17 mars 2008
J'ai pas de titre
Je savais que je venais d'ailleurs, dans une histoire à part coupée aux ciseaux. Je choisis les plus rouillés, les pièces métalliques soudées à ma robe. Il y a cette fille derrière avec un mince filet de voix, elle est plutôt de bois. Il m'a fallu un bon moment avant de parler avec ces deux voix. il m'a fallu un bon moment pour savoir marcher sur deux pieds chacun allant en sens contraire.
Je sais à peu près ce qu'il faut voir pour avoir l'air d'y être. J'enfile chaque jour mon manteau de côtes, ma clavicule, je colle mon oreille sur le côté de ma tête. Ma gorge s'enfle de colère. Un goître, un oedème, rien que ça. Mon coeur en ce moment, c'est comme un trou de la taille d'un sesterce. Je ne sais pas pourquoi j'écris sesterce. Sans doute parce que ça a un prix.
Je rencontre des difficultés avec le langage parlé. Je n'ai jamais tant écrit. J'ai des accrocs dans ma langue maternelle. Je me surprends à penser en anglais ces derniers temps. Autant dire que j'élabore pas bien loin. Je n'ai jamais tant écouté d'instrumentaux. Parler, ça me dit vraiment plus rien. Les mots sont emballés-serrés là dedans. Je n'aime plus les savoir dehors. J'accorde tant de pouvoir aux mots. C'est sans doute la raison pour laquelle il me semble si dur en même temps que si vain de porter mes paroles.
11:55 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Envoyer cette note
06 février 2008
Des points, c'est tout.
° Je t'ai rendu au centuple au dessus de la cuvette. Je t'ai vu dans un rêve; tu étais plus tendre qu'en vrai.
Il pleuvait tellement que je rentrais dans mon cou, un parapluie mental. Un vieux monsieur a dit "La pluie arrose les belles plantes"
J'ai dit "Ho merci c'est gentil". Il a eu l'air étonné, tu sais. J'ai réféchi en marchant vite, j'ai réfléchi une heure pour savoir si j'avais pas fait une erreur, si c'était bien un compliment.
A envisager tous les sens possibles, j'ai glissé dans l'escalier.
° Adolescente, j'avais un amoureux qui aimait le death metal et l'herbe qui fait rire. "Pour emmerder mon père", il disait. Son père était psychiatre. Ca me faisait peur, comme une prémonition. Un jour, je l'ai rencontré. Il était dans le salon, un salon à six baies vitrées, lumineux; cravate dénouée, il regardait un livre d'art. Riche, cultivé. Je me sentais minable, pauvre, plus etrangère que jamais. Amenée ici comme un pétard, "pour l'emmerder".
Il m'a dit : Bonsoir mademoiselle"
J'ai répondu "Merci"
J'ai glissé dans moi-même, j'ai eu tellement honte que j'ai rompu. A l'époque on disait "cassé"
° La porte était fermée. J'entendais l'infirmière qui criait fort ton nom. J'ai envisagé l'espace d'un instant, un désert de temps, ce que représenterait ta mort, à t'appeler pour rien.
J'ai glissé contre le mur comme une mitraillée. Et puis, j'ai entendu "Il vit". Je me rappelle la joie sauvage, absurde et inutile. Tu es mort le soir-même.
Je continue de glisser, à t'appeler pour rien.
° Dimanche, dans la neige, mon fils riait tellement fort que j'ai eu envie d'être heureuse pour toujours. J'ai raconté l'histoire d'un lacet qui voulait se faire plus gros qu'une corde. Il m'a demandé combien de temps durait la récré à la fac, soudain inquiet. Je le vois dans notre salon clair, lumineux, gribouiller sur mes livres d'art. Il me dit des horreurs, et il revient tranquille, me demander du chocolat, sûr de ma consistance, certain de ma permanence. J'ose espérer qu'il ne soupçonne pas ce que je vois, en reflet inversé, cette gamine de six ans aux cheveux déjà trop longs, quasi-mutique et ulcérée.
J'avais tellement peur de ma mère que j'ai préféré l'aimer.
(allez zou, on passe)
08:15 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Envoyer cette note
31 janvier 2008
La lettre, Le Blog, L' arrêt de bus.
