« 2007-12 | Page d'accueil
| 2008-02 »
La lettre, Le Blog, L' arrêt de bus.
Celle-là est une lettre qu'elle n'enverra pas. Elle finira déchirée, abandonnée dans un tiroir, entre deux pages. Elle y empruntera peut être quelques phrases, quelques mots, à peine un souffle, qu'elle mettra dans une autre lettre, envoyée celle-là.
Elle aime imaginer le parcours de ses mots, de sa main à la sienne. La trajectoire, plus que le chemin, ou la destination.
Sa main dans la boîte, ses yeux qui reconnaissent le penché de l'écriture, les doigts autour de l'enveloppe, mesurant l'épaisseur, pesant le contenu, pendant qu'on monte l'escalier, le couloir rouge, la porte qui s'ouvre après les mille et uns cliquetis de clefs.
Elle imagine seulement, elle rêve peut être qu'on fait de ce moment un privilège, un rituel, un beau moment.
Otée la veste, les chaussures, la pièce s'emplit de notes. S'asseoir, allonger les jambes, déchirer l'enveloppe avec son doigt, efficace. Déployer la page, regarder la globalité des mots, chercher les poins d'interrogation pour pouvoir apparaître, tourner la page pour envisager le temps passé; c'est délicieux de désirer. De retrouver un peu de loin, de lire.
Elle aime cette idée. D'être vue alors qu'elle n'est pas là. C'est bien plus simple de dire, bien plus simple, moins terrifié, ça fait moins peur de l'écrire. Quelles images se bousculent alors ?
Celle- là est une lettre qu'elle n'enverra pas. Elle finira dans une poubelle, un blog. Elle la lira parfois pour se rappeler ce qu'elle imagine. Il ne la lira sans doute jamais, mais de toute façons, les mots, écrits ou parlés, sitôt énoncés, ne s'appartiennent déjà plus.
#
Les mots te dépassent, ils te passent bien au-dessus. Ecrire, pour écrire, pour ne rien dire, enfin...!
La trajectoire, plus que le chemin ou la destination.
Pas d'étendard, ni de message, ni même de propos.
Pendant que tu répands tes battements de coeur, tes souvenirs, tes qualités, pendant que tu te donnes à entendre, sans doute pour te rendre indispensable, pourtant, tu ne dis rien, jamais.
Souvent, j'écoute. Par génétique peur du ghetto, j'essaie à tout prix de rester, de comprendre les règles. Pardonne-moi, je ne me sens ni supérieure, ni inférieure, juste inégale.
Ici, ou là-bas.
Les mots pour me raconter, il me faudrait des heures de marche pour les toucher du doigt. Des kilomètres nous séparent. Je ne suis pas plus loin, je ne suis pas si proche. Je suis ailleurs.
J'aimerais m'atteindre, alors je fais semblant d'être un moi.
#
La première fois que je les ai vus, j'ai pensé à des poupées russes. Cette façon de se déplacer en tangage maladroit, la rondeur- dire le mot- obésité, les joues roses, l'oeil ecarquillé. Et puis ils se sont avancés, et j'ai vu qu'ils étaient vraiment trop vieux pour être des poupées, pour se donner la main comme s'ils allaient tomber.
Je les vois régulièrement sur le trajet à pied que je fais, ils descendent la côte. Je me suis dit, ils se donnent la main, parce qu'ils ont peur de trébucher. Mais la côte terminée, jusqu'à l'arrêt d'autobus, ils ont continué. C'est une métaphore qui me plaît. Il la fait s'asseoir sur le banc. Et quand c'est elle qui est assise, elle se lève pour l'aider à son tour.
Je les vois chaque matin. Ils ont une cinquantaine bien sonnée. Ils sourient un peu dans le vide, à côté. Ils ne se regardent jamais. ils attendent, assis. Parfois, il la pousse du bras, elle se penche, elle ouvre intensément la bouche; il plonge sa langue dedans. Autour d'eux, les gamins qui se dépêchent avec leurs cartables, qui font un détour pour ne pas les toucher. Des fou rires gênés, des regards étouffés.
Et puis le bus arrive. Le chauffeur dit "Alors les amoureux...?" et ils les emmènent, eux, et d'autres trisomiques, jusqu'à l'Institut.
#
J'écris un blog.
#
Hommage à Bateson et réflexions sur la métacommunication.
Hier, je n'ai pas reçu de mail d'éditeur qui me disait combien il aimait ce que je faisais, et me proposait de signer pour un bouquin pathétique qui dirait que de mon blog est née une oeuvre, et que mon quotidien tragico comique intéresserait des milliers de lecteurs.
J'ai été très touchée, reconnaissante, et soulagée et tellement reconnaissante.
Il n'a pas fait un temps pourri. Je me suis dénudée l'épaule, parce que j'ai lu chez le docteur dans Closer que si on se dénudait l'épaule, dans un pull bateau, on obtenait tout ce qu'on voulait. J'ai donc obtenu un congé maladie.
Un photographe ne s'est pas arrêté dans la rue en me disant que j'accrochais super bien la lumière, et qu'il aimerait m'inviter dans un studio minable pour me montrer un peu tout ça. Loin, loin de là, bien sûr, car sa femme ne comprenait rien à l'art, et de toutes façons, ne le comprenait pas
J'ai été très touchée, reconnaissante et flattée.
Je n'ai pas pleuré longtemps devant ma fenêtre en pensant à des trucs, à un rêve de train. Il ne s'est pas mis à pleuvoir et je n'ai pas chanté O ciel complice, O nuage compatissant O pluie sur la ville de mon coeur.
J'ai fait la vaisselle et je me suis brosséee les dents, tranquille.
Je n'ai pas fait infiniment l'amour avec un homme qui me disait des mots tendres et drôles dans l'oreille, sans que je me sente possédée autrement que de corps. Je n'ai pas fumé de clope en le regardant dormir. Il ne m'a pas regardée en douce me brosser les dents toute nue devant le lavabo.
C'était fabuleux.
Pour Yaya, Alm, & Sygne, plus particulièrement... (on rigole)
Le titre de cette note est un piège, oui.
Soleil, riv!ère, jardin et rien
Je voudrais dire qu'il a fait un temps magnifique, un soleil presque chaud, une rivière qui fait un beau bruit, une lumière exceptionnelle. Ca rend les gens plus beaux parce qu'ils plissent les yeux. On dirait qu'ils sourient. Je me suis allongée dans l'herbe d'un jardin, je n'ai pensé à rien. Chaque fois que je m'allonge, ma jambe droite cherche la chaleur d'une jambe gauche, alter et go. Je n'ai plus que la mienne. Et ça me fait rire, mais vraiment, les ciseaux que je fais ! Je me dis "La solitude fait travailler les adducteurs," et je ris comme si j'étais gentiment allumée.
J'en appelle à la maternité. Ce mythe. Parce que j'ai honte de demander de la tendresse, ça me paraît si niais, si inhumain de se caresser pour rien. Et quand je dis inhumain, je sais de quoi je parle. Mais si je dis que j'appelle ma mère, c'est comme si je n'en en appelais à rien. Une déesse de paille. Et je suis agnostique. Parce qu'athée, c'est fatiguant. Ni reniée, ni excommuniée, je n'ai pas de mère comme on n'a pas de religion: de naissance.
Lorsqu'un chien me lèche la main, j'ai des envies de meurtre, pour le protéger, avant terme, de sa candeur, de son innocence. J'ai envie de lui dire: "Mais tu vas te faire couillonner, avec ta gratuité. Réveille toi, mon frère !" Il me dit " ma soeur " en chien. Je le regarde comme s'il était défoncé à la colle.
Pourtant, là. Voilà. Je voudrais une main là, et moi ici. Et juste du gratuit. Enfin peut-être pas pour moi, car c'est quand la chair est triste qu'elle est la plus faible, et les livres, je m'en fous. Je voudrais une caresse de cheveux, comme lorsque je vais voir mon fils endormi, respirer ses restes de bébé, couvrir des pieds qui n'en ont pas besoin, le réajuster dans son sommeil, alors qu'il ne demande rien.
Je crois que lorsque je dis que je ne suis pas une femme, c'est juste parce que je suis encore une fille. J'ai besoin de ce que je n'ai plus. J'ai envie qu'on me réajuste, même si je n'en ai pas besoin. Pour le geste gratuit, comme lorsque mon père m'attrapait la main pour traverser la rue, même si j'avais trente cinq ans, même si nous étions en route pour le centre anti-cancer où il allait soi-disant soigner le sien. Comme lorsque ma soeur aînée, expatriée, en voiture, lorsqu'elle freinait, mettait sa main sur ma poitrine en réflexe de protection, alors que j'avais ma ceinture bouclée.
Plus j'y pense, et j'y pense tout le temps, plus je sais désormais qu'au chevet de mon père, c'est lui qui me donnait la main.
Voilà, j'ai besoin de quelque chose alors que je ne demanderais rien. Une surprise de l'ordre de la connivence, une complicité tacite à laquelle je ne m'attendrais pas. C'est d'une banalité tragique, je vous l'accorde; mais, bon, en même temps je ne cherche pas tellement à faire mon unique au monde, hein...
A ce sujet, et ça n'a rien à voir. J'ai peur, parfois.Il y a peu, j'ai commenté sur un blog pour la première fois je crois bien. J'ai dit, une fadaise, ça, je veux bien l'admettre. En même temps, ça n'a rien de scoopal. Je ne suis pas connue pour la pertinence éclairée , et la poésie surrannée de mes remarques sur les notes des autres, des choses qui les feraient avancer dans leur magnifique labeur de bloggueur et leur stupéfiante créativité ni pour mettre en avant la mienne. Je reconnais que "Tu me hais ? Souffrance Aigüe !? Aboule la pizza " ça peut lasser. Mais là, hein, j'ai pas dit ça. J'ai commnenté la note, vraiment.
Il y a quelques jours, j'ai lu la réponse du monsieur.
" Bonjour, Ab6, je t'attendais."
....
J'ai clairement entendu les violons stridents et répétitifs de Psychose, j'ai nettement entr'aperçu un rictus masqué par un couteau déchaîné . J'ai cliqué comme si j'etais déchirée à la formation susbtitutive du déni sur la petite croix à gauche (j'adore les mac qui affichent la seule voie !) qui dit Bye Bye à Firefox. " Vous êtes sur le point de fermer trois onglets . Voulez vous vraiment continuer ?" J'en suis Sûre et Certaine. Adieu pixels, adieu megaoctets, adieu riante "communauté"...
S'il me lit, qu'il sache que je m'interroge davantage sur ma santé mentale que sur la sienne.
Revenons à nos considérations ovines:
J'en étais à mon allongement, je crois bien...
Ma jambe droite cherche un alter égo, une connivence, me voilà à faire des ciseaux. Et ça me fait rire, vraiment.
Il y a des musiques qui ressemblent à des réponses à des questions qu'on se poserait, vous avez remarqué ? J'ai toujours pensé que la musique était une meilleure réponse que les livres, et les livres une meilleure réponse que l'amour.
Aujourd'hui, je me contente des questions.
Et ça me fait rire, mais vraiment.
Bientôt, j'aurai des adducteurs en béton.
Mourir par curiosité
Tu ne sais pas quand ça commencera , le vrai handicap, le moindre geste qui te coûtera peut-être l'ultime battement de coeur.
Tu seras peut-être très vieux. Mais personne ne peut le dire. Un nid de dentelles dans tes poumons, une couvée. On attend l'implosion. Pendant que d'autres respirent comme ils mentent, ces jourdains, chaque souffle te fera penser au dernier.
Tu te souviens, tu étais allé voir cet homme, l'immonde cancer qui lui bouffait le reste du temps. A côté, il y avait cet homme, dont la respiration n'était plus que mécanique. Un bruit terrible de fin du monde dans chacune de ses expirations. Il avait celui des gros, celui des bulles, l'étouffant. L'homme ne pouvait plus fermer l'oeil. A cause du bruit de ses poumons plein de trous.
En repartant, tu avais dit: Il faut mourir de quelque chose, mais ça je ne pourrai pas supporter, ça tu vois, je ne pourrai pas.
Ta femme avait serré ta main plus fort. Elle ne t'avait jamais entendu craindre pour toi. Parfois, elle te reprochait même de ne pas parler de tes peurs. Parce qu!'il faut savoir ses craintes formuler pour repousser les spectres, et blabla, un truc de l'ordre d'une incantation.. En sentant sa main glacée, là, tu avais bien senti l'ambiguëté, retrospectivement. Elle te haissait d'avoir peur. Finalement, ça devait l'arranger d'avoir peur pour deux, et surtout, de te le reprocher.
Le médecin te dit "C'est bien, vous le prenez bien." Comme tu aurais bien pris ton huile de foie de morue, sans trop faire la grimace. Lui, on dirait qu'il est soulagé. Et toi, pour un peu, tu te sentirais content de ne pas trop l'avoir emmerdé. Tu ris, maintenant, parfois au téléphone avec ton frère, et vos considérations calvinistes. Et la Mort de Socrate chantée par un Lamartine aviné. C'est vrai, c'est drôle, un coup du sort, une bigeardise, les bouteilles d'oxygène pour quelqu'un qui aime tellement l'apnée.
