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La goutte d'âge qui fait déborder le temps.

 


podcast

C'était un beau mercredi, je vous jure. D'abord, le mardi soir , mon moitié est rentré d'Avignon tard dans la nuit et évidemment je ne pouvais pas dormir tant qu'il n'était pas là, puisque c'est sûr il était sûrement mort, accident de bagnole, ou alors à l'hôtel avec Bo Derek, ou une actrice japonaise (je le sais, je le sais, qu'il fantasme sur les japonaises).

Il est rentré, j'étais folle d'inquiétude, je lui ai dit: "T'es qu'un salaud mort qui me trompe avec la fille de Jean Reno dans Wasabi"

Il a dit: "Tu savais , toi, que les chantiers d'insertion sont tout de même bien mieux épaulés par les structures de région dans le sud ouest , je te jure que vraiment j'ai appris des choses vraiment formidables et que je ne regrette pas un seul instant d'avoir..."

Là, je me suis dit que même Petula Clark , elle n'aurait pas passé la nuit avec lui, et aussi, il sentait drôlement bon pour un accidenté de la route. J'ai dit" Ouais ouais, ben j'vais me coucher."

Je ne me suis pas réveillée à l'heure ce matin, mais ça devient une habitude, ces jours derniers. Heureusement, le gnome qui est un chouette réveille matin, je trouve, était là. Il m'a reniflé dans les oreilles et il m'a dit: "GROUILLE TOI MAMAN J'AI CENTRE AERE !"

Après avoir déposé l'Infant dans un grand parc avec des poneys et sa fiancée, une princesse d'orient, tellement elle est jolie, vive, et folle de lui, c'est sûr, j'ai fait le ménage A FOND. (j'me suis même pris pour Alméria à un moment donné)

Y avait du Vigor partout, du Cif amoniacal, et de l'alcool de citron dans les rainures des boutons de la gazinière. Et j'étais heureuse, heureuse, j'avais mis ma compil préférée que j'me suis faite toute seule , à la force de ma timide geekitude, avec Sonic, Dinosaur, Clapton, Morrisson, Del amitri, et tout et tout...et je recevais des nouvelles de gens qui me faisaient chaud dans mon coeur, de trucs qui s'arrangeaint, de trucs qui allaient se faire, de trucs qui s'annonçaient bien.

Bref, on aurait un peu dit  un film italien, avec une réalité crue d'un côté (moi en jogging pourri qui sentait la Javel) et un rêve Morettien de l'autre (les gens dans une autre dimension avec des pains au chocolat géants, et un message politique très intéressant pour ceux qui comprennent)

Ensuite j'ai pris une douche et je me suis lavée les cheveux, parce que tu vois, ma vie, à moi, c'est un peu l'aventure.

Je m'ai mis un pantalon d'la mort qui tue et un pull over vert amande absolument atroce (mais rien n'était sec) et je me suis dit: "Je vais faire les courses"

J'avais mon sourire de winneuse, et cette volonté inébranlable qu'ont les Grands. A Leclerc, j'ai acheté du jus de raisin, du jambon de parme, du camembert bas de gamme pour mon moitié  qui me trompe avec des carottes du marché équitable, un peu des trucs de fille (un recourbe cils,  mais j'ai peur de me crever un oeil; des elastocs qui arrachent pas les tifs...)et puis aussi des bananes et du pain, des brioches industrielles, du chocolat, des chewing gum pour quand j'arriverai à m'arrêter de fumer, des Hot Wheels pour Le Gnome, y avait un blouson en cuir marron vachement beau, dans la galerie, mais j'ai résisté j'ai resisté j'ai résisté...j'y vais après avoir enregistré ma note.)

J'ai rigolé avec la caissière, elle m'a dit qu'elle adorait mon pull. Si elle veut, je lui vends. On s'est dit que hahahah c'est bien là, la déco de  Noël, et les Hot Wheels c'est un peu une arnaque mais baaaaaaaaah c'est pas grave ils sont tellement mignons, ces enfants que quand même, hein..vous réglez comment / par carte bleue/ vous avez la carte du magasin? / ha ben non je l'ai perdue/ Ha encore ? / ha ben oui.

Et ensuite je suis repartie, et là, sur le parking (des anges rien ne les dérange) il y avait un motard. Un vrai, un beau, avec des cheveux de surfer et un sourire ultra brite. Je me suis dit: De toutes façons mon mari me trompe avec Ryoko Hirosue, je vois vraiment pas pourquoi je m'emmerderais la conscience..."

