et....
Ce n'est plus qu'une question de jours, mon grand âge. Hier c'était bien, une évidence. Sur un vieux cours où mes vingt ans ont fait les 400 coups, et des filles. Des rires, des silences, et c'est tout. Des petites mains qui s'agrippent aux vôtres, et une petite fille qui vous coiffe comme une princesse, pouffe, radieuse et intimidée, un petit bonhomme qui vous regarde de côté, testant déjà son charme (ravageur). Et aujourd'hui c'est dimanche et j'ai du mal à supporter les nervosités qui ne sont pas les miennes. Je joue de la guitare, je tiens tous les accords de letter to hermione, l'enchaînement n'a rien de poussif, tout coule de source, (je m'aime), mais ma main droite est définitivement d'obédience nazie. J'ai reçu une musique compatible à l'indie rock pour élever les enfants. Je la garde précieusement , à distiller lentement. J'ai reçu des messages de très loin pour me dire du très bon. J'ai comme changé de perspective, toujours assise sur mon bord de monde, mais les muscles moins tendus, une sorte d'abandon dans la chair comme les gens qui ont été beaucoup aimés, tu sais, la tendresse de leur peau. Je reconnais leur odeur et leur inclinaison de buste, toujours. Je reconnais cette douceur quand je palpe mes avant -bras et je suis stupéfaite. Je suis au bord d'être heureuse et c'est aussi bien, et aussi effrayant que je l'avais imaginé.
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des fois....
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Et après tout, Albert a réécrit dix fois le même bouquin, conscient de ressasser, il le dit tout le temps. Je l'ai déjà dit et je le redis. Il faut que les autres comprennent, vois-tu. Il faut le dire et le répéter que l'amour du prochain c'est une invention de nain humain, que ça n'existe pas, et que c'est bien dommage mais on va pas y passer la nuit. Il faut le répéter que la mort arrive et qu'elle te vole tout, et que tes morts te manqueront toujours, que c'est une invention de poète niais le temps qui passe et qui efface, et le souvenir de l'autre qui vit en toi, mon cul, c'est juste parce que ça rime, je suppose.
Et puis, il faut le répéter encore le non-sens de tout ça, l'insensé, l'absence même d'une quelconque direction dans tout ce qui nous agite, pathétique et vain. Il faut le dire et le répéter encore que notre âme, c'est carrément de l'humour de comique troupier; mon âme c'est mon corps qui jouit d'un vin, ou d'un autre. Point barre. Et pas de musique qui te l'élève, et des écrivains de la Pléiade que forcément, tu as mieux compris que les autres, et tralala. C'est juste un profond amour de soi, une observation de nous-mêmes qui confine à l'onanisme, et c'est tout. J'écoute ça, regarde comme je suis zoriginal, entends comme j'entends bien ce qui doit s'entendre, l'air de pas y toucher, et j'ai vu ce film là, profondément chiant pour un ouvrier, ou un clandestin, auquel ils ne comprendraient strictement rien, assurément, avec ces gros plans de fronts genre je fais du cinéma soviétique, pendant douze travellings, et docufiction's touch, mais qui est censé les comprendre, les défendre et même,-rions- les aimer, dans une vanité égocentrée, un prétexte fallacieux d'amour du prochain qui n'est rien d'autre que l'amour de sa propre gentillesse et la stupéfaction devant son inutile bonté...et tu sais, je l'ai vu ,ce film, et je l'ai aimé, et j'ai applaudi le réalisateur, qui est venu nous expliquer au cas où on aurait mal compris, pour nous expliquer à quel point c'est important ce qu'il fait, pour bien nous dire, modestement, convaincu de sa modestie, ce fat, à quel point il était supérieur, et j'ai applaudi, si si, fière d'avoir compris avant trois malheureux spectateurs pourquoi le choix de Reszo Seress et j'ai même dit que c'était formidable.
