17 octobre 2007

La peau sur les os


 
(Bande de petits veinards, je ne dors toujours pas ! )

The difference between Despair

And Fear

 Is like the one

Between the instant of a Wreck

And when the Wreck has been.

Emily Dickinson. (La vache. Géant, non ?)

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En forme de poulie, je crie dans une seule direction, la tienne. Je me tiens, en charnière, un coup de coude. Accoudée à ta table.

En forme de sphère, ronde comme un concerto baroque, mobile ici, ici, et là. Un éloignement , un rapprochement, une rotation tout autour de toi.  Un coup de hanche.  Ma hanche contre toi.

En miroir, emboîtés, jusqu'à la sueur de trop se tenir, tatouées du métacarpe. Un coup de main. Tes mains.

Plane comme une méditerranée, autoriser un certain glissement, une flexion, comme tes sourcils quand tu ne comprends pas. Un coup de pied.  Le pied. Voilà.

Tu vois, je te parle de mon squelette. De mes articulations. De ma prononciation étrangère, de mon accent trop grave, de l'immobilisme et de la souplesse, de mon corps à deux cent os, longs plats, courts, qui rejoindront la terre et s'y mélangeront, à moins que je ne choisisse la combustion. 

Si l'on en croit la religion, cette poesie de la peur, il parait que de la vie naîtra de tout ça, pendant les larmes des autres, les restants, en eau d'arrosage de la bientôt vivante putréfaction.

Je te parle de mes os, de mon anatomie, des zones d'union entre le radieux radius et ce con de cubitus par exemple.

Je te parle de tout ce minéral éphémère qui aimerait bien bouger un peu avant le cimetière.

podcast P.Watson. Slip into your skin, c'est beau comme un dérapage incontrôlé.

 

 

 

(allez , demain vers 4 h, je vous chante une chanson paillarde. J'ai dit.) 

16 octobre 2007

Réveil précoce

Parfois, je me dis que si j'ai choisi le silence, c'est parce que les mots font trop de bruit en même temps que trop d'adhérence.
Trop de tête à queue.
Lorsque le rapport entre le mot et l'absence de corps fait naufrage, je sais que c'est l'effondrement. 

Je suis coupable de tout, et c'est rien de le dire.

Beaucoup de signifiants pour pas grand chose: un sens unique vers rien.

Un signifié rongé jusqu'à l'os pour en sucer le sens, c'est de la turlute linguisitique. Ca durcit le paradigme. Ca raidit le syntagme. Et paf. Déflagration.

Une seule phrase en vérité, une seule phrase de vérité à cette heure du jour, enfin, là,  c'est plutôt la nuit. Je voudrais parler à quelqu'un, ce quelqu'un, je crois que c'est mon père.  Tu imagines ? Comment vivre tangiblement quand ta seule vérité se trouve là? C'est à mourir, je crois.

Se vivre en creux, se vivre en vide, se vivre en manque. "Elle" aura toujours ce plus de plus que moi, quelques soient les chances de miroir que j'ai croisés.

Tu imagines ? Comment  vivre ? Comment vivre tout simplement avec ça

Il est quatre heures, la nuit totale, le tout petit matin, et ca fait plusieurs jours maintenant, que c'est le feu, et plus celui du désir immense qui me réveille. C'est la peur, celle sans cause, comme les rebelles, hahaha, mais pas sans objet, (encore faut il le nommer, cet invisible, cette chose qui me réveille)  l'angoisse, ma vieille copine, ma doulce amie, ma tendre acolyte. Je fais la raisonnable, j'écris ce qui me vient pour circonscrire l'envie de  buter le réveil précoce et angoissé qui signe le diagnostic   mais dis moi que non dis moi que non. Pour éviter l'envie de buter la vitre.  Il me manque une épaule pour poser le menton, je tourne la tête à 180 ° pour faire de ma salière une épaule, et ça me fait rire un peu. Je sais que ça ne suffira pas;  je voudrais être tout et ça prend trop de place. Alors je fais le rien.

En même temps, je le sais que c'est pour la bonne cause, cette angoisse, hein. Elle ne m'impressionne plus autant. Un peu plus que particulière, un peu moins qu'universelle. Une angoisse de corps, vécue sans discours et sans anticipation de rien. Pourtant les mêmes symptômes, une angoisse de ventre. Une angoisse diffuse, acide, réveillant mes failles avec une belle ardeur, saccagée, surprise, coucou c'est moi je suis reviendue.


