et que je tournerai la tête, lentement, comme dans un clip,  vers la droite parce que c'est censé symboliser mon radieux avenir ? Tu croyais que j'allais continuer ma route sans nous et la trouver plus belle, de surcroît ? Non, je perds mes peaux comme je perds tous mes rêves, je pèle du coeur, je perds tous mes lambeaux de toi, et je me fais peur.  Mais je sais depuis longtemps qu'on ne se relève jamais, qu'on colmate, que tout est foutu. Je te l'ai dit très vite, au tout début, ce que j'étais. J'ai rien caché.  Je sais depuis toujours, que rien ne comblera la béance, que je suffirai pas.  Ce qui m'emmerde, c'est de croire encore quelquefois à l'humanité, la mienne et celle des autres. Ce qui me poignarde encore, c'est ma foi. Si ta main vient pousser mes cheveux de devant mes traînées de mauvaises larmes, je vais cracher, je vais lacérer, je vais trancher. Pro perfidis judaeis. Il n'y a plus que là que tu t'agites, quand tu me vois écumer. Ca te fait peur, ça t'inquiète. Tu confonds l'amour et la peur, le sentiment et le sacrifice. Tu ne crois en rien d'autre qu'en ma colère. Ca fait de bons fidèles, c'est vrai, des unions qui durent deux mille ans, mais il y en a toujours  un qui saigne des mains.

 

 
 
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11 avril 2008

Mes nuits sont aussi chiantes que mes jours

Je suis inhabitée, ça m'inquiète, enfin je veux dire ...je devrais m'inquiéter.
J'ai été malade il y a quelques nuits, comme jamais. En allant boire, en remontant me coucher, je me suis évanouie dans les escaliers. La première pensée que j'ai eue en reprenant mes esprits, et en palpant ma bosse a été:
"Emma Bovary."
 J'ai la syncope cultivée.

J'ai passé un week end allongée sur mon lit, sans musique, sans livres, sans rien, juste étendue à avoir mal au coeur. Un coma plein de vapeurs et de questions. Quand j'ai dit ça à Truc, il m'a répondu: "C'est suuuu-per, tu t'es reposée." comme s'il avait pris deux amphéts. La capacité à occulter l'autre, à y projeter tout ce qu'on y voudrait, pour éviter de l'écouter, continue de m'esbaubir. Ma théorie de la vaine communication s'affine.  

Mon asocialité regagne du terrain. C'est con, j'avais progressé. En même temps, peut être que c'était avant, que j'étais dans le vrai. J'aurais regressé quand je croyais avoir avancé...? Un peu comme celui qui traverse un champ de mines, à petits pas prudents et qui explose parce qu'il saute de joie en sortant du terrain ?  Grands Dieux (= Fugue N°2 par Glenn Gould), c'est fou.

Je m'en fous, j'apprends la guitare, et il pleut. Deux alibis en or massif pour refuser de répondre au téléphone. 

  Je ne me vis que comme la fille de mon père ces derniers temps. Mortifère, mutique et ...endeuillée.  Ca m'inquiète, enfin...je devrais m'inquiéter.

 

Je me couche, je touche mes os du bassin, je mets mes pieds au mur. Je considère l'espace entre les cuisses quand on les serre. On dirait un autre trou. Je fais ça tout le temps. Ensuite je me coltine à un mur, en chien de fusil, et je serre les paupières jusqu'à ce que ça s'arrête, le roulis mental. J'ai souvent froid.

Je voudrais une lumière, je m'en fous qu'elle m'éclaire. Si elle me réchauffe un peu, ça m'ira.

 

Ho... à la reflexion, même pas.

 


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09 avril 2008

L'hiver de mes dix sept ans.


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Nous avions pris d'assaut un train. Nous étions mille, au moins, cinquante selon la police.  Je n'avais même pas dit à mes parents où j'allais. Nous avions nos draps déchirés, nos chansons en réserve, de bonnes chaussures, nos Assouline en tête, nos slogans A Nice on n'a pas de pavés, mais on a des galets...
Je tenais un journal du mouvement, j'y collais nos affichettes, des vieilles images dont mon père m'avait parlé; j'aurais voulu un hiver international comme ce Printemps qui avait envie de vivre autrement.
Dans les journaux, on nous traitait de sidéens mentaux. Il me semblait important d'être critiqué si méchamment. Cela nous apportait le crédit nécessaire, d'être craint. Parce que j'étais jeune, si jeune, devant tous ces leaders de 23 ans, je n'osais pas dire que je nous trouvais si polis, si civilisés, si frileux. Nous ne voulions pas changer la société, nous voulions seulement qu'on ne nous empêche pas d'y trouver notre place.

A mes yeux, ce n'était pas suffisant. Tout le monde refusait d'être récupéré. Moi, je voulais que tout devienne enfin politique.

A Tolbiac, cette nuit là, pendant qu'à Jussieu, on cassait quelques vitrines, ça sentait la pisse et le mauvais vin. Des étudiants nous ont accueilli, épuisés par toutes ces fêtes. On écoutait la radio dans un amphi aux allures  de cathédrale, si différent de ma salle 105 où nous avions voté grève générale jusqu'au retrait total, en hurlant, grisés parce qu'il se passait enfin quelque chose, un élan commun.
Devaquet au piquet ! chantonnaient mes camarades. J'aurais voulu que tout prenne feu comme une guitare à Woodstock, je ne voulais pas de ces slogans scolaires. Je voulais toujours aller plus loin que le bout de notre nez, mes yeux plus gros que le ventre.
Et puis cette nuit-là, Malik est mort, un autre a perdu un oeil. Le projet a été retiré. Plus personne n'a chanté.  Des files marchaient silencieusement partout en France sous la pluie, derrière un cercueil d'enfant. Maintenant, les sidéens du cerveau étaient dignes et respectueux. Abasourdis et assagis, presque fautifs.

L'Université Coca Cola, ce serait juste pour un peu plus tard.


Sous mes galets, la rage. Il me semblait, moi, que c'est là que tout aurait du commencer.

07 avril 2008

... les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant (R.Gary)

Hier, 

Tu fermais les paupières : c’était ta ponctuation, ton point final. L’âme arrachée, des oripeaux de sentiments par terre. Tu te croyais enfin dépouillée, nue pour un nouveau départ. Tu n’avais pas vu que tu t’arrachais la chair. Tu dévalais l’escalier, les veines froides comme un fer. Tes doigts plantés dans moi, mes ongles trop fragiles dans le tendre des rampes. Il y avait l’encre d’un concerto, comme un tréfonds musical. C’était Grieg, je crois. Une limite atteinte, une nouvelle, une autre, et tu te retrouvais sur le glauque d’un parvis. Au pied de la dernière note, la rouille d’une cisaille pour éviter de dire davantage. Couper les derniers mots, préférer le silence. Dans chacun de tes murmures, moi, je voyais un horizon de miel. J’étais sûre qu’une parole me rhabillerait pour encore mille étés, toutes mes idées derrière ta tête. Tout le monde riait, s’agitait. Je te voyais feindre, ça ne m'attendrissait plus. Un rêve trop près des mots, un rêve prémonitoire. J’essayais de sortir d’un sommeil d’épouvante, de cette statue glacée que j'étais, pour modeler un visage qui me regarderait.

Tu fermais tes paupières.




Aujourd'hui,

 

J'attends la trahison du rythme, une de plus (J'entendais les moqueries, tu sais, je me voyais là, comme un immondice perdu, irrespirable) pour être surprise, un peu. Si peu.

J'attends l'arrêt de mort pour commencer ta vie. Je voudrais savoir l'heure, au lieu de prendre le temps. Impatiente, toujours, mais c'est parce que je sais de source sûre, moi, que nous allons crever. J'ai tellement de preuves.

Quand commence la tristesse, juste la jolie tristesse, c'est déjà que je t'oublie. Alors la peur prend le relais...Je veux garder toutes nos mémoires. 

J'ai l'habitude presque altruiste. Je marque tout, parce que j'ai peur de ma violence si je garde, tout le temps. J'ai tellement de preuves.

 

 

Un geste équivoque: je cherche mon coeur comme on cherche sa gauche, en faisant le geste d'écrire.

 

 

 

 

04 avril 2008

(Under bad influenza)*

"Ca ira mieux demain", me suis-je dit longtemps, et pas plus tard qu'hier, dans un élan de connerie. Il faut beaucoup de crédulité, et bien mal se connaître pour proférer de telles inepties. Moi dont la seule terreur est la monotonie des jours, moi qui suis capable de tout réinventer pour y croire, moi chez qui tout n'est que signe d'impatience, tourment, incohérence: en un mot "inquiétude", je peux jouer  comme ça, à avoir foi "en des jours meilleurs"...?
Allons sois honnête, comment m'imaginer un instant apaisée ?
Dans la conquête, je ne connais que la perte. Il n'y a de satisfaction que dans l'espoir. La chose réalisée aura toujours ce petit goût de dépôt de bilan; avec ses trois colonnes, bénéfices nets, pertes de tout profit, et comptabilité, qui me donne envie de me tailler les veines.
 
Moi, le bonheur, ça me fait peur. C'est un état duquel j'ai bien trop de crainte de chuter. Je préfère anticiper, tu vois, me casser la gueule tout de suite.  Je suis la punk aux ailes trop grandes pour décoller. Je suis no future, j'te signale, et bientôt without passé. Je suis la punk au blog bas et lourd, ho, si tu m' crois pas. Le bonheur c'est une promesse à ne pas tenir, le bonheur ça ressemble à un ventre tendu repu:  ça donne envie de dormir, comme une dépression essentielle.  C'est pas toi, le bonheur, alors qu'est ce que j'en ai à faire ? Le bonheur,  ce n'est rien d'autre que ce que je regrette et c'est seulement ce que je n'attendrai plus. "Rien ne nous est plus beau qu'hier quand demain ne nous est plus un but." Et merde, aussi. 

J'imaginais comme ça une histoire, tout à l'heure, celle d'un homme qui se plaint beaucoup de sa douleur. Il a mal quand il se touche ici, et puis ici, et encore plus quand il se touche là. Il n'a pas l'idée cinq minutes que sa seule fracture , c'est à l'index qu'il l'a ?  Et pourquoi il se touche, d'abord ? Sentir la douleur, c'est aussi se sentir vivre. Tralala. Arrête de m'emmerder avec la sérénité retrouvée. Je ne serai jamais ton ficus, mon amour. Je fais mourir toutes les plantes.


Non tu vois, vraiment. Ca n'ira pas mieux demain. Tu peux me le dire, me le répéter, encore, et encore. Je sais, une intuition sans doute, que ce sera peut-être même pire. Et alors ? Les clefs du bonheur, (hahaha) tu ne les as pas plus que moi. C'est un mauvais feuilleton sur M6. Tu m'as pris pour Candy, ou quoi ? Les clefs du bonheur, elles n'ouvrent rien, elles ferment tout.  Et je ne les ai jamais cherchées chez toi,  ni ailleurs.  Ca ne m'a jamais empêché de t'aimer, alors arrête de me reprocher ce que tu ne m'as pas donné. Je ne t'ai rien demandé.

Toi tu veux la paix, pire, tu veux le bien-être. Tu ne fais aucun effort, mon vieux.
Deviens vite une algue, alors, et sois heureux.

 

 

 

 

 

*Oui, j'ai un rhume. 

30 mars 2008

Trottoir

 
podcast

C'est la fin. Je reste assise sur le trottoir à l'endroit précis où je suis tombée. Je sais qu'on me regarde; peut être même s'étonne -t-on que je ne me lève pas, pour aller m'attabler. On me voit si rarement immobile. Mais je n'ai plus rien à voir avec l'humanité. Il y a un chien avec des yeux jaunes qui penche la tête, en ahanant puis gémit un peu en me regardant. D'habitude, ça me dégoûte, et là non.  Qu'un chien aux yeux jaunes soit le témoin de ma chute ne me gêne pas, au contraire. J'ai appris à ne plus m'encombrer des apparences.
Si ç'avait été un enfant, le mien, ce n'aurait pas été possible. Les larmes d'un enfant, c'est trop dangereux pour l'équilibre général. Je ne veux plus prendre quiconque dans mes bras par réflexe, tu m'entends ?  Par réflexe, on aime, on tue, on fait des bébés, on sort la tête des tranchées.  Mes réflexes n'ont que des conséquences désastreuses. Je ne veux plus payer toute ma vie quelques secondes où je me serais prise pour une femme, où je t'aurais pris pour un être humain.
Mon père était menuisier. Il aimait ses meubles, il caressait toujours le bois quand c'était fini. Sa large main à plat, un mouvement respectueux, lent, calme. J'aurais voulu me transformer en armoire pour qu'il me caresse ainsi. Je ne peux pas téléphoner à ma mère. L'angoisse me serre le ventre avec sa main gelée. Ma mère va pourtant très bien, il paraît. Peut être que c'est ça qui m'angoisse.  Une mère morte, cela pourrait me laisser espérer que tout serait plus beau si elle était encore là.  Elle est vivante et c'est sans espoir.
 Voilà, c'est terminé.  Le vent, les papiers qui volent, ma main gelée, les rats qui filent dans le caniveau, je quitte le navire, mon cul sur le trottoir. Le chien, yeux jaunes, tête penchée, gémit en ahanant, avec comme une interrogation dans la fin de sa plainte, cette cassure dans son murmure: le dernier bruit du monde.