Et puis, il faut le dire encore et encore que dieu nous manque, et que merde, il pourrait filer une preuve, là tout de suite, que c'est à lui de nous convaincre, pas à nous de parier. Et puis le dire, le rabâcher, et le répéter encore que derrière toutes les passions et leurs nobles naissances, se cachent de misérables raisons, d' écoeurantes causes, et que lorsqu'elle revit, et qu'on s'en émerveille, pauvres abrutis, ce n'est que par pathétique jalousie, lugubre bestialité. Dire que derrière les belles et majestueuses amitiés, se terrent de splendides mesquineries, d'absurdes batailles de pouvoirs, que derrière cet intérêt qu'on te porte on espère toujours te tirer quelque chose, et te tirer aussi, mais il faut mettre les formes et ce n'est pas pour t'amadouer, c'est juste pour se faire croire qu'on bande aussi de l'âme, parce que c'est plus joli judéo chrétiennement parlant, et que ça excuse; le dire que personne n'aime personne si l'autre ne l'aime plus, ou lui dit qu'il peut vivre sans lui, ce qui, je te jure, est toujours possible, et je dis que ceci est la preuve, s'il en fallait encore une, que les affects humains si bellement chantés par les poètes, si justes et vrais et profonds, et éternels, ne sont que des mots, pour ne pas dire de la merde.
Je dis que le désamour commence lorsque monsieur va chercher de la crème anti-hémorroïdaire pour la fraîche épouse accouchée; car vois tu, monsieur, pour éprouver tous ces élans magnifiques et glorieux, il lui faut sa juste dose de chair, ni plus ni moins. Le désamour commence lorsque tu sais exactement comment te tendre et contracter ton périnée sous lui pour atteindre l'orgasme, et tu le fais de plus en plus vite pour pouvoir dormir plus longtemps, parce que pour que ton coeur embrasse l'aube d'été et empathe joliment et autres inepties impossibles et incroyables, il te faut tes huit heures de sommeil, pas plus ni moins. Et chaque fois que tu aimes et que tu le dis, et qu'innocent, tu crois ainsi faire partie de la communauté humaine, l'aimé te méprise un peu, et même tu le dégoûtes. Ha, oui, et il faut aussi qu'on le répète, et qu'on le redise que l'ironie et le cynisme ne sont que mon pauvre moyen de me le redire et de me le répéter pour pas oublier, et surtout ne pas me réjouir trop longtemps d'être de celles qui ont compris le choix du cinéaste, et d'avoir ovinement applaudi, espérant faire partie de la communauté humaine; me le redire et me le répéter. Parce que lorsque j'écris ça, je n'accuse personne, je me regarde, c'est tout.
My friend Goo
Bon, j'ai le coeur regonflé à défaut de l'égo, et je reste polie. J'ai l'idée d'une correspondance où on fera bien semblant de parler d'autre chose que de nous. Ce sera mieux que des nourritures spirituelles, ou des lasagnes. Plus nourrissants. Je compte sur toi pour la mécanique quantique et la relativité du relatif, d'accord ? Je hocherai la tête parce que je comprends vite, mais pas longtemps. C'est comme d'emporter un peu de terre de son pays, quand on se sent appartenir à un endroit, quand on n'est pas un errant sémite, c'est comme toucher la racine (touch me la racine, brot'er), de rencontrer son grand frère, ou quelque chose comme ça, un cousin éloigné qu'on n'a jamais vu et qui , bingo, a le même pif que toi, le même sourire, la même connexion de synapses, ça me fait comme ça de te parler, c'est être juif, ou bossu, ensemble sans se prendre la tête avec Dieu, c'est rire de soi sans que l'autre nous soupçonne de nous sous-estimer. J'ai toujours cherché un ami, avec qui ne pas parler, qui écouterait vraiment mes chansons. J'ai toujours le mal du pays, mais je ne sais jamais lequel.
(Là-bas nous saurons bien nous cacher, disparaître,
Engloutis dans le vide liséré de la lune,
Ressentant que cela qui fait notre substance
En d'autres temps était musique)
(tadam)
J'ai toujours cherché quelqu'un qui me donne envie de le connaître aussi. Je t'avoue que je ne suis pas curieuse des gens, leurs secrets, leurs habitudes, je m'en fous. Quand ils se congratulent sur leurs blogs, ou se donnent des nouvelles de leurs hémorroïdes, ou se disent bravo, ho non toi +, non, non toiiii, moi pareil....! j'ai envie de leur crier "Envoyez vous des mails ! "Mais toi, j'aime bien ta vie, je suis curieuse de tes objets, de tes guitares, de ta boulangerie, de ce que tu penses de Soan dans nouvelle star. Ca me donne des idées pour bien vivre, ça me donne des idées pour m'appuyer, ou bien, le plus souvent, ça me donne aucune idée mais ça me fait bien plaisir.