Celle-là est une lettre qu'elle n'enverra pas. Elle finira déchirée, abandonnée dans un tiroir, entre deux pages. Elle y empruntera peut être quelques phrases, quelques mots, à peine un souffle, qu'elle mettra dans une autre lettre, envoyée celle-là.
Elle aime imaginer le parcours de ses mots, de sa main à la sienne. La trajectoire, plus que le chemin, ou la destination.
Sa main dans la boîte, ses yeux qui reconnaissent le penché de l'écriture, les doigts autour de l'enveloppe, mesurant l'épaisseur, pesant le contenu, pendant qu'on monte l'escalier, le couloir rouge, la porte qui s'ouvre après les mille et uns cliquetis de clefs.
Elle imagine seulement, elle rêve peut être qu'on fait de ce moment un privilège, un rituel, un beau moment.
Otée la veste, les chaussures, la pièce s'emplit de notes. S'asseoir, allonger les jambes, déchirer l'enveloppe avec son doigt, efficace. Déployer la page, regarder la globalité des mots, chercher les poins d'interrogation pour pouvoir apparaître, tourner la page pour envisager le temps passé; c'est délicieux de désirer. De retrouver un peu de loin, de lire.
Elle aime cette idée. D'être vue alors qu'elle n'est pas là. C'est bien plus simple de dire, bien plus simple, moins terrifié, ça fait moins peur de l'écrire. Quelles images se bousculent alors ?
Celle- là est une lettre qu'elle n'enverra pas. Elle finira dans une poubelle, un blog. Elle la lira parfois pour se rappeler ce qu'elle imagine. Il ne la lira sans doute jamais, mais de toute façons, les mots, écrits ou parlés, sitôt énoncés, ne s'appartiennent déjà plus.
#
Les mots te dépassent, ils te passent bien au-dessus. Ecrire, pour écrire, pour ne rien dire, enfin...!
La trajectoire, plus que le chemin ou la destination.
Pas d'étendard, ni de message, ni même de propos.
Pendant que tu répands tes battements de coeur, tes souvenirs, tes qualités, pendant que tu te donnes à entendre, sans doute pour te rendre indispensable, pourtant, tu ne dis rien, jamais.
Souvent, j'écoute. Par génétique peur du ghetto, j'essaie à tout prix de rester, de comprendre les règles. Pardonne-moi, je ne me sens ni supérieure, ni inférieure, juste inégale.
Ici, ou là-bas.
Les mots pour me raconter, il me faudrait des heures de marche pour les toucher du doigt. Des kilomètres nous séparent. Je ne suis pas plus loin, je ne suis pas si proche. Je suis ailleurs.
J'aimerais m'atteindre, alors je fais semblant d'être un moi.
#
La première fois que je les ai vus, j'ai pensé à des poupées russes. Cette façon de se déplacer en tangage maladroit, la rondeur- dire le mot- obésité, les joues roses, l'oeil ecarquillé. Et puis ils se sont avancés, et j'ai vu qu'ils étaient vraiment trop vieux pour être des poupées, pour se donner la main comme s'ils allaient tomber.
Je les vois régulièrement sur le trajet à pied que je fais, ils descendent la côte. Je me suis dit, ils se donnent la main, parce qu'ils ont peur de trébucher. Mais la côte terminée, jusqu'à l'arrêt d'autobus, ils ont continué. C'est une métaphore qui me plaît. Il la fait s'asseoir sur le banc. Et quand c'est elle qui est assise, elle se lève pour l'aider à son tour.
Je les vois chaque matin. Ils ont une cinquantaine bien sonnée. Ils sourient un peu dans le vide, à côté. Ils ne se regardent jamais. ils attendent, assis. Parfois, il la pousse du bras, elle se penche, elle ouvre intensément la bouche; il plonge sa langue dedans. Autour d'eux, les gamins qui se dépêchent avec leurs cartables, qui font un détour pour ne pas les toucher. Des fou rires gênés, des regards étouffés.
Et puis le bus arrive. Le chauffeur dit "Alors les amoureux...?" et ils les emmènent, eux, et d'autres trisomiques, jusqu'à l'Institut.
#
J'écris un blog.