Ta femme craignait lorsque tu plongeais. Tu disais "Mais je remonterai "
- Mais ça je le sais, c'est juste que je n'aime pas te voir disparaître.
C'était une belle image, un homme, d'abord le bassin, au sud, puis, le thorax lisse, un peu penché, et puis les épaules, immergées. Mais lorsque ta tête fendait l'eau comme une guillotine, l'immersion se transformait en engloutissement.
Et le silence pour une fois ressemblait à une altération.
La vie est une histoire de respiration. Plus ou moins ample, plus ou moins empêchée, un élan ou un étouffement , une inconscience; souvent on ne sait même pas qu'on étouffe. Soudain, on est asphyxié.
Celui qui joue avec la vie n'arrive jamais à rien et celui qui ne mise rien, a tout bonnement ...la même fin.
Tout le monde ignore qu'il va mourir, et tout le monde meurt. Et rien n'éloigne ce spectre. Aucune incantation. La parole, quand bien même elle serait bonne, n'est que très rarement autre chose qu'une altération.
Tout le monde n'est pas mort, pas encore, mais tu vas mourir, toi, plus sûrement qu'un autre, puisque tu sais déjà de quoi.
Mots de tête
Et ce morceau , avant même de l'entendre, avant même, je savais qu'il me tuerait.
-§-
Réveillée pour rien. Je n'ai pas soif, ni mal nulle part, eh non, je ne vais pas mourir.
Réveillée pour rien, par personne, ni pour l'amour ni pour lire.
Ce réveil précoce comme l'angoisse, un même nom. Plus je cherche le sommeil, plus il se détache de moi, la coïncidence suinte comme un souffle entre mes doigts.
J'ai peur d'être épuisée demain alors que je ne suis que dans la fatigue de me vivre. Jamais je n'ai connu ça dans le deuil, l'épreuve, ou même les débuts enflammés d'un amour. Des nuits trop courtes, des nuits blanches mais pas ces nuits qui me découpent, s'imposent comme cette "entre vie" où je n'habite même plus dans ma propre existence. J'ai beau n'aller pas si mal, je ne me déprends pas de ce souci de moi, on dirait.
L'insomnie me rappelle ma solitude, comme un sarcasme. L'insomnie se rappelle de toi. Et d'autres qui ne sont plus là.
Quand je dis "ça va passer", ce n'est pas seulement pour me rassurer. Cette fois, je le sais.
-§-
Je me serre contre moi, je devais être comme ça, foetale, enfin, tu te doutes que je ne me rappelle pas, hein. Je fais ce vide qu'on dit essentiel pour le lâcher prise tout ça, tout ça. Et je me rends compte que ce n'est plus besoin. Je suis vide. Ce n'est même plus toi qui me manques, tu sais.
J'arrive à sourire des concertations, des stratégies de résolution de problèmes, communications pour le pire quand le meilleur s'en va: et ces discours tant entendus autour ce qu 'il faudrait faire, (moins vite, mieux, moins, ne pas faire, laisse-moi faire, faire avec, faire ensemble, ne pas se laisser faire) Ce désir de moi, agissante remuante pour le plaisir de toi. Et mes silences outragés, mes "désirs", que je croyais... mes "Mais je t'aime est sans nuances, je ne veux pas nous négocier" desespérés.
Agir, avancer, décider, contrôler, maîtriser, informer... tout ça ne m'a jamais parlé. Je me contente d'évoquer. Je n'ai jamais vraiment parlé. Le reste, désolée, ça ne m'a jamais donné le sentiment de mieux vivre. "Tout acte est un symbole dont le poids m'écrase."
On croit avoir le choix, tu sais, mais les choix, c'est toujours après. Pour avoir l'illusion de poser un acte, il faut d'abord morfler.
Quand je dis "ça va passer", ce n'est pas seulement pour me rassurer. Cette fois, je le sais.
-§-
J'arrive à sourire de ça. Je me moque de nous; je me trouve super détachée, un peu au-dessus de moi, de la jouissance de souffrir tout ça, d'être habitée par plus vaste que moi, je me trouve super "élevée " comme nana...Alors c'est pour ça, c'est pour ça, je ne comprends pas. Est-ce trop de mémoire, pas assez de certitudes ? Le mystère demeure entier, et les mystères, j'ai passé l'âge de m'y intéresser, enfin je veux dire ...je ne veux plus m'y accrocher.