Parce que tu vois, le surfer, il me regardait avec l'Océan pacifique dans ses yeux. Et il s'est même levé de sa bécane pour s'approcher de moi. Je me suis dit "Quel fallacieux prétexte va -t-il inventer pour m'aborder ?"

Il me dit comme ça avec un genre d'accent du nord: "Vous  heu...cigarette ?"

Franchement...je me suis dit en plongeant ma main aux effluves de Palmolive dans ma gibecière en daim, c'est d'un commun...et je lui ai tendu mon paquet de gauloises blondes.

 

- Heu deux ? possible ? il a fait, en ressortant deux clopes du paquet.

 - heu, oui...'sûr.

Et il s'est retourné  après m'avoir piqué deux clopes, vers son tricycle de nain, cet espèce de peroxydé de la tignasse, ce pré-pubère acnéique de mes deux, ce connard...

- Merci, madame vous, sympa pour une vieille.

 

 

Pourquoi je te hais, Cow Boy

Il y a des musiques qui me glacent le sang. Pendant que d'autres tapent du pied, font la guitare avec avec leurs membres supérieurs en grattant sur leur ventre, et le tambour avec l'appendice buccal, plantent leur pouce dans la revolver de leur blue jean en faisant claquer leurs mocassins, moi je m'enfonce dans le trottoir, et j'ai comme une nausée.
La cithare atonale, le koto, le balafon, même pas peur, hein, juste ça m'emmerde.
La variété avec les voix puissantes et trop justes, ça ne m'effraie pas, ça me gonfle.
Le jazz qui expérimente en oubliant le binaire mélodique, je n'y comprends rien.
Mais la country western, ça me donne le frisson de la mort.
Des que je vois un guitariste  nasillard, une chanteuse d'âge mûr avec des couettes peroxydées et un veston à franges qui swingue sur alabama,
je serre les cuisses.
C'était un film où Jodie Foster se fait violer sur un flipper, assourdissantes autour les guitares texanes, le banjo yoodle, puantes les vapeurs de bière et les ouaiiis dégueulasses qui encourageaient la violence du coup de rein.
J'avais dit: "Elle est pourrie c'te musique."
Dans Thelma et Louise, je ne sais jamais laquelle des deux, sur le parking, après la bière et les accords appalaches.
Pareil.
Je m'étais dit:"Cette musique est dégueulasse."
Elle réveille le porc rural, le WASP KKK, la bestiasse qui pense qu'une fille en minijupe adore se faire violer sur le capot d'une bagnole, c'est bien connu.
Chaque fois que j'entends du Dolly Parton, je me dis que quelque part, on abuse, on force, on égorge une femme.
De toutes façons, il  est absolument abominable de réaliser que je ne me plante même pas.
Et que lorsque j'écoute du Sonic Youth, finalement , pareil.
Mais bon disons que moi, pour m'en souvenir, j'ai besoin de Johnny Cash.
Il y a plusieurs années, à Amsterdam, je suis allée dans un bar country. Il y avait des santiags sur les étagères, des lassos sur le bar, des chopes de bière plus longues que mon bras sur les tables, et des touristes bourrés partout. Il y en a un qui m'a pincé le fessier, pendant que le chanteur meuglait :"Keep on the Sunny Side"
J'ai hurlé.
Je préférais les coffee shops avec Bowie en musique d'ambiance, de toutes façons

Grosse fatigue (toi-même)

J'ai le cerveau mode paléolithique avec ce début de l'hiver qui s'annonce d'une froideur humide qui me gonfle.
Je me concentre sur l'essentiel: 1/Manger 2/manger 3/Chasser le gras (ha ben obligée du coup) et le reste si possible, le morose et le pénible, le lourd et ce contre lequel on ne peut rien.
Alors l'art et l'écriture, heu, pardon, mon blog, ça m'intéresse autant que l'ondoiement des blés sous la brise, ou l'onychophagie récente du meilleur copain de mon fils.

Je peste contre le réveil qui sonne trop tôt, avec cette même rage qui rend si beau, si vrai, si pur, le militant UMP quand il s'énerve après la victoire de Ségo. Bien fort, et en vain.

