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Les américains, La guerre, des trucs auxquels je pense ...
Lorsqu'il était petit, c'était en Algérie, la guerre, les mesures venues de France, ce grand pays qui lui avait donné la nationalité française, l'école interdite aux Juifs. C'est ma grand-mère qui me racontait ça. Ma grand-mère, elle était déjà aveugle et elle était couchée, il fallait lui lire les histoires complètes, seulement les complètes , de Nous Deux. Parfois je me trompais, je lisais les "à suivre". J'avais les chocottes, j'inventais une fin que je croyais plausible. " Il était désespéré de ne plus pouvoir aller à l'école. Je l'ai retrouvé dans sa chambre, il essayait de se suicider en mettant sa tête sous le matelas..."
Les autres dans la rue, quand il se promenait avec son frère aîné, celui qui mesurait deux mètres, celui qui est devenu commissaire, celui qui joue bien au scrabble, continuait de marcher quand ils criaient sales juifs, mais lui, le sec, le teigneux, il faisait volte face et il leur niquait la gueule. Il rentrait en sang, mais il ne pleurait pas.
Les américains sont arrivés, avec des chewing gum et des cigarettes et il les faisait rire en répétant "I wannagain". C'était marrant un môme qui fumait et qui parlait comme un cow boy.
Il aimait bien l'école de Jules Ferry, et connait encore le poème d'Hugo par coeur, tu sais celui où les soldats ne font pas confiance au môme, là, qui veut rentrer poser sa montre, qui dit qu'il reviendra après, ils se moquent. Mais le môme il revient.
Ensuite, il y a la photo du bateau quand il est arrivé en France, le jeune homme un peu Charles Bronson, le pied noir mais pas vraiment. Parce juif pied noir, c'est pas vraiment La Vérité Et Je Ne Mens Pas. Enfin, pas lui. Il ne quittait pas son grand domaine avec des serfs outragés. Il quittait une misère pour en retrouver une autre.
Parfois, je regarde les miroirs, je pense à quand ils seront retournés. Je pense que tout le monde me trouve vachement courageuse, mais que c'est que du pipeau. Mais bon, peut-être non. Parfois, je regarde les photos, celle que ma mère a dans son sac, ils sont jeunes ils sont beaux ils se roulent le galot de la mort. Parfois je regarde les miroirs, et je me dis qu'il faut parler de la mort aux enfants.
Parfois, je regarde les miroirs et j'y croise ma tronche. Je vous jure que ohlalala, la dame aux camélias elle n'a aucun souci à se faire. Pas de concurrence sauvage ni déloyale. J'ai l'impression que je sais déjà la gueule que j'aurais dans 40 ans. Si j'y arrive. Je me riquiquise que c'en est stupéfiant.
Je parle au téléphone avec des gens je ne savais pas qu'ils l'aimaient tant. En même temps, mon moitié me disait ce jour ou hier, je me rappelle plus, je deviens complètement amnésique, c'est une première, pour qui lit ce blog régulièrement, en vérité, oh oui; si je commence à perdre les souvenirs, c'est que je mute, c'est certain, combien il est cool et bon.
Bon, c'est pas un scoop, donc, ça n'a rien d'une découverte transcendentale qui me ferait pousser des cris de délivrance et de révélation. Il n'a jamais critiqué personne, sauf les enfants des autres, qu'ils trouvent toujours toujours vachement moins bien que les siens. Moins beaux, moins intelligents. Donc affreux et cons. CQFD. C'est ça la logique paternelle.
Donc là, c'est une fille absolument superbissime et d'une intelligence einsteinique qui cause.
La fille de mon père.
Des rêves et des certitudes.
Ma soeur a rêvé que mon père lui demandait de l'eau. Il lui demandait à boire.
Ma mère a rêvé que mon père s'en allait avec sa soeur, celle qui est morte après avoir combattu vingt années, la pourriture de merde. Elle le suppliait de rester.