L'équation mathématique, moi la nulle en nombre, si forte en nombril, une abscisse pas pour rien, un ordre pas connu, l'elfe dans l'X et tout le bataclan  et l'équation du bel inconnu.


Etre tout pour toi, malgré tout le rien que je te demande, et te haïr de la place que ça prend dans moi.

Ca me fait mal jusque dans les os que de savoir tout ça. De ne rien savoir en faire.

Cessons d'accuser l'autre et regardons aussi les vacuoles, les responsabilités.  Même si on n'y peut rien. Même si ça ne change rien. L'angoisse est le seul affect qui ne mente pas.

Comme les gens, finalement, les pires sont ceux qui ne mentent jamais. On finit par les remercier, mais comme on les a haïs avant. Je sais que tu m'as haïe longtemps de faire la vraie, de le dire quand ça me gonflait, de le dire que j'en pouvais plus d'être ce que tu voulais que je sois. Tu me remercieras pas, toi.

L'angoisse est le seul affect qui ne mente pas. Le pur. Le vrai. Le salaud d'honnête homme.

C'est une salle d'attente, une femme au visage serein, aux yeux clairs qui ont beaucoup vu.  A quelle heure avez vous rendez vous ? C'est elle qui le dit, bien sûr. Moi avec mes grands airs affolés, et mes yeux foncés,  tu sais, je ne dis jamais rien. De là, elle me rencontre. Elle fait tous les pas.  C'est une autre issue de génocide, l'arménien celui-là. Et ce même poids de vide, d'une place impossible à prendre. Elle me dit "Nous avons tant de choses à nous dire " J'ai mon coeur qui se fond dans la terreur de l'autre. Elle m'envoie un texto quelques heures après. "Merci pour cette belle rencontre : il n'y a pas de hasard."
 
J'ai failli me faire écraser par une Toyota  l'autre jour. Bien sûr, je ne regardais pas. L'homme sorti de la voiture me dit "Tu ne te rappelles pas de moi ?"
- Non j'ai dit, c'est une autre. 
C'était vrai, je ne le connaissais pas.

 Le sourire goguenard, et l'épaule tombante, il avait. J'ai fait la dépressive pour pouvoir m'éloigner. Je m'éloigne toujours au bout d'un moment. Pourquoi ? Pour sauver l'autre ou pour m'échapper , moi ?

Je voudrais tant rencontrer l'autre, dans le vrai,  pour une fois. Un semblable avec qui ne pas parler.

 


 
 

23 septembre 2007

Crampe des cris vains.

# Je vis dans une région où il fait souvent beau. Je n'en ai strictement rien à foutre.

# Je monte quatre jours par semaine une douzaine de fois quatre fois onze marches.  J'ai essayé plusieurs parades. Chevilles pointées, sur les talons, serrant les fesses, à reculons.  Ca m'amusait, beaucoup, avant.

# Je déteste les citations, parce que je n'aime pas qu'on pense à ma place. Pour avoir néammoins croisé le vide du rien de l'absence libidinale la plus totale, je dois avouer avoir un faible  pour "Le désir est le diesel du coeur." J'ai l'impression que c'est dit d'un camion, juste avant un immense départ, que ça sonne comme un conseil et un espoir réunis. La main en l'air mais sans menace, tranquille, joli.

# Chaque tel jour, à chaque telle heure, je vais voir un petit monsieur qui ne dit pas grand chose. J'ai le sentiment  qu'il le dit très bien.

# Plus les jours passent, plus je me dis que je n'aurais jamais du renoncer au silence.

# Mon mari est un homme beau. Je pense qu'il ne sera jamais heureux. Je crois qu'il s'en fout, que le bonheur ne lui est pas un but dans l'existence. Je l'envie beaucoup.

# Je n'ai pas la mémoire des visages, aucunement. Je me rappelle extrêmement bien des voix. Pourtant je suis terrifiée à l'idée d'être aveugle. Paradoxe dont je suis sûre, vous n'avez strictement rien à taper... Et, je dois bien vous le dire:  comme je vous comprends.