Je me tartine avec de la crème extraordinaire à 30 euros les 12 grammes, en me disant que las las, ma beauté, mon séchoir...

Je deviens onomatopéique dans mes propos. C'est à dire qu'à part ouais ouais, ho, p'tin non, j'ai pas beaucoup de conversation. Je ne vois pas quoi répondre que "ho p'tin non jai sommeil" quand mon moitié me propose un cinoche, un jus de mangue/carotte, la botte.

Après je lui dis: "Point de salamalecs, mon ami, choisis un des trois, allons à l'essentiel ,soyons fous..."

Après on fait des ho et des ha vachement épicuriens devant ...notre jus de mangue/carotte.

Après je m'endors et il paraît que je pique toutes les couvertures. C'est faux.
S'il m'aimait vraiment, il ne supporterait pas que j'ai froid.

Bref , vous l'aurez compris, je crois que je suis un peu à sec niveau pondage de notes, comme une poule constipée, comme un Rimbaud sans absinthe, comme un OP sans CDI...
J'hiberne un peu et je reviens

(ouais , demain sans doute)

Titre vachement bien

Jadis, c'était il n'y a pas si longtemps, mes souvenirs d'enfance sont surtout linguistiques. Quand je régresse, c'est oral. Il y avait cette phrase dans les moments de chaos,  terreur qui se voulait solennelle, chantage qui nous modelait le surmoi  exténuant.

"Jure moi, jure moi sur la tombe de ton père que tu n'es pas allé voir tes frères..."

Il avait le regard en fuite, et il voulait éviter la chape de plomb des semaines durant dans le foyer, le silence qui fait peur. Il jurait.

"je vous jure, je vous jure sur ce que j'ai de plus cher au monde, la tombe de ma mère, que je vais partir, vous laisser, retourner là-bas dans mon pays si ça continue comme ça..."

Comme quoi ? Que faudra-t-il encore que j'invente. En quoi faudra-t-il que je me déguise pour faire taire la menace d'abandon ?

Je jurais.

Et nous avions la tête envahie d'images de cauchemars et de cadavres quasi inconnues qui nous poursuivaient pour nous faire tenir nos promesses. Sans la télévision. Gangrenés de la joie, amputés de l'insouciance.

C'étais dimanche, je suis allée au cimetière. Ils ont posé la stèle.

Il y a notre nom dessus. Ton prénom, le premier du caveau. Ce mot résonne comme un gouffre.

Et elle astique, et elle polit, et elle nettoie. Je ne peux rien ressentir tant qu'elle s'agite, tant qu'elle est là.

Je pense "sur la tombe de mon père". C'est maintenant. Je prends la main de ma mère.

A côté, c'est une autre famille, qui parle fort, les mélopées  et le tragicomique de la mort. Le hurlement du manque suivi de la préoccupation soudaine, absurde, de la nécessité de vivre. "il n'y a plus de côtelettes, tu m'arrêteras au retour".

Reprise de la litanie.

C'était une caricature, un raccourci terrible de ce que c'est que la vie après ta mort. A côté de ta sépulture.

J'ai posé mon caillou, j'ai allumé la veilleuse. Et Sa litanie a commencé. Avec les basculements tragicomiques dans le discours, du canapé à changer à l'envie de mourir, des papiers à remplir à la dépression intraitable.

J'ai mis du Dinosaur Junior dans ma tête pour amoindrir la rage accumulée, le remords, la gangrène de la joie, l'amputation de l'insouciance.

Sur le chemin du retour, le si long chemin, je me suis fait arrêter par la police. un très long contrôle. Vos papiers, vos factures, votre carte graise, votre carte vitale, votre culotte, madame.

"Sur la tombe de mon père, je vous jure que je suis innoceeeeeente"

Je n'ai jamais su pourquoi, moi, parmi toutes les autres bagnoles. je n'ai rein demandé. j'ai mis du Rita Mitsouko dans ma voix pour hausser les épaules.

Rentrée, tout semble avoir des angles plus aigus, quand on me parle, tout m'agresse alors que tout est toujours pareil. le gnome éléctron libre et son besoin de moi. Il me faut l'effort surhumain de la psychanlysée de mes fesses pour ne pas me vautrer dedans et lui refiler toutes mes névroses d'enfant- parent de ses parents.