Mon frère et moi n'avons rien rêvé. Nous n'avons pas dormi, si peu. On s'est donné la main.
Nous savions, déjà.
Parce que nous sommes montés dans l'ascenceur , les bureaux-là, où ils disent aux familles le temps qu'il reste
A la pourriture de merde.
Pour finir son boulot.
Pas beaucoup.
Très très peu.
Cela ne fait pas un an que nous avions appris la naissance de la pourriture de merde.
Et il reste déjà ? déjà ? si peu de temps.
Je voudrais allonger un peu l'espace, et étirer les heures. Mais ça suffit de rêver.
Il ne sait rien.
A quoi rêve-t-il ?
Je ferme les comm, pas pour me la péter " grande douleur muette, mêlez vous de ce quivous regarde tout ça...Du tout. " C'est parce qu'à votre place, eh ben je saurais pas quoi dire...alors j'empathe j'empathe...:)
To Be continued
Jove connait mon sens juvénile du jeu,(tout comme ma silhouette, mon teint de pêche, ma bonne humeur, ma légèreté...QUOI ?)
Elle m'en propose un (de jeu). Elle écrit, d'autres continuent...
(Jove) "Voilà que je me lève encore à midi... je devrais prendre l'habitude de me lever plus tôt mais il n'y a rien à faire...
Le soleil est bien haut, le ciel est bleu, j'ouvre la fenêtre pour prendre une bouffée d'air frais .... il n'y a d'ailleurs que l'air qui soit frais car moi j'ai l'impression qu'on me martelle la tête avec un marteau depuis ce matin.
Un bruit? tiens... j'ai ramené quelqu'un avec moi dans le lit.... je devrais arrêter de boire autant quand je sors"
(Ab6)Je lève le drap, une chevelure noire. Il dort. En chien de fusil.
Je titille l'épaule, un grognement animal me répond.
"Eh lève toi, y a ta femme qui t'attend peut être..."
- Meuh tu trouves ça marrant ? Laisse moi dormir.
- Ben je sais pas si c'est drôle mais tu peux pas rester là, je tiens à mon célibat moi.
Le type se redresse...Mi rieur, mi- enervé: "Bon écoute, fais pas ça quand je dors. Ok ?"
- Mais quoi ?
- Alors , depuis le temps qu'on vit ensemble, tu le sais que le sommeil pour moi c'est sacré..Non ?
- Hein ?
- Voilà, alors laisse-moi dormir, là. Des que je me lève, j'prépare le p'tit déj, comme d' hab, rassure-toi.
La suite à ...
(GRAND RIRE DEMENT PLEIN DE CHARME CANDIDE QUAND MêME...)
JUDE (elle comprendra)
40°5 C, le soir
Vous n'êtes pas sans savoir , avec ma légendaire pudeur et mon sens fantastique de la discrétion que je traverse des moments difficiles. Le genre de situation qui te fait te refermer à l'intérieur de quelques neurones de stress et d'anticipation, le genre de situation qui te rend hypersensible au moindre bruit, hyperréactive au moindre mouvement d'humeur d'autrui. Ajoutez à ça un SPM de plus en plus terrifiant. J'en ai même parlé à ma gynéco, tellement ça dure de plus en plus longtemps, tellement si fort, même quand je dors.
"C'est normal, aux abords de la QUARANTAINE, et ça va pas s'arranger".
Je l'avais choisie pour son franc parler (Bon vous êtes enceinte, contente ? pas contente ?...IVG ou pas ?). Je l'ai haïe pour la même raison. Un peu comme mon coiffeur quand il m'a proposée une coloration spéciale premiers cheveux blancs. Connard.
Bref, je me sens un peu comme un tsunami ascendant tremblement de terre, un ouragan croisé avec un KingKong neurasthénique, en ce moment. J'ai la trouille vissée au ventre, et pour une fois, je trouve ça plus terrifiant qu'en ce temps maudit où je l'avais, sans savoir pourquoi.