# Mes cheveux sont décidément trop longs.  Mais j'ai la flemme immense, et le caché tenace.

# Hier, un petit garçon qui m'est très proche m'a demandé pourquoi j'étais triste, j'ai dit "C'est plus juste que la colère" Et puis, ensuite j'ai regretté. Je lui ai menti. Par Homme-Mission. Mais parfois, il est plus facile d'être triste qu'enragé, non ?

# J'ai renoncé depuis quelques temps à convaincre ou à me faire comprendre. A justifier. A défendre mon triste point de vue, que je suis sûre qu'au fond c'est moi que j'ai raison, je te dis,  puisqu'il est bien connu que tu as tort.  Je crois que cela va faire beaucoup de bien... aux autres.

# Je crois qu'un amour réussi, c'est savoir passer d'une relation de similarité a une relation fonctionnelle. En gros passer du "Je me vois dans tes yeux, car tu m'as regardé(e) et je crois bien que je m'y suis vu(e)-->  je jouis.  à " Toi tu ferais la bouffe et moi je ferais la vaisselle" Pour quelqu'un qui cherche l'adhérence, l'emboîtement de la tête dans le creux claviculaire, et surtout le silence; pour quelqu'un  qui trouve que le mot "utilitaire" est un des plus inutiles du dictionnaire, je crois que c'est perdu d'avance. Et je m'en fous complètement.

# Parfois lorsque je suis sur Hotmail, qui depuis peu s'est transformé en Windows live et je n'y comprends plus rien, il y a Niko qui me demande si je veux bien brancher ma cam, et je te jure sur la tête de mes Converse, que je regarde partout autour de moi, dans la crainte qu'il ne me voie en pyjama. 

 # J'ai tellement le coeur qui bat vite parfois, et le ventre serré ulcéré, que j'ai l'impression que je vais avoir un orgasme. Je trouve ça  presque amusant. En fait, j'ai juste envie de faire pipi.

# L'amour c'est dur, stupéfiant, et ça rend dépendant.  Un homme a dit : "Je t'invite à m'aimer". Elle a répondu "Je ne veux plus me camer". L'homme n'a pas rigolé. Elle non plus. Ce n'est pas drôle du tout, la drogue.

# Il y a quelques termps, un truc assez bien vu, m'a proposé de publier Les lettres à mon père. J'ai longtemps hésité, et puis parce que c' est mon père, j'ai accepté.  Je voulais qu'il soit aussi dans la mémoire des autres. Et puis, "on" a publié une lettre. Et on m'a  "proposé "de mettre un logo sur ce blog "Edité par..."Alors je sais que c'est bête, mais j'ai plus envie. En fait, non, ce n'est pas bête du tout.

#  Le blog..  J'ai parfois l'impression que personne n'y aime ce qu'il trouve, mais a plutôt envie d'aimer ce qu'il va y trouver. Je dis ça,  peut être que je projette. Et après tout, ça n'a pas une grande importance. 

# Je suis selon une amie très chère, une vraie desespérée. Parce que j'aime toujours rire, manger, et le reste. Comme quoi, tu vois, il y a toujours une compensation, un avantage, un bénéfice secondaire,  une fesse cachée à la neurasthénie. Petite hystéro, va.

# Toutefois, je dois avouer que j'ai perdu bien des appétits ces derniers temps. Beaucoup. Beaucoup trop. Ca doit être que je retrouve l'espoir, va savoir...?

