Ceteris paribus sic stantibus



Toute choses égales par ailleurs, te voilà donc valide. Ouais,   J’y crois dur comme fer. Je pense, donc je suis. J’ai des poils sur les jambes donc je m’épile. Mon père est mort, donc je pleure. C’est la St Sylvestre, donc je bois. Les sionistes sont des affreux colons, les terroristes ne peuvent pas faire autrement. Amen.  Tout est logique, tout est sain. Nous vivons dans un monde où chaque théorème trouve une immédiate application, le meilleur des mondes où cogito, condamno, blogo et hop. Passez-moi une Camel pour ma main droite et un alcool blanc pour la gauche, allumez NCIS, un petit concerto de Grieg pour faire genre, et écoutez cette douce et harmonieuse note de l’univers qui tourne gentiment sur son orbite.
Mais comme le savent si bien la Paramount, et l'Inspecteur Derrick, il y a un M. Hyde caché derrière la tronche de tout ravi de la crèche, la face cachée de l’obscur de la force etcetc de l’autre côté du miroir. L’esprit  caché derrière n’a jamais entendu parler de cire orientale, de douleur absurde et éternelle, de Theodor Herzl après Dreyfus, il n’a jamais suivi un cercueil de bébé jusqu'à son trou dans la terre.  Il suffit de tourner le miroir sur le côté pour voir la face se distordre sur la ligne terminatrice. De l’autre côté, l’univers a la logique d’un môme en jogging Nike, avec les tripes et les cadeaux qu’on lui a offerts pour Noëls répandus sur deux kilomètres derrière lui,  sur l’autoroute. Ça, c’est la logique de la paranoïa, avec des valises, voire des humains piégés dans des autobus, des cancers qui tombent sur la gueule d’une femme de trente-cinq ans qui continue de sourire parce que les enfants la regardent. Cette logique-là se tord la queue. Personne ne regarde de ce côté là, les mains vissées sur la Camel et la tequila.  Baisse un peu Grieg, à propos; on ne s'entend plus s'écouter. On ne s’y intéresse que lorsqu’on se fait prendre en stop par un chauffard bourré qui dit qu’il veut en finir; on s’y intéresse quand on dit « ciao » à sa fille adolescente, à la sortie du collège et qu’on la retrouve muette et livide, à la sortie de la morgue. On commence à baisser la tête de ce côté-là quand on entend un homme dire à sa femme qu’elle va se prendre une raclée, une autre, qu’elle l’a bien cherchée, celle-là. On commence à regarder de ce côté-là quand un type décide de sauter par la fenêtre, celle au-dessus de la tienne, et que tu te demandes ce qui peut faire un boucan pareil, ou bien lorsque tu connaissais et aimais bien ce type massacré par les flics, mais que, merde, tu connais un des flics aussi.  On s'y intéresse, un moment.  On commence à éviter d’ouvrir trop vite sa gueule quand on a compris que toutes les choses ne sont pas égales par ailleurs, que rien ne se valide, ni ne se condamne avec des mots, toujours tellement plus audacieux que nos actes.

 

 

(Et sinon Bonne Année !)


podcast

A little game (go insane)

Tourner le dos, les poings fermés. La marche est saine; les voyages déforment la détresse, et surtout surtout surtout, on va super loin quand on a envie de rien. J'ai la tête lourde à cause des odeurs d'huile de lin, la javelle et le thé, les cris de chiens, les immondes radios nostalgiques, les camions enervés sur la voie express, la sonnerie du téléphone, les chaussures collées de boue séchée, la toux qui le déchire et l'empêche d'écouter le stupide commentateur du journal télévisé, et la voix qui demande si ce pull lui va bien, du frigo qui gerbe d'avance. J'ai encore trop de mal à dire. C'est un sale coup pour quelqu'un qui a étudié les mots. Le présent a les yeux louches. Chaque clignement d'oeil efface une image, tant de photos  perdues. J'ai la tête vide à cause du gaz, non je déconne, j'ai vidé ma tête en réduisant mon périmètre de pensée, en réduisant mon espace social, en réduisant mes sorties au strict nécessaire. J'ai la tête réduite maintenant, un guerrier navajo, cerveau momifié. J'ai appris les noeuds marins mais je suis incapable de jeter l'encre. Un sale coup, quelle méprise. J'avais une tête qui collait bien à celle de la fille qui se casse tu vois, les grands yeux, les grands cheveux, le menton orgueuilleux. Le miroir s'adapte bien au vide, je suis toute effacée.

