30 mai 2008
Sang de mémoire

" il y avait la mort entre nous (...) comme avec ou chez tous ceux qui s’aiment”
On prenait la voie express limitée à 70 km/h. On voyait la mer à un moment. Il me déposait à la sortie. Nous partagions une intimité silencieuse, sans un regard, sans un geste; une intimité d'aube, plus liés que des atomes. Il me donnait dix francs, muette connivence. Il ne faudrait pas lui dire.
J'achetais des cigarettes avec un horrible sentiment d'ingratitude, vite balayé par mon rendez vous secret si matinal, avant le début des cours, dans le bar près du lycée, avec un apprenti peintre en lettres qui avait un Dax, des yeux verts et un QI négatif. Il me trouvait "jolie". Il n'est plus venu à ma table quand une amie lui a dit que j'étais juive et vierge. Pour lequel de ces deux méfaits je n'ai plus eu droit à sa présence, je ne l'ai jamais su. J'en ai voulu à mon amie, et surtout à moi-même. J'avais le QI bien bas.
Il revenait me chercher, après les cours, plein de poussière et de copeaux. On parlait peu, les cours, le bac de français. Je voulais qu'on change la fréquence de la radio. Il faisait mmh. Ca voulait dire oui. On avait ce geste, complicité tragique, tacite. Je prenais ma respiration, il me pressait l'avant- bras avant de rentrer dans le palais Médicis, briqué jusqu'à la jointure des interrupteurs.On se donnait un peu de courage, je crois.
Chaque année donc, je me rappelle un peu plus qu'il est mort, comme il se doit.
Il faut toujours que j'en fasse trop, moi. Chaque année, je perds du sang, ici ou là; des endroits qui font penser à son cancer. Identification morbide, bien évidemment pathogène. Merci, bonsoir. Moi, quand j'aime, faut que ça se voit, et ça finit toujours par faire peur. Je crois que c'est juste parce que poser un caillou, une rose puis renifler trois coups au-dessus de son tombeau, ça ne dit pas assez, ça ne me dit rien. Ca ne dit pas combien je déteste sa mort, alors qu'il faut l'admettre. Ca ne dit pas combien j'ai eu peur de sa foudroyante maladie, et que j'ai dû le taire.
J'ai besoin de le dire, et personne n'écoute. Personne n'entend rien. Et c'est bien normal. Je le raconte, muette, à corps perdu, dans mon propre sang qui s'écoule de là où il ne faut pas. Parce que les mots ne suffisent pas, parce que je veux que ça se sache, parce que c'est comme ça que je parle, moi.
07:05 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Envoyer cette note
02 mai 2008
Demain.
J'aime le décalé de la voix trop aigüe d'un gosse dans un cimetière, qui s'applique à ânonner "Je ne t'oublierai jamais" dans le silence dolby stéréo qui m'impose , sinon le respect, pour le moins une immense inquiétude.
Morts, nous aurions encore moins de choses à nous dire ?
Tous ces mots trop jolis que l'on n'écrit qu'aux morts et qu'on tait à tous nos vivants.
Je t'oublie tout le temps comme on oublie toujours ceux qui nous aiment, trop occupés à réserver nos souvenirs à ceux qui nous blessent, nous rejettent, ne nous aiment "plus". Une façon comme une autre de ne penser qu'à nous, avec le pompeux alibi du chagrin....Je t'oublie tout le temps. C'est ta mort qui remplit toute ma mémoire, c'est ta mort qui déborde toujours quand je crois en avoir fini avec toi.
***
Quelque chose me manque, comme un membre arraché. Par dessus l'absence et bien au delà du vide, la douleur est dans la mutilation. C'est un moignon de coeur que tu auras toujours, quand tu auras marché derrière le cercueil de ton père, quand tu auras vu des hommes vivants, plein de force, le soulever pour le descendre en terre.
Tu étais debout, toujours un peu vouté, inquiet sans oser te le dire de nous voir grandir. Un petit ami, pour rire, t'avait demandé ma main. "Je ne vends pas au détail", tu avais répondu, et ce qui nous avait tant fait rire ensemble, l'éloignait définitivement de moi.