 

18:55 Publié dans Angor | Lien permanent | Envoyer cette note

25 mars 2008

Ca ressemble à une comptine.

Le cercle de famille rétréci à grands cris, rétréci à ma seule descendance. C'est peu pour faire une ronde, et moi je tourne en rond.

Il me faudrait admettre pourtant, la chance encore ...? le ridicule d'une si vieille orpheline, le banal d'une encore jeune séparée, le  quelconque d'une utérine avortée, le falot de l'éloignement amical, stupéfaite portant d'être vidée de tout ce qui doit faire substance.

Les pas autour du marbre ne me rappellent rien.

Mon sommeil plus léger qu'une idiote hypothèse,

des certitudes collantes aux doigts, secoués, dont on ne se débarrasse pas,

des espoirs à chaque fin de cauchemar, en coda.

Chaque fois que je me surprends à vouloir, je me constate un haussement d'épaule, comme un gosse qu'on sort du jeu, qui joue à ça n'a pas d'importance, je m'en fous, rompue au rebattu de mon absence sur tant de photos,

même celles où je pose.

Il ne reste pas grand-chose quand il ne reste que la fierté. 



 

18 mars 2008

Extractions

Avril 1310


  Eliabel entend les hurlements de la femme avant même d'atteindre la barrière. C'est le mari qui ouvre. Il dit "Je crois que ça a commencé."
- Avez vous détaché les vaches ?
- Non, dit il en reculant. Et il se frappe le front.
- Faudra pas pleurer si le cordon s'enroule sur le bébé.
Eliabel s'approche de la femme hurlante qui lui tend les bras, elle renifle son haleine.
- Ton mari te bat ?
- Des fois, des fois....mais je le mérite toujours.
Ce sera un accouchement difficile. Elle a le bassin si étroit.
Elle lui fait boire la poudre de matrice de lièvre.  Le col n'est pas dilaté. Elle met du poivre à ses narines, pour la faire éternuer.
- Tu n'as pas une fille de ferme pour t'adosser ? C'est la grosse Louise qui vient. Elle la soutient par le bras, elle a des haut le coeur mais elle se retiendra.
Eliabel s'enduit les mains d'huile de violette et de laurier, elle entre sa main dans la femme et repousse le bébé. Il faut qu'il se positionne.
Ca hurle longtemps.
f9696edc2c8ae59aa6dd1b4471b6e27e.jpg Et le bébé sort, il crie, il est vaillant. C'est un mâle. Le père, là bas, dit que c'est bien. Qu'on l'appelera Philippe comme notre beau Roi. Eliabel nettoie les glaires du bébé avec un mélange de rose pillée, de miel et de sel et coupe le cordon à quatre centimètres du nombril, été printemps automne hiver.
Elle rentre à nouveau dans la mère qui ne réagit pas vraiment, à la recherche de la secondine. Il faudra la brûler. Le père est fier. Il dit qu'elle peut prendre le cordon. Séché, il se vendra bien à quelque templier.  C'est un puissant philtre d'amour.
On lui offre le vin, une volaille et son bouillon, puisque mère et fils sont saufs.
Ha non.
La mère, non.

