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Let me devenir the shadow de ton chien
12:37 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Si vous avez peur
Des fois, avec mon copain Nicolas, on fait de la musique de drogués dans des studios blafards, situés dans des ruelles étroites de capitales nordiques. On se dit, en sirotant du sang de hase avec un soupçon de vodka au rhum, que les phobies ne sont que des symptômes, que les répondeurs ne sont, au final, que des questions, que les absences sont les meilleures réponses, et aussi que putain la vache tu devrais le chauffer ton studio.
et après on écoute :
Ensuite, on mange des kebab niçois et on se dispute pour savoir si l'angine du petit dernier, ça se soigne aux antibiotiques ou à l'huile essentielle homéopathique.
On est trop un groupe underground, quoi.
20:02 Lien permanent | Envoyer cette note
en fait (puisque tu veux que je te dise)
07:46 Publié dans comic streap | Lien permanent | Envoyer cette note
Automne Français: l'île des damnés un peu cons.
Je crois que le moment s'approche dangereusement.
On manifeste le dimanche pour ne gêner personne, parce que faut pas se plaindre vu que c'est pire ailleurs, on se guignolise pour dire que quand même c'est la fête, puisqu'on règle encore sa facture d'electricité. Heureux veinards. Hein, ne vous inquiétez pas, on le sait toute la chaaaaance qu'on a quand même. On demande la honte au bec, on revendique en respectant scrupuleusement les règles de la proxémie. On dit je comprends mais. On calligraphie respectueusement vôtre pour se prouver combien on est poli, juste avant de signer une motion. On croit naïvement aux nécessaires restrictions de budget, puisque regarde, en Roumanie, ça marche. On est tout gêné de désirer le meilleur, et le bon. Le temps et le plaisir. Le sujet avant la fonction. La force des mots a elle aussi chuté en bourse. Elle ne pèse plus qu'un kilo de plumes, aphasique, depuis que la télé gueule en dolby stéréo. Oui, le monde est plus fort que moi. Mais j'ai quand même envie de lui péter la gueule.
08:23 Lien permanent | Envoyer cette note
Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te fasse sauf si c'est lui qui commence.
Parfois, je mets ma tête dans mes mains, le front plaqué contre mes mains, après avoir jeté par terre ce qui encombrait la table sur laquelle reposeront mes genoux de bras, (figure de style) d'un geste tempêtueux et quasi-gérarddepardien, et les souvenirs affluent comme une colonie de proteus dans un tube intestinal. Je me vois, encore jeune et quand même belle, merde, attendant mes amis toujours en retard, parce que moi -jamais-, dans le froid et la nuit, les mains enfouies dans les poches de mon manteau en daim qui n'a pas de poches, dans un mouvement napoléonien et un peu ridicule; et les voitures... passent, et les klaxons... résonnent, assourdissants, et les gens,... les anonymes qui sont-ils ? Vers -z-où marchent-ils ? Pourquoi ?..etc etc etc..(voir notes précédentes) et cette colère sourde, ce trépignement hargneux malgré mon calme apparent, mon stoïcisme de façade, parce que j'attends et que je trouve ça dégueulasse, les gens qui font attendre. C'est humiliant.