#
07:30 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
27 janvier 2008
Soleil, riv!ère, jardin et rien
Je voudrais dire qu'il a fait un temps magnifique, un soleil presque chaud, une rivière qui fait un beau bruit, une lumière exceptionnelle. Ca rend les gens plus beaux parce qu'ils plissent les yeux. On dirait qu'ils sourient. Je me suis allongée dans l'herbe d'un jardin, je n'ai pensé à rien. Chaque fois que je m'allonge, ma jambe droite cherche la chaleur d'une jambe gauche, alter et go. Je n'ai plus que la mienne. Et ça me fait rire, mais vraiment, les ciseaux que je fais ! Je me dis "La solitude fait travailler les adducteurs," et je ris comme si j'étais gentiment allumée.
J'en appelle à la maternité. Ce mythe. Parce que j'ai honte de demander de la tendresse, ça me paraît si niais, si inhumain de se caresser pour rien. Et quand je dis inhumain, je sais de quoi je parle. Mais si je dis que j'appelle ma mère, c'est comme si je n'en en appelais à rien. Une déesse de paille. Et je suis agnostique. Parce qu'athée, c'est fatiguant. Ni reniée, ni excommuniée, je n'ai pas de mère comme on n'a pas de religion: de naissance.
Lorsqu'un chien me lèche la main, j'ai des envies de meurtre, pour le protéger, avant terme, de sa candeur, de son innocence. J'ai envie de lui dire: "Mais tu vas te faire couillonner, avec ta gratuité. Réveille toi, mon frère !" Il me dit " ma soeur " en chien. Je le regarde comme s'il était défoncé à la colle.
Pourtant, là. Voilà. Je voudrais une main là, et moi ici. Et juste du gratuit. Enfin peut-être pas pour moi, car c'est quand la chair est triste qu'elle est la plus faible, et les livres, je m'en fous. Je voudrais une caresse de cheveux, comme lorsque je vais voir mon fils endormi, respirer ses restes de bébé, couvrir des pieds qui n'en ont pas besoin, le réajuster dans son sommeil, alors qu'il ne demande rien.
Je crois que lorsque je dis que je ne suis pas une femme, c'est juste parce que je suis encore une fille. J'ai besoin de ce que je n'ai plus. J'ai envie qu'on me réajuste, même si je n'en ai pas besoin. Pour le geste gratuit, comme lorsque mon père m'attrapait la main pour traverser la rue, même si j'avais trente cinq ans, même si nous étions en route pour le centre anti-cancer où il allait soi-disant soigner le sien. Comme lorsque ma soeur aînée, expatriée, en voiture, lorsqu'elle freinait, mettait sa main sur ma poitrine en réflexe de protection, alors que j'avais ma ceinture bouclée.
Plus j'y pense, et j'y pense tout le temps, plus je sais désormais qu'au chevet de mon père, c'est lui qui me donnait la main.
Voilà, j'ai besoin de quelque chose alors que je ne demanderais rien. Une surprise de l'ordre de la connivence, une complicité tacite à laquelle je ne m'attendrais pas. C'est d'une banalité tragique, je vous l'accorde; mais, bon, en même temps je ne cherche pas tellement à faire mon unique au monde, hein...
A ce sujet, et ça n'a rien à voir. J'ai peur, parfois.Il y a peu, j'ai commenté sur un blog pour la première fois je crois bien. J'ai dit, une fadaise, ça, je veux bien l'admettre. En même temps, ça n'a rien de scoopal. Je ne suis pas connue pour la pertinence éclairée , et la poésie surrannée de mes remarques sur les notes des autres, des choses qui les feraient avancer dans leur magnifique labeur de bloggueur et leur stupéfiante créativité ni pour mettre en avant la mienne. Je reconnais que "Tu me hais ? Souffrance Aigüe !? Aboule la pizza " ça peut lasser. Mais là, hein, j'ai pas dit ça. J'ai commnenté la note, vraiment.
Il y a quelques jours, j'ai lu la réponse du monsieur.
" Bonjour, Ab6, je t'attendais."
....
J'ai clairement entendu les violons stridents et répétitifs de Psychose, j'ai nettement entr'aperçu un rictus masqué par un couteau déchaîné . J'ai cliqué comme si j'etais déchirée à la formation susbtitutive du déni sur la petite croix à gauche (j'adore les mac qui affichent la seule voie !) qui dit Bye Bye à Firefox. " Vous êtes sur le point de fermer trois onglets . Voulez vous vraiment continuer ?" J'en suis Sûre et Certaine. Adieu pixels, adieu megaoctets, adieu riante "communauté"...