-Alors aujourd'hui pour ton père (et aussi pour le mien), je vais réciter un kaddish....
-ça sert à rien. Moi, je suis juive que parce qu'on me le rappelle, en fait. Juif, c'est pas croire en dieu, de toutes façons. Pour tout te dire, juive, j'ai envie d'arrêter.
-ça ne sert à rien, c'est pour ça que je vais le faire...
(...pour le kaddish, normalement il faut être dix hommes, on va dire que j'en vaux dix.)"
-...
-voilà, c'est fait, même si je suis pas sûr que la version que j'ai lue soit la bonne, elle m'a semblé étrangement courte par rapport à mes souvenirs..
je me suis mis face à la porte fenêtre et j'ai lu en prononciation phonétique..
j'ai pleuré aussi, parce que je pensais à ce que ressent un enfant pour son père et aussi parce je pensais à ce que je ressens aussi un père (genre moi) pour son fils....
..
et puis j'ai reculé d'un pas pour laisser passer l'oxygène frais qui séche les larmes et parce que pleurer, ça va un temps...
maintenant, je souris à la vie..
hop...
- ok, moi pareil mais +.
- Je te le dis, on finira dans un kibboutz.
Je touche là où je touche, non là où je pense.
Je ne peux m’asseoir que là où je suis.
Et cela me fait rire comme toutes les vérités absolument véritables,
Mais ce qui fait rire pour de bon c’est que nous autres nous pensons toujours à autre chose
Et sommes en vadrouille loin d’un corps.
(tadam)
Worst Case Scenario
Après l'herbe, la julienne de légumes du développement durable. J'écris l'aléatoire dans mon magasin d'écriture. Où est donc la joie du rohypnol après la cocaïne ? Hein ? La pluie crachotte comme un vieux spray antiseptique. Je ne sais pas quel substantif coller à ce qui me ronge. Il n'y aura pas de suite à notre usage percutané. Des volutes bleues s'échappent des négations. Application périmée. A toi la nouveauté. Après toi, le déluge. La bêtise brille comme un merdique zirconia. Les diamants sont mortels, connard.
Itération du groupe nominal (ad libidum)Itération du groupe nominal (ad libidum)Itération du groupe nominal
Ho ça devrait passer, cet élan-là, comme les autres devenir un dégoût, et couvrir ta bouche avec ma main, ou plus. Pour t'empêcher le cri, pour retenir la gerbe. Je voudrais une étreinte sous cocaïne, là. Avec la dispute , classique, avant, et le manque de sommeil obligatoire, après. Nous assommer au rohypnol. Chuter. Les sommeils qui ressemblent à l'oubli de la mort et bla et bla...
Il y avait cette musique pourrie dans le restaurant, et le serveur gêné, un peu de cette daube. Je sais pas ce qu'ils nous ont mis, là. Il a dit. Il avait envie de nous montrer qu'il la connaissait la musique, que c'était un accident, son service dans ce restaurant, sa présence ici. Genre mais qu'est ce que je fous là, moi ? Je suis un surfeur californien, where is my surf ? Where is la vague ? Je trouvais ça flatteur qu'un gamin ait envie de nous impressionner, parce que je nous trouvais pas impressionnantes, pas du tout. Le problème c'est que je suis plus du tout impressionnable, non plus. Avec de la cocaïne peut-être ? Il tournait autour de la table m'a apporté mon immonde tiramisu glacé. Je vais te lacérer le cou, je vais te cisailler l'aorte, je vais t'é-coeurer, mon amour.
Cette ville me sort par tous les pores, en petites suées limites nausée. Il y a beaucoup d'hommes seuls et desespérés de leur solitude. Ca se voit à leur regard avide devant n'importe quels nouveaux seins. Je me demande toujours quand est-ce que leur dernière femme est partie, a claqué la porte, après combien de concessions, d'espoirs piétinés, de communications variées après minuit ? Et eux, qui ne comprenaient pas l'abandon de la salope égoïste, le départ de la tarée hystérique, après tout ce qu'ils avaient donné, tu sais, ...leur humeur de merde, leur demi molle du dimanche matin, leur colère ridicule quand ils sont incapables de monter une étagère ikea, leur ambition de devenir sous-chef à la place du vizir...
