01 juillet 2009

Et...

La foudre a frappé juste à côté, explosant le boîtier rempli des fils de la communication & Cie. Je n’étais pas là pour voir. Ça devait être quelque chose. J’étais dans la salle d’attente d’un cabinet d’ORL, et ça n’a pas vraiment d’importance mais il faut situer dans les narrations. J’avais, comme d’habitude, ce sentiment bizarre d’éparpillement et de manque, ce sentiment d’imminence d’un danger. Il paraît que ça a à voir avec le manque qui vient à manquer, au danger non pas d’une perte, mais de la perte d’une perte. Ha. C’est à la page 307 du séminaire où est dessiné un malhabile shofar. Je comprends un peu, mais je me demande si tout ça n’est pas strictement hormonal. J’ai du mal avec l’idée d’une angoisse existentielle avec laquelle il faudrait composer, voire vivre. Je préfère l’idée d’une ménopause salvatrice. C’est mon côté messianique. La foudre a frappé brisant tout, les free box, les téléphones, les câbles. Je pensais que cela me manquerait, la virtualité. Eh bien, non. Vraiment, il faut le dire, ce sont ceux qui n’ont pas de blogs qui sont accros à ce que disent les bloggueurs. Nous, nous n’ignorons pas notre peu d’intérêt. Enfin, moi, je ne l’ignore jamais. Ensuite, il ne saignait plus du nez, et la maison était éteinte. Une corne, une corne dans laquelle on souffle Queren ha yobel pour appeler je ne sais qui pour faire ou être, je ne sais quoi. J’ai pensé à ça, à faire sonner trois fois le shofar pour avertir de mon entrée dans le médiéval, sans contact possible avec le monde. Ou bien, dans ma robe écaillée et fragile, mocassins, becs de macareux pendus à mes jambières, Hi yey tehee, et laisser échapper les volutes de fumée pour lancer un SOS. J’aurais tant aimé être Cherokee. Mais il pleuvait, de une, et va trouver une corne de bélier à Leclerc, de deux. L’opérateur d’un pays en voie de développement m’a demandé d’opérer une grande quantité de tests destinés à prouver que j’étais bien prête à payer une fortune un autre modem, que je ne faisais pas exprès de dire que tout avait pété. Nous avons fini par sympathiser. C’était la seule personne avec qui je communiquais depuis trois jours. Ça crée des liens. Il m’a dit que lui et toute l’équipe me souhaitaient une très belle journée et j’ai dit que c’était super sympa. lol. Les techniciens de France Telecom viennent régulièrement, observent les boîtiers grillés sur mes fils électriques, font mmh et hoo et repartent dans leurs jolis camions lego. Ils disent qu’ils reviendront. Je bois des cafés dans le jardin sous la tonnelle, il y a Echenoz, Roth et Cosmopolitan avec moi. Et, c’est ridiculement tendance, je parle avec mes voisins (c’est bien connu, Internet tue les relations de proximité) –Bonjour alors ça va ? – Bonjour, comment allez vous ?– Il fait lourd, hein, i va y avoir de l’orage. – On dirait le mois d’août – Dis donc qu’est ce qu’il a grandi. – C’est toi qui joues de la guitare ? hahaha... J’aime bien qu’Internet tue tout ça, moi. Il y a des assassins qui ne tuent pas pour rien. Qui ont des mobiles louables. Le shofar révèle la fonction de sustentation qui lie le désir à l’angoisse dans ce qui est son nœud dernier. Par trois fois, répétés. J’écris sur Word, comme les bloggueurs qui font des brouillons et conservent précieusement leurs notes, tsais. J’aimerais bien savoir ce que ça fait, parfois- mais pas longtemps- de me donner de l’importance. Avoir des projets pour moi et mon épanouissement personnel, considérer ma fonction comme une mission autre qu’alimentaire, être ailleurs que dans le plaisir de faire et d’être, me sentir utile et importante, par exemple, et me mettre en colère sans culpabiliser, dire ha mais ça suffit, je vous congédie, vous êtes un incapable, je vous avais demandé de me rendre ce rapport à 12h48 ! Ou bien mais comment…Que…Comment as-tu pu me faire ça …Je…Tu as couché avec elle alors que je t’aiiiiime ??? salaud ! Voir ce que ça fait de se donner de l’importance, penser que l’autre souffre à cause de moi, par exemple, et pas à cause de l’importance qu’il se donne. J’ai réalisé dernièrement que ce que je supportais le plus mal, et qui m’éloigne à jamais,_ et dieu- et quelques hommes-, savent que je suis une vraie fidèle,_ c’était qu’on me demande l’exclusivité. Je ne supporte pas qu’on me demande de considérer comme réelle et acquise, l’importance que les autres s’attribuent, voire qu’on me demande de m’accepter comme importante. Ça ne me réjouit en rien, et même ça me dégoûte. Je ne sais pas, il y a sûrement une terreur cachée là-dessous, peut-être est ce juste qu’étant mère, je sais la dévoration, l’inquiétude, l’horreur et le délice d’une exclusivité éternelle, mais aussi, toujours, et surtout, la certitude que ce n’est pas moi, l’importante. (En même temps, à l’heure où je me parle, un nouveau camion France Tel arrive. Un ouvrier torse nu, bronzé, un peu sec, démarche de cake du sud, porte sa main à son oreille, en articulant « C’est pour le té-lé-pho-ne’", au cas où je ne saurais pas lire. Il a quelque chose, un charme brut et un bronzage de caramel chaud. Ce doit être un silencieux. J’ai envie qu’il me ne dise rien pendant environ 42 minutes.) Enfin, voilà, pas importante, et ça ne veut pas dire que je me hais, ou que je suis une souffrante, loin de là. Je ne me fais aucune illusion, sur personne, et je n’ai jamais cru quiconque me disant qu’il ne supporterait pas de me perdre et que ho comme tu es importante ! Je ne crois pas pour autant qu’il mentait à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. Mais peut-être est-on heureux comme ça ? Ça doit être quelque chose. Peut-être entend -on moins sonner le shofar, lorsqu’on se croit le favori, le chouchou, l’Elu, l’Aimé, le Préféré, ou lorsqu’on croit favoriser, élire, chouchouter, préférer, aimer… Va savoir….