Tu étais assis, la main sur tes poumons, inquiet sans oser nous le dire de te voir mourir. Tu racontais à mon mari que déjà, à ma naissance, les cliniques, les dessous de table, il avait fallu payer pour que je naisse ! Il avait dit :"Ok, ok, je vois...Alors combien je te dois ?" Ce qui nous avait tant fait fait rire, tous ensemble, nous avait, pour un temps, rapprochés.
Quelqu'un me manque. Regarde-moi, la rénégate, je suis, depuis ton arrachement, ta fille juive, la fille juive de mon père si fier d'être français. On t'avait interdit l'école en Algérie. Tu avais glissé ta tête sous l'oreiller parce que tu voulais mourir. Tu as vu ton père fabriquer, de force, un cercueil pour un soldat allemand, qui n'y était pour rien, et puis cracher dedans. Tu ne racontais rien, c'est ton frère qui m'a dit. C'est peut être de toi que je tiens mon goût de passer sous silence. Ca m'habite comme une prière que je ne connais pas, ces prières de chez nous, infinies, desespérées, au vieux rythme fondamental, têtes secouées, buste saccadé, adonaï elohenou mizmor le asaph elohyim nitsab ba abdat el beqereb elohyim yishpoth. Soumis à la Loi de Dieu, soumis.
Quelque chose me manque, c'était vraiment quelqu'un. Et ce marbre où tu recommences à mourir chaque fois que je le vois. Tu continues de partir malgré le temps qui passe et qui n'arrange rien, comme les ombres qui grandissent à mesure que l'on s'éloigne, tu as beau devenir un point. Et ce marbre qui n'est pas toi.
Ta mort reste le lieu où je ne me soumets pas.
-
11:20 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Envoyer cette note
12 décembre 2007
Et personne à ma table
Aujourd'hui si mon père n'était pas mort, il aurait 71 ans.
Sur cette photo, mon père rejoint la Terre Promise. Je le trouve très beau.
Regarde en haut il y a des lampions, il devait y avoir une fête.
Derrière, à gauche, accoudée, en short sixty, sa jeune soeur qui l'attendait depuis longtemps au cimetière puisqu'elle est morte à 40 ans. Les hasards de la maladie ont fait qu'ils sont morts dans la même chambre d'hôpital. Elle, accompagnée, ayant demandé à partir.
A droite, mon arrière grand mère au prénom de fruit. Morte dans son lit, entourée de tous les siens.
Lui, mort seul, à qui on a caché toute la vérité.
Devant toi, papa, ta fille inconsolable et pathétique, pétrie de honte et de n'importe quoi.
Le deuil m'empêche de bien voir et j'ai mis du temps à pleurer.
Chaque fois que je réfléchis une perte, un échec, une désillusion, c'est à toi que je suis renvoyée.
Chaque fois que je renonce à quelque chose, tout me parait facile, parce que ton absence est ma seule vraie difficulté.
Je pense à toi dans tous les livres que je lis.
Je te vois dans tous les visages que je croise, surtout ceux des travailleurs immigrés, mégot au bec, un peu voûtés.
Je te pense et rire me parait toujours amputé parce que toi, tu aurais mieux compris.
Maintenant, je vais seule au cimetière, je pousse les fleurs, je pousse les hommages en cursive dorées qui t'auraient écoeuré, je m'allonge sur la pierre, je te dis tous les mots d'amour que je n'aurais jamais osé te dire en face.
Chaque fois que je repars, je me dis que je vais pas pouvoir "continuer".
Je bute dans toutes les pierres, je me lave les mains à la fontaine, je m'assois, je regarde l'infinité, la mutitude, toutes ces tombes. Je me dis qu'il faut avancer.
Je raconte à mon fils toutes les choses que tu m'as racontées.
Il parait que ça s'appelle "perpétuer" ....j'épargnerai à tout le monde l'horreur des signifiants dedans.
J'aurais tellement aimé que ce soit toi qui racontes.
