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Automatique
J'ai regardé l'incendie de plus haut que moi-même.
- La flamme associée au feu, les deux M qui brûlent, accolytes cramés.
- Un certain contrôle postural, stabilité de l'épaule, calligraphie régulière, quadripodie latérale, droitière amoureuse de toutes les gaucheries, mal à gauche , beaucoup beaucoup trop, j'écris de moins en moins pour l'autre.
- Connais-tu ce jeu là ? La statue sur la chaise ? C'est un jeu canadien. S'asseoir sur une chaise de telle sorte que le dos ne s'appuie sur rien, croiser les bras sur sa poitrine, se mettre en boule, menton au plus près de la poitrine, tenir 30 secondes, et sans rire !
Je tiens trois heures durant, en pleurant.
- Le sentiment d'appartenance m'échappe comme le sable des mains. Je ne retiens aucun slogan, aucun signe de ralliement. J'aurais aimé suivre un panache blanc, aveuglément.
- Toute question amène une réponse. Chaque réponse ferme la porte au questionnement, impolitesse interrogative. La réponse comme le drame de la question.
Je ne demande rien à personne.
"Penser c'est interroger la pensée du corps"...Mon corps forclos; délibération interne du jury. Je rentre en moi-même, j'abats toutes les cartes des identifications, je massacre avec une jouissance infinie le fantasme de l'autre.
Il n'y a plus personne.
Etendue, mon corps se tend.
Penser par soi, et quand bien même le néant.
Crampe des cris vains.
# Je vis dans une région où il fait souvent beau. Je n'en ai strictement rien à foutre.
# Je monte quatre jours par semaine une douzaine de fois quatre fois onze marches. J'ai essayé plusieurs parades. Chevilles pointées, sur les talons, serrant les fesses, à reculons. Ca m'amusait, beaucoup, avant.
# Je déteste les citations, parce que je n'aime pas qu'on pense à ma place. Pour avoir néammoins croisé le vide du rien de l'absence libidinale la plus totale, je dois avouer avoir un faible pour "Le désir est le diesel du coeur." J'ai l'impression que c'est dit d'un camion, juste avant un immense départ, que ça sonne comme un conseil et un espoir réunis. La main en l'air mais sans menace, tranquille, joli.
# Chaque tel jour, à chaque telle heure, je vais voir un petit monsieur qui ne dit pas grand chose. J'ai le sentiment qu'il le dit très bien.
# Plus les jours passent, plus je me dis que je n'aurais jamais du renoncer au silence.
# Mon mari est un homme beau. Je pense qu'il ne sera jamais heureux. Je crois qu'il s'en fout, que le bonheur ne lui est pas un but dans l'existence. Je l'envie beaucoup.
# Je n'ai pas la mémoire des visages, aucunement. Je me rappelle extrêmement bien des voix. Pourtant je suis terrifiée à l'idée d'être aveugle. Paradoxe dont je suis sûre, vous n'avez strictement rien à taper... Et, je dois bien vous le dire: comme je vous comprends.
# Mes cheveux sont décidément trop longs. Mais j'ai la flemme immense, et le caché tenace.
# Hier, un petit garçon qui m'est très proche m'a demandé pourquoi j'étais triste, j'ai dit "C'est plus juste que la colère" Et puis, ensuite j'ai regretté. Je lui ai menti. Par Homme-Mission. Mais parfois, il est plus facile d'être triste qu'enragé, non ?
# J'ai renoncé depuis quelques temps à convaincre ou à me faire comprendre. A justifier. A défendre mon triste point de vue, que je suis sûre qu'au fond c'est moi que j'ai raison, je te dis, puisqu'il est bien connu que tu as tort. Je crois que cela va faire beaucoup de bien... aux autres.
# Je crois qu'un amour réussi, c'est savoir passer d'une relation de similarité a une relation fonctionnelle. En gros passer du "Je me vois dans tes yeux, car tu m'as regardé(e) et je crois bien que je m'y suis vu(e)--> je jouis. à " Toi tu ferais la bouffe et moi je ferais la vaisselle" Pour quelqu'un qui cherche l'adhérence, l'emboîtement de la tête dans le creux claviculaire, et surtout le silence; pour quelqu'un qui trouve que le mot "utilitaire" est un des plus inutiles du dictionnaire, je crois que c'est perdu d'avance. Et je m'en fous complètement.
