« 2009-02 | Page d'accueil | 2009-04 »

nobody knows but Jesus

JC3-1.jpg

Photo prêtée par Phasme

 

Petite, je voulais croire à Jésus Christ, j'avais mis un autocollant , une image pieuse derrière les double rideaux . (J'étais juive, c'est pour ça.) J'avais cru comprendre que ça se faisait pas chez nous, alors c'était ma cachette. Je voulais pas vexer mes parents qui l'auraient mal pris tout mécréants qu'ils soient. Mais c'était plus facile pour moi de croire en Jésus qu'en un dieu dont on ne me parlait pas. J'avais une copine qui faisait le catéchisme, avec une fine croix d'or sur son cou blanc, une blonde aux yeux purs, très croyante, tendance tout le monde fait comme il veut mais perso j'aime pas trop les juifs, qui sont riches et radins, les noirs qui sont noirs, et les arabes alors là, ça me fait un peu vomir. Elle était vraiment offusquée que je sois pas baptisée, tendance pauvre fille la main de Djézus à toi elle t'a pas touchée, nananère. Je brûlais de lui dire que moi j'étais Elue, bisque bisque rage, mais j'osais pas. J'ai toujours trouvé ça super prétentieux quand même,ce coup de peuple élu au suffrage individuel de dieu. Elle me parlait de Jesus Christ, sa vie son oeuvre, elle m'emmenait à l'église; les cierges, l'hostie, les peintures, les communions, les chants en latin, les mendiants à la sortie, je trouvais ça joli comme la petite maison dans la prairie, sauf que chez les Ingalls, c'est un Révérend, mais j'allais pas chipoter. La synagogue, moi je ne l'avais vue qu'une fois, et il y avait tant de bruit dedans, tant de prières psalmodiées, si peu d'images, et trop de Loi...Alors, cette pauvre conne blonde avait décidé de me convertir, elle se prenait pour Saül de Tarse, un peu. Elle m'a filé un auto-collant de Jésus Christ, et j'allais le reluquer en cachette derrière les double rideaux. Elle me demandait aussi si je me touchais là où c'était interdit, la missionnaire, mais là, j'avais su quoi répondre, j'avais dit: "C'est même pas interdit, on a le droit de le faire, je te signale. C'est écrit dans OK Magazine."
Alors, j'aimais bien Jésus Christ, sa maigreur, son sang séché, sa tête de martyr, son paréo hippie, et surtout cette idée que je pouvais tout lui confier dans ma tête derrière les double rideaux sans dire des prières qu'il fallait connaître par coeur, ca me plaisait bien. Cette période de Christianisme intense et secret, tendance soeur Léonella, a duré quelques semaines, et puis j'ai déchiré Jésus Christ de la tapisserie à rosaces. J'avais découvert James Dean, sa maigreur, son rictus de teddy boy, sa tête de bissexuel, son blue jean: ça me plaisait. A mort. J'avais fait un journal, chaque page commençait par "Cher Jimmy," et se terminait par " A demain pour de nouvelles mésaventures"...Et puis je me rappelle , un jour, j'étais allongée sur mon lit, j'écrivais dans mon journal à Jimmy que je voulais acheter une plantation dans le sud de la Caroline et rencontrer le leader d'un Punk band, comme ça, je cultiverais le tabac (camel gratoss !!) et il offenserait la Nation. Ce serait le bonheur. Et mon père est rentré dans la chambre, il m'a dit "T'écris encore à James dean..." et j'ai fait "ghmmmxlmmm ?!?" et il m'a dit :"Jésus Christ, James Dean...ma fille, pourquoi tu t'intéresses qu'à des hommes morts...?"

R.A.S.