S'il me lit, qu'il sache que je m'interroge davantage sur ma santé mentale que sur la sienne.
Revenons à nos considérations ovines:
J'en étais à mon allongement, je crois bien...
Ma jambe droite cherche un alter égo, une connivence, me voilà à faire des ciseaux. Et ça me fait rire, vraiment.
Il y a des musiques qui ressemblent à des réponses à des questions qu'on se poserait, vous avez remarqué ? J'ai toujours pensé que la musique était une meilleure réponse que les livres, et les livres une meilleure réponse que l'amour.
Aujourd'hui, je me contente des questions.
Et ça me fait rire, mais vraiment.
Bientôt, j'aurai des adducteurs en béton.
22:00 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
15 janvier 2008
Faut il souhaiter satisfaire tous ses désirs ? (titre pour faire genre j'ai lu un bouquin de philo)
Donnez-moi la patience, donnez-moi la sérénité, donnez-moi la force de garder mes poings dans mes poches, donnez-moi l'énergie de dire "Ha bon??? tu as vendu ta botte blanche pour t'acheter un nouveau dalmatien, et Boule, ton Beagle Nintendog a gagné son concours d'agility ???? mais c'est géniaaaaaal !!! "
Donnez-moi le courage de ne plus le regarder, donnez-moi l'amnésie quand il se met à me regarder, donnez-moi un week-end, un seul loin d'ici, marcher dans des rues inconnues, avec un ami. Donnez-moi le scintillement étrange de la rosée sur une feuille de laurier sauvage (non, là, je déconne).
Donnez-moi un orgasme utéro annexiel, hohého c'est pas la fin du monde, hein.. qui me ferait pleurer comme si j'allais crever, donnez-moi des raisons de ne plus m'interroger, donnez-moi le silence d'un monastère et le bruit de la pluie, donnez-moi le pain croustillant, le beurre, le café fumant, une pizza douze fromages, un sourire, une vanne qui me ferait rire, et aussi donnez-moi la main, je vais me casser la gueule, je crois.
Vous pouvez pas ?
BANDE DE LâCHEURS !
Bon, donnez moi le dernier album de Bonnie Prince Billy...j'arrive pas à le trouver.
(ha, je suis une feinteuse)
12:05 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (54) | Envoyer cette note
09 janvier 2008
Je n'écrirai jamais une chanson pour dire que je suis sur la route et que j'attends quelqu'un.
Il marchait, unique, le seul sur la route, aimant sentir le bruit des gravillons sous ses semelles en même temps que l'odeur de pluie dans la terre, mais c'était peut être le contraire.
Il marchait à son pas, droit devant, à travers le silence, et ce n'était même pas la nuit, et l'humeur glacée sur ses joues le faisait rire.
Il marchait, les mains dans les poches, la tête un peu rentrée, les cheveux collés par les gouttes froides qui se réchauffaient sur son cou, après avoir glissé sur ses tempes, les bienheureuses, disparaissaient comme des larmes, on n'a jamais su où.
J'étais sur le bord de la route et je n'attendais rien. Je me préparais à partir, pour la deux cent douzième fois de ma vie.
J'ai dit : Tu vas où ?
Il m'a dit : Comment veux tu que je le sache ? avec les mains tournées vers le ciel, et c'était un peu drôle et c'était un peu triste, je ne savais plus quoi dire.
"Ainsi va la vie " je voulais dire. Et je n'ai pas osé. On se prépare à tout, on emmène avec nous notre passé , découpé en rondelles de réèl, nos manies retardataires, nos anticipations mouvementées qu'on prend pour de l'activité, nos voeux de coccinelle qu'on prend pour des projets...et on se retrouve au bord de la route. A ne rien oser.
Il a dit :" Lève-toi et marche", Grand Seigneur, et je suis pris pour une Belle, un peu.
J'ai rigolé. Et je me suis levée.
ça n'a pas marché.
Neuf ans après, la route encore. Et je n'ose pas me dire que "la route du bonheur est peut être celle de l'oubli."
14:45 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
08 janvier 2008
"Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse, sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force."
