08 juillet 2008

Châteaux - I -

Soleil liquide, j'ai de nouveau la lumière sur l'épaule, ce rond que j'aime bien, comme un flash dans le brun de la peau. Ca sent le monoï, le sel, le pastis, la socca trop grasse, le bitume trop chaud. Mes ongles ont l'air trop blanc.
Je glisse dans l'eau et j'avance jusqu'au bout des cheveux, je ne reste pas longtemps debout dans la mer, je suis une piètre nageuse, je respire mal, même hors de l'eau, mais j'aime bien les différences de froid aux chevilles, dans le plein du dos, le haut du crâne,  et puis je me redresse, je sors. J'enfonce mes pieds dans le sable, je plonge mes mains aussi. Des gants, des bas de grains. Ici, il est moins beau , moins frais, moins doux, tellement plus épais que lorsque nous étions là-bas. Là-bas, c'était vraiment de la poudre d'or. J'avais eu peur de la violence de l'Océan, la première fois. J'avais eu peur quand je t'ai vu partir si loin, et ta tête soudain minuscule qui apparaissait entre deux brassées d'Atlantique. J'avais eu peur de la marée qui surgit entre les deux falaises.  Mais j'avais trouvé ça plus que beau. J'étais la petite méditerranéenne qui brunit à côté de l'huile de l'eau, et qui croit connaître la mer.
La plage était tellement grande, si loin les uns des autres, et quand j'étais vexée par ce que je prenais pour de la froideur, et que j'avançais, seule, avec la terreur de m'égarer, de perdre ton chemin, avec la panique que tu ne me rattrapes pas...
J'étais fascinée par le feu dans la cheminée au mois d'août, j'étais fascinée par mon goût de ne rien faire, et de me laisser t'aimer.

Nous n'échapperons à aucun cliché. Tous nos souvenirs ont le goût de la mer.

 


podcast
 

Châteaux - II -

    Tout ça c'est une histoire de marche.                                                  
   On se connaissait depuis quelques heures,                                                      
   quelques heures seulement                                                    
    et déjà, on avançait en parlant                                                       
   (de quoi ? De rien sans doute.                                                    
    Il fallait juste une musique                                                   
    pour nous porter,                                  
     les mots faisaient l'affaire)                                                        
    Un "Tu" devenait le summum de l'intimité,                                                    
     un "peut-être" le symbole de toutes les promesses                                                   
        - qu'on n'a pas tenues-.                                                   
   On marchait sans se regarder, ensemble,                                                 
      sans" s'adapter" au pas de l'autre,                                                    
      malgré tes grandes jambes,                                                    
       malgré mes sandales imbéciles.                                                       
     On marchait du même pas,                              
     s'arrêtant au même moment,                                                      
                                                                                       
      sans se concerter,     
    sensible aux mêmes nécessités                                                
                                                                                       
     de pause,                                                        
     ou de silence,                                                    
                   
       parce qu'il faut bien respirer,                                 
    n'est-ce pas ?                                                     
      Il faut bien vérifier que tout ça a un poids,                                               
                                                                                       
      une réalité,                                                        
      que tes yeux sont vraiment                                  
     ceux de celui qui marche                                                      
      à côté de moi,                                    
    en amande comme ça.                                                       
     On ponctuait du pas                            
       au même moment.                                                     
                                                                     
        Ca me faisait rire,                                  
    comme une gosse                                                    
     qui a du mal à croire à l'énormité du cadeau.                                                       
    Je suis sûre qu'on aurait pu écrire une partition                                              
         avec ça,                                                      
    notre marche, de beaux silences,                                                                                                                                    
     une mélodie simple, avec une impatience.                                                      
     Je suis certaine que ceux qui nous croisaient                                                
                             pensaient                                                     
                                                                                       
           que nous nous connaissions depuis toujours.                                                        
               On s'est assis sur les rochers.                                                      
               C'était la nuit noire                                                    
           et juste le blanc de nos yeux                                          
                   
            pour nous éclairer un peu.                                                      
  La mer nous éclaboussait à un rythme régulier,                                                      
          des gouttelettes de méditerranée                                                
                                                                                       
             sur nos mollets.                                                       
   J'écoutais, tu me regardais.                                                        
                                                                                       
           J'avais peur que cela devienne         
          un interrogatoire                                                     
               ou pire,                                         
             une conversation.                                                    
            Le baiser, je te jure,                                                
                                                                                       
          le baiser était une urgence.                                                      
    C'est moi qui me suis penchée pour le coda.                                                        
             Pour en finir et recommencer.                                                
  Nos bouches doucement                                                  
                                                                                       
    ensemble,                                                     
                au même pas,                                                     
             s'arrêtant au même moment                                                      
                                                                                       
               sans se concerter,                                                 
             assis sur les rochers,                                                   
            deux ombres à une tête, éclaboussés.                                                       
  On n'a plus rien dit, on a continué, marcher,                                                      
     
    un peu plus vite, pressés                                                       
                   
                   
                   
          tellement pressés.                                                        
                   ae004cb7039b73b947d2abe66b18524b.jpg                                               
                    
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
           
            

24 juin 2008

Etc...

ECRIRE

C'est un regret de gosse à l'étroit dans une déjà trop grande existence, où la réalité a  eu le temps de faire tous ses numéros. Il fallait inventer quelque chose pour se défendre. Sans message, sans souci de rien d'autre qu'entrevoir ce qui m'échappe.  Ce que je maîtrise ne m'intéresse pas.
Ne pas dire, juste parler. Ne me donne pas l'importance que je n'ai pas, ne me donne pas l'importance dont je ne veux pas.

AIMER

De ta seule présence, tu as envahi toute mon intelligence. C'est bien connu que ça rend con. Je n'ai rien voulu  cerner. Et c'est moi l'encerclée. Je me suis bagarrée, et oui, c'était ridicule, pour mieux comprendre. Il me semblait que les autres savaient tellement mieux que moi. Et je me fiche aujourd'hui éperdument de toutes les réponses. Je voudrais retrouver la fascination de l'ignorance. Je voudrais tellement.


MARCHER

Une heure que je marche au hasard dans la géologie d'une montagne à laquelle je ne comprends rien. Je transgresse en conscience les règles de sécurité. Je n'ai signalé mon départ à personne. J'ai besoin de cet affranchissement.  Je n'ai plus peur qu'on m'oublie. En fait, cela m'arrange (derrière chaque peur , un désir) Pas de comptes à rendre. Laisser une trace, c'est en devenir aussitôt l'otage.
Alors, non, pas d'escorte mentale.
C'est déjà tellement peuplé là-dedans.

LE RESTE

Je n'ai pas osé croire à la réalité de notre rencontre. J'ai des excuses, il fallait que j'y croie pour deux.
Je n'ai pas osé croire à ma chance de toi.
Tant pis pour ça.

10 juin 2008

J'ai écouté mon courage: il ne m'a rien dit.

*** 

(Pour cette main tendue, évidente, et tranquille, qui m'a émue.)

(Pour celle que j'ai croisée, et qui retenait ses larmes, pour celles que je connais pas et qui retiennent les leurs, pour leur courage que je n'ai pas.) 

***

 

Tu t'es assis là et tu as attendu, tu as sûrement du croiser les jambes, bien haut, ce geste qui te ressemblait pas, trop distingué, trop précieux. Attendre, ce que tu détestais, attendre qu'on te dise combien, où, et toute l'attente encore. Et les tuyaux enfoncés si loin dans ta gorge, se retenir de vomir, et les radios, et les scanner, les investigations. Et attendre attendre, finir par se souhaiter foutu pour plus avoir cet acide tout le temps, l'attente à l'estomac, ce faux espoir.
Et puis attendre encore, dans le tout petit vestiaire, et attendre l'épanchement, et attendre la pleurésie, tout ce liquide qui coulait dans les machines. Et ce souffle si court, et cette voix changée, ce murmure. Et puis attendre que les ravages de la chimiothérapie s'estompent, que les cheveux repoussent, qu'on te foute la paix. Attendre de voir tes frères autour de ton lit, ton petit fils qui tire sur tous ces fils. Quelques semaines de répit,
Attendre encore, un peu, et puis mourir tout seul, même pas un an après.

Je suis là, je sais que je devrais venir souvent. Trop. Ils me regardent, ils se disent dis donc elle est bien jeune elle pour être là si souvent. Même elle, hier elle m'a dit : Oui c'est sûr, c'est pas marrant. Ne vous tracassez pas. Je pense à ces poupées guatemaltèques, à qui les enfants confient leur tracas. Ils les glissent ensuite sous leur oreiller, pour des nuits apaisées. Mais moi, j'ai peur, j'ai peur à un point que tu peux même pas imaginer, et pourtant la peur c'est un organe chez moi. Je la sens battre comme un coeur, c'est tout le temps. Peur à vomir, parce qu'il le faut, c'est ma fidélité, et j'ai une maladie: l'hypermnésie. Et puis honte aussi, si tu savais comme j'ai honte d'avoir peur pour mes longs cheveux, mes jolis seins, ma petite misérable vie. Il faut attendre, se déshabiller, il faut...attendre, buste nu, et imaginer.
J'ai tellement peur, j'ai tellement honte que j'ai perdu la vue un moment, comme quand j'étais gosse avant les attaques de panique. Il est beau le docteur. Je tombe tout le temps sur le docteur beau, et jeune et doux. Je voudrais une femme, une mamie, une  qui connait le malheur de naître avec un utérus, et l'enfer des hormones dans les attributs secondaires de mes deux, une soeur, que je puisse pleurer un peu, grimacer, dire que j'ai mal au coeur. Mais là non, je dois faire la digne, la courageuse, et me faire malaxer, enduire, aplatir ponctionner et  expliquer l'histoire, me retenir de pleurer pendant qu'il regarde. Ha mais je le vois pas, je vois pas, ha ha... ha oui,  voilà...et le clic des mesures, attendre. Attendre.

Et  ce silence-là, comme un gouffre de possibles. J'aurai pas ce courage. Je ne l'aurai jamais.

 Non mais C'est rien, c'est rien, madame... allons allons...

Parce que tu vois j'ai pas pu m'empêcher de lui attraper la main.
J'ai pas pu m'empêcher de lui tenir la main.
Mais j'ai des excuses, j'avais tenu la main de personne. 
Les mains tendues, ça se regarde se tendre, ça se trouve beau, tendue, ça s'émeut de sa capacité à se tendre. Ca se donne jamais pour de vrai.


Les mains tendues, c'est de la diplomatie, la belle diplomatie qui ne protège que le diplomate, qui se croit empli d'empathie et qui pense juste à ne pas avoir mal, lui.

Je tiendrai plus jamais la main de personne. Jamais. Les mains tendues, ça ne m'a jamais touché que le cul.


Alors non non c'est rien, cette fois c'est rien. Faut revenir voilà, dans un an. Oui la génétique, c'est pas marrant. 
Vous devez rien. C'est pris en charge.

J'ai eu tellement peur, papa.
tellement honte d'avoir si peur pour moi.

 

Je  me suis assise là, les jambes croisées bien haut, comme il faut. Ca me ressemble pas. J'attends que ça s'écoule la peur, j'ai attendu un peu, et puis, c'était l'heure de repartir au bureau.

06 juin 2008

Malmignatte

Elle a mordu dans la chair, trois accrocs sur la peau. Je n'ai rien vu venir. On peut jouer les grands intuitifs, les sixième sens, les grands sourciers autant que l'on voudra, on n'est jamais assez prudent, on ne peut pas deviner les réactions dans le placard, les araignées inflammatoires, on les voit jamais venir, les enflures.
Je touche de la pulpe du doigt (j'aime l'idée d'un fruit dans ma main- L'idée) ma bosse. Dans le miroir, en me contorsionnant, j'ai vu les trois marques, un mort aux vaches rétro-versé, la plaie. C'est sur la côte, et je devine à la fois mon squelette en même temps que je vois cette tache insolite, écarlate, ma boursouflure. J'ai dit à E. que j'allais devenir Spider Girl. Il était enchanté, ravi, et un peu inquiet de ma trouvaille. Je me sens plus proche de la fiancée de Frankenstein, en réalité. J'ai toujours préféré les visages abîmés, les fêlures, les cicatrices, aux masques de sauveteurs de l'humanité new yorkais. Les monstres qui s'assument, ça me convient.  Mais ça, je ne lui ai pas dit. Je ne raconte jamais ces trucs à personne, à part à mon blog.  Je ne raconte jamais rien, je parle de la pluie comme les autres. Je dis Ha non mais quand même, là c'est le mois de juin, holala, y a plus de saison.  Je le garde pour moi, combien je suis satisfaite de cette connivence du ciel.