J'ai accepté ta mort, mais je refuse encore la vie que tu ne t'es pas accordée.
03:10 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
27 novembre 2007
Ecrire, tousser. Etc...
il y avait celle du matin, sèche, la petite toux. Ca nous disait qu'il se levait. Nous attendions l'humeur du jour, joyeuse, et désabusée, le plus souvent, enfin, à la sépharade's way. Pas hilare, non plus.
"Tu rigoles, tu rigoles pas, tu crèves quand même"
"La vie est amère quand on la prend sans sucre"
J'avais droit , toujours au clin d'oeil bronsonien, à l'embrassade brève, sincère et sans tralala. Je jouais les oedipiennes mal terminées, mais il me regardait et me disait :
" O toi ma fille, fragile et fière,
poil au ministère"
Je me demande encore ce que signifie écrire, si tant est qu'un sens doit lui être donné. Est ce coller au plus près de ce que je pense, ou surtout ici, au plus loin de ce que tu dois penser ? Je me demande encore ce que signifie écrire, si ce n'est prendre une parole que tu n'as jamais su te donner. Comme un enfant qui passe du il au je.
Il y avait celle douloureuse, de chaque instant, sans jamais se plaindre, ce souffle qu'il allait chercher si loin. J'attendais la fin de la quinte, je respirais pour deux. Ca ne servait à rien. Nous attendions la fin, stupéfaits de notre silence.
"Tu rigoles tu rigoles pas tu crèves quand même.
- Ca va ?
- Comme les jeunes, la vie est amère quand on la prend sans sucre
Toi, ma fille, tu manges trop salé.
O toi ma fille fragile et fière
poil au train arrière."
C'est terminé. J'entends plus tousser. Parfois l'impression de ne respirer pour personne.
Je me demande encore ce que c'est qu'écrire, quelle direction ça devrait donner. Est-ce coller au plus près du silence, pour dire à tous sans parler à quiconque ? Continuer à ne rien dire mais essayer de le dire bien ?
Un enfant apprend mieux à lire s'il essaie d'écrire avant. Je l'ai vérifié.
Ecrire pour lire ce que tu te dis à toi-même.
Ecrire pour soi et arriver aux autres.
Mon père, ça l'aurait bien fait rigoler ces interrogations-là. Il suffit que je pense à lui pour juste m'occuper à
un peu mieux respirer.
10:42 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
02 septembre 2007
Tu serais là.
Arca. Sunday negative. On ne distinguait plus les têtes.
J'ai peu à te dire, je suis en rupture de stock. Ma vie en toc, les gestes trop mécaniques pour être vrais. Parfois, je me resserre un verre, tu sais, même pas peur, une canette de coca là, comme ça. Trop une rebelle.
Je me mets en mode carpe diem, mais c'est pas du latin, c'est le poisson plutôt. Tu auras du mal à le croire, je sais.
Je ne regarde plus les infos, je ne m'insurge plus. Je suis si préoccupée par les ravages de ma propre famine, que je n'y parviens pas. J'ai honte de moi. Et puis je crois que j'aimais trop ça, quand tu faisais exprés de faire le raisonnable mondialiste, pour me voir m'énerver. Là, plus personne.
Depuis ton départ, nous encore plus disséminés, complètement morcelés. Le théâtre a repris de plus belle, et les spectateurs sont fatigués. Il n'y a plus le goût du spectacle, et plus personne ne se force à voir la fin de son numéro, puisque tu n'es plus sur les gradins. J'aime à penser parfois, que de ton là-bas, tu me vois. Que tu me dis que c'est mieux comme ça. Que tu comprends la lassitude, la colère aussi. Et surtout que désormais tu te reposes de ça, que tu t'en bats.
Tu sais, la dernière fois, je regardais ton petit fils et je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire que la normalité n'était pas là. Qu'une mère, eh bien ça ne dit pas ça. Il a dit qu'il n'était pas inquiet, je ne vais pas me la péter Mon dieu comme cet enfant est formidable et équilibré, c'est normal c'est mon fils; je sais bien la polymorphie de l'enfance, et le besoin de rassurer ses parents, de les séduire pour se dédommager de toute la culpabilité. Mais quand même hein ? L'amour sert à quelque chose, l'amour sert à quelque chose...
