11 octobre 2009

Au commencement

Adam Pisher*  était né de père inconnu et sa mère avait bien du mal à se souvenir de quand, comment et avec qui il avait été conçu. Sans doute à cause de la cocaïne. Quand elle se rendit compte qu'elle était enceinte, il était trop tard pour avorter, et puis peu à peu germa en même temps que le foetus, l'idée que ce devait être une fantastique aventure d'avoir un enfant. Sans  doute à cause de l'herbe qui fait rire et parler avec les pigeons. Adam Pisher naquit avant terme et complètement anémié. Au bout de quelques semaines, sa mère trouva que c'était une aventure absolument insupportable que d'élever un enfant. Elle partit en Oklahoma -ou à Nevers, on n'a jamais bien su et Adam fut elevé par sa grand mère maternelle, une femme sourde et muette qui ne le regardait pas beaucoup malgré sa vue excellente.  A l'âge de six ans et demi, Adam Pisher entendit parler du centre de gravité et pris de panique à l'idée que c'était à cause de lui qu'on pouvait se fracasser le crâne en se penchant innocemment par la fenêtre, il se dessina régulièrement une croix au feutre rouge au dessus du nombril. Lorsque la croix s'effaçait, il recommençait.  Il ne se penchait jamais de toutes façons ce qui lui conféra une sorte de démarche guindée tout au long de sa courte vie. Vers l'âge de neuf ans, Adam Pisher fut terrifié à l'idée de perdre son nez. Sa grand-mère lui avait fait comprendre par une suite de gestes désordonnés que s'il continuait à se mettre le médius dans les narines, son nez finirait par tomber.  Adam Pisher se mit en tête de porter régulièrement sa main en éventail devant son appendice nasal avec une petite danse des doigts, pour s'en souvenir, ce qui lui conféra un air absolument autiste. Ce geste lui valut de se faire remarquer par la psychologue  de son école qui tapota longuement son épaule quand elle aperçut le dessin de la famille d'Adam Pisher: Un ectoplasme avec deux yeux jaunes pour maman et un têtard atrophié en guise de père. Adam Pisher n'était pas physionomiste.  "Mais où sont les bras ?" demanda la psychologue . Adam Pisher passa sa petite main maigre devant son nez sur un rythme de bossa chaloupée et ne répondit rien.
Quelques semaines plus tard, Adam Pisher atterrit dans un centre spécialisé en internat après un signalement en urgence auquel sa grand-mère ne comprit rien. Il partageait sa chambre avec quatre garçons un peu plus jeunes dont la principale activité consistait à balancer gentiment le buste d'avant en arrière, à pousser des cris perçants, ou à dormir. Adam Pisher passa sept années de sa vie dans cet établissement et il rencontra une psychiatre une fois. Il lui dit qu'il aimait beaucoup les chiens et comme elle semblait ne pas comprendre, il aboya longuement, à quatre pattes devant elle. Elle ne sembla pas très étonnée, et dit oui ouiiiii , mais elle  ne lui ramena jamais de chien. Il aurait bien aimer posséder un petit chien, Adam Pisher. Ainsi passèrent sept années ou Adam Pisher partagea ses repas avec les quatre balanciers et regardait par la fenêtre , se coloriait une crois près de l'ombilic et dansait de la main devant son nez. 
A seize ans, il put sortir et devint garçon de ferme. Il devait nourrir les poules, nettoyer la grange, et couper du bois. Il ne se plaignait pas. Il y avait un chien à la ferme, un grand chien jaune complètement paralysé de l'arrière train.

Plus tard, Adam Pisher rencontra une petite chienne marrante avec des yeux doux de petit âne. Il en tomba amoureux. Les gens commencèrent à le trouver complètement dingo, et à le dire. Mais lui, il continua de se peindre le ventre et de se gratter le nez, de nourrir les poules et de couper du bois contre un lit dans la grange et une mauvaise soupe. Sa mère le retrouva en revenant de l'Oklahoma - ou de Nevers (?) . Elle dit Oh mon dieu oh mon dieu et elle lui demanda comment s'appelait son petit chien, histoire de dire quelque chose.   Elle repartit aussi sec, car Adam lui faisait un peu peur.  Adam joua un peu  avec sa chienne et se demanda comment la nommer. Il choisit Eve parce qu'il se rappelait vaguement d'un passage de la Genèse lu par une soeur bénévole au Centre Spécialisé. Il lui dessina une croix rouge  sur son ventre doux là où les poils étaient clairsemés.  Il lui dit  "Voilà. Adam et Eve c'est toi et moi. On est faits tous deux pour vivre ensemble" .

Il  vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon.