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26 avril 2008
Des choses que j'ai vues.
Chaque image me raconte une histoire, tranquillement tragique, calmement déchirée. Le flou, des femmes comme noyées aux portraits de marbre fêlé comme de paisibles chaos en écho,
le desespoir d'un matelas foulé, le froissé intelligible d'un drap posé, l'eau de ton regard lourde comme un secret,
l'algue verte sur un visage fatigué,
des sièges desertiques, des pays vides habités, et vice et versa, aux arbres en ombre rapportées, le fané d'une rose poudrée, et les ombres. L'arête, et la tête d'un animal mort, le quotidien fendu sous la loupe de ton viseur. Un mur de silence où défilent des aimés, j'y vois toujours des absents, enveloppés dans le pourpre, presqu'effacés, le velours d'une joue d'enfant, ta latéralité mal-assise, é-coeurée. Des passants de pluie en coulée de couleur cendrée, la clarté de l'incertitude, voilà ce qui lacère, des plis de pages cornées abîmées, des larmes d'orage, les mains tordues dans des prières païennes pour s'échapper, la mélancolie d'une laverie, l'écorchure d'un pavé, les félures d'un bitume, et les ombres,
Toutes tes images me parlent de moi.
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22 avril 2008
A 62
On s'est rencontre sur l'a62, dans les toilettes de l'aire Buzet-sur-Baïse. Il y avait du vent. Les chiottes pour hommes étaient hors service. Moi aussi. J'étais en position gardien de but sur les wc turcs, et je chantais
you're terrific when you're drunk
I like you mostly late at night
you're quite all right.
J'étais heureuse, parce que j'avais pensé au kleenex pour m'essuyer. il n'y a jamais de papier toilettes sur les aires d'autoroute, ou s'il y en a, il est rouge, épais et sec, il fait mal. Quand je suis sortie des toilettes, j'avais fini ma chanson et ma vessie vide me donnait le sentiment euphorique et vain de la liberté. Tout redevient possible et léger quand tu n'as plus envie de faire pipi. Tout redevient possible quand tu n'as plus envie tout court. C'est inutile mais c'est intéressant. Il était là, debout, et il réajustait les bretelles de son sac à dos. Il avait une barbe de deux jours, et des yeux qui en avaient vu de belles, avec des pupilles si petites que j'ai tout de suite compris qu'il venait de revoir sa soeur. ll m'a dit "C'etait beau ta chanson d'urinoir" J'ai dit oui, j'ai dit :"Cette chanson est très belle, je dois le reconnaître.", comme si je m'excusais, un peu. Il m'a regardée de haut en bas. Je trouve que c'est plus sincère, moins génant que de bas en haut. Regarder ma tête avant mon cul, je trouve que c'est une marque de respect. C'est quelque chose qui se relève. A vingt ans, tu te dis que le mec te regarde les miroirs de l'âme ou un autre truc d'un goût douteux, bref, à vingt ans, tu te racontes une histoire. Quasi vingt ans plus tard, tu te dis juste "Voilà un mec qui sait regarder poliment" Et tu te racontes rien. Ca repose. Il avait bien dix ans de moins que moi. La différence idéale. Il ne me demanderait jamais en mariage, et moi je ne tomberai jamais amoureuse de lui. Nous nous épargnerions donc des repas au restaurant pathétiques ou je lui avouerai sur le ton de la confidence, histoire de dire quelque chose, que j'avais découvert en analyse que j'étais, tiens toi bien, une boulimique qui se faisait pas vomir, ou plutôt, une anorexique, ouais, mais qui mange. Il aurait fait Ho ben ça alors s'il avait l'intention de me sauter le soir même, ou Tu paies soixante euros pour savoir ce genre de conneries ? s'il avait décidé de se tirer avant le dessert. Ca me faisait un vent frais dans les synapses, comme une liberté urinaire, une autre. Je trouvais ça merveilleux, cette chance de tout ce qu'on allait économiser puisqu'on se reverrait jamais. Je ne serais jamais condamnée à faire la conversation, animée de cet incompréhensible besoin d'être entendue. Dieu qu'il est bon d'être délivré du besoin d'être compris. Il m'épargnerait le narcissisme inhérent à l'homme le plus généreux et ouvert à l'autre, qui, dès qu'il se sent