En 2009, je reviens, j'ouvre les vannes, je défonce la porte, je claque la page, je débouche le champagne, ou les commentaires (c'est moins cher), faut que ça s'arrête. Ca va s'arrêter de cogner.

Héritage

Ho celui-là, il n'arrêtait pas de lire. Il l'a lu des dizaines de fois.

Le héros porte ton nom hébraïque dans ce livre. Du Sahara à l'Exposition Universelle en 1900. De Crémieux à Dreyfus, du Sahara à Tunis, en passant par Istambul, c'est la saga d'un juif du Maghreb amoureux de la France, de sa femme aux yeux vairons, de leurs fils et de leurs filles. En 1852, un vent glacial souffle sur Constantine, dressée sur son rocher et cernée par l'abîme.

Celui-là, il l'a acheté quand tu t'es mariée.

Un mariage mixte qui tourne au cauchemar, un enfant en est issu, qui n'attirera que le malheur, qui se reniera. L'écrivain t'a fait une dédicace.

"Tous les mariages mixtes ne se terminent pas aussi dramatiquement". J'imagine difficilement que tu puisses avoir fait des confidences à un écrivain, à la FNAC, demandé une dédicace.

Lorsqu'on perd quelqu'un, et que l'on apprend des choses surprenantes sur lui, quelques années plus tard; un abîme se dresse, pendant qu'une montagne s'écroule. C'est le perdre encore davantage,  le découvrir et avoir le sentiment de ne l'avoir que croisé.

mardi

Elle avait souri, toutes ses rides comme un soleil autour de sa bouche. Sa fille avait dit "Regarde, tu te rends compte, il paraît que nous les femmes, notre libido ne s'arrête jamais, nous pouvons faire l'amour jusqu'à quatre vingt dix ans !" Et en guise de réponse, elle avait souri, toujours cette belle ironie dans les yeux, j'aimais bien ça. J'avais l'impression de tout comprendre chez elle, une complicité immédiate, brute. Elle riait de tous les malheurs, et aussi d'elle-même, tout le temps. Je comprenais tellement ça. Elle avait souri et elle avait dit, petite voix flûtée: "Oui, c'est bien, parfait. Mais dis-moi, avec qui ?".

Je suis enfermée depuis quatre jours. J'en peux plus. J'ai parfois envie d'être dans un film, jeter deux jeans, un blouson,  sur le siège arrière de ma voiture, rouler pendant longtemps, m'arrêter devant un motel. Motel écrit de haut en bas, qui clignote faiblement dans la nuit, musique country à chier. Mais on n'est pas aux Etats Unis, et je ne suis pas dans un film, putain. Il y avait ce garçon en 5ème, plus grand que tout le monde, qui m'avait coincée dans la salle de permanence. Il terrifiait tout le monde, même les profs. Il y en avait une qui était en dépression, et elle était revenue comme pionne tellement elle était détruite par tout ce cirque. Je l'aimais pas du tout, et moi aussi, je m'allongeais sur les tables en classe, je faisais ma rebelle; je voulais l'impressionner, le grand, parce que mes bonnes notes, il s'en foutait, il aimait pas les "fayots." Alors, il m'avait coincée dans la salle de perm, ses bras drôlement puissants pour un mec de treize ans. Il avait du redoubler une douzaine de fois, c'est pas possible autrement. Il me dit comme ça :"Tu veux sortir avec moi ?". Et il m'appelle par mon nom de famille, direct. Comme les profs "Juliard, au tableau ! Durand, ton carnet ! Faure, chez le Principal ! D. tu veux sortir avec moi ?" J'ai ri, mais tellement ri. Mais c'est quoi ce plouc, je me disais et c'était parfaitement dégueulasse, c'est vrai. En même temps, ça me permettait de réfléchir, tout de même. Parce que la seule chose que je me demandais en fait, c'était de savoir s'il me suffisait del'avoir impressionné. Lui rouler des pelles et jouer au couple dans la cour de récré, ça ne m'intéressait pas du tout. Je les trouvais super ringards, les couples à 12 ans. Je dois dire que ça n'a pas beaucoup changé. Alors, j'ai rigolé, je me suis foutue de sa gueule.  Il avait raison. J'étais une sale petite fayote. Voilà tout.