Mon moitié, ce tiers remarquable, bienheureusement non empathique reste égal à lui-même, avec sa sérénité a deux balles et sa froideur légendaire devant les soubresauts d'histrion: l'homme qu'il faut à une hystéro de première classe. Cela va sans dire.
J'en viens au fait. Ce soir nous dînions (oui, nous somme fous ! parfois dans un brusque élan nous nous amusons à faire comme tout le monde). Ce n'était pas franchement gai comme une famille Ricoré, mais bon. Le gnome était surexcité. Il voulait sa poule (en chocolat, en chocolat...) avant sa viande. Le truc qui gonfle. Mon moitié le villipendait de façon paternelle, genre autorité-qui-ne-discute-pas. Chaque fois, je sursautais; ces éclats de voix grave à la Naouri (Je te dis que non) ces stridences aigües (S'iiiiiiiiiiil te plaîîîîît), ça me faisait comme une Walkyrie dans les oreilles. Franchement, mon gnome aurait pu se plonger les orteils dans la bolognèse que ça m'aurait pas vraiment atteinte. Alors je sursautais, pour bien montrer que ses cris là, c'était pas le moment.
J'ai sursauté, donc.
Le moitié me regarde : "Ehoh ça va hein..." qu'il fait.
Là, Béatrice Dalle s'empare de mon corps. Rictus de pétasse, voix de fumeuse de gitanes, injustice flagrante, personne m'comprend merde. Je crache: " Je suis stressée Bordel.", et parce qu'il est bon de joindre le geste à la parole , parfois, pour illustrer le propos, être sûre d'être bien compris, je balance mon assiette d'un revers de la main, elle crapahute contre l'assiette du moitié et se fracasse par terre. "VOILAAAAAAAAAAAAAAAA" je ponctue.
Et là je pense que direct, j'aurais pu chanter avec Mötleycrue.
Je vois , sinon la peur, l'étonnement dans l'oeil de mon moitié. J'ai honte mais je trouve ça jouissif un peu. Je supporte pas qu'on me dise"Hého ça va" quand je sursaute. Tiens-toi le pour dit.
- Maman elle a cassé l'assiette ben dis donc, apparemment, dit le gnome. Et je note au passage les progrès fabuleux dans le discours.
Je suis déjà en position foetale dans la salle de bains, sanglots toutçatoutça. Je les entends en bas, nettoyer, et la voix pondérée qui explique au gnome outragé (Dieu= Arcopal, merci ! je ne l'ai jamais enguelé quand il a cassé un verre-prémonition ?) maman enervée inquiète...
Je descends. Je m'excuse. La violence, c'est mal.
Le moitié a retrouvé son flegme breton (NDLR; c'est un peu comme le britannique, mais avec l'ironie dans le rictus): "Oui bon ben ça arrive. Rien de grave."
Béatrice Dalle a comme un tressaillement. "Oui mais ça n'empêche pas que je déteste quand tu prends les choses de haut et que tu dis alors que j'ai rien dit que je pense alors que je pense même pas et en plus t'en rajoutes alors que moi j'avais rien dit et je vois bien c'que tu penses et ça m'exaspère depuis le temps merde ça devrait quand même être réglé, non ?"
- Hého ça va hein...
Index, Indien, etc...
Et l’index tourne sur ta tempe pour te dire aliénée.
Tu ne pries pas. Tu ne crois plus en Dieu depuis qu’il t’a posé ce lapin mémorable, le jour de ta naissance,( tu n’avais rien demandé.) un éléphant est mort , tu le portes autouuuur de ton couuuuuu.
Tu pries certaines matérielles données en leur lançant d' obsessionnels défis. Si tu comptes tous les arbres et que tu finis sur un nombre impair, ça n’arrivera pas.
Tu cherches des edelweiss, des trèfles à quatre piques.
Tes prières de sable ! Ironie d’un désert où tu n’es même pas née.