Et le moitié qui pourrait faire l'épaule, mais j'ai peur de pleurer. J'ai peur que ça s'arrête plus. J'ai peur que ce soit trop lourd, j'ai peur de le dégoûter. Le contrat est tacite même si rien n'a été dit. "Je ne te demanderai plus jamais de me guérir."

J'ai fait la compagne légère qui sait rire de nous, mais pas l'orpheline qui morfle, plutôt vomir.

J'ai fait la maman qui fait le câlin, mais pas la cuisine ,plutôt crever.

Et c'est hier soir, et c'est ce matin que j'ai froid. Je tremble dans le couloir d'un étage à un autre. "Vous avez du sang de navet, vouzautres"  me dit la femme de ménage en me voyant dans mon bureau avec ma veste.

Elle polit, elle astique, elle nettoie. Elle a raison.

Alors je pousse ma litanie, c'est mon tour de mélopée, là. Maintenant ici. Entre la complainte et la tragicomique nécessité de vivre. Ca ne mange pas de pain, et même ,peut être , peut être , ouhlala ce sera bien écrit. Ca me fera un colmatage dans la béance, un semblant d'ordre dans le bordel.

Et pour amoindrir l'obscénité de mon chagrin, je vous colle ça dans les oreilles.


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Fais comme l'Arctique

 Des messages, des images , des grandes claques qui m'ôtent la méfiance génétique, l'incrédulité archaïque. Un peu  le réflexe  de faire mon iceberg, comme je fais très bien, un peu envie de ne pas voir, de m'isoler dans le glacier, sans ours, bien profond dans le silence...mais, je n'ai pas envie.

1- Celle-là , c'est une des lettres que je n'enverrai pas. Elle finira déchirée, abandonnée dans mon bazar, obsolète quand je la relirai. J'emprunterai peut être quelques phrases, à peine un mot, que je mettrai dans une autre page envoyée, celle-là.

Je regarde  ton fil, et j'ai peur de te perdre.

 Je la lirai peut-être pour me rappeler ce que j'imagine. Le parcours de mes mots de ma main à la tienne. Pour me rappeler ce que j'imagine: rien. Je n'ai rien à dire. Ce serait pour ma propre défense, et j'en ai déjà trop.   Et un rêve où tu te retournes en rigolant, et où tu dis De toutes façons j'essaierai toujours...

  Nothing in this world , nothing, could make her stay ?

 

2-Pour toi , j'aurais voulu une autre enfance, tu vois. Quelque chose qui sente la pomme,  le sucre et la légereté, quelque chose qui porte l'adulte que tu serais devenue. Un truc avec Charles Ingalls qui joue du violon, un truc bien mièvre et bien niais, ouais, mais on s'en fout, avec des balançoires, et des respirations qui ne t'étouffent plus.

Spread your wings and fly away, fly away far away...

 

3- C'est tout alambiqué de parenthèses pour l'autodérision, mais je sens les cicatrices des morsures, les pelotonnages dans tes contours. Tu te verses et tu voudrais te répandre dans des réceptacles humains.   Tu croyais te cacher et tu te révèles.  Tu croyais me faire  rire et tu me fais me taire.

  Had no luck at all, nothing came easy...

 

4- Le besoin de parler à des gens que l'on ne connaît pas, de crier sans être entendu. Pour rien. Tout seul. La certitude que tout est juste, convaincue de la persistance du sourire après le clic de fin.

Knew it was time he made up his mind. "This could be my last chance."

Quand beaucoup du reste est entre parenthèse, sans saveur, sans teneur, sans chaleur, cent à l'heure...et ta soeur ? Un entre guillemets, sans préoccupation de capital, mais d'une importance capitale, sans vainqueur, sans tiédeur, sans "à l'heure."

Il faut se réhabituer à aimer des gens. Quand on a choisi la sphère du clan, de la sécurité, de l'isolement poli, avec les limites socialement acceptables.

 Mais je perds un peu le fil, l'équilibre de la syntaxe, parce qu'on est tous là, les nerfs au bout des mots, et le geste empêché, 

 obligé.

  Do you know who you are ?


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(vous avez de la chance, il est trop tôt pour que je chante, là.)

 

 

 

...Colombine (ou souffrance ultime)

Je te jure que j'essaie.

Je me concentre, ça me fige. Je me dis que c'est l'heure, je me pose et j'attends.

La chair est triste et j'ai lu tous les magazines.

Alors, je me dis , n'y pensons plus. D'autres vivent avec de tels poids. Alors, je sens les grondements, le bordel intérieur, les suées, le fond du trou, les maux au bord des lèvres.

Je fais comme on m'a dit, je fais comme j'ai lu,

je bois.

Je me remplis pour mieux vider la fosse, je fume et la fumée fait de belles volutes autour de mes doigts.

J'en ai les larmes aux yeux, la pieuvre dans le ventre. Le trop plein n'est pas mort, juste endormi.

Je respire, je me tords. Je sens comme un craquèlement, une échappée, peut-être.

Mais j'ai si peu l'habitude des victoires, et je perds tous mes moyens.

C'est la fulgurante remontée, celle qui te fait maudire, celle qui te fait trembler.

Et me voilà, encore et me voilà toujours

assise sur mon trône,

en écoutant les understones,

con typée.

 

NB: le premier qui me dit qu'il l'avait vue venir, je lui cague à l'oeil.

C'était moins bien avant.


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 Soudain, je n'ai plus envie d'y aller. C'est décidé. Je n'irai pas. Trop de doutes.

D'un seul coup, parce que j'ai décidé que je n'irai pas, je me sens mieux. On n'a pas le droit de m'imposer celà.   

Et puis, j'y suis allée.

Elle est trop polie, elle. Elle m'a eue en jouant celle qui pouvait tout entendre, en balançant les noms de groupe que j'aimais bien. The Doors...A quelle âge la première fois ?  Black Sabbath ? Oui, mais tu ne pouvais pas savoir...

Elle était plus maligne que les autres. Chaque fois que je disais quelque chose, même quand je ne disais rien, elle hochait la tête, l'obséquieuse, comme on écoute les fous.

J'aimais bien son bureau, les revues , et les tableaux saints dans la salle d'attente.

J'ai été idiote, et j'ai fini par baisser la tête. Faible comme un vieillard, geignarde. "Oui, madame, je reviendrai."

 Je n'ai même pas évité de lui parler de la peur, la peur immonde de chaque geste social, la terreur glacée si le regard d'autrui. De la sexualité comme un raccourci  pathétique pour se croire un être de relation.

Et puis, elle a dit qu'il fallait  absolument "faire quelque chose". Et elle m'a donné le nom du docteur. Celui que je devais voir, de toute urgence.

J'ai dit merci, merci vraiment. Sans regarder la carte, ni l'enveloppe cachetée adressée au médecin.

Et puis j'ai marché et la promenade était déserte, et les yeux d'autrui  me mangeaient la tête, je n'avais plus de visage et j'allais sans doute imploser. En pièces détachées.

J'ai fait le rituel, le rituel leit-motiv ad libidum,  cognitivo-comportementale sans le savoir...Je n'ai pas peur de la vie, je la déteste, c'est le handicap de la rage, je suis une rebelle, pas une handicapée.

 Finalement, ça a moins bien marché que le bar, les têtes repères familières, la bière.

Les raccourcis pathétiques.

J'ai pensé qu'elle avait peut être raison, et que j'irai. Dans ma terreur d'être pathologique, je réussissais toutefois à fantasmer un bienveillant écouteur, un guide spirituel, un gourou, je me voyais Dora, je me voyais Anais Nin, je me miroitais "cas intéressant".

Alors j'ai ouvert l'enveloppe.

 "Chère confrère, je vous adresse une jeune fille . Il faut absolument l'informer des risques et de grossesse, et de MST. A aucun moment lors de notre entretien, elle n'a parlé de contraceptif ni de préservatif. Pourtant, son niveau d'études est supérieur et elle ..."

adressée au Dr ..., gynécologue.

Anais Nin a eclaté de rire, et j'ai joué à la bombe à eau avec mes capotes.

Concours de Souffrance

Sur une idée originale de Yaël,

je reprends le sloubi-flambeau (ça devient un blog ésotérique, certes, mais c'est comme ça quand on souffre, je vois pas pourquoi vous ne souffririez pas aussi)

 


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[Je tiens à préciser que je viens de me faire gauler par mon moitié qui me dit: "Mais qu'est s'tu fais ???"

- ...On fait un concours de souffrance.

- Ha mais t'as gagné là, t'as gagné.

voilààà.]