aimé, et désiré redécouvre la béatitude gonflée d'importance d'un nourrisson repu, et souvent ça me dégoûte. Tout ce qui a un rapport avec le lait et le miel me révulse. Nous allions nous épargner tant de choses. J'avais envie de le prendre dans mes bras et de lui embrasser les paupières, pour nous remercier. Je me disais tout ça pendant qu'il déboutonnait mon Aquaverde, pas trop fébrile, mais le geste sûr. C'était un joueur de saxophone, il avait la lèvre inférieure un peu aplatie. Ca rendait ses baisers insolites. Il avait le ventre dur et les gestes très lents. D'habitude, ça m'exaspère. Les hommes qui continuent de se raconter des fantasmes pendant qu'ils font l'amour m'ennuient un peu. On dirait qu'il se regardent faire. J'aime bien qu'on assume le côté pulsionnel de la sexualité, qu'on en fasse pas tout un fromage. Les couples qui ont besoin de se raconter par le menu tout ce qu'ils vont se faire, et de créer tout un décor m'épatent. Quel temps perdu. Quand j'ai faim, je mange, sans fermer les yeux pour savourer combien j'aime manger. Disons que c'est être repue qui m'intéresse, pas de faire mijoter le plat. Mais bon, là, ça allait, il ne se prenait pas pour Mickey Rourke. Il avait des gestes lents, je pense, parce qu'il bandait mou. Je ne l'ai pas pris contre moi, je ne me suis pas dit que c'était parce que j'étais pas sexy. On était au -delà des considérations Marie Claire, je crois. Il avait ses problèmes de bandaison, que veux-tu. Moi, J'avais mes problèmes de désir froid et roide. Ma faim sèche et désincarnée. On n'allait pas s'en vouloir pour si banalement peu, hein... On était fait pour s'entendre, alors on ne se parlait pas.
On a tranquillement assouvi un désir tiède et fatigué, sur une aire d'autoroute sans se prendre la tête et sans se dire qu'on vivait un truc qui nous ferait décoller tout seul quelques jours, en regardant nos lèvres un peu gonflées dans le miroir de la salle de bains, sans se la jouer fièvreux du bas ventre. Je savais que je ne me rappellerai plus son visage dans l'heure qui suivrait. Il savait que je me foutais complètement de savoir s'il aurait pu m'aimer. Ca nous rendait affables et tolérants, bienveillants, amicaux. On se rendait service sur l'autoroute, en quelque sorte. J'aurais voulu que ça dure un peu moins longtemps, parce que j'avais un peu froid aux fesses. Il aurait bien aimé que je sois plus active, mais j'ai cette habitude des filles qui ont été suffisamment désirées de pas trop me fouler, je dois dire, de me considérer comme un cadeau du simple fait de m'offrir. Avec l'âge, il va falloir que je reconsidère la question, sans doute, mais ça ne me pose pas de problèmes, en réalité. Qu'on n'y revienne pas m'arrangerait plutôt, quand bien même ce serait parce que je suis décevante de la gaudriole. Qu'on ne revienne pas à moi, je crois que ça me conviendra toujours, ça m'évite de prendre les devants et de faire pffffffff pour que l'autre commence à comprendre qu'il est temps de tailler la route.
Quand la chose a été réglée, j'ai failli dire "Merci bien. Mais là, faut que t'y ailles, hein", mais j'ai des lettres alors j'ai juste dit:"C'était très agréable. Je dois filer" Il m'a dit qu'il aurait aimé savoir mon nom. J'ai dit que je m'appelais Louise, parce que j'aime bien ce prénom. Ca n'a pas manqué. Il m'a dit "Ca te va bien" Et j'ai tapoté ma main pour me féliciter. Il s'est éloigné sur la route, il a levé son pouce, il avait encore bien des kilomètres à faire. Je suis retournée faire pipi. J'ai chanté:
Well she's all you'd ever want,
She's the kind they'd like to flaunt and take to dinner.
Well she always knows her place.
She's got style, she's got grace, She's a winner.
Il y avait un homme dehors. Un très grand, très brun, très maigre. Il avait de belles mains. Dix ans de plus à peu près. Une différence idéale. Déjà casé. Il ne me harcelerait jamais. Ca me ferait comme une vessie libérée. J'avais envie de l'embrasser à la naissance des ongles tellement ses cuticules étaient jolies, pour nous féliciter.
Il a dit "C'est joli, cette chanson ..."