Tu te tournes vers moi pour dire quoi pour dire quoi...Je peux te parler des vomissures du temps, des nuages à plat ventre, du froid des oripeaux. Je peux te montrer un sein, un ventre, un genou pour trouver ma claire réplique, te montrer le passage. Je peux te chanter la nue hélicoïdale, la coupole elliptique, le frémissement languissant et sûrement ovoïde. Parce que tu sais, je n'ai rien à te dire à part des conneries de mots et de la syntaxe charnue dont tu te fous parce que tu n'écoutes rien de ce qui ne parle pas de toi. Tu n'entends rien de ce qui n'est pas le désir de toi, le besoin de toi, le dégoût de toi. T'es ta propre statue et si je me mets à te le dire, tu vas prendre un temps onctueux, fondant, suspendu pour me convaincre que je me trompe. J'ai reçu tes lettres, j'ai traduit les codes, ça m'occupe, j'ai fini tous mes livres. Tu dis et dédis l'errance et le monologue intérieur. Je ne supporte plus rien de la communication. Le dialogue n'aura pas lieu, ni espace. Ever.

"Celui-là
qui se voudrait
que je voudrais
celui-là
ne s'évadera
que de ma dépouille"
R. Melik

 


Langue morte


Chaque inconnu qu'on aime il faut bien lui trouver un nom puisqu'il n'y a pas deux cent et quelques mots comme chez les esquimaux pour désigner la neige. Il y a un pont couvert, je l'ai traversé, en Ecosse. Une fois traversé j'ai vu écrit en anglais danger ne pas traverser. C'était trop tard. J'ai vu quelques églises où j'ai pensé à toi. Ca n'avait aucun sens, bien sûr. J'aurais aimé faire cette promenade en bateau mais on m'a dit en italien seulement en été, on m'a dit ça.
Le bar est au bout de la rue et je demande un truc en mauvais hollandais. Je sors un papier et un crayon pour avoir quelque chose à faire parce que je ne fume plus maintenant. La fenêtre de mon hôtel est un petit oeil; et au loin la mer est presque noire, mer domestique dans des canaux.
Il pleut à nouveau et à dire vrai, il n'a jamais cessé de pleuvoir. Il y a une fille blonde plutôt belle ou bien une belle plutôt blonde qui est, je crois, la seule à remarquer mes cheveux sombres ou ma solitude, et aimerait lire ce que j'écris, mais je n'écris rien; je fais des ronds des ronds comme des bulles. J'aurai quarante ans dans un bar d'Amsterdam, avec des souvenirs pas légers, des pensées pas paisibles. Je ne confonds pas la passion de la vie et la facilité à la joie. Je ne confonds pas l'absence de larmes et le deuil rapide. J'ai beaucoup d'orgueil et beaucoup de mémoire. Papa, tu n'en reviendrais pas de voir combien j'ai changé. Ne viens pas me voir dans ma prison. C'est terrible, personne ne sait rien de toi.




podcast

it's a long way to the top if you wanna rock'n roll ( sans façon)


"Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles
Qui s'extasient devant le terrier d'un lapin
Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile ;
Elle n'a aucun message à transmettre aux humains. "

(M.H)

Mais qu'est ce que tu fais il m'a dit, qu'est ce que tu fais de tes journées, toute seule sans personne, puisque tu bouges pas, tu fais rien, je veux dire heu..tu peux pas bouger, tu peux rien faire ?
Ca avait l'air de drôlement l'inquiéter, beaucoup. Il y a des gens , ils supportent pas ceux qui ne font pas un jogging par semaine, ou qui ne vont pas au resto entre amis une fois tous les quinze jours, pour se parler de leur taf ou de leur blog. Ils pensent que c'est le symptôme radical d'une profonde et inextricable dépression et à les voir faire un pas de recul comme ça, on croirait qu'ils pensent que ça s'attrape.
Je lui ai dit que je m'ennuyais pas plus que d'habitude, je ne m'ennuie même jamais, c'est juste que ma vie ne me fait pas beaucoup d'effet. Des fois, pour me rappeler mon corps, j'ai mal. C'est un bel alibi, la souffrance pour  renifler son propre épiderme. (chez les sémites surtout) Avant ça, j'ai essayé le désir puissant de braise et la libido inépuisable et je dois dire que j'étais pas mal douée dans le genre inépuisable puissante de braise, le corps avide et le cheveu dénoué,  mais ça finit par faire mal à la tête ( la tête à qui ? haha...) et tout passe tout lasse (qui ? ) Etre dans l'avoir ou ne pas avoir d'être ? (non... là , je déconne)

- Etendue je parfile, je lui ai dit, l'or et l'argent de mes armures que je croyais peroxydées, je fais le vide de sens du tout pour en arriver à l'essence du rien, et ...je tiens le cou(p)*

- Ca veut dire quoi ?