Et je me dis "encore cinq minutes et je me casse", et un jeune à casquette me dit vous et me demande une clope et je dis "non, j'ai pas" et je me sens coupable alors que je fume même plus, parce qu'il me demande ça comme si je fumais, d'emblée, et qu'il fait cette espèce de moue genre incrédule et qu'il n'en pense pas moins, comme quoi je suis une grosse radine tabagique qui n'aime pas les jeunes. Et je me dis si tu te sens coupable c'est qu'au fond, tu as de mauvaises pensées, enfant de Satan ! et je me secoue le judéo-chrétien d'un mouvement d'épaules. Je hais les retardataires. Je me dis c'est fini, je les verrai plus jamais. Croix dessus. Dix de perdus, ça fait juste un total de 247 à la fin, de toutes façons on est toujours tout seul. (voir notes précédentes) Quand j'attends, je me sens perdue, abandonnée, merdique. Je pense que c'est parce qu'un jour, on m'a oubliée à l'école. Ma mère est allée chercher tout le monde, mon frère, ma soeur, les enfants des voisins... mais moi, non. Sympa comme acte manqué. Fondateur. Et ensuite le téléphone sonne, et je vois le numéro d'un de ses prétendus-amis s'afficher en faisant une sonnerie dont j'ai honte, mais je sais pas changer les sonneries sur les portables, moi, j'ai autre chose à faire, je dois poser mes mains sur mon front, déjà...et j'ai envie de jeter le portable contre la fontaine pourrie de la place, parce que les gens qui - EN PLUS- appellent pour dire "On est en retard, (bruits de VIE) hahaha (rires MOQUEURS)..ouais on arrive, hein..." pour bien te signifier qu'ils savent très bien, que toi, tu attends comme une merde abandonnée, pendant qu'eux cherchent une place, ensemble, et tout à coup se rappellent que tu attends comme on pense à pas oublier le pain, ils se rappellent de toi comme on oublie sa baguette. Voilà. Je trouve ça dégueulasse et égoïste. Mais bon, je me rappelle que j'ai encore plein de forfait et que, quand même, ils m'ont aidée à déménager une fois . Alors je décroche (même si un téléphone portable ne se décroche pas mais bon, c'est pour la fluidité de mon récit à suspense) et j'entends: "Mais putain mais qu'est-ce que tu fous ? Ca fait une heure qu'on t'attend, y a même Y. qui voulait appeler l'hôpital mais bon maintenant c'est plus la peine hein, on a fini..."
Et la tête entre mes pieds de bras,(figure de style) dans la cuisine, pendant qu'autour bruit la vie, que mes casseroles me toisent, que mon balai, ce cynique, hoche le manche, et que le vide-ordure couine méchamment, je me rappelle que je confonds toujours Place aux Herbes et l'autre, là. Je me sens un peu apatride, comme Marina Tsetaieva, un peu amputée comme Arthur Rimbaud et un peu con, comme un [lien] dans un chat de blogitexpress.
21:46 Lien permanent | Envoyer cette note
le kantisme a les mains pures mais il n'a pas de mains. (et vice et versa)
absolument dingue comme je bosse, et ce n'est pas fini. Encore quelques semaines, quelques semaines et ce sera fini. De temps en temps je vais lire mon gourou. Mon gourou fait des séminaires. Il dit que<< -Le S entendu aussi bien comme le Es de Freud, ça sous forme interrogative. Le S quand il s’articule " est-ce ?" Le sujet essaie de se reconstituer, de s’authentifier, de se rejoindre dans la demande portée vers l’Autre. Le quotient que le sujet cherche à atteindre …reste ici suspendu…au niveau de l’Autre, de l’apparition de ce reste. Quotient et reste demeurent en présence, et comme suppléant du signifiant manquant surgit « cet élément imaginaire [a] >>(-->ça veut dire qu'on est foutus, je crois, si on sait pas diviser des nombres à virgule et que a n'existe pas, cet enfant de salaud.) Il dit aussi que les souvenirs d'enfance c'est affreux et je réponds toi-même. N'empêche qu'il a tout dit. Franchement, je suis étonnée. Je dois dire que je me souviens de tous mes copains de maternelle , et mes compagnons de jeux de ma cour d'immeuble, et les cheveux roux de Blaise I, de tous ces jeux abominables qui m'ont traumatisée, quand Serge C. voulait que je vienne le rejoindre dans la cave, et l'espèce de pédophile de l'ascenceur, de ces relations affreuses auxquelles je ne pigeais rien. Tu la causes ? j'te cause plus. Faut plus lui causer sinon je te cause plus. Alors que j'ai du mal, je dois bien l'avouer, à me rappeler la tronche, voire le prénom de mon premier amant. Ni du dernier. Franchement, la psychanalyse a de beaux jours devant elle, encore. Et il faut assassiner notre enfant intérieur avant qu'il nous assassine, en fait. Sinon, je trouve que le Mac est une merveilleuse invention. C'est trop la classe quand les "autres" vont faire nettoyer leur disque et enlever leur spymachin, et changer leur lecteur DVD. Moi je dis "J'ai un Mac, je suis au-dessus de ces contingences" et en plus j'ai enfin compris comment mettre le marque page à gauche, (je mets tout à gauche, je résiste.) Je te dis pas comme j'exulte. En plus j'adore mes documents word avec des tableaux trop la classe et des petits points qui se mettent tout seuls quand tu vas à la ligne.