Cette idée de fugue, je l'alimente un peu comme je peux. Je vois une femme laide qui rit, une dent argentée dans la bouche pareille à une citerne galvanisée. Sur la table, une carpe. J'ai garé ma voiture dans un parking. On me demande combien de temps je vais rester. J'ai besoin de monotonie, de calme et d'un enfant qui me console. La solitude m'étreint comme une femme amoureuse. Le truc chiant, écoeurant si tu ne la désires pas.  Ecrire c'est un véhicule qui trace un chemin, et à part ce motel sur une plaine qui fut cherookee, je ne veux aller nulle part.

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Photo Travelling Still

 

 

- c'est Don't explain-


Une cuisine froide. L'odeur de l'acrylique, plus couvrante que la gouache. Le papier découpé.  Carla porte plainte. La radio.  Dvorak.
Un ouvrier à casquette rénove les façades. Une affiche pour la fête des lumières.  Les complémentaires, un contraste. Mes mains sales de colle. Faire un pot au feu. Le bébé retrouvé.  Malhër.
Femme enceinte, le ventre gonflé, arrogant,  il faut marcher dans cette histoire d'universalité.  Des cris d'enfants, des voix fatiguées. Le téléphonne sonne. Trop loin.  Voilà  que dès ce soir je reprends l'amère question qui déchire.  Pourquoi pas au point où nous en sommes ?  Je veux voir l'enfer des couleurs.   Je veux entendre l'envers de l'eau.  Pourquoi pas ? En Grèce, encore. Des émeutes. Rezső Seress.
Un e mail que je me retiens de détruire. Un e mail que je me retiens d'écrire.  Balance à défaut d'équilibre. Les questions trop lourdes, un peu de fièvre, une main légère et fraîche sur le front. On échappe difficilement aux clichés. Des enseignants en résistance.  Charlie Haden.
L'heure, les bottes, le manteau, les clefs, éteindre le gaz. Plonger la tête dans le four, ouais.  Moi, mes ongles blancs, mon oppression perpétuelle, mes nerfs en nylon. Il n'y a plus  rien à sauver. Cause perdue, et je perds, en connaissance de cause, en connaissance de perte.   J'aime pas qui je deviens. "Tu me manques comme personne."

Et Nina Simone.

le jeudi c'est poèsie.**

Les respirations bruyantes, brusques, coincées dans le diaphragme contracté des crises de larmes des instruments à quatre cordes frottées à l'archet, posés entre l'épaule et le menton. A la saison qui succède l'été et précède l'hiver blessent mon organe central de l'appareil circulatoire,

Et le laissent dans l'état d'un malade dont les forces diminuent lentement.

T'as embrassé l'aube des tétés. Rien ne bougeait trop fort. *

Je crie au was-asshole blond qui s'echevèle, le galopin: aux fils argentés, je reconnus ton slip.

"Je crie au wass-asshole blond qui s'echevèle à travers le galopin  : aux fils argentés, je reconnus ton slip." (hahaha)

La rage grossit ma chair et me fera éclater la peau. Je ne renifle que des notes à écorces. Je n'ai jamais trouvé de mots aussi prenants que ta gueule.

