Et de trois

Trois ans. C'est une date, et ce ne sont que des mots. Trois ans comme une seule journée à peine étirée qui grince comme une corde .
Trois ans, cela me fait juste dire que la vie passe vite depuis que tu n'es plus dedans. Le temps éphéméride comme un cache misère, les phrases impeccables. J'attendais que les mots me manquent pour que le reste suive, et il n'y a pas de reste.
Il y a juste le grand creux, la taille dure et les coups de burin , les chocs d'une surprise sans joie , toujours pareillement renouvelée, devant ton absence ici ou là. On s'habitue à tout et tout s'émousse toujours doucement,  il y a même une patine douce dans les habitudes, une usure qui rassure dans les grands chagrins.

Mais ça, je m'y habitue pas. Je dois dire que je refuse souvent qu'on me rappelle que ça fait trois ans, que c'est fini, qu'on s'habitue, que ça passe, avec le temps, le temps avec qui tout s'en va, le coeur quand ça bat plus c'est pas la peine et tralala, j'aime pas trop qu'on me rappelle la vie qui continue, comme s'il y avait de quoi se réjouir.


Tu t'en vas, tu n'en finis pas de partir, et la vie est maintenant plus rapide: Je ne cherche pas l'usure du chagrin, et la consolation devant le ravage.

Je vais te raconter un souvenir d'enfance, comme dans les livres, un souvenir d'enfance de prolo. Il y a quelque chose de déchirant pour ceux qui aiment bien mon pathos, mais bon, je rigolerai toujours de ma misère. Il faut ne pas savoir que toujours, dans les pires des moments, il y avait l'absurde qui nous sautait aux yeux, et qui nous faisait rire, soudain spectateurs de nous -mêmes et inlassablement bon public. C'est papa qui a travaillé des mois durant dans cet hôtel de montagne à faire le parquet brossé et l'escalier en colimaçon truc, le chalet. Et le patron est tellement content de cet ouvrier-là qu'il propose un séjour quasi-gratuit pour lui et sa petite famille dans cet hôtel. Nous faisons nos bagages, nous sommes tous les cinq dans la Renault, la grande soeur avec cet air toujours si grave, le petit frère et ses exigences, ma mère en porcelaine chinoise, mon père -le poli brun de sa peau, moi qui perds mes barettes. C'est tôt le matin, la route est longue, la route est sinueuse; je pourrais te parler de la lenteur du ciel, du soleil qui poignarde les pins, et des Alpes qui se dessinent un peu plus loin, mais tout le monde s'en fout, surtout moi.

On arrive à l'hôtel, tôt dans l'après midi. Les valises dans le coffre, papa qui se dirige vers la réception, nous qui attendons. Tous ces enfants de cadre qui tapent gentiment dans des ballons tout neufs, les dames sur le court de tennis, les rires de ceux qui se sont déjà fait des amis, et mon père qui revient, qui dit qu'on doit repartir. Il n'y a pas de place pour des chambres gratuites, le "patron" a parlé trop vite, trop enthousiaste devant le travail bien fait, il est désolé et il rappellera, et mon père qui nous regarde, ma mère qui pince les narines. On rentre chez nous. On n'est même pas sortis de la voiture.

Et l'immense fou rire en reprenant la route, l'idée de la tête des voisins si curieux de nous voir partir en vacances ce matin, et de retour ce soir. Et ma mère qui rigole, un peu, et puis de plus en plus. Et mon père encore jeune qui allume une cigarette et qui nous demande "Ca vous a plu les vacances les enfants ?" et nous petits hilares, qui chantons que c'était merveilleux mais qu'on est content de rentrer quand même. Et il rit, son rire un peu aigu qui finit toujours par une quinte de toux. C'est pas la famille Ricoré qui rigole parce que papa a fait tomber des céréales en préparant le petit déjeuner, le grand coquin, ha non.  Il n'y a pas de soleil qui poignarde les pins dans la lenteur du ciel, etc etc...  mais c'était un bon moment. Un de nos meilleurs.

C'est peut-être comme ça qu'on se forge une colonne vertébrale pour ricaner dans les tempêtes, pas trop plier. Il y a ce test de  Roscharch, les coulures d'encre qui te font penser à un papillon ou à un ventre ecartelé, c'est selon. Les notes  c'est ça, chacun s'y raconte sa propre histoire, du papillon blessé à la deflagration de viscères: ça me va. (je m'en fous) Mais qu'on ne vienne pas me raconter la mienne, voilà.

Le temps qui passe a quelque chose à effacer, mais moi, je tiens à toutes nos ratures.

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ben, je ne t'aime pas, moi non plus.

Neue wache et je ne sais dire que ya. Ils parlent tous un meilleur anglais que moi. Je pensais que ce serait plus gris, plus austère. Je pensais que les rues gardaient des traces, j’ignorais combien j’avais de mémoire.


Rotes Rathaus et je n’ai rien à te dire. Nous parlons de Carla Bruni. Je suis effarée qu’on lui fasse un procès parce qu’elle a beaucoup baisé. Je dis des trucs non-consensuels, limite droite populaire libérée, et je penserai le contraire demain. Si j’avais de grandes idées arrêtées, si j’avais des certitudes et des jugements définitifs, je serais peut-être écrivain. Je m’octroie le droit de changer d’avis au cours même d’une conversation. Tout ce que je sais c'est l'inutilité de convaincre, la vanité d'échanger. C'est le principe talmudique, la contradiction pour changer de point de vue.  Je ne suis jamais sûre de mes paroles, ou bien pas longtemps.  Tout ce dont je suis sûre, c'est socratique en fait :Je sais que dalle.