05:55 Publié dans Histoires pour endormir les gnomes | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
15 avril 2008
Blablabla
J'ai encore des larmes, je croyais que tout était tari, c'est jamais fini. J'ai poussé le cynisme et le dégoût de moi jusqu'à croire que j'avais besoin de spectateurs pour pleurer, une hystérie pathétique, une mise en scène pour m'incarner. Je me trompais. J'ai jeté des chaises, j'ai frappé des murs, toujours sans hurler et pourtant j'ai des millions de cris gonflés, en attente là-dedans. Les murs avec leurs gnons, je m'en fous. Soudain, je sais que tout ce vide dans ta maison, tu en as eu autant besoin que moi. Comme une preuve que tu ne finirais rien, que tu dépasserais personne. Tu continues de me dire que tout ton toi-même n'est qu'une conséquence de mes actes, de mes silences, de mes demandes brutes, pas décapées, pas polies, ni cirées-vernies. Et je continue de te trouver parfaitement dégueulasse de ne pas prendre tes responsabilités, de me donner tant de pouvoir, quand je n'ai rien eu que la faiblesse de t'espérer. Et maintenant je pleure, en glissant contre un mur, je me tords, ça fait des bruits stupides. En secret je m'enterre. Personne ne me regarde, tu ne viendras que quand tout sera fini, tu ne comprendras rien. Je vais finir par croire que c'est mieux ainsi. Tu me verras assise ici, tu croiras que toutes ces chaises qui volaient, ce n'était rien d'autre que mon trépignement habituel, mes petits poings levés, un reste de ma jeunesse dépravée. Tu joueras à la colère contenue difficilement, mais en fait tu ne sais même pas ce que c'est que de vouloir crever de ne pas vivre assez. Je déteste le tour que prend ma rage. Va t-en vite, quand je commence à te mépriser, j'ai envie de me tuer de t'avoir aimé. Tu croyais quoi ? Qu'il y aurait toutes les belles étapes ; de la colère à l'oubli, bien rangé par ordre alphabétique ? De la rancune au symbole répugnant d'une page qui se tourne et qui signifie juste qu'on se fait baiser par un autre ? Tu croyais que j'allais dire amen, oui, ok, et peut être aussi "C'est mieux ainsi" en hochant la tête dignement ? Tu croyais que je ne t'aimerais plus comme on ne peut plus souffrir la crème vanille, écoeuré, all of a sudden ? Et que je tournerai la tête, lentement, comme dans un clip, vers la droite parce que c'est censé symboliser mon radieux avenir ? Tu croyais que j'allais continuer ma route sans nous et la trouver plus belle, de surcroît ? Non, je perds mes peaux comme je perds tous mes rêves, je pèle du coeur, je perds tous mes lambeaux de toi, et je me fais peur. Mais je sais depuis longtemps qu'on ne se relève jamais, qu'on colmate, que tout est foutu. Je te l'ai dit très vite, au tout début, ce que j'étais. J'ai rien caché. Je sais depuis toujours, que rien ne comblera la béance, que je suffirai pas. Ce qui m'emmerde, c'est de croire encore quelquefois à l'humanité, la mienne et celle des autres. Ce qui me poignarde encore, c'est ma foi. Si ta main vient pousser mes cheveux de devant mes traînées de mauvaises larmes, je vais cracher, je vais lacérer, je vais trancher. Pro perfidis judaeis. Il n'y a plus que là que tu t'agites, quand tu me vois écumer. Ca te fait peur, ça t'inquiète. Tu confonds l'amour et la peur, le sentiment et le sacrifice. Tu ne crois en rien d'autre qu'en ma colère. Ca fait de bons fidèles, c'est vrai, des unions qui durent deux mille ans, mais il y en a toujours un qui saigne des mains.

09:30 Publié dans Journal de Mes Bords. | Lien permanent | Envoyer cette note
11 avril 2008
Mes nuits sont aussi chiantes que mes jours
Je suis inhabitée, ça m'inquiète, enfin je veux dire ...je devrais m'inquiéter.
J'ai été malade il y a quelques nuits, comme jamais. En allant boire, en remontant me coucher, je me suis évanouie dans les escaliers. La première pensée que j'ai eue en reprenant mes esprits, et en palpant ma bosse a été:
"Emma Bovary."
J'ai la syncope cultivée.
J'ai passé un week end allongée sur mon lit, sans musique, sans livres, sans rien, juste étendue à avoir mal au coeur. Un coma plein de vapeurs et de questions. Quand j'ai dit ça à Truc, il m'a répondu: "C'est suuuu-per, tu t'es reposée." comme s'il avait pris deux amphéts. La capacité à occulter l'autre, à y projeter tout ce qu'on y voudrait, pour éviter de l'écouter, continue de m'esbaubir. Ma théorie de la vaine communication s'affine.
Mon asocialité regagne du terrain. C'est con, j'avais progressé. En même temps, peut être que c'était avant, que j'étais dans le vrai. J'aurais regressé quand je croyais avoir avancé...? Un peu comme celui qui traverse un champ de mines, à petits pas prudents et qui explose parce qu'il saute de joie en sortant du terrain ? Grands Dieux (= Fugue N°2 par Glenn Gould), c'est fou.