Tu pries, les mains jointes vers ton nombril, irrémédiablement de ton époque , t’autovénérant.
Tes prières de sable – fragiles comme un château.
Et quand tu te relis, ton index tourne sur ta tempe pour te dire aliénée
Pour te dire PanPan, t’es morte.
Petit, tu préférais être l’indien ou le cow boy ? Ne ris pas …C’est d’une importance capitale. Tu préférais gagner même si tu étais le méchant, ou perdre mais être quand même le gentil ?
Moi j’ai encore trois / quatre plumes derrière l’oreille, pour qui sait voir. O vautour putride.
Petit, tu pleurais pour avoir le plus gros morceau de tarte ?
- Pourquoi pleures-tu ?
- Je veux le plus gros morceau et c’est mon frère qui l’a eu.
- Qu’aurais tu fait à sa place ?
- J’aurais pris le plus petit !
- Ne te plains plus. Tu l’as.
- Heu j’aurais pris le plus gros alors !
- Eh bien il a fait comme toi.
J’m’en foutais . Je me collais trois plumes au fion en tapant ma main contre ma bouche, d’un geste saccadé, voûtée un peu, tournant autour d’un réverbère, en criant : Ahyééémamahawé. Cheyenne indomptable.
Petit, tu grimpais sur le lavabo pour te voir en plus entier dans la glace, histoire d’être sûr que tu étais fait d’un seul morceau ?
Petit, tu dessinais sur les pages de garde brillantes des dicos ?
Nan, dis-moi. J'ai envie de me sentir moins petite seule.
--
Oooh quand je me relis !
Et j’ai même pas bu d’eau de feu. Même pas tiré sur un shilom....Cause Trop phobe
Parfois, j'ai le sentiment que le monde est un immense ventre maternel.
Alors j'étouffe. On a dit agoraphobe, mais c'est pas vrai. C'est juste les parois du monde qui me semblent encore trop étroites, comme une cage d'ascenceur.
Je prends l'ascenceur de l'hôpital, le terrible qui se ferme complètement, qui va si lentement et qui met très longtemps à ouvrir ses portes. Je suis obligée. J'ai essayé de feinter par les escaliers, mais l'aide soignante m'a vue. Non madame ce n'est pas possible les escaliers, y a des fuites d'eau, risques de chutes, je dis ça pour votre sécurité.
Ma sécurité.
Les ascenceurs ne me reconnaissent même pas. Quand la porte s'est ouverte et que j'ai avancé, il s'est refermé sur mon bras. J'ai reculé, j'ai dit tant pis. Je prends les escaliers. Je préfère me casser une jambe. Ma mère a rigolé. J'étais contente qu'elle rigole.
Il m'arrive d'avoir la même sensation d'oppression, de déréalisation en montagne. Tout est trop vaste, et finalement c'est pareil. Ne pas être "tenue", sans repères, et être trop tenue, enfermée. Idem.
Enceinte, j'étais terrifiée à l'idée qu'Il étouffe dedans moi. Alors je mangeais, je mangeais, pour lui faire plus d'espace. Tout ceci bien sûr sans m'en rendre compte un instant.
J'ai longtemps habité sous de vastes portiques...Lorsque j'ai étudié ce poème au lycée, j'ai tout de suite compris. J'ai eu drôlement peur.
Bien plus tard, j'ai appris que la claustrophobie avait été définie par je ne sais plus qui comme la "peur d'être enfermée dans la mère". J'ai trouvé ça très juste.
J'ai compris aussi que je n'avais pas les clefs.
Il paraît que bébé, je refusais les caresses, que je ne dormais bien que seule, que je ne voulais pas qu'on me tienne dans les bras. Il y a des photos où ma mère m'étreint et je suis déjà en contrechamp. Je m'échappe, j'étouffe.