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  juin 1976

Nous habitions un rez de chaussée. Il y avait un balcon qui donnait dans le salon. Mon père faisait la sieste, juste après le repas de midi, reprendre quelques forces avant de repartir au chantier. Il a entendu que ça miaulait, là-dessous. Une chatte avait laissé ses cinq nouveaux nés sous notre canapé. Ma mère a trouvé ça immonde, mon père a trouvé ça mignon. Je trouvais le chat blanc plus joli que les autres, je l'ai pris dans mes bras. Quelque chose a fondu sur moi, que je connaissais pas.  Le chat c'était tendre, ça sentait bon. Chaud et vivant.  Mon père a pris les autres chatons, dans un sac. Il a dit qu'il irait les noyer. Pas devant nous, mais j'entendais tout. Ma mère a dit "Et lui ?" en parlant de celui qui têtait ma main.
  Mon père est venu vers moi. Je l'ai regardé comme ça. 
Il a tapé du poing sur la table, je crois bien que c'est la seule fois. Il a dit "Celui là, elle le garde"

Dans l'après midi, la mère des chats est revenue, elle a surgi de dessous le canapé, blessée, folle. Je ne comprenais pas.

Mon père est rentré, il a sorti le sac. Les chats étaient vivants. Il n'avait pas pu, mon père. Ma mère a trouvé ça idiot. J'ai trouvé ça merveilleux. La chatte était là, devant notre grillage. Mon père a laissé sortir les chatons. Ils sont partis tout groggy vers leur mère qui nous regardait fixement. Elle ne s'en allait pas. Je me souviens de ses yeux doux, sûrs, déterminés. Je ne connaissais pas ce regard là.

  Elle ne partait donc pas. Mon père m'a dit : "Il faut que tu lui rendes son bébé."
  A mon père toujours, j'obéissais.
Le chaton blanc a quitté ma poitrine, c'était tout mouillé sur ma robe. Je sentais comme un vide, et c'était tout froid.

La chatte a disparu, ses petits dans la gueule.

Mon père m'a dit: "Tu en auras un autre" et il a tapoté ma main.

J'ai dit oui, mais je savais déjà que ce ne serait plus possible. Il n'y en aurait pas d'autre.

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Ma mère a dit qu'il fallait laver ma robe.
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  Février 2008


Madame T entre dans la pharmacie. Elle achète un test de grossesse. Les pharmaciennes sourient largement, tellement tout ça c'est magnifique. Mme T est mariée, déjà mère. Elle approche de la quarantaine mais on dirait qu'elle s'en éloigne, lui dit souvent son mari, ainsi que son coiffeur.  Mme T se compose une mine, elle joue à l'impatiente ravie.
Elle regarde les deux lignes roses, elle sent la panique monter. Mme T. se dit qu'autour d'elle, tout le monde est "Pour" l'avortement. Mais il sera toujours contre le sien.
 Le médecin dit: "Les tests sanguins le confirment, j'ai une excellente nouvelle pour vous"
Alors, elle ose timidement dire qu'elle a entendu parler d'une pilule abortive. Il dit Ha oui l'ivg maison. Sa voix devient froide, métallique. Il explique le délai légal, il tend les papiers. Il dit tout de même et la pilule du lendemain ?
Elle voudrait dire qu'elle se sent tellement inhabitée le plus souvent, qu'elle ne se sent pas la maison idéale pour faire le nid d'un autre enfant.  Elle n'ose pas lui parler de la fatigue immense de la responsabilité, de la peur, de la difficulté de vivre, de la présence qu'il faut donner quand on est si absente à soi-même,  de la tragédie d'être mère, chaque instant, et de devoir toujours le taire. Qu'un enfant pour elle, c'est une histoire qu'on se raconte avant pour s'habituer, que la bonne surprise, elle ne se fait pas à l'idée. Mais vous êtes déjà mère, aurait-il répliqué.
Elle aurait répondu qu'on n'est pas la même mère pour chacun. Que chaque fois, ça se réinvente. Que si l'amour s'agrandit à chaque enfant, la peur aussi augmente. Quand elle voulait un enfant, personne ne se posait de question. Tout était légitime, magnifique, une évidence. Pourtant, rien n'est plus trouble qu'un désir d'enfant...Mais il ne demande rien. C'est dommage, elle aurait aimé qu'on valide, qu'on lui dise qu'elle avait ce droit-là. Il tend l'ordonnance, sans la regarder. Un sourire maîtrisé. Dans la salle d'attente, il y a écrit " Mon ventre m'appartient". Oui, mais pas le sien.

bbd3ea645caff7e791c26dc0a90e90e8.jpg Elle sort. Elle se sent ignoble, coupable de génocide par anticipation.

Il dit dans son dos "Parlez en à votre mari, tout de même, il a son mot à dire."