Alors je bosse, je fais plein de trucs absolument très beaux, des dossiers, des bilans, des analyses très fines , et je copie-colle rien sur Internet, moi ! Tout ça sort de ma tête, mes amis. Je pense franchement que je me suis gâchée toutes ces années car je constate un fait indéniable: j'ai une intelligence supérieure. Ou alors comme j'ai rien foutu avant, peut-être, toute mon intelligence non utilisée était stockée, bien au frais dans une sorte de réfrigérateur interne, et se répand, fraîche, pertinente et fonctionnelle comme un déodorant 24 heures. Alors, on me dit "mais c'est dingue la capacité de travail que tu as, et le nombre d'idées que tu as" et je réponds "Oui ?" et je souris modestement. Il y aussi mes cheveux que j'aime particulièrement ces derniers temps: ils sont démélés tout le temps. Il est fini, le temps des noeuds borroméens de la tignasse. J'ai la chevelure lisse et brillante, car j'utilise un shampoing aux kera-protéines qui se fixent à la kératine du cheveu, "précisément là où il le faut" (comment savent-elles ? Les protéines anticipent ? Voient-elles ? Pensent-elles ? M'aiment-elles ?) m'a dit la vendeuse de la para-pharmacie avant de me conseiller une crème à 27 euros avec des algues bleues pour atténuer les marques du temps sur mon front. Alors je vais peut-être me refaire une frange.
Et sinon, la maîtresse de mon fils m'a convoquée parce que mon fils est vivant. Je suis très emmerdée. Elle me dit " Il se lève et veut parler à ses copains en classe" J'avais envie de lui dire "Prosterne-toi car tu as dans ta classe un enfant exceptionnel issue d'une mère qui a beaucoup souffert, et dont l'intelligence supérieure va te foudroyer ! Mon fils est beau, mon fils est généreux, mon fils est un esprit libre, mon fils est un être sociable et j'en suis la première étonnée", mais en fait je vais rien dire, je crois. Parce que mon fils ne veut pas que "je me mêle de ses affaires", il a dit, à table, comme ça."C'et pas la peine, c'est mes affaires. Point final." Donc, je dirai rien, je ferai "Holala faîtes au mieux, j'ai toute confiance en l'institution..."et je lui demanderai si elle connaît ce magnifique shampoing aux kera-protéines quand, ça ne loupera pas, elle me demandera comment je fais pour avoir une telle houppelande de lissitude chamoirée. Si elle me demande rien, je le glisserai dans la conversation, je trouverai un moyen, ça me fera un but d'entretien. Je fais tout le temps ça quand j'ai pas envie d'aller quelque part ni de parler avec quelqu'un mais que je suis obligée, car il faut entretenir des relations avec ses prochains à droite en face du couloir. Je me donne "un but de mot" à placer dans la conversation. La semaine prochaine, je me suis lancée le défi improbable de glisser "boustrophédon" à mon estheticienne lors de mon épilation maillotale. Je vous raconterai.