Il court partout, il m'assaille les oreilles, tu sais, il me demande de tenir, de pas vaciller. Je m'y emploie avec soin et je te jure , je ne dis pas ça pour te rassurer, holà, non non pas moi. Je tiens. Je plie mais je ne ploie pas. J'ai resisté à toutes les fuites, même à celle du tabac, et sans effort surhumain. Après le trou de ton manque, je peux vivre avec tous les cratères.
Je me rappelle parfois quand j'ai envie de le jeter par la fenêtre ton ton mi agacé- mi amusé "Fais comme si c'était un gosse". C'est un gosse qui a pris le parti de rire, d'avancer sans trop se regarder. Comme toi.
J'ai un peu honte de te parler du reste, juste, ne t'inquiète pas, c'est pas pour me dédommager de la culpabilité, non non, j'ai un blog pour ça. C'est surtout pour te foutre la paix que tu mérites.
Le plus surprenant n'est pas tant l'hécatombe, c'est plutôt la capacité à rester debout dans la tempête, à se la péter roseau tenace dans la tourmente, la compétence affichée du "Tenir bon". Comment faisais-tu, toi ?
La tentation est grande de rompre; on se berce de l'illusion d'être enfin (!) compris ou entendu. Il n'y a plus que lorsque j'écoute certains morceaux que je ressens la communion. Seulement Tim Buckley est mort, aussi.
A l'hôpital, on regardait tes voisins de chambrée. "Ouh la la il est foutu çuilà," on disait en le regardant vaciller.
On riait. On essayait de la tenir lointaine, en se moquant de celle des autres. Tu parles.
Toujours vivant quand je suis venue embrasser tes yeux clos et froids, le voisin. Je ne riais pas tellement, tu vois.
Je vais continuer de plier,
J'oublierai.
The missing of your hand.
22:55 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
08 juillet 2007
Permanent Vacation
La mer, je te voyais danser, mais c'est parce que j'avais des mers salées dans les oreilles en musique, et je me faisais mon clip vidéo, les enfants qui couraient la bouche ouverte, et se balançaient des cailloux, mais moi j'entends pas la rumeur des bagnoles derrière, ni les cris ni les estivants qui râlent du sable projeté...nananananère.
=-=-=-
J'étais comme je suis à la plage (une statue de sel, il me disait) immobile et allongée. Prudente un peu par obligation, responsable de deux enfants pour le coup. (Si nous avions eu un autre enfant, il me disait) Lui, le grand qui parle l'anglais comme s'il avait vécu à London, et le mien qui papote avec tout le monde, de quel pays tu viens et à quel âge t'as enlevé les brassards et je passe au CP je te ferai dire.
=-=-=-
La mère, je te regardais bronzer et donner des gâteaux secs, tes cheveux si impeccablement coiffés, tellement jeune jolie encore. Un ami de mon père l'a appelé, l'a engagée à reprendre le cours de sa vie, s'est porté volontaire, le lourd, l'enflure, le grand dadais, celui qui disait à mon père on va faire un jogging mais toi tu fumes et t'en as jamais fait alors hein, tu fais comme tu peux...et mon père continuait de courir en rigolant quand l'autre connard essouflé s'appuyait contre les palmiers pour reprendre son souffle. Elle a raccroché. "Je l'ai envoyé chier." J'ai dit BIEN FAIT (une gamine, il me disait)
=-=-=-
On est rentré , j'ai voulu l'ouvrir la grosse boîte en métal avec toutes les photos. J'ai mis du temps, mais c'est l'heure, je crois.
J'ai vu mes nattes et mes colliers indiens sur le balcon, le petit frère si blond en salopette de coton, le corps de mes vingt ans étendu sur une plage de Corse, un corps que je détestais, en vacances, d'un enième connard qui me labourait le coeur,d'un amour impossible difficile torturé , mais je ne pouvais pas faire autrement on va dire, ce corps que je détestais, qui me semblait la cause de tous ces déboires-là, des jalousies, des cris, des riens, des rendez vous ratés, paf. Je te colle sur la porte du frigo. Chaque fois que je voudrais du fromage, je te regarderai, ça m'évitera le passage au remplir de mozzarella.