J'ai dit ça pour rire. On en avait tous les deux besoin. On avait l'air fin, sous l'orage, sur le seuil de la maison; le ciel qui pleurait à notre place, toute cette flotte glacée sur nos cheveux, comme énervée que nous fassions obstacle. On avait l'air fin, à rire sous la pluie, d'une hypothétique chrysalide, d'une grotesque transformation en héroïne arachnéenne.

Je palpais la morsure à côté de mon cœur ; il éternuait, les tennis plein de boue.


Ensuite, j'ai avoué que c'était une blague, que non, je n'avais pas perdu les clefs, qu'on pouvait rentrer chez nous, que c'était juste pour rire, pour être touchés par la pluie. Il a dit oui c'est un peu marrant, et il a ajouté qu'il voulait des ravioli au parmesan.

 

 
podcast

21 mai 2008

-

 b327ac7811a42e14efc57376ea95e92d.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors , tu sais, je lui ai dit que j'avais perdu le goût du combat,...enfin,  je n'ai jamais été une battante pour autant, je sais.  Finalement, les choses éphémères, voire vaines, me conviennent mieux. Par lâcheté ? Aussi, oui. 

Je me trouve ridicule quand je m'insurge.  Je ne me crois plus.  Je me sens aussi crédible qu'une sodomie sans douleur. Pardon. J'ai pas pu m'empêcher.

Je m'habille comme une ado attardée, mais c'est pas parce que je veux être jeune. Ma jeunesse ne me manque jamais. A vingt ans, j'avais hâte d'être vieille comme une promesse d'adéquation. C'est juste que les trucs de femme, c'est comme un déguisement sur moi. Ca me file le vertige et l'inquiétange étrangeté. C'est comme si j'avais volé quelqu'un.  Mais j'ai beau porter du coton dans mes culottes,  je te jure, je suis voûtée dans ma tête, arthrosée du sentiment. J'ai l'ostéoropose du désir; ça se fracasse aussitôt consommé. J'ai la ménopause des élans.

Ce qui ne tue pas rend plus fort. Mais la force ne m'a jamais été un but dans l'existence. Je suis froide.  Et je m'en fous d'être forte. Voilà.

Oui,

à la prochaine. Voilà.

° 

 

Non, je n'ai pas de mère, je n'ai pas de sexe,
j'ai tué mon père par le silence,
j'aime ma folie d'eau et d'absinthe,
j'aime mon jaune visage d'adolescent,
les innocences que je feins et l'hystérie
que je dissimule dans l'hérésie, ou le schisme
de mon jargon, j'aime ma faute
qui, lorsque je suis entré dans le musée des adultes,
était le pli du pantalon, les battements
de mon cœur timide : et tu refuses
ce pour quoi je t'aime, tu ne me changes pas."


Pier Paolo Pasolini.

 


podcast
 

(Photo- Ph&

Mots cadeaux d'Aude.)

 

 

 

 