30 août 2007

Coup de Vieux

 Depuis que le temps s'étire dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, depuis que tu prends dix ans en deux secondes quand tu vois ton fils, le bébé au goût de vanille dans le creux des bras, le cartable trop lourd sur le dos, la basket traînante, le répondant élaboré...
 Depuis que ça fait plus d'un an que ton père repose,   toi,  tellement fatiguée, que tu as encore le réflexe de penser à ce qu'il dira quand tu lui  raconteras, et que tu croises l'absence dans ton téléphone portable, le nom si vite effacé , le jour même où la blanche infirmière a dit le mot , tu sais, le mot gêné, pour ne pas dire mort,  effacé, tellement tu craignais de le croiser le nom de ce calme héros vivant, pour toujours absent.   A quoi bon avoir pris ces précautions d'effacement-là ?
 Depuis que tu vois l'homme que tu aimais regarder ses souliers, quand  tu t'es maquillée, depuis que tu te retrouves dans des fêtes glauques, où l'on espère pour toi de nouveaux départs, puisqu'il est bien connu qu'un clou chasse l'autre,  toi la clivée.  "En tant que fille de menuisier, je choisis moi - même les marteaux qui me cognent le coeur, et je reste polie !" j'ai dit à mon hôtesse, qui a pensé que j'étais bourrée.
 Depuis que tu écoutes la musique au casque dans une pièce immense, où ta solitude fait comme des ombres dans les accords, des échos sur les murs trop blancs, que tu soupires comme une adolescente, trop hormonée, que tu te gommes les cuisses, le corps effacé. Que tu te vautres contre l'oreiller, le coeur desaffecté.
 Depuis que l'on t'appelle madame dans les magasins, que tu tiennes la main de l'Infant, ou pas.

 

 Depuis que tu penses à l'avenir, mais pas au tien,  en ayant jeté les cendriers, en mangeant des légumes pour l'exemple,  en articulant posément que tu comprends parfaitement quand tu voudrais arracher des yeux,

Depuis que le temps s'étire comme un chewing gum, mâchouillé, une pâte pas trop fixée, entre l'attente de rien et l'espérance de tout.


 Un troisième cheveu blanc, là.
 

 
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Demain, le coup de jeune, promis...

07 mars 2007

Mes nuits sont encore plus chiantes que mes jours.

Cette bonne femme voyait ostensiblement que j'attendais qu'elle me reçoive. Je me tenais droite, tendue, en bonne phobique sociale, à l'idée d'une interaction de l'ordre de la demande. Cet évier à colonne à l'ancienne. Il fallait l'acheter.

J'attendais.

Elle relevait ses lunettes sur son front, elle tapotait des liasses de papiers déjà tapotées. Elle se tournait, disparaissait derrière les étagères, réapparaissait entre les canapés. Elle ne foutait strictement rien.

Je la regardais , entre la rage impuissante et le desespoir sociopathe. Et puis, finalement, elle a fait mine de me découvrir, alors qu'elle n'avait vue que moi, cette garce blonde, maigre, rascleuse du nez.

Elle a fait mmmmmmh ?

Et moi, j'aidit, la voix un peu rauque au début,mais je sais chercher mon souffle très loin quand je n'en ai plus. C'est une chance de ne pas être asthmatique, n'est il pas ? "L'évier...." et j'ai expliqué, donc, que je venais l'acheter.

Elle a fait exprès de dire des choses que je comprenais pas,alors moi j'ai tapé, tapé et je l'ai finie à coups de bottes dans la tête, quand elle a été à terre. C'était à la fois solide, minéral et tout spongieux, son crâne.

Bien sûr, ça m'a réveillée. Evidemment, il m'a fallu un quart d'heure pour me rendormir.

 Vois-tu, il se passe trop de choses ces derniers temps, et le premier qui me dit que les travaux sont la première cause de la guerre des tranchées voire de la destruction de la couche d'ozone, je lui fais à manger (punition suprême)...

Et la nuit d'avant, c'était pire, finalement, parce que le moitié transformé en barbe bleue en jean me séquestrait;  il y avait des bruits de cadenas, d'énormes serrures, des clefs de sorcière d'Hansel et Gratel. Je suppliais, je pleurais, je tambourinais et il ne me laisserait jamais partir. Il l'a dit.

Bien sûr, ça m'a réveillée. Evidemment, il m'a fallu un quart de benzodiazépine pour me rendormir.

Vois-tu, il se passe de ces choses, là, sous le couvercle , sous la façade, derrière le masque, je ne sais pas où finalement, je m'en fous. Je crois que je redeviens insomniaque. J'ai ma terreur de la nuit blanche, en cerne noire, encernée livide, pendant que la lumière verte du réveil égrène les minutes en goutte à goutte.

Je sais qu'elles me font faire pire finalement que de donner des coups de bottes...