# Parfois lorsque je suis sur Hotmail, qui depuis peu s'est transformé en Windows live et je n'y comprends plus rien, il y a Niko qui me demande si je veux bien brancher ma cam, et je te jure sur la tête de mes Converse, que je regarde partout autour de moi, dans la crainte qu'il ne me voie en pyjama.
# J'ai tellement le coeur qui bat vite parfois, et le ventre serré ulcéré, que j'ai l'impression que je vais avoir un orgasme. Je trouve ça presque amusant. En fait, j'ai juste envie de faire pipi.
# L'amour c'est dur, stupéfiant, et ça rend dépendant. Un homme a dit : "Je t'invite à m'aimer". Elle a répondu "Je ne veux plus me camer". L'homme n'a pas rigolé. Elle non plus. Ce n'est pas drôle du tout, la drogue.
# Il y a quelques termps, un truc assez bien vu, m'a proposé de publier Les lettres à mon père. J'ai longtemps hésité, et puis parce que c' est mon père, j'ai accepté. Je voulais qu'il soit aussi dans la mémoire des autres. Et puis, "on" a publié une lettre. Et on m'a "proposé "de mettre un logo sur ce blog "Edité par..."Alors je sais que c'est bête, mais j'ai plus envie. En fait, non, ce n'est pas bête du tout.
# Le blog.. J'ai parfois l'impression que personne n'y aime ce qu'il trouve, mais a plutôt envie d'aimer ce qu'il va y trouver. Je dis ça, peut être que je projette. Et après tout, ça n'a pas une grande importance.
# Je suis selon une amie très chère, une vraie desespérée. Parce que j'aime toujours rire, manger, et le reste. Comme quoi, tu vois, il y a toujours une compensation, un avantage, un bénéfice secondaire, une fesse cachée à la neurasthénie. Petite hystéro, va.
# Toutefois, je dois avouer que j'ai perdu bien des appétits ces derniers temps. Beaucoup. Beaucoup trop. Ca doit être que je retrouve l'espoir, va savoir...?
Des bouts
Faire parler.
- Toute la vie , on se jure des choses.
- Et toi, quelle est ta promesse ?
- Je me suis juré de ne jamais me compromettre.
- Ha. Tu as du beaucoup t'ennuyer.
XXX
Faire taire...
- Est ce que je suis belle, là, avec les cheveux étalés ? Je ne bouge pas trop ? Pas trop vite, je veux dire ? Je ne crie pas trop fort ? Tu veux déjà remettre ça ? Quelle vitalité ...Tu aimes que je garde mes dessous ? Et mes seins tu les aimes ? Tu voudrais qu'on se mette debout, là ? Et tu préfères que je sois dessus, dessous ?
- Tu as joui ?
- ...
XXX
Faire mal...
- Les patients sont les meilleurs médecins. ils savent comment ils se sentent.
- Je me sens très mal, très mal, très très. mais je ne sais pas où ça commence, Docteur.
- Ca commence avec la lucidité.
- J'emmerde la lucidité docteur.
- Alors vous ne devriez pas avoir mal.
XXX
Faire peur...
- Je dois t'avouer que t'aimer fût une activité assez risquée. Oui, j'ai cru en mourir plusieurs fois.
- Tu dis ça pour me faire plaisir ? Pour me flatter ?
- Non je te dis ça, parce que je ne veux plus jamais recommencer.
XXX
Faire affaire ...
- Je vous vois passer ici le mardi, un mercredi sur deux, et le vendredi. J'ai décidé de vous attendre. Ca me faisait des matins plus jolis.
-Je change d'emploi du temps, bientôt.
- C'est sans importance. Ce qui me plait, c'est d'attendre.
XXX
Faire avec...
- J'espère que tu ne souffres pas trop.
- Mais je ne souffre pas, je suis en colère.
- Oh comme je souffre, comme je suis désolé, si tu savais.