Je me réveille, alors que je n'ai rien demandé, je te jure, je demande plus rien à personne, voilà, on y est, hein, ça y est, j'y suis arrivée. A ne rien attendre, à ne plus demander. A garder mon désir pour moi comme on a "un jardin secret", à garder mon désir fermé puisque si je le dis, je deviens un danger.
Et je me sens comme une condamnée à n'aimer que moi-même, à m'adapter aux saisons.
C'est l'insomnie qui me dit non.
-§-
Erreur & Kava (un peu c'est tout)
Très jeune adolescente, j'écrivais des tonnes de nouvelles maladroites où je me mettais dans la peau d'un homme, l'homme que je n'étais pas; souvent obscène et gras. Violeur désabusé, qui se faisait interroger par la police; un mélange mutan de Carlos et de Che Guevarra, pas débonnaire pour deux sous, qui abusait d'une nièce un peu lolita. Bref, je rejouais je ne sais quoi. Tous les tabous, les fondamentaux, je les mettais en mots, en vrai, dans une frénésie de plume. J'étais un homme, et un sale type de surcroît. J'écrivais, je brûlais. Je ne me relisais pas. Si je retrouvais une histoire non détruite, je rougissais jusqu'à la mortification, pas besoin de tout lire, je savais déjà, je déchirais jusqu'au graphème, fermais les yeux pour m'oediper encore un peu.
J'ai appris bien plus tard que presque tous les interdits dans ma lignée avaient été dépassés. Forcés.
Allongée, j'ai remonté les fils, et j'ai déchiré les mythes comme une veuve noire et damnée.
Jeune adulte, sans interdit je me voulais libérée, tu me veux tu m'auras coucou là voilà ! Mon corps en libre service, et le reste.. tiens, prends toi ça. Forclose, pourtant, fermée malgré toi, jusqu'à ce nom que je déteste qui me ressemblait plus que tu crois si bien dire. Putain qui rit, puritain maudit. Je ne me comprenais pas, je me croyais une erreur, moi. Différente, vaginique schizoïdie, vagissante, vierge à vie
Parfois, je tentais de dédramatiser en me disant que j'étais trop sémite pour être malhonnête.
Chez le réducteur de crâne, j'étais organiquement anormale. Voilà. En libérant la parole, c'est comme si mon sexe se reconstituait, et finissait par s'ouvrir, acceptait d'être un creux à remplir, une attente, une incomplétude bien vécue, en même temps que le plaisir autorisé. La guérison, comme l'orgasme, viennent toujours de surcroît.
On ne va pas se plaindre, un sur deux, c'est déjà ça.
Aujourd'hui, mère d'un garçon, j'ai pleuré toutes larmes de joie de mon corps, soulagée, quand on m'a dit ça. C'est un garçon, m'a dit mon mari qui l'a su avant moi, car j'avais peur de téléphoner. Une fille Je pourrais pas. Je pourrais pas. Qu'aurais-je fait, avec mon symptôme dans les bras, cette vérité-femme là ? Quand mon sexe de naissance me faisait tellement des faux, des pleins, des déliés, "être une femme, ma fille vois -tu, c'est ..."et scotcher du falsifié, de l'or plaqué, une barrette, un mascara, un livre de recettes, une paire de bas. La petite n'aurait rien trouvé de tout ça chez moi. Mais être une femme, ce n'est pas ça. Pas ces attributs secondaires là...Je sais je sais, mais dîtes-moi alors c'est quoi ?
A un garçon, un sexe ne s'explique pas. Au mieux on fait sa Mélanie Klein , on lui dit qu'il se trompe sur l'absence de celui de l'autre. Moi déjà, je crie trop fort je crois: Mais oui, les filles ont un zizi, qu'est ce que tu crois ? hahaha, c'est juste que c'est pas le même que toi. Non mais ho. Rien que ça, mon Dieu(= Simone de Beauvoir,) rien que ça...ça mérite un avoir pour ses douze premières séances.
Pardonne moi mon fils. Pardonne-moi mon enfance comme j'essaie de "pardonner à ceux qui m'ont enfantée."
Etrangement, c'est devenir mère qui m'a réconciliée un peu avec l'idée d'être une femme.
Me sentir autre chose qu'une erreur, une falsification, un danger, une honte. Ne plus me cacher sous mes cheveux quand on me regarde, ou qu'on veut me garder. Comment ça je te plais ? Tu m'as bien regardée ? Bon comment donc te désappointer ? mmh je vais trouver. Vois le quiproquo, la coquille, la méprise, le manquement à tout ce que je suis...