Je m'en fous, j'apprends la guitare, et il pleut. Deux alibis en or massif pour refuser de répondre au téléphone.
Je ne me vis que comme la fille de mon père ces derniers temps. Mortifère, mutique et ...endeuillée. Ca m'inquiète, enfin...je devrais m'inquiéter.
Je me couche, je touche mes os du bassin, je mets mes pieds au mur. Je considère l'espace entre les cuisses quand on les serre. On dirait un autre trou. Je fais ça tout le temps. Ensuite je me coltine à un mur, en chien de fusil, et je serre les paupières jusqu'à ce que ça s'arrête, le roulis mental. J'ai souvent froid.
Je voudrais une lumière, je m'en fous qu'elle m'éclaire. Si elle me réchauffe un peu, ça m'ira.
Ho... à la reflexion, même pas.
13:50 Publié dans "Pèse-Nerfs" | Lien permanent | Envoyer cette note
09 avril 2008
L'hiver de mes dix sept ans.
Nous avions pris d'assaut un train. Nous étions mille, au moins, cinquante selon la police. Je n'avais même pas dit à mes parents où j'allais. Nous avions nos draps déchirés, nos chansons en réserve, de bonnes chaussures, nos Assouline en tête, nos slogans A Nice on n'a pas de pavés, mais on a des galets...
Je tenais un journal du mouvement, j'y collais nos affichettes, des vieilles images dont mon père m'avait parlé; j'aurais voulu un hiver international comme ce Printemps qui avait envie de vivre autrement.
Dans les journaux, on nous traitait de sidéens mentaux. Il me semblait important d'être critiqué si méchamment. Cela nous apportait le crédit nécessaire, d'être craint. Parce que j'étais jeune, si jeune, devant tous ces leaders de 23 ans, je n'osais pas dire que je nous trouvais si polis, si civilisés, si frileux. Nous ne voulions pas changer la société, nous voulions seulement qu'on ne nous empêche pas d'y trouver notre place.
A mes yeux, ce n'était pas suffisant. Tout le monde refusait d'être récupéré. Moi, je voulais que tout devienne enfin politique.
A Tolbiac, cette nuit là, pendant qu'à Jussieu, on cassait quelques vitrines, ça sentait la pisse et le mauvais vin. Des étudiants nous ont accueilli, épuisés par toutes ces fêtes. On écoutait la radio dans un amphi aux allures de cathédrale, si différent de ma salle 105 où nous avions voté grève générale jusqu'au retrait total, en hurlant, grisés parce qu'il se passait enfin quelque chose, un élan commun.
Devaquet au piquet ! chantonnaient mes camarades. J'aurais voulu que tout prenne feu comme une guitare à Woodstock, je ne voulais pas de ces slogans scolaires. Je voulais toujours aller plus loin que le bout de notre nez, mes yeux plus gros que le ventre.
Et puis cette nuit-là, Malik est mort, un autre a perdu un oeil. Le projet a été retiré. Plus personne n'a chanté. Des files marchaient silencieusement partout en France sous la pluie, derrière un cercueil d'enfant. Maintenant, les sidéens du cerveau étaient dignes et respectueux. Abasourdis et assagis, presque fautifs.
L'Université Coca Cola, ce serait juste pour un peu plus tard.
Sous mes galets, la rage. Il me semblait, moi, que c'est là que tout aurait du commencer.
10:55 Publié dans T'es rapie et autres nombrilismes. | Lien permanent | Envoyer cette note
07 avril 2008
... les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant (R.Gary)
Hier,
Tu fermais les paupières : c’était ta ponctuation, ton point final. L’âme arrachée, des oripeaux de sentiments par terre. Tu te croyais enfin dépouillée, nue pour un nouveau départ. Tu n’avais pas vu que tu t’arrachais la chair. Tu dévalais l’escalier, les veines froides comme un fer. Tes doigts plantés dans moi, mes ongles trop fragiles dans le tendre des rampes. Il y avait l’encre d’un concerto, comme un tréfonds musical. C’était Grieg, je crois. Une limite atteinte, une nouvelle, une autre, et tu te retrouvais sur le glauque d’un parvis. Au pied de la dernière note, la rouille d’une cisaille pour éviter de dire davantage. Couper les derniers mots, préférer le silence. Dans chacun de tes murmures, moi, je voyais un horizon de miel. J’étais sûre qu’une parole me rhabillerait pour encore mille étés, toutes mes idées derrière ta tête. Tout le monde riait, s’agitait. Je te voyais feindre, ça ne m'attendrissait plus. Un rêve trop près des mots, un rêve prémonitoire. J’essayais de sortir d’un sommeil d’épouvante, de cette statue glacée que j'étais, pour modeler un visage qui me regarderait.