27 novembre 2006

Pourquoi je te hais, Cow Boy

Il y a des musiques qui me glacent le sang. Pendant que d'autres tapent du pied, font la guitare avec avec leurs membres supérieurs en grattant sur leur ventre, et le tambour avec l'appendice buccal, plantent leur pouce dans la revolver de leur blue jean en faisant claquer leurs mocassins, moi je m'enfonce dans le trottoir, et j'ai comme une nausée.
La cithare atonale, le koto, le balafon, même pas peur, hein, juste ça m'emmerde.
La variété avec les voix puissantes et trop justes, ça ne m'effraie pas, ça me gonfle.
Le jazz qui expérimente en oubliant le binaire mélodique, je n'y comprends rien.
Mais la country western, ça me donne le frisson de la mort.
Des que je vois un guitariste  nasillard, une chanteuse d'âge mûr avec des couettes peroxydées et un veston à franges qui swingue sur alabama,
je serre les cuisses.
C'était un film où Jodie Foster se fait violer sur un flipper, assourdissantes autour les guitares texanes, le banjo yoodle, puantes les vapeurs de bière et les ouaiiis dégueulasses qui encourageaient la violence du coup de rein.
J'avais dit: "Elle est pourrie c'te musique."
Dans Thelma et Louise, je ne sais jamais laquelle des deux, sur le parking, après la bière et les accords appalaches.
Pareil.
Je m'étais dit:"Cette musique est dégueulasse."
Elle réveille le porc rural, le WASP KKK, la bestiasse qui pense qu'une fille en minijupe adore se faire violer sur le capot d'une bagnole, c'est bien connu.
Chaque fois que j'entends du Dolly Parton, je me dis que quelque part, on abuse, on force, on égorge une femme.
De toutes façons, il  est absolument abominable de réaliser que je ne me plante même pas.
Et que lorsque j'écoute du Sonic Youth, finalement , pareil.
Mais bon disons que moi, pour m'en souvenir, j'ai besoin de Johnny Cash.
Il y a plusieurs années, à Amsterdam, je suis allée dans un bar country. Il y avait des santiags sur les étagères, des lassos sur le bar, des chopes de bière plus longues que mon bras sur les tables, et des touristes bourrés partout. Il y en a un qui m'a pincé le fessier, pendant que le chanteur meuglait :"Keep on the Sunny Side"
J'ai hurlé.
Je préférais les coffee shops avec Bowie en musique d'ambiance, de toutes façons

08 novembre 2006

Les courses à Leclerc.

 J'étais au rayon surgelés et je me pelais  un peu.

C'est drôle, voir la viande rouge dont on raffolait ensemble, ça m'a fait pleurer, tu sais, juste l'émotion qui explose un peu sans que tu le maîtrises quoi que ce soit, et que tu trouves vraiment pathétique, hors de propos. Et tu parviens à en rire. Te faire moquer de toi. On la retrouve sanglotante au rayon Surgelés, une entrecôte contre son coeur.

Je ne vois que des messieurs un peu âgés à moustache grisonnante. Comme au collège, quand j'étais amoureuse du mec a l'Enduro 50 bleu, j'en voyais partout. Et comme j'étais déjà myope, je les suivais, les Enduro bleu. Et c'était pas lui. Et une fois, je suis montée dans une autobiancchi parce que j'étais sûre que c'était Lionel, et c'était pas lui. 

Maintenant, myope toujours, je sais parfaitement que ce n'est pas toi.

Là, le monsieur à moustache un peu grisonnante, rigolard et nerveux, il était à la caisse, et il plaisantait en disant : "Mais où sont les porteurs ?" en désignant ses sacs vert écolos remplis de viande rouge.

Et j'étais là, tu vois, à lui sourire de toutes mes dents. Je le trouvais vraiment drôle, touchant.  Authentique. Je riais fort, pour montrer que j'avais compris. On la retrouve agrippée à un vieux monsieur à la caisse de Leclerc, riant et sanglotant à la fois.

Le vieux monsieur était content. Il m'a fait un clin d'oeil. J'ai fait ma tête de phobique.

J'ai continué mon chemin avec mon caddie plein de sacs vert écolos remplis de Pom'Pot, Jus de Raisin, brosse à dents batman,  viande rouge.

Il était là, le vieux monsieur à la moustache grise, il remplissait le coffre de sa bagnole. Il m'a lancé:" Ah vous me suivez !  j'en étais sûr." Ca m'a fait hurler de rire.