=-=-=-
J'ai étalé les photos, celles avec les dentelles autour, celles des glorieuses 60', et où mon père et sa tête de mexicain malin dansait le jerk sur le sable israëlien, touchait la joue de ma mère, avec un regard fatigué amoureux fou dévorant dévoré.
Il était jaloux comme un tigre, tu sais. Il était rentré comme un malade, on lui avait dit que je n'étais pas seule, il voulait se jeter du balcon, on vivait au troisième, une autre fois on partait pour la plage à plusieurs, comme nous nous retrouvions dans des voitures différentes, il a sauté du camion, entorse...
Un amour difficile impossible torturé. Pouvait - il faire autrement ?
=-=-=-
Il y a des plages partout sur ses photos quasi sépia, petit format, à l'irrégulière dentelle de Petit Lu. La mer, la Méditerranée, et le bateau qui t'a emporté, la Corse, et Israël, pour les promesses et elle, la brune aux fins cheveux chinois impeccables, aux yeux verts, gris. La mer, que tu regardais de ta chambre d'hôpital où c'est finalement le cancer qui t'a emporté.
Tu étais une petite fille très solitaire, jamais de câlins, rien. Tu te mettais à part, tu travaillais tellement bien, tu as été si facile à élever, toi, jusqu'à l'adolescence oui...Il t'adorait. Je ne sais pas, il aimait tous ses enfants mais toi, c'était particulier. Il disait à ses frères qui evidemment s'extasiaient surtout sur la grande, la belle, la sociable, "c'est parce que vous connaissez mal la petite"
Je sais tout ce que je lui dois grâce à ses petits mots là.
=-=-=-
Il y a des mers partout sur ces photos-là, d'Algérie, de Corse, d'Israël, la belle jeunesse en pantalon fuselé, en chemise vichy, en short taille basse, la finesse de ma mère, la dégaine rock de mon père qui n'écoutait que de la chanson française, des cousins inconnus, qui ne parlent même pas la même langue que moi. Le mariage et la tête si grave de mes parents tellement beaux, tellement jeunes, qui croient tellement fort que je les entends alors que je n'étais rien. Même pas un projet.
=-=-=-
Et puis il y a eu toutes ces histoires me dit elle, soudain adèlhugotisée, souvent camilleclaudelisée, les autres, le complot, ta grand mère, sa soeur la sorcière et je souffre et moi j'étais naïve et je te jure que
La mère je te regardais inventer, mais en clip vidéo. Trop de sable projeté. Trop de cailloux balancés, je n'entends pas la rumeur ni les cris. Laisse moi me fabriquer des souvenirs sépias de quand je n'étais pas là.
Nananananère.
21:30 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
20 avril 2007
De la fureur, un p'tit 38°, et un peu de sang
Voilà, c'est arrivé, c'est arrivé. J'étais là bas et j'ai pleuré. Les mouchoirs chez elle sont trop fins. il faudrait que quelqu'un lui dise. Pas moi.
Bien sûr, je suis arrivée avec mon explication on ne peut plus logique, voire brillante. Qui a du l'impressionner deux secondes. Puisqu'elle a acquiescé. Mais même moi, j'ai fini de m'impressionner avec ce que je sais être une tentative desespérée de maîtriser le ressac bourbeux que je redoute: Les larmes à perpétuité ?
Je m'identifie pour me permettre la peine.
Il me faut être lui, avec lui, pour lui montrer, me montrer, toute l'étendue de mon chagrin. Sans ça, je ne me sens pas credible, j'ai honte, je ne tolère pas la compassion, l'indifférence, je ne suis que colère et une colère qui même moi, m'effraie. Si tu me voyais papa, si tu voyais mes mains qui crient, ulcérées, cloquées, croûteuses.