Aussi tendres que nos copulations

Alors un jour,

 

 

 

j'écrabouillerai mon blog.

 

 

Olé.

Arim Thurbaub.***

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*J'ai honte.

** Ha ben non, on est vendredi. Mais J'ai bu. J'ai fêté un truc.

*** Ouais. Moi aussi, j'ai arrêté d'écrire à vingt ans.

J'avais peur qu'on m'ampute.


 

 

 

 

 

 

___

 

Abscisse Sterick's Blues (des fois, le dimanche, j'écris des chansons)

Quand il me dit Je t'aime, j'ai peur qu'il se soit trompé / je me demande qui j'ai supplanté.

Quand je lui dis Je t'aime, j'ai l'impression de l'emmerder / je ne suis jamais rassurée.

Quand mon fils a un hématome, j'appelle Léon Schwartzenberg / c'est la faute à ma juiveté.

Quand je dis "Oh Mon Dieu", c'est mon père que je m'vois prier / je crois qu' j' suis suroedipée.

Je pense toujours que je vais perdre

Alors que j'ai rien à gagner / j'ai bien du mal à me castrer.

J'pense toujours qu'on va plus m'aimer/ et quand on m'aime

je me fais chier.

Mais  c'est parce queeeee

Mais c'est à cauuuuuuse

C'est la faute à Antigone, un peu celle de la couche d'Oz- hommes, ce serait pas la faute à ma mère ?

Ou bien celle à la société

qui comme moi, manque d'humanité ?

 

Quand on me dit  "t'es bourrée de charme," je crois que j'ai trop picolé. / Les compliments, j'y crois jamais.

Quand on me dit" t'es bien tankée", je crois qu'la guerre est déclarée.  / J'ai les signifiants déchirés.

Quand on me dit "Du bon travail!", j'me sens coupable, ça me mitraille / J'ai un égo surmoïqué.

Quand on me dit "T'es occupée ?" j'ai envie de m'évaporer /J'ai un problème d'identité.

Mais c'est paaaaaarce que

Mais c'est à cauuuuuuse

C'est la faute de l'Amazone, un peu celle de ma dead zone, ce serait pas la faute à mon chien ?

Ou bien celle de la société

qui comme moi manque d'humilité.

 

J'ai un noeud sous le coeur, au dessus du ventre, j'arrive pas à dénouer/ Je suis un genre d'irradiée.

Y en a qu'ont des problèmes de thunes ou des soucis de profession.

Y en a qu'ont des obsessions ou des ennuis avec Gaston /Moi nooooon.

J'ai l'angoisse d'anticipation ,la névrose de l'excitation, la dépression de l'ambition

la souffrance des reminiscences, je dis tout le temps comme je pense  / je suis mutique de la pensée.

Je crois tout le temps que je suis folle. J'attends qu'on me réveille d'un taquet / Les baisers ça n'a pas marché.

A part l'amour, je sais rien faire.

Je suis un genre de dessous-douée.

 

Mais c'est paaaaaarce que

Mais c'est à cauuuuuuuse

du deuxième topique de ta mère, de Myrrha qui aime trop son pater,

du refoulement du train-arrière, ce serait pas la faute à la droite ?

Ou bien de la défaite de ta race ? Des phénomènes refoulés ? des colères toutes avortées ?

des besoins mal identifiés ?

lalalalalala

lalalallalère

Tout ça pour dire; c'est pas ma faute, c'est pas ma faute, c'est la faute ààAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

(solo électrique)

 

 

 

826e66333a2c93842930a65ecffe3308.jpg(j'avais composé  -dans ma tête- une musique qui déchirait sa race, on aurait dit Marie Paule Belle qui chante Brassens/ mais j'ai pas pu l'enregistrer

-ma tête-)

 

 

 

 

 

 

 

En même temps, j'aurais pu secouer ma crinière en tapant de la fesse sur un tabouret  en faisant genre je joue d'un piano devasté plein de miasmes , en piaillant Alloooo le monde ? Est-ce que tout va bien ? Allo le monde? Je n'y comprends plus rien AllOOO le monde...Eût-ce été mieux ? Oncques ne le saurons puisque commentaires castrons.