  Je te jure que j'ai  pu pleurer, là, dans la bagnole, comme une grosse conne en caressant mon fond d'écran où tu poses sur ton canapé inconfortable , avec ton air gavé que j'adorais, la main  en l'air dans un salut  fatigué.

  Des vrais bons pleurs qui  te font le nez rouge en patate, le bon gros chagrin de l'orpheline. Avec la morve et tout.

Avant, comment te dire ? Je le sais parfaitement, je pleurais sur ta vie, ta maladie, ton silence, le silence autour, je pleurais  à ta place parce que toi tu préférais te taire, renoncer, flipper tout seul.

               Et puis, là, non.

 

 

31 octobre 2006

Resident Mockery


podcastDe ce jour où sa date de naissance a  caracolé trop vite,  si peu d'écart avec la date des funérailles, il ne me reste rien.

Si, ses gants.

J'ai beau y glisser mes mains, je ne me rappelle plus la chaleur des siennes.

Je garde les regrets, je garde la honte du soulagement, je garde les soi disant c'était mieux ainsi. Je garde les "il aurait aimé que..." qui ne réconfortent que ceux qui me les disent.

Je garde le sourire du deuil réussi, la grimace.

Le simulacre permanent.

22 juin 2006

Déplacement

Tous les essuie-glace me disent non. Ce n'est pas un hasard si c'est caniculaire.

Je voudrais être moins amère, moins amen.  Je fais ce que je peux.

La trouille  des profondeurs.   Archaïque, ca fait des vagues et des ponts, c'est bien pour l'apprentissage du terrorisme graphique, à savoir écrire écrire des heures durant pour apprivoiser, donner un semblant de contrôle, vomir le trop plein.

 

 A prendre des vessies pour des lanternes, à exercer un vague contrôle des dérouillées mentales, je finis par  lâcher du lest, mais j'ai toujours la pieuvre, là.

 

Vois-tu, j'ai puisé tous mes rêves dans les livres, à réciter des phrases, les yeux grand'humides, plagiat facile des prunelles de môme.

J'ai cru mon coeur pétri de sensiblerie d'eau de mélisse, et j'ai joué les raisonneuses, mais je n'étais curieuse que de moi-même.

J'ai vu ma noble rhétorique s'effondrer comme un étron, exhalant dans son marécage, toutes ses mauvaises odeurs.

Je me suis révélée calcucatrice. Je me suis méprisée de me croire supérieure, et de le dire à mots crevés, modestement.

 

 

Je croyais que j'allais pleurer, que la vie coulerait, trop puissante pour moi et que je m'y noierais.

Je croyais que j'allais perdre indéfiniment le sommeil, la voix, que j'allais me faire un masque de pierre.

 

Et puis non.

 

 Avec ce début d'été, l'insupportable manque. Les mêmes choses, à peu de choses près.

Je ne sais plus à qui dédier mes imaginations. J'ai bien séché. Les visages s'étiolent dans un éternel automne. Et tu cherches tes rêves, collant de vieux fragments insensés.

Je crois que je n'ai rien su dire.

Au papier comme aux êtres, et mes prières étaient bien de sable, un grain trop fin et trop léger.

 

Adieu désert.

Ainsi soit-il.

 

Mon drame personnel et tellement étranger.

 

A se battre contre des moulins à vent, Don Quichotte, quand on lui dit que ce ne sont que des moulins, se demande à quoi  employer son temps.

30 mars 2006

Vive le printemps (comprenne qui pourra)

La douleur du cauchemar éveillé.

Le futur qui refuse les conditions.

L'insomnie qui te désarme. Le réveil précoce: l'angoisse qui se diffuse comme un poison de l'estomac jusque derrière les yeux.

 L'insoutenable lourdeur de ne pas être, de grappiller un avoir qui cadre un peu, mais comme de l'inderground support/surface,

 sans bords qui rassurent, sans limites qui définissent,

à la spatule, grossièrement, pour effacer les béances du col de l'hystérie, pour colmater les fissures, pour amnésier le précipice.

La succube masquée se transforme dans un vibrato pathétique en incubus croupissant.

 L'inconscient est un salaud.

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