A l'âge de trois semaines, ma mère m'a retrouvée bleue dans mon couffin, je venais de ravaler mon vomi, j'étais mi morte; mon père m'a prise dans ses bras, et a couru dans la rue. C'était encore la crise après 68 et il n'avait pas de voiture, il a fait du stop avec le petit presque cadavre dans les bras. A l'hôpital, on ne lui a pas laissé beaucoup d'espoir. Ma mère a dit: Ma fille vivra.
Je raconte le roman familial. Peut être que tout est faux. Avec les romans, avec ma famille, on ne sait jamais.
Quand mon fils a eu trois semaines, je l'ai trouvé bleu, et il a vomi en gros jet , j'ai couru jusqu'à l'ambulance des pompiers, mon petit tout raide dans mes bras, le téléphone encore sur l'oreille.
A l'hôpital, ils me regardaient bizarrement, parce que je ne pouvais pas m'arrêter de pleurer.
Je le prenais sur mon ventre et je disais: "Tu n'es pas obligé d'étouffer comme moi, tu peux respirer, tu peux avaler, tu peux..."
Mon fils adore l'ascenceur.
Chant Du Signe Que Le Rock'n Roll est p't'être bien mort dans ma salle de bains un jour. Aujourd'hui.
J'aurais dû me taire.
Mais j'ai promis.
Le truc c'est que cette chanson, y a que Bowie qui peut la chanter, faut pas rêver, hein.
Et puis j'ai pas un souffle dément, et il en faut pour c'te chanson, oh que oui !
Et puis, je sais pas, avant je n'aurais jamais osé, mais là, oui.
Et aussi, je comprends maintenant pourquoi quand je chante dans ma baignoire, mon moitié va se fumer une clope dans le jardin, que mon gnome monte le son de la téloche, que mes voisins m'aiment pas beaucoup.
N'empêche, C'est du Bowie revisité à l'huile prodigieuse de Nuxe, si tu veux. A l'amande douce, au Petit Marseillais saveur vanille, au shampoing du tonnerre que je recommande à toutes les brunes ; "brillante brunette", un titre très con pour un résultat qui dépasse les espérances, si tant est que tu espères quelque chose d'autre que d'avoir les cheveux propres quand tu vas te les laver.
Si Marianne James était là, et qu'elle n' était pas en plein SPM, elle dirait que j'ai "su" faire mienne cette chanson. La mettre dans mon univers rien qu'à moi (Ma salle de Bains, c'est mon univers rien qu'à moi, tu vois)
Si Manu Katché passe par là, il faut qu'il sache combien je l'emmerde, en tous cas, que ma rythmique elle l'emmerde bien profond. Surtout. Que Manoukian sache que le jazz et moi, ça fait deux. C'est comme ça, j'y connais rien. J'aime le binaire , le boum boum.
Et quant à Dove, je lui souhaite Un Joyeux Pessah. Histoire qu'il me file une bonne note.
Et quant à toi David Bowie:
Pardon, pardon, pardon, pardon....

Alors, tu as tenu jusqu'au bout ?
Bah, tu peux te vanter désormais de me connaître jusqu'au plus profond de mon intimité baignoiriale.
Après In Bed With Madonna, bientôt In the BathRoom With Ab6
Oui, tout est dans le titre.
Ce sera Roque haine Roll Souhissaïde.*
* allusion au merveilleux titre de David Bowie. Mais là, j'peux pas, j'ai plus de place, le 15 j'en aurai.
Effet Mère qui passera,
Il me regardait avec ses yeux déjà partis, plein de terreur, et je tenais sa main et j'ai dit il faut que tu ailles à l'hôpital, et c'était Non Non Non, ne viens pas m'enfoncer, moi! Il a besoin d'oxygène et c'était Non Non Non, pas de bouteille ici, pas de ça chez nous, pas dans mon ordre à moi.
Et j'allais dehors pour hurler.
Je l'ai emmené à l'hôpital et elle n'est pas venue. Elle n'était pas habillée tu comprends. Et oui tellement angoissée. J'ai cessé d'essayer de la comprendre,
là.