Tout à coup, une angoisse m'étreint, et m'envahit. Je suis en train de me voir dans dix ans, quand mon fils aura probablement ce qu'il me dira être sa première cuite (alors que ce sera peut être son troisième coma éthylique) et qu'il vomira partout dans le salon, livide en grognant "J'ai mangé des bigorneaux chez Abigaël" (c'est très poétique des bigorneaux chez Abigaël je trouve) Quelle sera ma réaction ?"Tu me déçois, Fils" "NETTOIE TON VOMI TOUT de SUITE ?""Ta première cuite ? arrosons-ça !"..pff je sais pas. Il faut que je réfléchisse, et que j'analyse. Je vais me faire un tableau sur un document word avec des points noirs automatiques, et je devrais placer " solécisme " dans notre conversation. Ca va mettre à distance l'angoisse qui me ronge chaque fois que je pense à des trucs aussi cons.
Je rêve à nouveau énormément. La dernière fois, j'ai rêvé qu'un nain de vraiment petite taille, genre la tronche du grand schtroumpf mais pas bleu, en caleçon immonde et en peignoir ouvert laissant apercevoir un ventre très rebondi, et dur et poilu et laid, pour tout dire, m'emmerdait alors que je montais dans la voiture avec mon fils. Il me harcelait, même. Je me laissais pas faire, j'étais très enervée, et je disais à mon fils de monter dans la voiture de se dépêcher, et mon fils jouait à monter devant alors que je venais de l'installer derrière, et détachait sa ceinture pour déconner;( c'est un enfant très vivant , un esprit libre )... pendant que le nain ridicule me sortait des trucs, je sais pas ce que c'était, mais qu'est-ce que ça me mettait en rogne. Je finissais par m'installer au volant et paf, le nain me dit "HAHAHA c'est moi qui ai les clefs..." en les brandissant sous mon nez, il me les avait chourravées sur le tableau de bord, ce connard de korrigan. Je prenais ma respiration pour fulminer de me les rendre tout de suite et je me suis réveillée, assise dans mon lit, furieuse, écarlate, hurlant " RENDS MOI CA LILLIPUTIEN !" Alors, autant te dire que mes voisins...
Bon voilà, j'ai raconté ma vie, je trouve qu'elle est follement colorée, et que j'analyse trop bien, même si l'absence de points noirs à la ligne ôte un peu de la méthodologie et de l'organisation dont je fais montre habituellement, et je trouve aussi que je suis très douée en hypotypose.*
* Placé !
13:36 Publié dans Journal de Mes Bords. | Lien permanent | Envoyer cette note
C'est comme ça (que je t'AIHAIIIIME- pas pu m'empêcher)

Voilà, il faudrait une gare, un peu de nuit, beaucoup de pluie. Il faudrait tout autour qu'il y ait de ce banal triste et poignant : une vieille dame qui ne parvient pas à hisser sa valise, et personne ne la voit; un couple très jeune qui ne voit plus personne, qui va nous faire un petit sur le quai; une quarantenaire qui vient d'apprendre qu'elle est foutue et qui ne sait pas comment, - comment le dire à ses enfants ? elle ne monte pas dans le train; et ce vieillard malade, la jambe perdue par l' impétigo qui s'est allongé sur un banc pour cuver; ad libidum. Il faudrait une musique qui monte et qui finit par se fracasser, batterie faussement poussive, guitares claires texture sixties, explosion de piano pendant que le train démarre, et tu vois, je suis dedans. Il te faudrait courir pour dépasser le train, un peu hagard. Il faudrait que tu t'arrêtes pour sauter à chaque fenêtre, les gestes brusques, les mains plaquées contre les vitres. Tu arrives devant ma voiture au moment où moi, je baisse la tête pour caser mon gros sac sous mes pieds. Voilà, c'est con, on s'est ratés. Et tu continues de courir, c'est fini. Et la musique se perpétue, pendant que le train est déjà vraiment loin, et je suis dedans. Ta tête en point d'interrogation, la chemise débraillée, tes yeux de loup toujours un peu cernés. Ma tête à la fenêtre, qui te devines au dernier moment, mes yeux de taupe toujours un peu voilés. C'est trop tard. Scorching solo.