Combien nous cessons de les aimer par gros morceaux,jusqu'à nous vider de notre substance, jusqu'à nous lacérer le cou, jusqu'à nous cisailler l'aorte, jusqu'à l'é-coeurement, jusqu'au rohypnol qui fait le sommeil du mort bien au froid dans l'oubli, jusqu'à claquer la porte et eux, derrière la porte, tout assommés, avec leur putain de pathétique incompréhension, leur silence-grandeur d'âme parce qu'on a emporté les disques qui traînaient faute d'étagère ikéa.
Après l'herbe, la julienne. J'écris l'aléatoire dans "écriture". Où est donc la joie ? Hein ? La pluie crachotte comme un vieux spray . Je ne sais pas quel substantif . Il n'y aura pas de suite . Des volutes bleues s'échappent . Application périmée. A toi. Après toi. connard.
Itération du groupe nominal (ad libidum)Itération du groupe nominal (ad libidum)Itération etc...
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Et de trois
Trois ans. C'est une date, et ce ne sont que des mots. Trois ans comme une seule journée à peine étirée qui grince comme une corde .
Trois ans, cela me fait juste dire que la vie passe vite depuis que tu n'es plus dedans. Le temps éphéméride comme un cache misère, les phrases impeccables. J'attendais que les mots me manquent pour que le reste suive, et il n'y a pas de reste.
Il y a juste le grand creux, la taille dure et les coups de burin , les chocs d'une surprise sans joie , toujours pareillement renouvelée, devant ton absence ici ou là. On s'habitue à tout et tout s'émousse toujours doucement, il y a même une patine douce dans les habitudes, une usure qui rassure dans les grands chagrins.
Mais ça, je m'y habitue pas. Je dois dire que je refuse souvent qu'on me rappelle que ça fait trois ans, que c'est fini, qu'on s'habitue, que ça passe, avec le temps, le temps avec qui tout s'en va, le coeur quand ça bat plus c'est pas la peine et tralala, j'aime pas trop qu'on me rappelle la vie qui continue, comme s'il y avait de quoi se réjouir.
Tu t'en vas, tu n'en finis pas de partir, et la vie est maintenant plus rapide: Je ne cherche pas l'usure du chagrin, et la consolation devant le ravage.
Je vais te raconter un souvenir d'enfance, comme dans les livres, un souvenir d'enfance de prolo. Il y a quelque chose de déchirant pour ceux qui aiment bien mon pathos, mais bon, je rigolerai toujours de ma misère. Il faut ne pas savoir que toujours, dans les pires des moments, il y avait l'absurde qui nous sautait aux yeux, et qui nous faisait rire, soudain spectateurs de nous -mêmes et inlassablement bon public. C'est papa qui a travaillé des mois durant dans cet hôtel de montagne à faire le parquet brossé et l'escalier en colimaçon truc, le chalet. Et le patron est tellement content de cet ouvrier-là qu'il propose un séjour quasi-gratuit pour lui et sa petite famille dans cet hôtel. Nous faisons nos bagages, nous sommes tous les cinq dans la Renault, la grande soeur avec cet air toujours si grave, le petit frère et ses exigences, ma mère en porcelaine chinoise, mon père -le poli brun de sa peau, moi qui perds mes barettes. C'est tôt le matin, la route est longue, la route est sinueuse; je pourrais te parler de la lenteur du ciel, du soleil qui poignarde les pins, et des Alpes qui se dessinent un peu plus loin, mais tout le monde s'en fout, surtout moi.
On arrive à l'hôtel, tôt dans l'après midi. Les valises dans le coffre, papa qui se dirige vers la réception, nous qui attendons. Tous ces enfants de cadre qui tapent gentiment dans des ballons tout neufs, les dames sur le court de tennis, les rires de ceux qui se sont déjà fait des amis, et mon père qui revient, qui dit qu'on doit repartir. Il n'y a pas de place pour des chambres gratuites, le "patron" a parlé trop vite, trop enthousiaste devant le travail bien fait, il est désolé et il rappellera, et mon père qui nous regarde, ma mère qui pince les narines. On rentre chez nous. On n'est même pas sortis de la voiture.