Je n'ai pas mon sexe, parce que je n'ai pas de mère. Il a dit Pasolini, et j'ai tué mon père par le silence. Tope là. Pier Paolo. Je t'ai entendu. Décidément, l'Italie, l'Italie...
Il doit y avoir un plat de spaghetti qui m'attend quelque part entre Bologne et Parme.
Si je me trouve, je rougirais jusqu'à la mortification, je me déchirerais jusqu'au phonème, je me creverais les yeux pour m'oediper encore un peu.
"La bêtise, c'est d'être surpris."
Chaque moi, Copsréèelle et moi, on se retrouve dans des réunions qui sentent l'ennui, l'enculage de mouches, et les conventions socio professionnelles. Pendant que Copsréelle devise, reconnaît tout le monde, en faisant Non, c'est pas vrai ? et prend des notes, moi je me contente d'être catastrophée et de dire "ha oui ha oui" quand on me parle, en regardant mes pieds.
A chacune de ces réunions, nous rencontrons un monsieur d'importance, avec lequel nous sommes amenés à bosser. Il est, en plus d'être du nord, assez sympathique. (Comme quoi tout est possible) mais ça ne loupe point. Chaque fois que nous arrivons, Cops réelle et moi, il hurle en apercevant CopsReelle: HAAAAAAAA LA PLUS BELLE !
Et, m'apercevant en train d'essayer de feinter pour me barrer: HAAAAAAAA LA PLUS INTELLIGENTE , Genre Copsréelle et moi on serait un genre de duo de films à la con, elle les guiboles, moi le neurone. A elle les lumières et les érections, à moi l'ombre et les livres de chevet ( et les frustrations. )
J'ai souvent eu grand envie de lui retorquer : "Ta gueule" mais , non, hein. Dans le piège ne tomberai point. J'ai mes neurones pour moi. Et il le dit lui-même, j'en ai dans le citron. Ce serait lui faire croire que je préfère l'esthetique au cérébral, et toutes ces considérations manicchéennes qui ont cessé de m'interesser vers l'âge de 21 ans quand j'ai lu Barthes. (Oui, je suis INTELLIGENTE) ce serait donner raison à tout ce que je suis censée combattre, à savoir le diktat de la beauté, de la minceur, et tout ce qui ferait de moi une féministe combattive et éclairée. Or, je dois vous dire que je ne mets pas ma vie dans ce combat. (ou le contraire) Le féminisme sauce cosmo, hein...ça me parle pas. Revendiquer mon droit à ce qu'on m'ouvre la portière parce que je bosse 57 heures par semaine comme n'importe quelle homme, à porter des jupes culottes, et à faire pipi debout parce que je le vaux bien, à cause de mes cheveux, très peu pour moi. ON NE M'AURA PAS ! A l'heure où le monde crève et les acquis sociaux avec, à l'heure où des fictions comme le couperet n'ont plus rien de fictifs, où la presse est vendue, vendue VENDUE, où être un "intellectuel" ne sert plus qu'à être récupéré, où on crève de faim à dix pas de chez moi, où on dit que Bruni est une auteure de talent, où on préfère médicaliser les difficultés scolaires des mômes au lieu de ...
ok j'arrête...
j'arrête.
..c'est un blog intimiste. Je dois juste dire que je souffre, je sais bien.
De son côté, Copsreelle m'a avoué qu'elle avait souvent envie de lui rétorquer d'aller se faire mettre. Mais qu'elle n'a pas osé. Car elle est BELLE et INTELLIGENTE.
Bien sûr, étant donné qu'en plus d'être du nord, il est puisamment bobique*, (ça se voit à son agenda, avec stylo incorporé, à ses futs repassés, ses pulls blancs à col roulé(!!) à ses ongles carrés, et autres indices DSM IV que je vous épargnerai), je pourrais me renarcissiser le corporel et l'image de moi- enfin de mon semblant d'être, ici- en me disant qu'il me parle de mon intelligence parce qu'il en peut plus de ma beauté (classique réaction bobique). Il a donc besoin de m'agresser (qu'il croit) puisque ça le gêne tellement, qu'il en perd le contrôle, et que le voilà à me rejeter par là où je le fais bander pêcher, (mais pour le Bob c'est des synonymes). C'est l'homme du désir impossible en raison de sa culpabilité. En effet pour pouvoir désirer, cet abruti attend la mort de l'autre, en l'occurence moi. Eh ben tu peux courir, hein, je mourrai pas. Plutôt crever. Avec son désir aux couleurs d'une moralité de balai figé je te dis même pas où, il m'agresse, impolitesse et lâchage déplacé, cet enfoiré. Et tout le toutim, que c'est épuisant à force. Perso, j'en peux plus.