Si tu me voyais tousser, tousser tousser jusqu'à l'étouffement, cracher les filaments de sang qui font la lie de la terreur qui va tout doucement me rapprocher de toi, puis être toi, dans l'angoisse monstrueuse, l'anticipation redoutable. Voilà, ça y est, je peux pleurer, sur moi d'abord, ma fin, et puis, juste retour des choses, sur toi, ta solitude, ta maladie, tes attentes pointues, tes peurs bien légitimes que tu n'as refilées à personne. Personne n'a pleuré avec toi, là.
Si tu me voyais ,papa, avoir peur. Avoir peur en toi.
Alors bien sûr, elle dit que tout ça est vrai. Ca me rassure, et je sais que cela ne résoudra rien. Me voila explorant plus avant encore, pourquoi ce besoin là ? Pourquoi comment je ne te laisse pas partir, comme il a dit Byby ? Pourquoi ? Parce que je sais, c'est un peu comme Alm' sans aucun doute. Cet amour -là ne se laisse pas partir comme ça. Le seul amour totalement gratuit, desinteressé. Mon fils m'aime, mais vois-tu, bien heureusement, il me casse les couilles. Ainsi, je peux lui permettre d'aller voir ailleurs si j'y suis pas. Et que ça le rende follement heureux, un endroit sans sa mère. Mon mari est un mari. Si tu suis depuis quelques temps, tu sauras qu'entre nous, c'est purement sexuel (haha- rions) et jamais tu m'entends, jamais, je n'ai trouvé ça si con. Et Ma mère ne m'aime pas.
Y a t il un autre que lui pour me serrer un peu fort, contre lui et me dire ce truc en arabe , dont je me souviens juste la fin qui finit par papalick, ou palaleck, je ne sais plus ? Sans rien demander en retour, sans rien me refiler de névroses en douce, sans espérer quoi que ce soit, sans espoir que je me taise enfin ou que j'achète des Playmobil ?
Personne.
Quelqu'un qui me donnais ce que j'attendais, sans rien esperer en retour. et pas "pour me faire plaisir"
Et voilà, les mouchoirs sont trop fins, je pleure à suffoquer , je tousse à en crever, je fais ma dame aux camélias, et mes mains crient.
Ces sourires que tu m'as donnés même dans le délire morphinitique. Ta main. Je laissais toujours la place à celle qui aurait du te la donner, mais elle avait tant à faire avec elle-même. Ta main vide, posée sur le blanc du drap, toute légère. Je te donnais la mienne qui n'avait plus rien à perdre, puisque tu étais perdu.
Les mouchoirs sont trop fins. Je veux entendre le papalick.
C'est ce que je m'entendais hurler dans la voiture, pleine de ces larmes qui sont si moches, je ne te verrai plus je ne te verrai plus. Je m'en fous des images et du souvenir, de la mémoire , et de la présence éternelle. Le prochain qui m'en parle, je lui bouffe le foie, papa, au moins j'en cracherais des bouts pour quelque chose. Je ne te verrai plus. Alors, je suis toi parfois, ta peur et ta tristesse, ta colère sans doute, je revisite tes chemins.
Et ce blog de merde pour me faire croire que tout va bien ,tout va bien puisqu'on rigole . Serait ce possible alors ? On dirait une chanson de l'autre embellinée Bruni. Qui se prend pour une auteure.
Moi aussi je me prends pour une auteure. Alors je "mets béance, entailles, gouffre, logorrhée, hurler le vide à la face du néant," je colle deux mots qui ne sont pas dans le même champ sémantique genre poubelle et ataraxie, paf on me dira qu'il faut que je publie. ou alors on me mettra dans un annuaire de sites de dépressifs qui se prennent pour gainsbourg ou despentes...Ou aors, plus véridique encore, je me retrouve sur un site de blogs de cul, la photo de mon fils trônant au milieu des "je sentis la barre de fer de son désir pour moi, et il me chevaucha impétueusement, sa brutalité n'ayant d'égal que la brûlure de mon envie de lui qui me lacérait le bas ventre...."
Tu sais le genre de trucs ou tu lis et ou t'as juste envie de dire: ben va falloir baiser un coup, mon grand. Ecivains du blog, qui sont tout heureux de retouver leurs propres émotions à la relecture de leur propre note....Moins tu écris moins tu écriras de conneries. Voila un axiome qu'il faut que je fasse mien ( avec un désir brûlant qui me chauffera à blanc jusqu'au bout de la nuit moite, tant qu'à faire)
Les mouchoirs chez moi sont plus épais. Il y a des bains à donner, des petits habits à plier. (repasser c'est non, hein, en plus, je vais mourir)
Ca m'occupe. Mes mains crient tout ce que je crois pouvoir dire chez elle, voire ici. Rien n'est dit.
Rien.
Rien
a dit le docteur. Vous avez un souffle de grande sportive, quels sports pratiquez vous ?
-Le stress.
Votre radio ne montre pas de lésions, etc etc
Rien.
Comment crier autrement que par mes mains ? Comment pleurer autrement qu'en revisitant tes chemins de croix ?
Dis-moi, dis-moi, comment t'aimer encore alors que tu n'es plus là ?
14:55 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
26 mars 2007
Pardonne moi tout ça.
13:15 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04 décembre 2006
Vidage de poubelles.
11:28 Publié dans Lettres à mon père. | Lien permanent | Envoyer cette note
08 novembre 2006
Les courses à Leclerc.
J'étais au rayon surgelés et je me pelais un peu.
C'est drôle, voir la viande rouge dont on raffolait ensemble, ça m'a fait pleurer, tu sais, juste l'émotion qui explose un peu sans que tu le maîtrises quoi que ce soit, et que tu trouves vraiment pathétique, hors de propos. Et tu parviens à en rire. Te faire moquer de toi. On la retrouve sanglotante au rayon Surgelés, une entrecôte contre son coeur.
Je ne vois que des messieurs un peu âgés à moustache grisonnante. Comme au collège, quand j'étais amoureuse du mec a l'Enduro 50 bleu, j'en voyais partout. Et comme j'étais déjà myope, je les suivais, les Enduro bleu. Et c'était pas lui. Et une fois, je suis montée dans une autobiancchi parce que j'étais sûre que c'était Lionel, et c'était pas lui.
Maintenant, myope toujours, je sais parfaitement que ce n'est pas toi.
Là, le monsieur à moustache un peu grisonnante, rigolard et nerveux, il était à la caisse, et il plaisantait en disant : "Mais où sont les porteurs ?" en désignant ses sacs vert écolos remplis de viande rouge.
Et j'étais là, tu vois, à lui sourire de toutes mes dents. Je le trouvais vraiment drôle, touchant. Authentique. Je riais fort, pour montrer que j'avais compris. On la retrouve agrippée à un vieux monsieur à la caisse de Leclerc, riant et sanglotant à la fois.
Le vieux monsieur était content. Il m'a fait un clin d'oeil. J'ai fait ma tête de phobique.
J'ai continué mon chemin avec mon caddie plein de sacs vert écolos remplis de Pom'Pot, Jus de Raisin, brosse à dents batman, viande rouge.
Il était là, le vieux monsieur à la moustache grise, il remplissait le coffre de sa bagnole. Il m'a lancé:" Ah vous me suivez ! j'en étais sûr." Ca m'a fait hurler de rire.
Je te jure que j'ai pu pleurer, là, dans la bagnole, comme une grosse conne en caressant mon fond d'écran où tu poses sur ton canapé inconfortable , avec ton air gavé que j'adorais, la main en l'air dans un salut fatigué.
Des vrais bons pleurs qui te font le nez rouge en patate, le bon gros chagrin de l'orpheline. Avec la morve et tout.
Avant, comment te dire ? Je le sais parfaitement, je pleurais sur ta vie, ta maladie, ton silence, le silence autour, je pleurais à ta place parce que toi tu préférais te taire, renoncer, flipper tout seul.
Et puis, là, non.
12:34 Publié dans Lettres à mon père. , Rêves et Cauchemars | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note