Il faut qu'elle trouve quelque chose qui le frappe. Quelque chose qui lui rabatte la certitude, qui le fasse taire. Il faut qu'elle se venge de ce qu'il a injecté.




- Non, tout comme vous, Docteur, mon mari n'a rien à dire, car cet enfant n'est pas de lui.

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Sculptures: Ron Mueck. 

17 mars 2008

J'ai pas de titre

Je savais que je venais d'ailleurs, dans une histoire à part coupée aux ciseaux. Je choisis les plus rouillés, les pièces métalliques soudées à ma robe. Il y a cette fille derrière avec un mince filet de voix, elle est plutôt de bois. Il m'a fallu un bon moment avant de parler avec ces deux voix. il m'a fallu un bon moment pour savoir marcher sur deux pieds chacun allant en sens contraire.

Je sais à peu près ce qu'il faut voir pour avoir l'air d'y être. J'enfile chaque jour mon manteau de côtes, ma clavicule, je colle mon oreille sur le côté de ma tête. Ma gorge s'enfle de colère. Un goître, un oedème, rien que ça. Mon coeur en ce moment, c'est comme un trou de la taille d'un sesterce. Je ne sais pas pourquoi j'écris sesterce. Sans doute parce que ça a un prix.

Je rencontre des difficultés avec le langage parlé. Je n'ai jamais tant écrit.  J'ai des accrocs dans ma langue maternelle. Je me surprends à penser en anglais ces derniers temps. Autant dire que j'élabore pas bien loin. Je n'ai jamais tant écouté d'instrumentaux. Parler, ça me dit vraiment plus rien.  Les mots sont emballés-serrés là dedans. Je n'aime plus les savoir dehors. J'accorde tant de pouvoir aux mots. C'est sans doute la raison pour laquelle il me semble si dur en même temps que si vain  de porter mes paroles.

 

14 mars 2008

C.V, profession de foi, et autres tralalas

Je ne crois en rien de ce que je construis ou que je possède, même à crédits. Je ne crois pas en l'entreprise, ni au succés, ni aux effets consolateurs de la réussite sociale.

Je crois au bleu froid des couloirs du Centre L. où mon père est mort dans le service du professeur X, un trou au dessus du coeur.

Cette foi ne tient pas à un acte volontaire, ce n'est pas une pensée mûrie, une fine analyse synthétisant des lectures variées; ce n'est pas même un ressenti profond. C'est comme ça. Père, tu es l'absolu avec lequel j'ai couru  toute ma vie, contre lequel il me fallait lutter. Après tes funérailles, il me semble lutter plus fort, courir encore.

Je me promène gentiment, et plutôt optimiste, quand tout à coup (hahaha) habilement planqué dans le décor, le découragement surgit.

Je l'ai longtemps confondu avec mon surmoi. C'est dire combien je me sentais coupable...mais comme le dit quelqu'un que j'aime, "La culpabilité, ça me fait rire, hop hop je me sens coupable, hop hop, je m'auto-absous, allons-y gaîment"  

Eh bien non, c'est juste le découragement qui surgit. L'enfoiré avec son croc en jambe.

Un sentiment traîne dans ma tête comme un papier gras. Un chant monte à la surface de ce qui constitue donc ton héritage, papa, pour crever comme une bulle, sans bruit fracassant, sans orchestre symphonique. Ca crève pourtant.  Je cours sur place en brassant de l'air et croyant échapper à ce qui me poursuit.

Je continue,  sans courage et sans lâcheté exceptionnelles. Je continue. C'est tout. 

Je peux déchirer mon coeur pour t'en donner, si tu en manques, je peux tout déchirer pour quelqu'un qui ose me sortir du tapis, pour quelqu'un qui ne demande pas à ce que je reste dans mon périmètre. Pour quelqu'un qui se branle de la distance de proxémie.

Ce qui contredit complètement ce que je dis plus haut, certes, certes,( je m'enfonce moi-même le nez dans mes contradictions, souvent. C'est un bénéfice secondaire de la névrose, tes préoccupations te donnent l'illusion que tu es occupé.) Mais en fait, ça ne contredit rien.

Je fais tout ça. 

Mais en vieille, quoi. C'est à dire que je le fais en sachant que je ne le demande qu'à moi-même, que je le fais pour la beauté du geste, que je le fais en connaissance de cause toujours,  que je le fais juste,

parce que sinon,  sans faire semblant d'y croire, c'est emmerdant.