XXX
Faire la cuisine...
- C'est mon respect et ma politesse qui me perdront.
- Non c'est ton intelligence et ton humour.
- De toutes façons, je ne suis pas égarée, non plus.
- Oui c'est vrai, en fait t'es un peu con.
XXX
Là.
Installées, on était. Moi pieds nus, ecroulée. Elle, toujours droite, même allongée. Les deux mains reposées pendant que les miennes scrutaient mes cheveux, s’envolaient pour accompagner les voix qui sortaient de l’ampli.
« Détends toi elle disait, allez »
Alors je faisais style, je respirais et je continuais de m’agiter.
On parlait. Elle avait glissé son doigt entre les pages, pour la « garder ». Elle ne semblait pas pressée d’y retourner, sûre sans un doute, de retrouver.
Je m’imagine sans mal à sa place, les yeux aussi attentifs que je peux, mais dans la terreur que le livre disparaisse, toujours dans la terreur de l’instant d’après. Toujours la peur, à peu de choses, trop près.
On parlait, enfin je me répandais. Je disais tout le mal à admettre, tout le mal à avancer. La seule vraie tristesse c'est de ne plus désirer. Je lui disais que la force de l’âge, c’est aussi de s’en foutre de la force de l’enfoiré. Tu te rappelles ? Et on était jeunes, et toute cette fierté, cet orgueuil mal placé ? Et ce temps perdu à rien chercher, et cette complaisance dans la souffrance, toute drapée. Parce que ça fait de beaux yeux. haha. J'ai tellement pleuré que tu croyais que j'avais les yeux clairs. Elle disait oui, mais.
Bref, on les enculait gentiment, les mouches, pour pas changer. Et moi je me tournais comme à la plage, une fois sur le ventre, une fois sur le dos.
« Mais pourquoi tu te mets pas sur le canapé ? « elle me disait, elle bien calée, et droite. La nuque longue et dégagée. «Parce que par terre, c’est dur, c’est comme il faudra que je sois» Je rigole, tu le sais toi.
Elle a dit «Ha »
Moi j’aime bien quand on se fout de moi, mais ça dépend qui, en fait.
Il y a des fois, par contre, je ne supporte pas.
Je suis trop originale comme nana.
Je lui disais que je pensais qu’après tout ça, eh bien moi je resterai toute seule pour toujours, parce que je suis désolée, parce qu'aimer, ça me fait chier, toute ma vie , j'ai cherché quelqu'un avec qui me taire, tu sais, eh bien, je l'ai trouvé: c'est moi. Et puis, tu connais un seul mec de gauche encore toi ?
Elle a rigolé et elle a secoué la tête. Ha si, lui ! elle a dit.
Ha mais celui là, il est de gauche mais il n’a pas le choix, tu vois. C’est comme moi tu me demandes si je suis sioniste, ben j’ai pas tellement le choix. De toute façon, je serais sioniste par conviction théorique qu’on ne me laisserait pas ce droit. Et ça me va. Alors sa gauche à lui, sa gauche, c’est pas son choix. C'est pas un vrai, alors.
Elle a fait mmmh tu me fais le plan né en 17 à Leidenstadt, là.
Moi j'aime bien quand on se fout de moi, mais ça dépend qui en fait. Quand c'est moi, ça va.
J’ai commencé à jouer avec le voile des rideaux , avec les bras, pfffiuut j’aime bien quand ca vient frôler et faire du frais, hop another time. Du frais là.
Elle a commencé à s’agiter. Elle s’est levée pour fermer un tiroir, une porte. Se redresser . « Comme je t’envie de mettre tes angoisses ici, et de les éliminer en fermant un tiroir » j’ai pensé, parce qu’hier, j’ai vraiment cru que j’’allais crever tellement la colère, la peur, le besoin d'expliquer, me faisaient comme du LSD derrière les tympans. Et puis, c'est passé. J'étais fatiguée.