Le vent soufflait dans un arbre unique. Des salissures sur le piano me faisaient penser à la mort. La vie est trop lente. "Je me gèle" pensai-je. "Je voudrais qu'il y ait un orage". Les seuls éclairs étaient dues à l'électricité de ma colère. J'aurais aimé essuyer la suie sous mes semelles. J'aurais pu essayer de calmer mon crâne trop lourd en le plongeant dans un livre, ou dans un bain. Dans un mur.
Tu peux marcher vers la mort. Ta tuerie se fera sans sauvagerie outrancière. Mais l'homme est assez con pour préférer la guerre. Il n'y a pas un seul homme qui ne soit devenu un tyran, ou un imbécile, une fois que je lui ai regonflé l'égo avec mon désir ou mon amour. Ca marche aussi pour les filles, et les chiens. Je peux tout dire. Alors on me croit capable de tout entendre.
J'aurais pu aussi attendre la fonte des glaces, j'aurais pu faire de ma prison ta victoire...J'aurais pu jouer à la femme plus que tendre, qui attend, les mains posées comme des oiseaux sur sa jupe, et avaler ta boue.
D'autres, proches ou plus lointains, ont connu les rires après les larmes, et la gageure de quelques étreintes pour se dire qu'il vaut mieux préférer la vie.
Je parle trop vite, c'est l'extravagance de ma psychanalyse.
Et ici et là, je parle trop.
A ma question, la réponse est la haine. Le silence pour moi, svp. Je ne veux que lui. Il nous faut établir alors un contrat. "L'agression est non-obligatoire" Signe ou alors tais toi...Pour ma part, je laisse glisser le stylo entre mes doigts. Le contrat, j'y crois pas.
Souffrir pour se donner le droit de transgresser. Et souffrir sa race, après.
Se remplir de bouffe, de sexe, de rien, pour s'imaginer avoir identifié le vide, le désir, le manque.
Une structure maçonnée à la claque, une architecture qui s'élève jusqu'à la mort... La route devant nous, à défaut d'aventure, pour nous bâtir une nouvelle propreté. Je pleurerai un instant, un petit frisson de naïveté...Attendrissons-nous. Voilà voilà... clic clac.
C'est bon, stop.
Je verrai dans ma tête la photographie très triste que nous formons. Et je reprendrai ma route. Mes plaisanteries comme mon seul handicap. L'oubli est une nécessité. Je trouverai ma tristesse très photogénique, et je changerai de point de vue, en même temps que je traverserai la rue.
Ma connivence comme une menace. C'est préférable que tu ne connaisses pas la fragilité de ma vie. Je dis ma vie, c'est de la pudeur pour pas dire mon égo hypertrophié, je voulais dire moi, quoi.
Toutes les rencontres avec moi ont le goût du deséquilibre, tôt ou tard toutes sous le signe du rapport de force.
et tu sais, je n'ai jamais rien gagné.
(j'ai bu du kir royal, les aminches, je suis royalement paf, lôlation extrême et pétage de R de la môôôrt. traduc> hahahaha)
01:10 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
28 décembre 2007
Des fois, je vais voir la mer et je m'en fous.
Aujourd'hui, c'était le bord de la mer. Un soleil encore vif, et des mouettes que je persiste à appeler des goëlands pour la beauté de rien. Assise sur le sable, j'ai regardé mon beatles de fils copiner avec une italienne qui avait un t-shirt rouge à tête de mort. Une punk de 5 ans et demi à tout casser. Elle l'appelait Ragazzo et il disait Hello hello.
Aujourd'hui, j'ai regardé mes mains, j'avais enlevé mes gants en peau. Chaque fois que j'enlève des gants, j'ai toujours peur d'ôter mes mains avec. De vieux restes d'ancestrales peurs de morcellement. Aujourd'hui j'ai décidé de rentrer en retraite de coeur, j'ai déjà commencé avec mon cul comme dirait quelqu'un que je persiste à détester. C'est plus pratique. J'ai envie de m'éloigner de moi, de regarder mes élans se fracasser contre des rochers comme des vagues de méditerranée, petites et huileuses, trois centimètres à tout casser. J'ai besoin de faire silence, de faire monastère, un peu. J'ai envie de regarder mes désirs se noyer, un boulet aux pieds que je prendrai plus, jusqu'aux dernières bulles crevées, et hop, me relever, un peu voûtée, mais avancer.