 

 

Circle

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J'ai rien à dire. J'ai acheté des timbres, vingt-deux. Pour envoyer mon RIB un peu partout. Je change d'établissement bancaire. Je choisis un truc coopératif. Je fais d'une pierre deux coups. Je suis une opposante au capitalisme et je sauve la Poste.(rire enregistré) Je me gare toujours à la même place sur le parking du supermarché, et je suis copine avec la caissière de 10 h 30. Elle se maquille vraiment mal, du vert foncé et du vert clair, du rouge rose, mais elle est absolument charmante, elle est lumineuse, une peau ...on dirait qu'elle a de l'or dessous. J'échangerais volontiers sa peau contre ...Qu'est-ce que je pourrais lui filer qu'elle n'a pas ?

Passons.

J'ai rangé tous mes couverts, j'ai mis les cuillères avec les cuillères, les couteaux avec les couteaux, les fourchettes avec les fourchettse, et à gauche, les louches, les grands couteaux, le presse-aïl, l'ouvre-boîte. C'était beau. Mon fils est rentré; il a dit "Je trouve rien dans ce tiroir". J'ai dit "Non, mais les ciseaux, je les ai rangés ailleurs, ils n'ont rien à faire dans un tiroir de cuisine, je les ai rangés ailleurs et à l'avenir je te prie de respecter ..." "Mais tu les as mis où ?" a-t-il dit, car il est pragmatique. J'ai répondu" Ha Ha devine, c'est la chasse au trésor !", car j'étais affolée. Il m'a dit "Tu te rappelles plus, hein, c'est ça ?".

Passons.

Ma meilleure amie quand j'avais seize ans m'a retrouvée. Elle est mariée et a deux enfants. Et toi ? Elle voyage beaucoup. Et toi ? Elle est ingénieur-géologue, mais là, elle travaille dans les cosmétiques. Et toi ? Elle a exactement la même voix qu'à 16 ans. Elle m'a dit "Tu as exactement la même voix !" Du coup, je n'avais plus rien à dire. J'avais peur, peur des questions. C'était l'Inquisition dans ma tête. J'avais peur qu'elle me demande des nouvelles de mon père.

Passons.

En conclusion, je dirais que chacun espère toujours être lu entre les lignes, qu'on lui révèle ce qu'il ne sait pas avoir dit. On espère toujours quelqu'un qui nous dévoile mieux que les autres. Pourtant, je ne suis pas certaine qu'à poil, je vaille beaucoup mieux que masquée. Je n'ai jamais aimé danser. Je n'ai jamais réussi à séparer l'amour de la franchise. Même quand je me tais, rationnelle et pondérée, ça fait des noeuds de refoulés qui finissent par me molester. C'est mon eau changée en sang, ma pluie de grenouilles, ma parasitose, ma tsétséose, ma grippe aviaire, mon ulcère, ma grêle à moi. Je suis l'Egypte ravagée par mes propres plaies. Oh yeah.

Allons, passe, passe, passe, allons passe donc.

(lheaul)

 

 

 

 

 

 

"Our lady of the shooting stars"