J’ai demandé « Tu as mis combien de temps à réaliser toi ? »
Elle m’a dit « Heureusement qu’on ne réalise pas, si tu réalises qu’il est mort, vraiment, si parfois tu ne l’oublies pas un peu qu’il est décédé, eh ben c’est toi qui vas crever, alors ne cherche pas à réaliser. »
J’ai serré sa main, sa main fine qui fait de si jolis nœuds sur certains doigts. J’ai voulu lui dire que sa perte était incomparable, mais je savais qu’elle savait que je sais, et je savais aussi que tout ça, nous, on s’en foutait. J’ai repensé à Cuzco, aux sacs à dos, trop lourds, à son bras esquinté. A la brume qui nous a caché le rêve qu’on s’était fait, tu te rappelles ? On ira ensemble au Macchu Picchu.
Et on l’a fait. On se tenait aux épaules pas loin del camino del inca, et on l’a laissée se lever la brume.
Elle m’a dit «Ca change quoi le mariage ?» J’ai répondu «Ca ne change que ton nom, et encore, moi j’ai pas tout pu. De toute façon, mon identité, hein…Pour le bien que ça me fait.»
Mais tu étais le témoin. Ca, je ne peux pas dire que ça change rien .
Elle me demande pourquoi je réécoute tellement cet album-là. Je sais pas je te dis, quelqu’un m’en a parlé sur le blog. Il faut dire qu'il s'appelle Funeral, aussi. Ca me parle.
Ha oui le blog. Elle dit le blog, et elle hésite.
Un espace, un atelier, un alibi, une fuite, rien du tout, là non plus le nom tu le diras pas, mais tu y montreras ta culotte.
En même temps, tu écris enfin, encore.
Elle me demande pourquoi déjà, à la fac, je haussais les épaules aux rêves d’édition des autres, dans notre section où on nous les faisait croire possibles. Imbéciles.
Comment te dire, tous ces discours sur le bienfait thérapeutique, et le lien addictif au rien, et l'anonymat, et sa mère la poule en habits d'apparats, et faut il fermer les commentaires ? Finalement c'est bien du vent pour faire du flux rss. L’art majeur, c’est la musique. Pour le reste rien ne s’invente. Moi je voudrais inventer. Mais je crois que je ne peux pas ne pas "écrire". Et que maintenant, j’oserai le dire. Mais ne me demande pas d'aimer. Aimer, je pourrai plus jamais.
Elle dit « Je vais reprendre le piano »
Et ensuite il est tellement tard. Il est tellement tard, je la connais depuis si longtemps.
Art martial
Les rapprochements temporaires forment au mieux des malentendus, au pire des foules. Je ne suis pas bien là, encore moins ailleurs. J'ai amorti la chute, virtuose du laisser tomber.
RESPECT
J'ai fermé les yeux. Voir ne m'est pas un but dans l'existence. Mais m'aveugler me saute aux yeux.
J'ai forclos le bouillonnement, j'ai fait de mon crâne un dortoir. J'ai piétiné toutes les braises. Et j'ai serré les dents. J'ai dit ce n'est rien, laisse faire le temps. J'ai fermé les yeux, je préfère ne rien entendre.
SAGESSE
J'ai rongé tout autour de l'os, j'ai été chercher bien loin dans la compréhension de ce que je sème. J'ai gratté les viscères, un à un. Je suis forte en écharpage, je me lamine bien. Je n'échappe à aucun subterfuge, ils sont là, ils m'épient, les gredins. Je connais le goût de mes larmes, oenologue experte, de la robe du sanglot retenu, à la cuisse des rivières qui ne se commandent plus.
TRADITION
J'ai attaché mes cheveux bien serrés derrière la tête. J'ai fermé toutes les portes , jeté tellement de brouillons. J'ai tendu ma joue gauche juste après celle de droite, pour que tu creuses tes sillons.
J'ai mis mes « à plat « dans tes grands mots. Et c'est moi qui saigne des gencives. J'ai dit oui, j'ai dit non. J'ai dit faire avec, c'est moins bien que faire sans.
J'ai vu une ombre en forme de toi me caresser la main. J'ai baissé les armes.
Un peu renversée.
VERITE.
Ex&Co
Enchaînée par une " Bien Hommée".(copyright Ugarte)
Il s'agit de raconter en images en musique en mots les Ex de sa vie, en évitant soigneusement les gros clichés bien communs, tels que sa mère et son psy hahahha, moi les contraintes j'en fais fi.
MUSIQUE TROP TROP DE CIRCONSTANCE en tir groupé
Le premier amour, c'est la mère. Celui qui fait le lit, en même temps que la lie de toutes les autres.(rions) Mon premier amour fut donc un fiasco, une déchirure, une longue passion sans retour, une idylle desesperée. Elle était belle, froide, et ne m'a jamais aimée. Elle me disait Va t'en puis Pourquoi tu me laisses? ; elle me disait Tu n'es rien et aussitôt après Tu m'as tout pris. Légérement dissociée, un peu en dehors de moi-même à force de toutes ces contraintes doublées: le Ton est donné.
C'est elle qui m'a quittée.
Il y a eu mon père pour un peu réparer.
C'est lui qui m'a quitté.
Il y a eu Malik. J'avais cinq ans, un tablier rose, une frange jusqu'au nez. J'aimais son visage de bandit, j'aimais le café de ses yeux. J'aimais surtout le pareil au même qu'il était, puisqu'il est bien connu qu'on n'aime que soi-même , aussi sous estimé que l'on soit: j'aimais son regard d'etranger mal intégré. Ca me faisait comme un miroir, et je ne le savais pas. Il me préférait un genre de scandinave avec un nom italien. Moi, j'avais Pascal qui me courait après. Le massif fils du plombier. Il voulait me tirer les cheveux. Les dés sont jetés.
Son père est enterré à côté de mon père. Des hasards à tomber.
Il y a eu celui qui a volé mes disques, vendu mes fringues, et puis il est parti sans même rompre. Je l'aimais à en crever et c'est lui qui est mort. Il m'a fallu beaucoup de temps pour admettre, qu'au fond, j'étais soulagée.
C'est lui qui m'a quitté.
Il y en a eu des petits et des grands, des étrangers beaucoup, évidemment, un danseur germanique, un hollandais absolument magnifique, un chanteur explosé du matin au soir, un fan de Thiéfaine avec ...une décapotable, un batteur associal, un bouddhiste fou de photo, un coco de l'UNEF, on avait fait un journal "le camarade déchaîné" (trop rebelles on était), un basketteur PROFESSIONNEL presque noir (j'étais folle), des bruns des blonds et pas de roux. Le point commun était une propension à se faire beaucoup de mal. J'avais une certaine propension à la répétition. Mais, ils n'avaient rien à m'envier. Les contraires s'attirent mais s'emmêlent rarement. Les similaires se percutent, même si c'est à reculons, on naît endogames, par définition, et on se croit exonéré, libéré, parce qu'on refuse les bénédictions.(rions)
Et puis, magnifique banalité, terrifiant cliché , il y a eu le prédateur de cervelet. Il m'a étendue, dénudé les synapses, et je l'ai adulé. J'ai voulu, tour à tour, être sa chose, sa préférée, sa brillante, sa créature, son enfant, sa soeur, son égale, sa perle et sa douleur, sa femme, sa languide. J'ai été sa patiente pendant plusieurs années. La balle est lancée.
Lui aussi, il est mort.
Et donc, comme il se doit, il y a eu l'Amant, le vrai. Super fier de me réveler, et moi super fière d'y arriver. Pathétisme de la
jeunesse. Ce malentendu tacite nous permit de croire qu'on s' aimait. (rions) Il aimait la BD, moi la musique. il aimait marcher, moi la musique. Il aimait le cinéma, moi la musique. On est allé au Printemps de Bourges. J'aimais bien "gagner". Il m'a trompée.
Je l'ai quitté. Il parait que c'est comme ça qu'on fait. La coupe est renversée.
Je l'ai complètement oublié.
Il y a eu ceux qui m'aimaient et il s'est rien passé: Un poète chanteur qui me faisait peur, un dealer qui me faisait même pas peur, le vendeur du Spar (j'en ai déjà parlé, je sais je sais, mais c'est pas tous les jours hein, j'ai le droit de me vanter), et un bloggueur ultra secret que j'ai pas le droit de dire son nom (coucou mon amant secret que tout le monde connait)
Il y a eu ceux que j'aimais, enfin que je voulais réparer, ou pire, que je voulais voir me reconstruire, et qui m'ont même pas calculée, savent pas ce qu'ils ont perdu, les enfoirés.