Exitlude


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37°9C : Les produits dangereux à la décheterie, fais ton compost c'est facile,  éteins les lumières inutiles, le chauffage au bois, c'est le bon choix, une conférence de presse sans journalistes tu te rends compte...Bois du jus de citron, tape toi un Ricard, va te coucher je m'occupe de tout, tu vas pas fumer en plus ?  Comment on écrit  "pète ?", Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan pas le bain, je veux faire Adibou sur l'ordinateur

38°5 : Les ordinateurs à la décheterie, naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan pas un  compost ,comment on écrit "inutile ?", le chauffage au Ricard c'est le bon choix. Va fumer, je m'occupe d'Adibou, tape toi un journaliste.

39°4C: Chauffage , pas le bain.  Trop de lumière . Dechèterie.

Quand je serai grande, je me suiciderai

Je suis une tanche en communication. Ce n'est pas dû aux divers diagnostics, c'est que j'ai pas de limites, même si mon état l'est.

On me croit gentille, je suis juste con.

On me croit intelligente, je suis juste synthétique. Et hypermnésique.

Je suis incapable d'aligner plus de trois mots cohérents en face de quelqu'un que j'aime, qui me touche, qui me gonfle.

Non pas que je ne sache pas quoi dire, ni même que je sois timide, finalement, juste que je trouve que les mots, c'est surfait .

HAHA. Bref, aussi, Pas pour rien que j'aime chanter. Pas pour rien que je m'autosaôule à écrire. Parce qu'écrire, ha ben non, ce n'est pas parler. T'es tout seul, tu peux te bercer de l'illusion de l'interaction et de l'échange, mais c'est des conneries, à mon sens.

Je l'ai déjà dit . Les "Tu ressens quoi vis a vis de ton vécu intérieur de ton désir face à la pulsion intrinsèque de toi même , enfin, ton égo j'veux dire, hein...bien sûr...faut pas confondre tentacule et.." On croirait pas, hein, mais CA ME SAOULE GRAVE

J'essaie de jouer le jeu, je me raconte, sans artifices, mais je crois que tout le monde s'en branle. Et comme je les comprends.

Je n'ai pas de juste milieu, paralysée farouche ou déverseuse de tout. Parce que tout, j'm'en fous. C'est rien qui me fait peur.

Les "parlons d'autre chose que de nous," je trouve que c'est pas franc.

J'essaie aussi de m'extasier sur l'envolée lyrique à la page 12, et de m'irriter méchant sur le discours de Sarkozy ou d'un autre. Oui, mais je suis une enculeuse de mouches, Et je sens trop qu' en fait, c'est juste MA colère que je veux dire, que c'est juste que JE l'AI BIEN VUE, l'envolée lyrique que je voulais signifier.

Et ça me saoûle.

Je suis en train de te parler de mon incapacité totale à faire la conversation. A bavarder. A communiquer sagement, avec la pudeur nécessaire, les circonvolutions, les silences , pour mon "bien", les inquiétudes policées qui donnent bonne conscience.



J'écoute très bien. Toutefois.

J'adore les univers des autres, je me dis que c'est possible Un univers.

Mais tu vois, là aussi, c'est parfaitement égocentrique, c'est l'avidité histrionnique.

Enfin, c'est surtout que mon univers à moi, c'est le désert ,avec ,la minuscule perspective des mirages.



Toute ma vie, on m'a demandé de choisir, de prendre part, d'être dans un camp.

Et toute ma vie, je me suis appliquée à essayer d'aimer sans choisir, sans élire, sans médire.

Ce serait mentir que dire que j'y parviens.

Mais j'aime bien essayer.

Toute ma vie, j'ai eu une soeur, une mère, une sur-moi plus terrible que toute la garde nationale qui se sont évertué à me dire qu'elles me connaissaient mieux que moi. Que ça fallait pas, que là, fallait se méfier, que les autres sont méchants et qu'ils veulent te manger, te baiser, tevoler...que je faisais pas le bon choix, que c'était pas moi, que j'étais pas comme ça, moi...

Alors que moi, je choisissais rien,

Je me contentais de trucs qui peuvent paraitre l'ordre des choses pour beaucoup, des triomphes pour moi, des victoires absolument démentielles, des conquêtes extraodinaires.

Se lever sans vomir / Marcher droit/ Se promener sans penser que tu vas te désintegrer sur place/ Se marier ,et aimer son mari / avoir un fils, et l'aimer.

Alors merde.

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