J'ai couru après un vélo. J'ai failli tomber. Il y avait un homme très beau assis à une terrasse, dans la lumière toute pâle de l'hiver. Et j'aurais aimé être Bilal pour le dessiner, il avait une sorte d'aura verte et bleue indigo autour de lui. Quelque chose de fracassé, de tordu, d'abîmé. Un visage accidenté. J'ai commandé un expresso, j'ai regardé tout autour de moi, en bonne parano pour vérifier que personne n'enlèverait mon fils. Et le regard de l'homme très beau a croisé mon regard. Il a réglé sa consommation, et il s'est éloigné très vite sur son fauteuil roulant.
Aujourd'hui, j'ai gardé mes lunettes de soleil pour faire la nique à personne. Ils ont construit une sorte de promenade. Il y a des pianos bar fermés, un centre commercial. Le club de voile a fait faillite, je crois.
J'ai gardé mon portable serré dans ma main en mode silencieux. Comme un présage. Dans ma ville, il y a un restaurant indien, c'est le meilleur du monde. Je me damnerais pour un pain indien. Je me damnerais pour mon pain quotidien. Je me damnerais bien. Ca doit pas être mal, d'être damnée, ça doit occuper.
Pour le jour de l'An, je fêterai mon entrée dans le vide. Je n'écouterai pas la moindre musique, comme un présage. Il y a un an, ici, je me souhaitais de ne plus perdre personne... Je ne ferai plus de voeux, tiens.
Aujourd'hui, j'ai réglé ma consommation, et je me suis éloignée sur mes deux jambes, et j'ai dit ça suffit de pleurer. Mais je ne pleure pratiquement jamais. J'ai pris la main de mon Beatles, petite et chaude; toujours je suis surprise de la confiance absolue qu'il offre en me tendant la main. Ca me file le vertige tout cet amour dans ma main. Je me suis demandée quand il refuserait obstinément de marcher main dans la main avec moi. Et quand il refuserait tout court de m'accompagner voir le soleil d'hiver se coucher sur une plage polluée de méditerranée. Et où je ferai ok ok, tranquillement, parce que j'aurais donné deux cent mille euros à un analyste qui m'aura appris à bien me séparer.
J'ai toujours refusé de tomber dans les clichés de tous les mêmes, et ce sont des lâches. Très honnêtement, j'aime les hommes, et les femmes, hein, on va pas chipoter, avec leurs failles, parce que moi je me suis toujours trouvée très faillible, et invivable aussi. Et bête à manger du foin, amoureuse. Et pas amoureuse aussi. Mais là, j'avoue que dans cette nouvelle vie qui se dessine, en même temps que ces deux traits obliques au coin de ma bouche, j'ai des pensées à poings serrés, pleines d'amertume, de rancoeurs et de désir piétiné. Et si je me trouve lâche aussi, je te jure que c'est pas moi qui ai commencé.
19:53 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
27 décembre 2007
Fugue
Je suis tellement pas d'humeur. J'ai pas du tout envie. C'est la fièvre, je crois. Je frissonne dans le dos, il y a quelque chose d'immonde dans ma poitrine comme un monstre de gosse dans un placard, en même temps qu'une brûlure entre les omoplates. Traversée, je suis. Appelle-moi Atlantique si t'es un homme. Et sinon, ne m'appelle pas.
Tu avais dit "Viens mon angel de bain douche, j'me baigne dans l'Atlantique, elle est grande ma baignoire."
J'ai le combiné coincé dans la clavicule, je dis que oui et je mens, je dis pas la vérité. Je me demande comment ça fait le détecteur de mensonge, ce que ça mesure vraiment. Je crois que ma voix doit trembler, moi, quand je mens, ou alors je parle plus vite ? Je sais pas. Je sais que ça va paraître très con de dire ça, mais je ne mens pas souvent. Je mens quand on m'oblige, je mens pour pas charger l'autre du poids d'une franchise qui me libérerait la conscience, tu sais. Je ne crois pas en la confession. je crois en l'immense bienfait de la culpabiliité. Je crois qu'il est bon d'être enterré en gardant quleques secrets qui feront trop de mal. Cette dictature du tout dire-là, je la connais, je l'ai pratiquée parce que je lisais des romans très trash japonais où l'héroïne s'entaille d'abord les bras, puis s' épisiotomise avec ses ongles. Toute cette franche violence, je dois dire que ça me parlait.
Mais c'est fini. Je lis des poétesses autrichiennes, maintenant. Et je me tais. C'est une chose pour laquelle je suis douée.
J'ai dit que non, et c'était pas vrai. Je me suis souvenue d'un autre, tu sais. Il m'avait réveillée un soir au téléphone. Le lendemain, je me rappelais pas. Il m'a dit :"Mais je t'ai appelée, tu as dit ça et ça."..Je disais :"Mais je me rappelle pas." J'avais moins peur de ce que j'avais pu dire: "Je crois que toi et moi, ça va pas être possible, tu me fais chier, profondément. Je déteste tout ce que tu es."
"J'adore quand tu m'attrapes comme ça et que tu m'empêches de bouger en me tenant fort les mains. J'ai l'impression de tourner dans un Envoyé Spécial sur les putes lituaniennes..."
"Tu me fais le même effet qu'un cancer du col de l'utérus: une ENORME et horrible surprise" ...j'avais moins peur de ça, que peur d'être cinglée, à ne rien me rappeler.
Mais c'est fini. J'efface les numéros maintenant. Et je me tais. C'est la chose que je fais le mieux au monde.
Je me suis souvenue, comme la vie qui défile avant de crever, mais je crois que c'est la fièvre, que je vais pas mourir encore, ce sera pas pour cette fois... Parfois, je prends en photo des morceaux de moi, comme un puzzle éclaté, je me la pète morcelée, borderline histrionique amoureuse de mon propre reflet en petits bouts découpés. En réalité, je regarde les détails de mon corps comme on s'explose un point noir, comme on démantibule une fourche de tifs, la langue sortie, très appliquée, et j''ai un peu envie de dégueuler. C'est la nausée de Noël.
Je me souviens d'une certaine fin de soirée. "We are the spirit of the age of Aquarius , The Age of Aquarius, Aquariuuuuuus " j'avais chanté. On a tellement rigolé que je croyais avoir retrouvé un frère dont on m'aurait séparé, à mon insu. Je me souviens d'un poème inventé "Une fourmi de 18 mètres, ça n'existe pas, ça n'existe pas, mais une teub de 18 centimètres, houlala, y a que ça, y a que ça..." . Je riais tellement, j'essuyais mes larmes et je te suppliais faut arrêter, faut arrêter,...Rire, dis-moi que ça finira jamais ?
J'ai dit que je voulais plus, j'ai dit que je pouvais plus. Que la comédie des préliminaires, que tout ce vent autour, en ce moment, ça me dégoûtait de moi, et de l'humanité. Je ne suce que le premier soir, comme on se débarrasse d'une corvée. Je ne parle que pour occuper l'espace, mais les limbes, ça me déplaît pas. C'est comme ça chez les hystériques, qu'est-ce que tu veux que je te dise...Des flambées de libido, à te brûler la peau, puis tout qui s'effondre, et il n'y a plus qu'un cerveau en surchauffe, et du vaginisme d'émotions. C'est comme ça chez les hystériques, puisqu'après tout, c'est une évidence diagnostic: de rien du tout à tout ou rien. Des obsessions en boucle, qui font des vagues au coeur, des bas à l'âme, et ces images d'hôpital, l'épouvantable odeur, une intuition acide chaque fois que quelqu'un n'est pas lui-même, joue à être quelqu'un d'autre. Et la nausée de ce jeu-là.
Feinte indifférence ? Et je hais le jeu. Indifférence réelle ? Alors, lâche-moi, faut me lâcher, là.
C'est comme si mon ventre devenait un miroir et que j'y voyais toutes les vérités. C'est le miracle de Noël. Je passe de l'euphorie, et je t'aime et j'ai tellement ta tête dans ma poitrine, à plus rien, je te vois plus. Enfin: je vois toutes tes failles, ce mépris que tu prends pour de l'importance, et j'ai honte souvent pour toi, petit humain. Mais honte à un point...
Je rougis de ta bêtise, de ta suffisance, je rougis pour deux parce que toi seul, ça suffira pas. Je rougis pour toi. Comme si j'étais toi. Et je passe mon chemin. C'est pas lunatique, c'est pas ça. C'est juste que j'ai plus le temps de rassurer quelqu'un d'autre que mon enfant.
Mon corps c'est rien, c'est viande et compagnie. Je peux me mettre au dessus de moi et me regarder comme ça en toute objectivité comme si j'étais morte, comme si j'étais toi, et j'ai pas envie de moi.
J'ai plus envie de moi.
PortraitPhotoSurprisePochoirPochée Par Phasmes.
02:15 Publié dans E-mages , Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
23 décembre 2007
Un an
EDIT DE NOEL:
(pour rire...quoi, et j'la chante super bien, en vrai)
Depuis un an que j'ai arrêté de fumer:
-J'ai pris 4 kgs, perdu 6, repris trois, mangé un kilo de nutella, découvert une passion pour le chewing gum (en gros je suis pareil qu'avant: DIFFORME PUTAIN et j'ai la mâchoire musclée)
-Je rebois de l'alcool quelquefois.
-Je peux porter le même pull deux jours (mais plutôt crever)
-J'ai le teint plus clair.
-Je suis beaucoup moins irritable (HAHAHAHAHAHAHAHA)
-J'ai toujours de la thune au fond de mon sac (car je refuse obstinément l'idée d'un porte-monnaie, oui je suis un genre de Che, anticonforme et révolution, moi, qu'est ce que tu crois...)
-Je trouve que la nicorette goût citron c'est pas si mal
-J'ai une vie familiale sereine et équilibrée (HAHAHAHHAHAHA)
-Je ne fais plus l'amour, on va dire que c'est parce que sans la clope après, ça vaut rien (explosion de jointures, coup de boule au ba13 du salon, etc...)
-Des fois j'ai envie de faire du sport, mais je suis raisonnable, hein, je me retiens.
-Quand je monte des escaliers, marche longtemps, cours, (le couteau sous la gorge) je n'ai plus la brulûre, là.
-Le dimanche matin, je mets de la musique étrange (ouïr plus haut ) et je cours en levant les bras, en culotte. (ha-avant aussi)
-Je ne me pèle plus le cul dans mon jardin en plein hiver pour la petite dernière avant d'aller dodo.
-Après un repas au restau, je trouve qu'à table, ça dure trop longtemps.
-L'idée d'un voyage en avion de 24 heures me parait possible, sans mélange lexomil / wisky
-Je m'énerve de façon saine, je dis aux gens ce que je pense, sans ruminer derrière ma nicotine.
-J'ai plus beaucoup d'amis.
-Je me dis que mon père serait fier de moi.
-On me dit que ce n'est que cinq ans après l'arrêt complet qu'on gagne moins de risques de crever du tabac.
-Je travaille pendant mes pauses.
-J'aime encore plus la pizza (on a du mal à croire que c'est possible -mais oui)
-Je ne tousse plus douze jours quand je suis enrhumée.
-Mon dentiste m'a invitée à déjeuner (eh ouais)
-Mon dentiste est un vieux boudin de droite, j'ai refusé.
-Je regarde les gens aux terrasses qui fument en rigolant et je me dis "moi c'est fini, c'est fini" comme on regarde des ados se rouler des pelles aux arrêts de bus.
-Je pleure en passant devant le bureau de tabac.
-Ma voiture sent bon.
-Mes cheveux sentent toujours bon.
-Je sens bon.
-Personne peut me sentir: je le vois bien , va, qu'on me hait.
-Mon fils ne se rappelle pas que j'ai fumé (et beaucoup )
-Un jour,j'ai fumé comme un pompier une soirée entière avec les deux plus belles filles de Marseille en me maudissant genre j'ai tout gâché, comme on dit dans Top Santé (UNE TAFFE ? JAMAIS ! VOUS LE REGRETTEREZ ) mais non, mais non, j'ai quand même arrêté. (faut dire que j'avais la chimie très modifiée)
--En écrivant cette note, ma bouche s'est entrouverte, j'ai soupiré, j'ai fermé les yeux, j'ai tendu les bras, comme avant un baiser, en murmurant des mots affolés, comme avant l'orgasme...mâle... beau ...rhô... philippe... (petite) mort... hisse... came... elle... gaule...Oise
(ouais l'Oise, je trouve ça érotique comme région)
08:20 Publié dans Rien de Rien | Lien permanent | Commentaires (48) | Envoyer cette note