15 avril 2008

Blablabla

J'ai encore des larmes, je croyais que tout était tari, c'est jamais fini. J'ai poussé le cynisme et le dégoût de moi jusqu'à croire que j'avais besoin de spectateurs pour pleurer, une hystérie pathétique, une mise en scène pour m'incarner. Je me trompais. J'ai jeté des chaises, j'ai frappé des murs, toujours sans hurler et pourtant j'ai des millions de cris gonflés, en attente là-dedans. Les murs avec leurs gnons, je m'en fous. Soudain, je sais que tout ce vide dans ta maison, tu en as eu autant besoin que moi. Comme une preuve que tu ne finirais rien, que tu dépasserais personne. Tu continues de me dire que tout ton toi-même n'est qu'une conséquence de mes actes, de mes silences, de mes demandes brutes, pas décapées,  pas polies, ni cirées-vernies.  Et je continue de te trouver parfaitement dégueulasse de ne pas prendre tes responsabilités, de me donner tant de pouvoir, quand je n'ai rien eu que  la faiblesse de t'espérer. Et maintenant je pleure, en glissant contre un mur, je me tords, ça fait des bruits stupides. En secret je m'enterre. Personne ne me regarde, tu ne viendras que quand tout sera fini, tu ne comprendras rien. Je vais finir par croire que c'est mieux ainsi.  Tu me verras assise ici, tu croiras que toutes ces chaises qui volaient, ce n'était rien d'autre que mon trépignement habituel, mes petits poings levés, un reste de ma jeunesse  dépravée. Tu joueras à la colère contenue difficilement, mais en fait tu ne sais même pas ce que c'est que de vouloir crever de ne pas vivre assez.  Je déteste le tour que prend ma rage. Va t-en vite, quand je commence à te mépriser, j'ai envie de me tuer de t'avoir aimé. Tu croyais quoi ? Qu'il y aurait toutes les belles étapes ; de la colère à l'oubli, bien rangé par ordre alphabétique ? De la rancune au symbole répugnant d'une page qui se tourne et qui signifie juste qu'on se fait baiser par un autre ? Tu croyais que j'allais dire amen, oui, ok, et peut être aussi "C'est mieux ainsi" en hochant la tête dignement ?  Tu croyais que je ne t'aimerais plus comme on ne peut plus souffrir la crème vanille, écoeuré, all of a sudden ? Et que je tournerai la tête, lentement, comme dans un clip,  vers la droite parce que c'est censé symboliser mon radieux avenir ? Tu croyais que j'allais continuer ma route sans nous et la trouver plus belle, de surcroît ? Non, je perds mes peaux comme je perds tous mes rêves, je pèle du coeur, je perds tous mes lambeaux de toi, et je me fais peur.  Mais je sais depuis longtemps qu'on ne se relève jamais, qu'on colmate, que tout est foutu. Je te l'ai dit très vite, au tout début, ce que j'étais. J'ai rien caché.  Je sais depuis toujours, que rien ne comblera la béance, que je suffirai pas.  Ce qui m'emmerde, c'est de croire encore quelquefois à l'humanité, la mienne et celle des autres. Ce qui me poignarde encore, c'est ma foi. Si ta main vient pousser mes cheveux de devant mes traînées de mauvaises larmes, je vais cracher, je vais lacérer, je vais trancher. Pro perfidis judaeis. Il n'y a plus que là que tu t'agites, quand tu me vois écumer. Ca te fait peur, ça t'inquiète. Tu confonds l'amour et la peur, le sentiment et le sacrifice. Tu ne crois en rien d'autre qu'en ma colère. Ca fait de bons fidèles, c'est vrai, des unions qui durent deux mille ans, mais il y en a toujours  un qui saigne des mains.

 

 
 
podcast

 

 

 

 

 

 

07 avril 2008

... les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant (R.Gary)

Hier, 

Tu fermais les paupières : c’était ta ponctuation, ton point final. L’âme arrachée, des oripeaux de sentiments par terre. Tu te croyais enfin dépouillée, nue pour un nouveau départ. Tu n’avais pas vu que tu t’arrachais la chair. Tu dévalais l’escalier, les veines froides comme un fer. Tes doigts plantés dans moi, mes ongles trop fragiles dans le tendre des rampes. Il y avait l’encre d’un concerto, comme un tréfonds musical. C’était Grieg, je crois. Une limite atteinte, une nouvelle, une autre, et tu te retrouvais sur le glauque d’un parvis. Au pied de la dernière note, la rouille d’une cisaille pour éviter de dire davantage. Couper les derniers mots, préférer le silence. Dans chacun de tes murmures, moi, je voyais un horizon de miel. J’étais sûre qu’une parole me rhabillerait pour encore mille étés, toutes mes idées derrière ta tête. Tout le monde riait, s’agitait. Je te voyais feindre, ça ne m'attendrissait plus. Un rêve trop près des mots, un rêve prémonitoire. J’essayais de sortir d’un sommeil d’épouvante, de cette statue glacée que j'étais, pour modeler un visage qui me regarderait.