Il y a eu le goût du fruit qu'on n'a pas eu. Ceux avec qui on n'a pas marché dedans ! (ça porte bonheur, pourtant) Et on sait , après coup, qu'on y aurait gagné en vitamines. Moi je suis du genre à toujours regretter. J'ai la nostalgie bien vissée; l'hypermnésie en héritage.
Il y a, il y a eu, en ce moment j'EXulte à donf, et y a ça
Il y a mon fils, l'amour perenne, le seul amour fluide, pas rancunier, qui calcule pas, qui dit à l'autre de s'en aller et qui reste total dans l'absence, qui cherche à faire grandir et te grandit un peu, le seul amour qui sourit dedans, le seul amour que je sache un peu donner sans pourtant y avoir jamais goûté. On y gagne l'amour de soi quand il est bien pratiqué. Ce truc , là, l'amour de soi, tu sais, cet étranger que tu ne connais pas. Mon fils, L'ex à venir, le programmé, finalement, le réussi. Le souhaitable et le permis. Mais bon, rentrons nos mouchoirs, hein... cet amour-là ne suffit pas.
La boucle est bouclée.
J'enchaîne My Heart, et j'embarque dans la galère Une importante .
(si elles veulent bien)
L'essentiel: presque rien.
Avant
Coupée, j'étais à mi hauteur de moi. C'est pour ça, la taille est petite.
Coupée, Sciée, stupéfaite, pendant que ton corps dans le mal, et l'agonie. Et je disais ce n'est rien, ça n'a rien à voir avec la mort, la douleur. Je me mentais pour que tu restes.
J'ai perdu tout mon corps dans une étrange identification, et je rejetais ses mains. Je m'incarnais ailleurs, comme un ongle malade, jauni et trop planté.
J'ai oublié les fonctions vitales, ou alors c'est le contraire. Elles m'ont lâchée. Je le réalise à la hauteur du manque d'aujourd'hui. C'est pour ça l'immensité du rien. A l'aune de la faim d'aujourd'hui, à la mesure des mains que je retiens, j'envisage le vide passé, trepassée.
Mon corps mort comme le tien.
L'introjection en plein.
Ensuite
Je bois dans le calice de tes mains, et ma tête s'adapte au dur de ton épaule comme les lèvres au goulot, en baiser d'assoiffée.
Je dis "Terre", pétrie et modelée, je dis "Terre", comme une naufragée.
Je dis Air parce que j'étouffe mes cris, je dis "Air", ça me fait respirer.
Je dis Je t'aime: c'est un lapsus linguae.
Et puis...
C'est rien; l'absence d'un corps inhabité. C'est ma tête que je veux perdre , c'est mon corps qui me rappelle à moi-même. Mes persiennes, yeux fermés, laissent filtrer tous les systèmes, des solaires aux equipollents. Extra systole, à contretemps.
Tu te croyais le cancer à l'âme, et ce n'était qu'une verrue.
My Body Is a cage. (Neon Bible)
Tu en reprendras bien une tranche ?
Couchée !

Oui, la salade c'est sexuel. (mais ça on le savait hein)
In Cauda Venenum
Tu te rappelles Annette, combien de fois au piano la chanson interdite, et nos tremolos, et les voisins qui tapaient avec les balais, pour dire assez, ça suffit. Mais ils riaient le lendemain quand ils nous voyaient descendre les escaliers. Ensuite, on ne les a plus tellement vus.
Te souviens tu, Annette, le mariage de raison qui s'est transformé en passion du mariage ? Les boulettes à l'anis à Paques, le kügel, le foie haché. C'est avec la nourriture que nous avons commencé à nous aimer. A goûter la présence, à prendre soin. Tu te souviens Annette quand tu as griffé les draps, pour la première fois, et que tu m'as dit en riant "mais c'est ça aussi le mariage ?" toute étonnée de la bonne surprise.
