18 juin 2006

A toi

 Je pense à toi en continu mais ça n'est pas tangible. Ce sont justes des images, de longues images.

J'te masse les pieds, je te demande si ça va. Tu fermes les yeux, mi-irrité, mi-reconnaissant: - ça va ça va, tu dis très vite.

Je vais chercher un pan bagnat, pour toi et moi, parce que tu détestes la cuisine de l'hôpital, au beurre, tu te rends compte, les cons.

On est assis, tu te forces à manger, c'est douloureux, mais tu te te forces.

L'infirmière super jolie, la "gazelle", qui vient changer tes perfs. "Elle est marocaine" tu me dis. Genre le mec qui s'y connaît.

Je ne pense à toi qu'à l'hôpital et ça me désole, je ne te vois que malade et ça me ruine le souvenir.

Quand tu m'as dit: " J'suis foutu, là, j'vais crever", agacé plus que paniqué. Tu ne voulais pas que ça traîne.

Et puis devant mes larmes brutales "Faut pas pleurer". Et je m'arrête. Net.

Bien sûr, je suis en pleine phase de regrets/remords/sentiment d'injustice/, je les connais par coeur les "phases du deuil" mais j'en ai rien à cirer :  j'aurais dû te parler, te répondre, te dire, puisque tu m'as demandé...

Blablabla

Si tu étais encore là, je viendrais te dire bonne fête comme d'hab, alors qu'on s'en foutait tous les deux. j'aurais un CD ou un livre, ou un DVD. Tu ferais Ooooh, et je me foutrais de toi. Et tu rigolerais.

Et puis, c'était comment avant que tu sois malade ?

Tu étais venu faire ma cuisine, j'étais enceinte. On allait acheter le carrelage ensemble, tu m'expliquais. Tu bossais vite et en silence, de temps en temps, tu chantais une connerie.

Laquelle déjà ? ... On mangeait une entrecôte et des pâtes. Comme toi, les légumes , j'ai du mal.

Je te disais: Tu veux un café ?

- Après après..., tu répondais, pressé de finir le travail.

A l'hôpital aussi, tu étais pressé d'en finir. Je suis de plus en plus convaincue que tu as tout compris et que tu as dit avec ton accent pied noir énervé: "Bon, alors, moi, je veux pas rester là, comme un zombie, hein..faites ce qu'il faut."

Je ne le saurai pas.

Petite, tu me regardais dessiner, tu signais mes carnets. Elle disait: "Elle a été infernale etc etc etc " quand tu rentrais. 

Tu gueulais un coup, pas fort. Et puis, le soir, tu t'allongeais sur le canap', je me glissais sous ta tête et je te caressais les tifs.

 A L'hôpital, tu attrapais ma main pour la mettre sur ta tête...je te caressais les tifs.

En rentrant, le gnome m'a dit une fois: "Tu sens papi"

Eh merde.

 

P'tin papa tu me manques, tu me manques

vivant.