Et l'immense fou rire en reprenant la route, l'idée de la tête des voisins si curieux de nous voir partir en vacances ce matin, et de retour ce soir. Et ma mère qui rigole, un peu, et puis de plus en plus. Et mon père encore jeune qui allume une cigarette et qui nous demande "Ca vous a plu les vacances les enfants ?" et nous petits hilares, qui chantons que c'était merveilleux mais qu'on est content de rentrer quand même. Et il rit, son rire un peu aigu qui finit toujours par une quinte de toux. C'est pas la famille Ricoré qui rigole parce que papa a fait tomber des céréales en préparant le petit déjeuner, le grand coquin, ha non. Il n'y a pas de soleil qui poignarde les pins dans la lenteur du ciel, etc etc... mais c'était un bon moment. Un de nos meilleurs.
C'est peut-être comme ça qu'on se forge une colonne vertébrale pour ricaner dans les tempêtes, pas trop plier. Il y a ce test de Roscharch, les coulures d'encre qui te font penser à un papillon ou à un ventre ecartelé, c'est selon. Les notes c'est ça, chacun s'y raconte sa propre histoire, du papillon blessé à la deflagration de viscères: ça me va. (je m'en fous) Mais qu'on ne vienne pas me raconter la mienne, voilà.
Le temps qui passe a quelque chose à effacer, mais moi, je tiens à toutes nos ratures.

ben, je ne t'aime pas, moi non plus.
Neue wache et je ne sais dire que ya. Ils parlent tous un meilleur anglais que moi. Je pensais que ce serait plus gris, plus austère. Je pensais que les rues gardaient des traces, j’ignorais combien j’avais de mémoire.
Rotes Rathaus et je n’ai rien à te dire. Nous parlons de Carla Bruni. Je suis effarée qu’on lui fasse un procès parce qu’elle a beaucoup baisé. Je dis des trucs non-consensuels, limite droite populaire libérée, et je penserai le contraire demain. Si j’avais de grandes idées arrêtées, si j’avais des certitudes et des jugements définitifs, je serais peut-être écrivain. Je m’octroie le droit de changer d’avis au cours même d’une conversation. Tout ce que je sais c'est l'inutilité de convaincre, la vanité d'échanger. C'est le principe talmudique, la contradiction pour changer de point de vue. Je ne suis jamais sûre de mes paroles, ou bien pas longtemps. Tout ce dont je suis sûre, c'est socratique en fait :Je sais que dalle.
La nouvelle synagogue, et je ne peux pas m’empêcher de tout voir en noir et blanc, comme un reportage sur Planète, ces visages rieurs plein de bonne santé qui lèvent des bras en rythme, un vieux film qui bouge avec des fils blancs.
Ce n'est pas parce que t'es pas là que je ne te vois pas partout.
Peut-être que c'est un effet de lumière
Peut-être.
C’est à Kreutzberg que l’air circule un peu mieux dans ma poitrine, près de Postdamer Platz que je ferais le mieux semblant de respirer. Les jeunes sont pareils qu’ailleurs. Everywhere I go my giant goes with me, la musique trop électro dans les bars, cette musique qui fait plus de bien à ceux qui la font qu’à ceux qui la reçoivent. Je pensais que j’aurais plus froid. Je pensais que ce serait moins vert. L’hôtel a des murs violine et la femme de ménage me dit qu’elle rêve d’aller à Paris. Il y a des rues très...heu... européennes. A côté du Mur je pense à Christiane F la petite toxico pute: est-ce qu’elle est morte maintenant ? Je me souviens de mes vacances à LLoret del Mar, et le silence grave des petits hambourgeois pourtant complètement beurrés, leur tête baissée de coupable contrit alors qu’ils nous avaient entraînées là pour mieux te sauter mon enfant. J’avais juste dit que ma mère avait vécu à Tel Aviv… j’avais juste dit ça.
It's not the four inch, heels she wears / It's not her baby fine blond hair / It's more the desert in her stare...Je fredonne ça, pour me faire croire à mon audace. J'avoue ne pas bien comprendre l'espèce de désir enfantin, la sorte d'impulsion de rendre quelque chose, genre un oeil pour six millions de paires. Ma race de talion ? "Vis bien, c'est la meilleure des vengeances." (Talmud page 4789561)
Il y a la rue de cet hôtel où je m’étonne que les enfants soient si sages, et si blonds. Un cliché aryen de ma gueule de météque. J’ai des idées bien arrêtées, des jugements définitifs, de solides certitudes, pendant que j’arpente je sais plus quelle Straße qui ressemble à une calle voire une street si on cherche bien.
Je dis "Nous sommes tous des juifs allemands. Et moi encore plus.»