Il pleut et maintenant, j'ai un parapluie. J'ai beaucoup changé, qu'ils disent.  J'ai des draps noirs aussi. Je trouve ça classe. C'est juste morbide, il a dit.  Je fais des chignons, parfois. Tout s'écroule assez rapidement, ça fait cling cling par terre, les épingles. Je pense toujours à cette scène dans Zola quand Nana secoue ses cheveux au-dessus d'une bassine, pour faire tomber plus vite ses épingles, pressée de retrouver un amant, dans une avalanche de boucles et de parfum. J'ai toujours trouvé cette scène érotique au plus haut point,  délicieusement scandaleuse et réaliste. Le summun de la finesse et de l'évocation, qui suggère sans rien montrer, et bla et bla.  Bon, j'avais huit ans et demi, aussi. Je ne crois pas représenter le summum de l'érotisme lorsque mes épingles sautent de mon chignon pour faire cling cling par terre, à la sécurité sociale. Ca fait juste des mèches qui s'effondrent une à une  mais restent stupidement en l'air, un moment.  Je crois que j'ai juste l'air  de ne même pas valoir l'Oréal, comme meuf.  Après la pluie, sans déconner, j'ai vu un arc-en-ciel. Je ne dis pas ça parce que j'ai un blog, hein. J'en ai vraiment vu un. J'ai pensé à Isaac Newton, le prisme qui prouve l'existence de la radiation lumineuse, la couleur, tout ça, et, de lien en lien, j'ai enfin compris le système des filtres en photographie. J'aime bien " gélatine bleue." Pour m'en souvenir je pense à  de la confiture de schtroumpf.  Je suis calme, très calme. Parfois, j'ai l'impression d'un sac vide derrière ma tête qui enfle, enfle, à la manière toute poétique d'une gorge de crapaud, et j'ai peur que tout éclate, que tout se bouleverse là-dedans, que je perde tous mes repères, le contrôle, le langage, et  le code de ma carte bancaire. J'ai peur qu'on me retrouve toute nue dans un aéroport, la tête droite et le regard vide, criant que je m'appelle Adèle Hugo,   griffant mes joues  Il parait que la peur de devenir fou, liée à la phobie d'impulsion est caractéristique des états-limites, borderline, mais il paraît que les états-limites, c'est une grosse connerie aussi, que l'a-structure, ça n'existe pas. Je serais une hystérique, comme tout le monde que ça m'étonnerait pas. Enfin, je ne sais pas trop de quoi c'est le symptôme à dire vrai, mais je peux juste dire que ça me terrifie. Je pense qu'à chaque crise, je perds mille calories, à peu près. On s'étonne que je baffre comme dix -huit et que je ne grossisse pas. On subodore, j'en suis sûre, que je me purge, que je me fais raquer après les lasagnes , que je fais ma star américaine dans les toilettes pour rentrer dans mon 36 ou que je mange des amphétamines à chaque repas. Ben non, je me tape des crises d'angoisse, c'est tout.

 

photomaton

Hier, j'ai nettoyé partout, les vieilles choses à jeter qui ne m'appartiennent plus, parce que je ne les regarde plus.  Et cette fois, c'est un  cadre avec nos têtes si jeunes , une grande photomaton, "Un portrait grand format pour un euro de plus" je suis sur tes genoux, alors j'ai l'air plus grande que toi. Un miracle. Je me souviens (Je me souviens de tout ! C'est épuisant, ma mémoire) de ce jour-là et de ma robe, on était allé faire des photos d'identité pour toi.  Un truc sérieux, officiel, parce que tu as une cravate.  Et ensuite, j'avais eu cette idée qu'on ait une photomaton grand format pour un euro de plus,  nos deux tronches de ravis de la crèche d'aller faire des photomaton pour un cv. Quelle aventure ! et comme on était grands, et radieux, et débiles,  la main dans la main à se donner des moiteurs. De temps en temps tu serres un peu plus fort et je réponds, et ça devient un jeu : je serre, tu serres, cinq, six fois. Un de nous deux arrête de serrer, et l'autre sait bien que ce n'est pas grave, mais il est desespéré. Ca dure deux minutes , mais c'est terrible quand ça ne répond plus.  Nous deux  à Auchan, pendant que les autres s'engueulaient autour d'un caddie, pour des choses pathétiques. Et on regarde et on ne se dit rien, on écarquille un peu les yeux devant le drame ordinaire dans lequel nous deux, jamais, tu rigoles.  Ni supérieur, ni inférieur, juste inégal. Tant mieux.