Tu fermais tes paupières.




Aujourd'hui,

 

J'attends la trahison du rythme, une de plus (J'entendais les moqueries, tu sais, je me voyais là, comme un immondice perdu, irrespirable) pour être surprise, un peu. Si peu.

J'attends l'arrêt de mort pour commencer ta vie. Je voudrais savoir l'heure, au lieu de prendre le temps. Impatiente, toujours, mais c'est parce que je sais de source sûre, moi, que nous allons crever. J'ai tellement de preuves.

Quand commence la tristesse, juste la jolie tristesse, c'est déjà que je t'oublie. Alors la peur prend le relais...Je veux garder toutes nos mémoires. 

J'ai l'habitude presque altruiste. Je marque tout, parce que j'ai peur de ma violence si je garde, tout le temps. J'ai tellement de preuves.

 

 

Un geste équivoque: je cherche mon coeur comme on cherche sa gauche, en faisant le geste d'écrire.

 

 

 

 

18 février 2008

Carnet d'une route

f0e75a835610b061978d171cf5562bfb.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Le néon faisait des ombres de versailles sur ta peau. Je récitais une prière que j'inventais, pour que tu te tournes. Ton dos comme une tuerie trop lente. Tu ressemblais à quelqu'un que j'aimais.

Cette fois, c'est comme un arrêt de mort, une branche qui ne poussera plus. Je suis occupé. Ecrit noir sur gris. Il y a quelques mois, un café pas si lointain, 9 arrondissements de moins, comme un ventre vide, une délivrance en un sens, unique cette fois.  Un endroit où je posais ma main sur ton bras pour te supplier de cesser de me faire rire.

Si le doute persiste, tu signes, tu fais demi-tout en sens inverse, pour te donner l'illusion d'un virage qui aurait un sens. J'ai voulu dire "rien à faire", jouer l'habituée des reniemements, rompue à la routine des séparations, des déchirements, haussement d'épaules et moue desabusée, et j'ai dit "rien à taire", lapsus, sauvage de silence.

Je suis la matière première née de la dernière pluie. Je marche dans une rue dont je ne connais pas le nom. J'économise les mots pour me préparer à écrire. Le silence c'est un élan.

Chaque pas me coûte une entaille de sirène amoureuse, et pourtant je te jure que je n'aime plus personne. Mon rictus trop serré, mes poings ironiques, ça va bien ensemble.

Tout le monde me semblait si beau, si chaleureux.  J'aimais les traces de couleur sur le bois, le vent qui s'engouffrait dans mon blouson, glacé, pendant que je me penchais. Je n'ai pas oublié le mouvement. Je sais accompagner la route.

J'ai chanté loin, plus haut, grave, j'ai fait mi mineur mi mineur et j'ai improvisé. Un vin partagé, du pain, de la musique, à faire. Des livres par terre. Je crois que c'est ça, le paradis.

J'ai vu "le lit", j'aurais aimé le peindre.

Un soir, les draps d'hôtel repassés, seule, assise en tailleur sur la table de nuit, j'ai regardé un disque que je ne pouvais pas écouter, des heures comme une minute, à n'attendre rien. J'ai attendu que ce soit l'heure pour descendre un sac trop lourd, marcher, c'était encore la nuit. J'étais mieux que bien.

Dans le train, j'ai rencontré une femme qui m'a raconté sa vie. Je l'ai écoutée, elle avait perdu sa mère à sept ans, elle allait élever le fils né d'une relation adultère de son mari. Sa mère venait de mourir. Il avait sept ans. Elle m'a dit: "Je ne peux pas le lâcher."

Je l'ai embrassée sur le quai. Elle était petite, italienne, elle aimait le café. Elle avait les yeux bleux, le teint brun.

J'aime les yeux clairs, banalement, infiniment, la clarté m'émerveille.

J'aime les transparences dans les regards, une vieille et imbécile croyance qui me fait penser qu'ils me mentiront moins.

 

                                *`*`*`*

 

Je ne suis pas loin de me la péter, j'avoue, oui, car en haut donc me voilà "croquée par Miss Phédia 

et par Sophie 

 


alors oui, je me la pète.

C'est incontestable.