Donc, je me dis rien.
Son sex appeal me faisant à peu près le même effet qu'un album de François Feldmann (--> fuite éperdue), je m'en fous complètement, car moi je me soigne de ma folie de croire que je suis aimée, vivante, légitime, valide, parce qu'on me désirerait. (et d'ailleurs, c'est la merde de guérir, si vous saviez, c'est la "débandade" si je puis dire. La mienne, sisisisi...J'ai remplacé la libido par la "lipido", une attirance folle pour les corps...gras avec du fromage dessus) et donc, je suis super fière d'être vue comme un pur esprit, par lui. Je dois même dire que ça m'arrange un max.
Mais n'empêche, quel con.
*copyright Sygne. Synonyme: Obsessionnel
et un coucou à copsreelle qui va rigoler.
Faut il souhaiter satisfaire tous ses désirs ? (titre pour faire genre j'ai lu un bouquin de philo)
Donnez-moi la patience, donnez-moi la sérénité, donnez-moi la force de garder mes poings dans mes poches, donnez-moi l'énergie de dire "Ha bon??? tu as vendu ta botte blanche pour t'acheter un nouveau dalmatien, et Boule, ton Beagle Nintendog a gagné son concours d'agility ???? mais c'est géniaaaaaal !!! "
Donnez-moi le courage de ne plus le regarder, donnez-moi l'amnésie quand il se met à me regarder, donnez-moi un week-end, un seul loin d'ici, marcher dans des rues inconnues, avec un ami. Donnez-moi le scintillement étrange de la rosée sur une feuille de laurier sauvage (non, là, je déconne).
Donnez-moi un orgasme utéro annexiel, hohého c'est pas la fin du monde, hein.. qui me ferait pleurer comme si j'allais crever, donnez-moi des raisons de ne plus m'interroger, donnez-moi le silence d'un monastère et le bruit de la pluie, donnez-moi le pain croustillant, le beurre, le café fumant, une pizza douze fromages, un sourire, une vanne qui me ferait rire, et aussi donnez-moi la main, je vais me casser la gueule, je crois.
Vous pouvez pas ?
BANDE DE LâCHEURS !
Bon, donnez moi le dernier album de Bonnie Prince Billy...j'arrive pas à le trouver.
(ha, je suis une feinteuse)
A vendre
Voilà, je suis là, et je regarde cette maison, façade rouge, murs épais de plus d'un mètre, encadrements de fenêtres blancs, toit de tuile, trois entrées indépendantes, deux salons, de 40 m2 chacun, une petite chambre, une grande, un couloir immense, un grenier, une double cave, une cuisine de restaurant, avec son annexe, une salle de bains de cathédrale, avec une mezzanine. Oui , la salle de bains mezzaninée. Très jolis parquets, murs blancs, plafonds très hauts, sol de pierre, un peu de marbre d'Italie. Un escalier , beaucoup de recoins. C'est un vieux mas du 18 ème. Ca en jette, hein ?
Pas de lampes, des ampoules à même le mur, ici. Presque pas de meuble, un piano, encore des cartons, des choses à monter, beaucoup de papiers, ça résonne beaucoup, pas de rideaux à nos fenêtres. Beaucoup de pas fini, un bordel infini, des livres, des disques, deux chaînes, deux ordinateurs, deux voitures, une télé, un garage comme une petite maison plus loin, avec ...je ne sais pas, je n'y suis jamais allée. Je ne suis curieuse que des gens. Et encore, ça me passe...
Un jardin, petit, quatre ou cinq vélos, des arbres qui mettront cent ans à pousser. J'ai lu quelque part, que l'optimisme c'est d'acheter deux glands et un hamac. Optimiste, je l'ai été. Il y a un olivier, celui que j'ai planté quand mon fils est né. Je voulais faire du symbole, je voulais être une fille bien, avec des idées de livre, tu sais. Une fille qui s'émerveille avec la nature, qui regarde le monde et y trouve des inclinaisons. Se remplit de l'univers et se sent "partie" dedans. C'est loupé.