L'interne qui avait un peu sommeil a dit quand même que c'était temps, qu'on peut mourir d'une occlusion. Oui, deshydraté jusqu'à la lie.
Il vomissait dans mes bras, le lendemain, et elle regardait, compassée et tremblottante un homme hurler de douleur dans le couloir.
Elle n'est pas là, elle n'est pas là, pas présente en ce monde, et elle a quatre ans, elle dénie, elle dénie...Oui mais j'ai quand même envie de la fracasser contre la porte fenêtre vitrée, c'est normal dis-moi...?
Elle demande combien ça coûte l'hôpital, elle lui demande ça, pendant qu'il se vide, là, allongé sur son lit, lui qui avait si peur de ça, de cette perte de dignité de l'hôpital, et je l'essuie, et je suis contente de le faire, c'est bien. Ca ne me fait pas peur, finalement , je croyais, moi qui avais si peur de ça. Finalement lui et moi n'avons pas si peur, nous avons grandi. Elle non.
Je t'aime parce que tu ne m'as jamais rien demandé, jamais demandé de te réparer, de te rassurer, de t'aider. Un vrai parent.
Elle me demande de la consoler, de l'épauler, d'écouter son angoisse, non pas de l'amoindrir, juste de "prendre" , de "ramasser". C'est trop lourd, je peux pas. J'ai pas envie, je suis lasse. Ses insomnies,son manque d'appétit, je m'en fous, je m'en fous.
Quand j'étais petite, avec l'angine, peut être déjà, je la dérangeais, avec ma conscience aigüe de "comment cela devrait être". J'expliquais à table, petit professeur de quotidien, puisé dans les livres, les séries télé...l'amour des parents c'est comme ça. On me croyait folle. Quand j'étais petite avec l'angine, je la dérangeais déjà dans son monde egocentré d'angoisse narcissique; tout occupée d'elle-même, curieuse de sa peur, de son bras tétanisé, de sa palpitation, elle me demandait peut-être de la rassurer déjà, d'arrêter d'avoir mal à la gorge, d'aller bien pour qu'elle se sente mieux ?
Et je sais aujourd'hui pourquoi je me suis sentie si longtemps dans l'insécurité la plus totale, la méfiance et la peur, boîteuse, curieuse de ma palpitation, égocentrée d'angoisse narcissique.
Le bon que j'ai un peu, c'est donc à lui que je le dois.
Elle me dit pendant que je masse sa main décharnée, la main décharnée de l'homme le plus fort du monde: "Tu ne portes jamais de soutien gorge ?" ça doit tomber, oui, sans doute...le vieux réflexe de me regarder comme si j'étais tellement nulle, tellement moche...
Je me réveille et je dis: "Pas grave, j'ai déjà un mari"
Fou rire entre lui et moi.
Non tu n'es pas rejetée, tu n'es pas là, c'est tout, tu as quatre ans, c'est toi qui t'isoles. j'ai envie de te fracasser contre la porte vitrée, de te faire avaler ton chewing gum, c'est normal, dis-moi ?
Tu te plains qu'il dorme quand tu vas le voir, O que tu t'ennuies. J'ai pris une semaine de congé pour te conduire à l'hôpital, le bus c'est trop compliqué. J'ai pris une semaine de congé pour le voir.
Je sais que tu n'iras pas demain, car demain c'est le jour des enfants, je dois rester ici, avec mon fils. Mon fils,c'est important. C'est mon père qui m'a appris.
Tu n'iras pas, je sais. Ca te complique. Tu préfères te tordre les mains devant tes voisines, pleurer dans ton fauteuil Louis XV. Qu'on te regarde, toi. C'est pour cela que tu regardais l'homme qui hurlait sa douleur de perdre dans le couloir. Toi c'est ça que tu regardes, c'est ça quit'intéresse. Pas la douleur de celui qui s'en va.Tu me hais de te refuser ce regard que j'ai passé ma vie à essayer de te donner , pour que tu m'aimes, et ça ne suffisait jamais. Et tu me hais. Et je m'en fous.