Il y a une conférence sur le deuil du premier amour, une autre sur le rire par delà Freud et Bergson, une sur la jouissance sexuelle, les secrets du "rapport".   Non, mais franchement. Il a neigé ce matin pas loin. Je ne sais pas ce que c'est une couleur rabattue. (je m'en fous) J'ai rêvé que je me faisais culbuter par ce type que je croise chaque matin, qui fait celui qui meurt d'amour quand il m'aperçoit. Il se fout de ma gueule ou quoi ? Je l'ai croisé ce matin. Fais pas ton mariole, c'était nul. J'ai dit (dans ma tête.)

Tu tires un peu la tête à cause de mon envie un peu bête de nous tirer le portrait dans cette cabine photomaton. Tu te fermes, un peu. Mais je m'en fous. Mon amour est bien plus fort que tes humeurs. Ma joie de t'aimer efface tout ce que je trouve difficile, cette façon de te fermer, souvent. Si je t’aime, c’est que tu es aimable.  Mon amour dit quelque chose de toi que peut-être toi-même ne connais pas. Qui n'existe pas. Ca, bien sûr, je ne l'ai compris qu'après. Tu me dis, toi, que je ne parle jamais de rien, que ça a l'air de me fatiguer de débattre, que je demande trop. Je dis trop de quoi ? Tu dis "Je sais pas, c'est immense tout ce que tu demandes." Je hausse les épaules. Je dis sois généreux alors, tu adores donner. Tu donnes quinze euros au sdf qui campe sur le chemin du canal,  tu peux bien me donner ce que je ne sais même pas que je te demande. "Tu veux quinze euros, en plus ?" tu réponds.  On s'en fout alors... mais alors à un point de celui qui a raison, tort, le dernier mot, le droit de savoir, le recul, le dialogue, le respect du désir, le désir du respect, celui qui dit qui l'est, celui qui rappelle, celle qui fait le premier pas. On s'en tamponne joyeusement. Sur la photo, j'ai une tête naïve et ravie.  Niaise, il faut bien le dire. Des joues un peu rondes, je trouve. Toi, tu as la tête d'Albert Ingalls, c'est dingue. C'est ce jour sur le port où j'eus cette révélation.  J'avais une robe en soie fermée dans le dos par des petits boutons (l'amour naissant fait mettre des robes, toujours, c'est bête et vrai )  qui s'ouvraient tout le temps. Je me sentais mal, je sentais que les boutons se défaisaient. Et toi, tu boutonnais tranquillement chaque fois, arrêtés dans les ruelles, sur les escaliers.  La pulpe des doigts sur mes omoplates.  C'était brûlant.   Ensuite, on était allongés au soleil, pas loin des bateaux, et j'ai trouvé flagrante ta ressemblance avec Albert Ingalls. Mais tu ne connaissais pas La petite maison dans la prairie. Alors je riais toute seule, Albert, et toi tu me disais "avec ta robe  tu ressembles à une aquarelle de marie laurencin on ira où tu voudras quand tu voudras, pars devant, je te rejoins." Merde, merde, merde. Tant de rires. (L'amour agonisant efface les verbes, creuse les joues, pond des notes) Enfin bref, cette photomaton et ton regard un peu dur.  Tu n'avais pas trop aimé cette idée. Le regard des autres qui faisaient la queue pour des photomatons, qui attendaient, ça devait te gêner.  Mais ensuite, tu l'adorais cette photo. Alors, ta gueule.

Je me souviens de tout, de tout, c'est brûlant. Venir à bout de la mémoire. C'est sans doute le secret... enfin, la seule issue. J'ai même écrit une note là dessus en septembre. Le 5. J' écoutais  Sun Kil Moon. Exit does not exist. Température extérieure: 21 °C.

Lobotomisez-moi.

 

Je me souviens de tout, je me souviens aussi des supermarchés où l'on a fini par s'engueuler pour des choses pathétiques autour d'un caddie. Bien égaux.