Et pas qu'un peu. 

 

et en bas les pieds, c'est moi qui les ai pris, pour participer, quoi.

(c'est Phédia qui danse, enfin ...ce sont ses pieds.)

(eh oui je voulais bien prendre les pieds, hein. Evidemment.)

 

2aef0f74ebf34a743948b378babe5f3a.jpg

14 février 2008

*Prosaïque*

 
podcast

Lundi 

Fracassée contre le mur, ma curiosité vole en fragments. Je suis toujours effrayée quand me vient l'indifférence. Je préfère les regrets. Je trouve ça plus esthétique.

Je caresse mon alignement de lettres avec le même plaisir que mes jambes après l'épilation orientale, lentement, à rebrousse-rien, sans relâche.

Je redécouvre dans ma respiration un peu hachée comme la matrice d'un rire. 

Ecarte mon discours, pénètre mon silence.

 Aux frontières de mon sauvetage, la vermine d'un souvenir pour m'anéantir, un moment.

Mardi 

C'est un accident de sable, la chute fait peur, mais elle ne fait pas mal.

Avec la perfection d'un mouvement d'un disciple de taï-chi, je chuterai, une chute anticipée qui aura tout de la danse. The answer is in the attempt .

A fumer de l'herbe sur toute les routes au lieu de se rouler dedans,

Au cauchemar idiot d'un roi qui me sauverait.

Je ne confondrais plus la joie et le désir. Je ne me contenterais plus de miettes d'ombres, d'amour raisonnable, raisonné. Construire péniblement, dans le dialogue, et la patience, le respect de la différence. L'amour sauce gorgée de bière, Bobin, oeil écarquillé, enlacement niais. Délai respecté, distance de proxémie bien arrêtée, respect des hobbys de l'un l'autre,  bouderies calculées, sans peur, sans reproches, eh bien désolée, mais ça me fait baîller, et puis surtout, ça me fait chier. 

Je veux un amour solaire, quelque chose qui me ravagerait pour de faux.

 Mercredi

La solitude c'est une voûte, les voûtes servent à protéger. C'est la fin de l'hiver, tu sais.

J'ai regardé dans le dictionnaire, la fin ça sert à terminer.

Je peux toucher ma chair même quand je croise un miroir. C'est une question d'heures, je vais bientôt me rattraper.

Il ne manque qu'un substantif, un petit adjectif que je choisirai au hasard, et non plus par peur de te dévoiler.

Jeudi 

  Je creuse mes sillons. Des monstres, oui mais d'argile, se dessinent sur l'abat jour. J'ourle toutes les croûtes de mon eczéma, je tisse le fil du début jusqu'à l'écorce.  Mes mains sont lisses, tu verrais ça. La silhouette entr'aperçue dans les escaliers, que tu photographiais, comme un présage, en ombre rapportée...

 Combien de lectures à te chercher, d'écritures pour me soumettre, de liens à réinventer, de soucis à enterrer, et toutes ces haches de guerre qu'on n'a jamais deterrées, ces mains qu'on s'est encore donné pour nous aider à s' oublier. Et je te regardais, faussement placide, toute en colère liquide. 

 Vendredi 

 Je sais que je ne t'inventerai plus jamais. Je sais que je ferais bien semblant de t'oublier. Je n'espère plus qu'un autre en me soufflant dessus efface tout ce que tu m'as donné.

 On s'est aimé tout de suite, sans s'étudier, sans s'observer longuement pour valider, entériner. On se manquait encore pendant qu'on se broyait les os à se serrer.

  

 Samedi

 Comment reconnaitrai-je désormais ce frère d'âme, combien de mois ou bien d'années, combien d'éraflures avant la divine blessure d'un amour évident qui vous déchire en même temps qu'il vous dépasse ?

 Rien n'était sain, rien de serein, on avait quatorze ans le plus souvent. Je sais pourtant déjà que le reste, le tranquille, le raisonnable, me paraîtra fade à pleurer. C'est le prix à payer pour ne plus se sentir dévastée.

Comme je vais m'emmerder !

 Dimanche 

 J'ai perdu le nom de ma maladie, il ne me reste qu'un peu de douleur. Une étonnante, rassurante banalité.