Et ça me fait plaisir que tu rigoles. J’aime bien qu’on fasse semblant de me comprendre.
A love song
Comme ce fut réèl, cette après-midi. J'avais oublié le tangible des paumes. Depuis longtemps, je ne sentais plus rien. Nous avons épuisé notre courte flamme depuis les bords jusqu'au centre. Nous n'avons même pas gardé de musique. Pas de salamalecs, aucune posture. Et je suis restée seule à me débattre avec la robe étroite de ma voix , voulu dire des mots imprécis qui auraient tout gâché. Dieu merci nous n'avions rien à nous dire. C'est un faux numéro que je t'ai donné. Je voudrais que les choses soient parfaites, toujours, alors je les piétine avant de les laisser nous broyer
Avril, ne te viande pas de ton fil
(pour Abraham)

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nobody knows but Jesus
Petite, je voulais croire à Jésus Christ, j'avais mis un autocollant , une image pieuse derrière les double rideaux . (J'étais juive, c'est pour ça.) J'avais cru comprendre que ça se faisait pas chez nous, alors c'était ma cachette. Je voulais pas vexer mes parents qui l'auraient mal pris tout mécréants qu'ils soient. Mais c'était plus facile pour moi de croire en Jésus qu'en un dieu dont on ne me parlait pas. J'avais une copine qui faisait le catéchisme, avec une fine croix d'or sur son cou blanc, une blonde aux yeux purs, très croyante, tendance tout le monde fait comme il veut mais perso j'aime pas trop les juifs, qui sont riches et radins, les noirs qui sont noirs, et les arabes alors là, ça me fait un peu vomir. Elle était vraiment offusquée que je sois pas baptisée, tendance pauvre fille la main de Djézus à toi elle t'a pas touchée, nananère. Je brûlais de lui dire que moi j'étais Elue, bisque bisque rage, mais j'osais pas. J'ai toujours trouvé ça super prétentieux quand même,ce coup de peuple élu au suffrage individuel de dieu. Elle me parlait de Jesus Christ, sa vie son oeuvre, elle m'emmenait à l'église; les cierges, l'hostie, les peintures, les communions, les chants en latin, les mendiants à la sortie, je trouvais ça joli comme la petite maison dans la prairie, sauf que chez les Ingalls, c'est un Révérend, mais j'allais pas chipoter. La synagogue, moi je ne l'avais vue qu'une fois, et il y avait tant de bruit dedans, tant de prières psalmodiées, si peu d'images, et trop de Loi...Alors, cette pauvre conne blonde avait décidé de me convertir, elle se prenait pour Saül de Tarse, un peu. Elle m'a filé un auto-collant de Jésus Christ, et j'allais le reluquer en cachette derrière les double rideaux. Elle me demandait aussi si je me touchais là où c'était interdit, la missionnaire, mais là, j'avais su quoi répondre, j'avais dit: "C'est même pas interdit, on a le droit de le faire, je te signale. C'est écrit dans OK Magazine."
Alors, j'aimais bien Jésus Christ, sa maigreur, son sang séché, sa tête de martyr, son paréo hippie, et surtout cette idée que je pouvais tout lui confier dans ma tête derrière les double rideaux sans dire des prières qu'il fallait connaître par coeur, ca me plaisait bien. Cette période de Christianisme intense et secret, tendance soeur Léonella, a duré quelques semaines, et puis j'ai déchiré Jésus Christ de la tapisserie à rosaces. J'avais découvert James Dean, sa maigreur, son rictus de teddy boy, sa tête de bissexuel, son blue jean: ça me plaisait. A mort. J'avais fait un journal, chaque page commençait par "Cher Jimmy," et se terminait par " A demain pour de nouvelles mésaventures"...Et puis je me rappelle , un jour, j'étais allongée sur mon lit, j'écrivais dans mon journal à Jimmy que je voulais acheter une plantation dans le sud de la Caroline et rencontrer le leader d'un Punk band, comme ça, je cultiverais le tabac (camel gratoss !!) et il offenserait la Nation. Ce serait le bonheur. Et mon père est rentré dans la chambre, il m'a dit "T'écris encore à James dean..." et j'ai fait "ghmmmxlmmm ?!?" et il m'a dit :"Jésus Christ, James Dean...ma fille, pourquoi tu t'intéresses qu'à des hommes morts...?"
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