Je me rappelle, Annette, la petite école de Lublin, et quand tu disais " On croit avoir avancé en ragardant les traces derrière nous, or on devrait regarder devant" Et moi je ne comprenais rien. Et les fleurs blanches sur le chemin, celles que je ramassais avec les enfants, ils disaient "un bouquet pour maman !"
J'ai trop de souvenirs Annette, j'en ai plein. C'est aigu les reminiscences, c'est pointu les absences. Moi je me souviens de rien, il dit Albert, en pointant ses lunettes sur les photos. Il dit qu'il faut oublier, que ça sert à rien de ressasser, Comme si ça se commandait.
Tu te rappelles Annette, enfin moi, je m'en rappelle avec beaucoup de précision.
Quelle année déjà ? ...le monde qu'il y avait, le monde....et les trepignements des gosses qui prenaint le train pour la première fois. Toi tu portais la plus petite de nos valises, tellement lourde, mais tu la tenais bien. Tu avais le regard un peu lointain. Ta nostalgie d'ashkénaze, je disais. Tu n'arrivais pas à te rejouir de cet été trop chaud, de la perspective de ce départ. Tu essayais de calmer l'impatience des enfants. Moi je répondais aux questions mécaniques de l'aîné, quel prénom déjà ? c'était le premier locotracteur diesel, ici, quelle ville déjà ?
La grande infirmière, la plus pâle, elle dit que ce sont mes devoirs de mémoire, quand je me rappelle tout ça. Que c'est mieux que la mémantine. Elle a raison. Elle se moque de moi. Quelle saison déjà ?
Je me rappelle , Annette, de ton chignon, un peu défait, de tes traits déchirés, quand tu as dit "Bon à bientôt ne t'inquiète pas pour les enfants, je serai prudente. Tu nous rejoins quand ?" Je me rappelle des cheveux plus courts , les cheveux de bébé sur ta nuque dégagée. Je me souviens du bruit des sirènes, je me souviens du bébé qui poussait, je crois, dans ton ventre.
Et j'ai haussé les épaules, "Ho je crois dans pas longtemps, en tous cas, tout sera mieux qu'ici", j'ai dit, en montrant le mur de trois mètres de haut , un peu plus loin, là bas " Oui, et ne t'en fais pas, tout ira mieux à Treblinka"
Je me rappelle très bien de ça.
Je suis revenue de tout et j'y suis retournée. Note très longue avec de la musique ouais !
Toujours, je me réveille avant toi. J'aime te surprendre, te clouer le bec au moment où tu vas t'ériger. Je t'attrape et je te fais taire, d'une caresse du gras du pouce là, à gauche.
Toujours, avant toi, je me réveille, sonnerie de portable réglée à six heures pétantes.
Je me cinémascope l'illusion d'être tirée (ça va, ça va) d'un sommeil lourd, en sursautant quand même, et ton silence, c'est ma petite mort, en ce moment, O toi, mon reveil matin.
Toujours nu pieds, hiver comme été, car ma plantaire sensuavité ne s'embarassera jamais de chaussons. J'aime la texture différente sous mon talon, en aveugle, de la tomette fraîche au parquet mat, et au grès cabossé de ma salle de bains de cathédrale...mes repères pédestres dans ma randonnée titubante, à travers la pénombre des mes appartements. Il faut que je constate illico, les ravages nouveaux de cette nuit trop courte, cette nuit aux yeux de hibou (et il faut que je fasse pipi, aussi)
Toujours, les cheveux d'abord, et je me chante régulièrement Cut your hair en Pavement dans le texte. Mais ça cache bien la misère, la crinière; avouons le nous. J'achève de me réveiller à l'eau froide , ça me frisonne jusqu'au bout des nerfs.
Il paraît que l'humanité se subdivise en deux catégories bien distinctes:
- ceux qui déjeunent, puis se lavent (obsessionnels combattifs)
- ceux qui se lavent , puis déjeunent (oraux dépressifs)
Il y a aussi les psychotiques qui déjeunent d'un lavement, ou se lavent au nescafé, ou bien les banals névrosés qui ne se lavent pas (ils puent) mais ce n'est pas le sujet... le Sujet c'est Moi, entre ici et là.