Je te regarde, je dis si tu n'y vas pas demain, dis le moi, je m'arrangerai pour y aller le soir. 50 kms aller, 50 kms retour. Je suis pleine de joie à l'idée de le voir, de ce temps gagné encore, du fou rire qu'on aura encore peut être, encore un, je prends je prends.
Tu te recules, tu me tournes le dos, tiens tu es allée chez le coiffeur ce matin, ça se voit. C'est très bien. J'ai lu en toi et tu me hais.
Tu as souffert, il parait que c'est une merveilleuse excuse. Mais pourquoi les gens que j'ai rencontrés et qui ont souffert, ça les a parfois rendus humains ? Pourquoi toi non ? merde, quel dommage.
Si tu savais ce que tu rates, quelle joie c'est d'accompagner, et de pouvoir lui dire que quoiqu'il arrive, il sera toujours avec moi, parce que je sais qu'il m'aime, que je l'aime. Tu rates ça. J'ai pitié.
J'ai mis tant de temps à te haïr tellement j'avais peur, tellement j'avais besoin que tu m'aimes. Tellement.
Et tu me hais de voir si clair dans ton trouble, de ne plus m'enfoncer avec toi dans l'angoisse égotiste qui isole, qui chosifie, qui rend con.
Je dors la nuit pour garder toute ma force, je mange , je pense aux fusains, je pense aux meubles qu'il a faits, au lit de mon fils, en merisier, quand la terreur et la douleur me submergent trop, je fais ça, je fais ça.
Je veux lui tenir la main, lui dire ça ira pour moi, tu sais, c'est vrai.
Tu me hais, et je m'en fous.
Tu me hais
et je crois bien que c'est réciproque,
réciproque et éphémère, pour moi.
La tristesse est la seule promesse que la vie tient toujours. HFT
Les poètes qui ont chanté la noble et enrichissante douleur ne l'ont jamais connue, âmes tièdes et petits coeurs, ne l'ont jamais connue, malgrè qu'ils aillent à la ligne et qu'ils créent génialement des blancs saupoudrés de mots, petits feignants, impuissants qui font de la nécessité vertu. Ils ont des sentiments courts et c'est pour ça qu'ils vont à la ligne. Faiseurs de chichis, prétentieux nains juchés sur de hauts talons et agitant le hochet de leurs rimes, si embêtants, faisant un sort à chaque mot excrété, si fiers d'avoir des tourments d'adjectifs, tout ravis dès qu'ils ont écrit quatorze lignes, vomissant devant leur table quelques mots où ils voient mille merveilles et qu'ils suçotent et vous forcent à suçoter avec eux, avisant les populations de leurs rares mots sortis, rembourrant de culot leurs maigres épaules, rusés managers de leur génie constipé, tout persuadés de l'importance de leur pouhasie. La douleur qui rabâche et qui transpire, la bouche entr'ouverte, ils n'en chanteraient pas la "beauté" s'ils l'avaient connue, et ils ne nous diraient pas que rien ne rend si grand qu'une grande douleur, ces petits bourgeois qui n'ont jamais rien acheté à prix de sang. Je la connais la douleur, et je sais qu'elle n'est ni noble ni enrichissante, mais qu'elle te ratatine et réduit comme tête bouillie et rapetissée de guerrier péruvien, et je sais que les poètes qui souffrent tout en cherchant des rimes et qui chantent l'honneur de souffrir, distingués nabots sur leurs échasses, n'ont jamais connu la douleur qui fait de toi un homme qui fus.
Albert Cohen. Le Livre La Note de Ma Mère Mon père
Cette note s'adresse à moi-même.
La chanson , si elle vous plaît pas, j'avoue que je m'en fous un peu.
C'est aussi pour Doun', la musique, (impossible de te l'envoyer par mail...ché pas pourquoi)