Tu fermais tes paupières.
Aujourd'hui,
J'attends la trahison du rythme, une de plus (J'entendais les moqueries, tu sais, je me voyais là, comme un immondice perdu, irrespirable) pour être surprise, un peu. Si peu.
J'attends l'arrêt de mort pour commencer ta vie. Je voudrais savoir l'heure, au lieu de prendre le temps. Impatiente, toujours, mais c'est parce que je sais de source sûre, moi, que nous allons crever. J'ai tellement de preuves.
Quand commence la tristesse, juste la jolie tristesse, c'est déjà que je t'oublie. Alors la peur prend le relais...Je veux garder toutes nos mémoires.
J'ai l'habitude presque altruiste. Je marque tout, parce que j'ai peur de ma violence si je garde, tout le temps. J'ai tellement de preuves.
Un geste équivoque: je cherche mon coeur comme on cherche sa gauche, en faisant le geste d'écrire.
19:45 Publié dans Journal de Mes Bords. | Lien permanent | Envoyer cette note
04 avril 2008
(Under bad influenza)*
"Ca ira mieux demain", me suis-je dit longtemps, et pas plus tard qu'hier, dans un élan de connerie. Il faut beaucoup de crédulité, et bien mal se connaître pour proférer de telles inepties. Moi dont la seule terreur est la monotonie des jours, moi qui suis capable de tout réinventer pour y croire, moi chez qui tout n'est que signe d'impatience, tourment, incohérence: en un mot "inquiétude", je peux jouer comme ça, à avoir foi "en des jours meilleurs"...?
Allons sois honnête, comment m'imaginer un instant apaisée ?
Dans la conquête, je ne connais que la perte. Il n'y a de satisfaction que dans l'espoir. La chose réalisée aura toujours ce petit goût de dépôt de bilan; avec ses trois colonnes, bénéfices nets, pertes de tout profit, et comptabilité, qui me donne envie de me tailler les veines.
Moi, le bonheur, ça me fait peur. C'est un état duquel j'ai bien trop de crainte de chuter. Je préfère anticiper, tu vois, me casser la gueule tout de suite. Je suis la punk aux ailes trop grandes pour décoller. Je suis no future, j'te signale, et bientôt without passé. Je suis la punk au blog bas et lourd, ho, si tu m' crois pas. Le bonheur c'est une promesse à ne pas tenir, le bonheur ça ressemble à un ventre tendu repu: ça donne envie de dormir, comme une dépression essentielle. C'est pas toi, le bonheur, alors qu'est ce que j'en ai à faire ? Le bonheur, ce n'est rien d'autre que ce que je regrette et c'est seulement ce que je n'attendrai plus. "Rien ne nous est plus beau qu'hier quand demain ne nous est plus un but." Et merde, aussi.
J'imaginais comme ça une histoire, tout à l'heure, celle d'un homme qui se plaint beaucoup de sa douleur. Il a mal quand il se touche ici, et puis ici, et encore plus quand il se touche là. Il n'a pas l'idée cinq minutes que sa seule fracture , c'est à l'index qu'il l'a ? Et pourquoi il se touche, d'abord ? Sentir la douleur, c'est aussi se sentir vivre. Tralala. Arrête de m'emmerder avec la sérénité retrouvée. Je ne serai jamais ton ficus, mon amour. Je fais mourir toutes les plantes.
Non tu vois, vraiment. Ca n'ira pas mieux demain. Tu peux me le dire, me le répéter, encore, et encore. Je sais, une intuition sans doute, que ce sera peut-être même pire. Et alors ? Les clefs du bonheur, (hahaha) tu ne les as pas plus que moi. C'est un mauvais feuilleton sur M6. Tu m'as pris pour Candy, ou quoi ? Les clefs du bonheur, elles n'ouvrent rien, elles ferment tout. Et je ne les ai jamais cherchées chez toi, ni ailleurs. Ca ne m'a jamais empêché de t'aimer, alors arrête de me reprocher ce que tu ne m'as pas donné. Je ne t'ai rien demandé.
Toi tu veux la paix, pire, tu veux le bien-être. Tu ne fais aucun effort, mon vieux.
Deviens vite une algue, alors, et sois heureux.
*Oui, j'ai un rhume.
14:40 Publié dans PASTICHES | Lien permanent | Envoyer cette note