Moi, trop folle, trop border line, trop nonconsensuelle, je me lave le visage, PUIS je déjeune, et après je me lave. Je sens qu'après ça, vous comprendrez mieux pourquoi je suis un être tellement à part. Isolée. Paumée. Indécise...je me dis en redescendant dans ma cuisine immense et...tiens donc (!), inachevée. Le café , grâce aux miracles de la programmation neuro-arabique est déjà prêt, neuf et chaud.
Si ce n'est pas le cas, (coupure de courant, dérèglement climatique, attaque d'araignées géantes de la planète Vulgar, amnésie) j'éclate en sanglots.
Je hais la frustration.
Sinon, je me tape la cafetière, en lui disant tant de mots d'amour, je lui dis tout bas ce que j'espère du haut de toute ma libido: UN REVEIL, bon sang, un REVEIL. Je l'enserre de mes doigts impatients, fébriles, en lui disant toi, oh oui, toi, mon robuste arabica.
Après, déjà, ça va un peu mieux.
Je me lave les dents avec un soin qui confine à la dinguerie maniaque. Puis, je me lave , non sans avoir préalablement (je te vois venir qui essaie de me couillonner) ôté:
1-# Ma nuisette en soie & cashmere
2-# Mon t shirt bretelles spaghetti en voile de coton "Punk is dead. So am I."
3-# Ma..o ciel, j'étais toute nue, tout ce temps ?
4-# Mon pyjouille dissocié comme un schizo sous double bind.
Coche la case de ton choix.
Je me lave, donc, au gant de crin, et ensuite , honte et opprobe (et sécheresse cutanée) soient sur moi, ni crème ni rien. Juste je me sèche avec une violence qui me terrorise moi même, et je me parfume voluptueusement et très longuement (2 dizièmes de secondes)
Ensuite se présentent deux options:
Soit mon fils est réveillé, et me squatte l'encéphale avec Salamèche qui vaut deux Prudicelle en energie pokémonique,et j'éclate en sanglots,en enfilant mon pantalon
Je hais la squattation.
Soit, il dort encore, et je me plante devant mon miroir de princesse et je me coiffe soigneusement (1 minute ) , puis je me maquille (hahahahahah) et après je dis "Oh mon dieu" je sanglote, et je me re-lave le visage, je mets mon pantalon. Et je réveille l'Infant qui me squatte l'encéphale avec Pikacchu qui vaut deux energies, en évolution pokémonique.
(cette note me fait bailler , tu sais, presqu'autant que toi, mais je sais pas pourquoi ,je veux aller jusqu'au bout, jusqu'au bout, tu m'entends ? Moi je suis comme ça, je suis la jusqueboutiste du blog, je te dis !)
Je l'aide à se lever, se laver, s'habiller, je lui dis que la vie est un torrent, qu'il faut plonger dans les remous, et aussi qu'à quoi sert de vivre libre quand on vit sans amour, hein, tu peux me le dire, toi ??? ou alors je lui dis Va te laver les dents, ça dépend.
Je le regarde déjeuner tout en actionnant l'Itunes et la boîte mail (addictée que je suis), je me retape une cafetière, dans la foulée. (insatiable que je suis)
Il est déjà sept heures quarante cinq, et je m'en vais. Mais d'abord j'ai roulé une pelle à mon frigidaire, lui piquant de quoi subsister à midi, car vois tu, moi je n'aime pas manger à la cantine, je n'aime pas les copains et les copines. Je dis à ma cafetière "Faisons l'amour avant de nous dire adieu." Elle me dit "Bon bon si tu veux...."
Ensuite, toujours, je roule jusqu'à mon lieu de travail, mon bureau, mon job, mon taf, je dis des trucs, je m'agenouille , je dis c'est bien. Y a un collègue qui me dit toujours haut les mains. Pour rire. Je ris. Et bien sûr, je lève les mains.
Une autre journée s'annonce , c'est sans fin.
Je reviens de loin , et j'y retourne, je me dis.
Je suis partie de nulle part et , tu vois, souvent j'y reviens...