- Absolument rien.

Sinon le soleil est revenu, le printemps bourgeonne, le monde est vaste, mais il est si petit comparé à l'immensité de la connerie intersidérale des poètes engagés du vingt et unième siècle,  et les montagnes ont des cimes hautes et parfois enneigées, ça dépend en fait.  Le ciel a repris ses aises,  sa couleur de curaçao, 
... et je n'en ai strictement rien à cirer. (la routine)

 

 

 

* Lacan, je t'emmerde.

Suck my kiss, put me in your suitcase, give it away, you dont love me yet, come back and stay, we both go down together et plus si affinités (extrait d'un carnet vert)

Je confonds le courage et la colère, le désir et la revendication. Je ne veux pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir couché avec mais  ce carnet c'est comme un retour à la maison, l'écriture intérieure, qui ne cherche pas d'interlocuteur.

Je ne savais plus où donner de la tête,  où porter mon coeur, vers où tourner mon ...non rien.

alors j'ai fabriqué une grosse boule sur ma putain de colonne vertébrale.

Je te garderai, toi, comme seul et véritable cadeau. Je suis encore inapte, regarde-moi, enserrée dans la minerve, la trachée bientôt ouverte, j'ai peur j'ai peur j'ai peur de perdre ma voix. je sais c'est pathétique, je ne suis pas Maria Carrey (Dieu m'en garde), mais bon. Je ne suis que sous le choc encore, parfois l'oubli, le coup de massue de mon silence, les ondes alphanégatives de la familiale pathologie. De deuil, il n'y a pas eu. je suis encore inapte, infinie, mal terminée , mère d'un fils pourtant. Je ne suis que nuisible, mère-cafard qui met le bourdon qui pique la mouche. Une mante-euse (Salut Jacques)

L'intelligence, le savoir, les prouesses de l'esprit, les 17/20 en composition plastique, ça ne sert à rien pour vivre. je le sais, moi. J'ai besoin de moi pour vivre et je veuxm'emporter un peu plus loin. Mais comme je vous trouve tous ridicules, excusez-moi, quand vous savez tout et comment être, et comment faire, et comment dire, et comment rétablir l'équilibre dont je me fous comme c'est même pas permis d'imaginer. Vous savez, nul doute, et vous trépignez de temps en temps, en vous croyant super détachés du bulbe. Je dis rien parce que j'ai pas de solution, j'ai que des emmerdes, mais j'ai pas envie d'être comme ça, et même pardon de ma franchise, je me fous un peu de vous, souvent, j'ai pas envie d'être pareille. Pas envie de me donner toute l'importance que vous vous filez, en baissant les yeux genre plein de modestie et de recul. C'est con, hein, ce serait sans doute mieux pour mon "équilibre"  "mon chemin" et autres foutaises salomesques, mais c'est pas possible, c'est juste pas possible pour moi. Je ne suis rien et ça me va mieux qu'une tunique antik batik. Y a pas photo. Je veux juste ton bras ici, là où j'ai mal, un poids au point de douleur. Ta main sur mon épaule chabadabada.  Comme les rages de dents soulagées par un coup de poing dans la gueule.

Tous ces mots qu'on m'a dit sur mon unicité, sur comme j'étais vraiment, et comme je représentais tellement, et comme c'était pas pareil que. Si tu savais comme j'y ai jamais cru. j'ai bien fait semblant. J'ai collé au délire de l'autre, jusqu'à y adhérer, tellement l'humain est avide de foi quand il est trop conscient du manque.

Toutes les notes