Planter un décor, altérer la météo, envoyer la sono, regarder autour le drame universel pour relativiser notre drame infiniment personnel, pour se sentir moins con, et surtout moins narcissique, moins tragiquement amputé par une histoire d'amour banale et avariée, adulte et tempéré, détaché à défaut de se sentir aimé. On s'en moquait, avant, de cette posture et maintenant... Je ne sauterai pas du train en marche : mon billet n'est pas remboursé. Tu ne te rueras pas sur les rails pour arrêter celui qui m'emporte : c'est un coup à se tuer.
07:15 Lien permanent | Envoyer cette note
(je vais bien, je compte les fleurs sur le mur)
Ils disent que j'ai changé mon fusil d'épaule. Je conteste: je n'ai jamais eu d'arme, j'ai tiré sur personne, j'exècre les chasseurs, je ne me sens la proie de personne. Tout glisse. Ils disent que j'ai retourné ma veste. C'est faux. C'est juste que je vérifie si d'aventure, dans la doublure... on ne sait jamais. C'est juste que j'ai un peu froid. Ils disent que je n'ai pas changé. Pourtant j'ai vieilli , c'est la castration qui rentre (enfin..tu vois, pas vraiment )un peu sonnée d'avoir admis ce qui n'est pas l'absolu, d'avoir accepté que ça vacille, que ça se traîne, que ça batte plus, et que, oui, ça m'allège. C'est juste que l'homme que j'ai vu la dernière fois, comme il me tarde encore la prochaine. C'est juste que l'homme que j'ai vu pour la dernière fois, ce qu'il a fécondé, ni lui ni moi ne savons encore ce qu'il deviendra. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois prenait des photos de nos pieds comme si nous n'avions qu'une paire de jambes, nous deux. Il me les envoyait par la poste. Avec des mots que je connais par coeur. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois, ne va croire qu'il m'obsède, je l'intègre à la note basse qui fonde le biographique. Notre passé m'augmente. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois, je le croise presque tous les jours. Son présent me traquenarde. Il part chaque fois avec le livre que j'essaie de traduire, et trois de mes mots idiots qu'il tente d'interpréter. C'est comme si je lui attribuais le pouvoir de donner un sens à tout ce gâchis, et de tout nettoyer. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois, c'est l'histoire d'un essor pris avec la langue. Je le sais étranger mais j'ai le tort de croire qu'il me comprend encore. Et je lui en veux toujours quand je réalise que c'est moi qui ne saisis jamais rien.
19:47 Lien permanent | Envoyer cette note
automne 3 : (diagnostic -->bientôt l'hiver)
Dix mois durant lesquels :
- trois capitales: Rome, pour oublier; Berlin, pour me rendre compte, Paris pour ré-essayer.
- des semaines en Asie, ehontément luxueuses, et...sans honte aucune.
- cette semaine fantasmée depuis longtemps, d'un hôtel d'étape, en bord d'autoroute, dans l'urbain poussiéreux et anonyme; a sunset knife fight comme musique de route, parce que ça donne un élan desespéré. Je trouve que les élans sont plus intéressants comme ça. Manger des pizzas pleines de mauvais cholesterol, regarder une télé perchée trop haut vautrée dans un lit trop grand, faire semblant d'avoir un roman à écrire, discuter avec le serveur du Buffalo Grill. Apprendre qu'il est aussi veilleur de nuit. Penser aux allumeurs de reverbères. Ne pas m'attendrir. Lui dire de partir car je ne sais plus dormir avec personne. Ce sera autour de Valence ou bien ce point au milieu, Moulins.
- aller chercher mon fils à l'école à 11h30, comme une mère au foyer. L'inviter au restau. Ne pas le ramener à 13h30.