Un chemin, un immense champ un peu plus loin, un monticule, un terre plein. On voit la vieille ville, tout en haut. A Noël, c'est joli. Ca brille. Des voisins, peu, complètement cinglés. Qui se font des procés pour douze centimètres de terre. Je ne les reconnais pas au supermarché; on m'appelle la sauvage dans mon petit quartier.
D'autres auraient fait de "ma " maison un palais, un endroit chaleureux, organisé, accueuillant. Il y a "tant de possibilités" disent les promoteurs immobiliers. Le tranchant du signifiant me donne envie de mordre. Chez moi, c'est glacé, inhabité et en même temps c'est la cacophonie. Comment dire ? Chez moi c'est trop d'espace pour si peu de chaleur, beaucoup de bruit pour rien.
Je regretterai pas ma maison.
Je m'en fous de l'espace, "Everywhere I go my giant goes with me...", etc etc, c'est le temps d'avant, la nostalgie de ce qui n'aura même pas été, qui me fait la béance, là. Une ouïe de poisson, qui s'ouvre, agitée, qui baîlle sans bruit, qui peut plus respirer.
J'ai pas peur de quitter, j'ai peur de me perdre.
J'ai pas peur d'être seule, j'ai peur d'aimer ça.
Même, je voudrais que quelqu'un me lâche la grappe, quelque part.
Et c'est ça qui me foudroie.
Scène (du) 2
but if you stick with me you can help me
I’m sure we’ll find new things to burn
cause we are proof that the heart is a risky fuel to burn
- J'ai besoin de le faire, écrire comme on se venge, comme on recrache les mots qu'on n'a pas dits. Ecrire sans essayer de me convaincre. Je me sentais la force de te suivre, et même de t'accompagner. C'est dingue comme on peut se planter. Je me sentais la force de t'aimer dans tous les sens, dans tous les termes. Puisque l'amour est une idée. Je suis douée pour m'en faire, moi, des idées.
Mais tout ceci ne dure jamais.
Et je m'effondre, tu sais, je m'effondre. Tu veux des preuves ? Une seule note, continue , éternelle, lucide et aiguisée. Un la mineur. C'est ma note préférée. Et regarde, quelques scatophaga stercoraria volent tout autour de moi...
- Chaque fois que nous avions ce qu'il est convenu d'appeler une explication, tu tournais le dos, ulcérée, le cou dressé. Ne me prends pas pour l'imbécile que je suis, tu le savais que j'allais te rattraper. Tu jouais des cheveux, des cheveux qui volaient quand tu t'en allais. Je m'en vais, tu disais. Laisse-moi partir. Faut croire que ça me faisait bander, la fille qui voulait s'en aller, la fille qui voulait qu'on la rattrape, qui joue à celle qui va se casser, et la main qui rattrape le bras. Et "là tu me fais mal", avec les larmes bien synchronisées, et ployer ici-même sur l'escalier, et m'embrasser m'embrasser en me traitant d'enfoiré. Tu ne regardais jamais la télé, toi. Mais c'était comme au cinéma.
Je me redresse, tu sais. Je me redresse. Moi, ça va. Et toi ?
- J'ai besoin de le faire, écrire, comme tu te venges de tout ce que tu as subi de mon silence comme tu dis. Je me sentais la force, et j'ai failli. Je n'ai jamais regardé un autre, désiré d'autres mains. Je trouvais ça, facile la fidélité. Il me suffisait de t'aimer. C'était la sécurité, l'envie de repères, et tu me cadrais. Tu t'occupais de tout ça. Tu disais c'est comme ça. Je me révoltais pour la forme. Pour avoir la forme d'un moi. Et j'étais rassurée d'avoir tes contours, tu sais.
Mais tout ceci ne dure jamais.
Et je m'effondre, tu sais, je m'effondre. Tu veux des preuves ? Une seule note, continue , éternelle, lucide et aiguisée. Un la mineur. C'est ma note préférée. Et regarde, quelques scatophaga stercoraria volent tout autour de moi...
- Chaque fois que tu te levais avant moi, tu revenais à moitié habillée. Je m'en vais tu disais, c'est l'heure. MMh je grognais. Non, mais je venais te dire que bientôt tu devrais toi aussi te lever. Mmmoui, je grommelais. Maintenant que tu es réveillé, tu peux te rendormir, tu me disais. Et on rigolait. La main devant la bouche, avec des bruits d'imbéciles.
Maintenant, je me demande où tu dors.
Je me redresse, regarde-moi. Je me redresse. Moi, ça va. Et toi?
Tout ceci ne dure jamais....(ad libidum)
(pour Ellisa)