- dessiner. C'est pour ça qu'on va me payer.
- être seule, souvent. Me rendre compte à quel point j'aime ça. Jouer à ce que ça m'effraie un peu.
- te dire ce qu'on m'a dit qu'il aurait fallu ne jamais te taire.
- le regretter.
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automne 2 (moi d'octobre--> phallogocentrisme)
J'ai un métier inutile, tellement inutile qu'il va disparaître. Il plonge la plupart de mes collègues dans une dépression engluée. Je ne me suis jamais sentie triste ou desespérée par mon travail. Heureuse ou satisfaite non plus. Il ne m'a jamais atteint très longtemps. Je suis sans doute trop préoccupée par moi-même, irrémédiablement de mon époque, les mains jointes vers mon nombril, m'auto-vénérant. Je ne me suis jamais vraiment définie.
Je ne mets jamais de vernis sur les ongles. Une force inconnue m'en empêche. La force du sens du ridicule ou bien la force du sens de l'esthétique, je ne sais pas. Je n'aime pas qu'on se peigne, je n'aime pas les demi-mots, les nuances m'échappent peut-être mais surtout, elles me fatiguent. Je n'aime pas vraiment les couleurs.
J'ai de plus en plus de mal avec les compliments. J'ai de plus en plus de mal avec la compassion. J'ai de plus en plus de mal avec les rapports humains. J'ai de plus en plus de mal avec le temps des verbes. J'ai de moins en moins de mal avec la routine. Je pense que je vieillis.
La minceur me va bien, le dépouillement me va bien, tirer la gueule me va bien, le cheveu trop long me va bien. Les cils mouillés, c'est glamour. L'amertume, c'est super esthétique. Ca dessine des angles plus purs, ça fait un halo vulnérable. Ils parait qu'ils nous aiment la lèvre anxieuse, toutes meurtries, ne demandant rien, ne désirant jamais, quasi-décédées. Je sais pas, ça doit leur réveiller le transgénerationnel australopithèque. La dépression sublime nos dépouilles mortelles.
J'aime bien faire un créneau serré d'une main, en trois manoeuvres brusques et efficaces, devant trois cadres en pause clope qui viennent de me demander si j'ai besoin d'aide. On a les victoires qu'on peut.
La condition humaine, c’est une formule galvaudée. Il n’y a que des conditions à l’humanité. Disons que oui, tout le monde est mortel, mais qu’avant, c’est chacun sa merde. La condition humaine ne nous rassemble jamais.
"Toute conversation est un mur que nous élevons entre les autres et nous, et trop souvent les mots que nous utilisons ressemblent à de vieux tessons de bouteille encastrés dans un mur. De loin, quand ils reflètent le soleil, on les prend pour des pierres précieuses." J. Frame. Faces in the Water. Lorsqu'on doit se taire, lorsqu'on ne peut que se taire, lorsqu'on se sent tellement loin des autres, isolé sur sa banquise, les mots des autres nous paraissent lumineux, presqu'enviables...Tu t'approches, c'est sûr, ça attire la lumière, et tu entends le bruit d'un gargarisme. Plus près, je me souviens toujours de pourquoi je me tais.
Il y a dans l'enfance un enthousiasme, une confiance qui m'essorent le coeur. Je serai pompier, je me marierai avec Emma, j'aurai une voiture qui va vite, je sauverai l'éco-système. Je serai danseuse étoile, je chanterai des comptines au bébé, j'aurai un jean Paul & Joe, mon mari m'embrassera sur les veines des tempes. Ce serait le bonheur. Puis, arrivent les rendez-vous ratés; Emma change d'école, l'éco-système est mort, trop petite pour danser à l'Opéra, syndrome de Waardenburg, CDI à 700 euros nets, tempes fossilisées. So what ?...Toutes ces promesses que la vie ne tient pas. La fin commence très tôt.
17:05 Lien permanent | Envoyer cette note