La nouvelle synagogue, et je ne peux pas m’empêcher de tout voir en noir et blanc, comme un reportage sur Planète, ces visages rieurs plein de bonne santé qui lèvent des bras en rythme, un vieux film qui bouge avec des fils blancs.

Ce n'est pas parce que t'es pas là que je ne te vois pas partout.

Peut-être que c'est un effet de lumière

Peut-être.


C’est à Kreutzberg que l’air circule un peu mieux dans ma poitrine, près de Postdamer Platz que je ferais le mieux semblant de respirer. Les jeunes sont pareils qu’ailleurs. Everywhere I go my giant goes with me, la musique trop électro dans les bars, cette musique qui fait plus de bien à ceux qui la font qu’à ceux qui la reçoivent. Je pensais que j’aurais plus froid. Je pensais que ce serait moins vert. L’hôtel a des murs violine et la femme de ménage me dit qu’elle rêve d’aller à Paris. Il y a des rues très...heu... européennes. A côté du Mur je pense à Christiane F la petite toxico pute: est-ce qu’elle est morte maintenant ? Je me souviens de mes vacances à LLoret del Mar, et le silence grave des petits hambourgeois pourtant complètement beurrés, leur tête baissée de coupable contrit alors qu’ils nous avaient entraînées là pour mieux te sauter mon enfant. J’avais juste dit que ma mère avait vécu à Tel Aviv… j’avais juste dit ça.

It's not the four inch, heels she wears / It's not her baby fine blond hair / It's more the desert in her stare...Je fredonne ça, pour me faire croire à mon audace. J'avoue ne pas bien comprendre l'espèce de désir enfantin, la sorte d'impulsion de rendre quelque chose, genre un oeil pour six millions de paires. Ma race de talion ?  "Vis bien, c'est la meilleure des vengeances." (Talmud page 4789561)


Il y a la rue de cet hôtel où je m’étonne que les enfants soient si sages, et si blonds. Un cliché aryen de ma gueule de météque. J’ai des idées bien arrêtées, des jugements définitifs, de solides certitudes,  pendant que j’arpente je sais plus quelle Straße qui ressemble à une calle voire une street si on cherche bien.

Je dis "Nous sommes tous des juifs allemands. Et moi encore plus.»


Et ça me fait plaisir que tu rigoles. J’aime bien qu’on fasse semblant de me comprendre.

 

 

A love song

Comme ce fut réèl, cette après-midi. J'avais oublié le tangible des paumes. Depuis longtemps, je ne sentais plus rien. Nous avons épuisé notre courte flamme depuis les bords jusqu'au centre. Nous n'avons même pas gardé de musique. Pas de salamalecs, aucune posture. Et je suis restée seule à me débattre avec la robe étroite de ma voix , voulu dire des mots imprécis qui auraient tout gâché. Dieu merci nous n'avions rien à nous dire. C'est un faux numéro que je t'ai donné. Je voudrais que les choses soient parfaites, toujours, alors je les piétine avant de les laisser nous broyer

Ainsi soit-il.

 

 

Avril, ne te viande pas de ton fil

(pour Abraham)

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"Vertige  & Névrite vestibulaire & Primal cri devant l'immatérialité due à l'absence de café dans la cafetière et à la non-présence non aléatoire de paquets de café de réserve dans le placard  ou Funambule  avec une putain de  grosse tête.
Encre, crayon & fusain,
2009.
(collection privée de moi-même)


nobody knows but Jesus

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Photo prêtée par Phasme

 

Petite, je voulais croire à Jésus Christ, j'avais mis un autocollant , une image pieuse derrière les double rideaux . (J'étais juive, c'est pour ça.) J'avais cru comprendre que ça se faisait pas chez nous, alors c'était ma cachette. Je voulais pas vexer mes parents qui l'auraient mal pris tout mécréants qu'ils soient. Mais c'était plus facile pour moi de croire en Jésus qu'en un dieu dont on ne me parlait pas. J'avais une copine qui faisait le catéchisme, avec une fine croix d'or sur son cou blanc, une blonde aux yeux purs, très croyante, tendance tout le monde fait comme il veut mais perso j'aime pas trop les juifs, qui sont riches et radins, les noirs qui sont noirs, et les arabes alors là, ça me fait un peu vomir. Elle était vraiment offusquée que je sois pas baptisée, tendance pauvre fille la main de Djézus à toi elle t'a pas touchée, nananère. Je brûlais de lui dire que moi j'étais Elue, bisque bisque rage, mais j'osais pas. J'ai toujours trouvé ça super prétentieux quand même,ce coup de peuple élu au suffrage individuel de dieu. Elle me parlait de Jesus Christ, sa vie son oeuvre, elle m'emmenait à l'église; les cierges, l'hostie, les peintures, les communions, les chants en latin, les mendiants à la sortie, je trouvais ça joli comme la petite maison dans la prairie, sauf que chez les Ingalls, c'est un Révérend, mais j'allais pas chipoter. La synagogue, moi je ne l'avais vue qu'une fois, et il y avait tant de bruit dedans, tant de prières psalmodiées, si peu d'images, et trop de Loi...Alors, cette pauvre conne blonde avait décidé de me convertir, elle se prenait pour Saül de Tarse, un peu. Elle m'a filé un auto-collant de Jésus Christ, et j'allais le reluquer en cachette derrière les double rideaux. Elle me demandait aussi si je me touchais là où c'était interdit, la missionnaire, mais là, j'avais su quoi répondre, j'avais dit: "C'est même pas interdit, on a le droit de le faire, je te signale. C'est écrit dans OK Magazine."
Alors, j'aimais bien Jésus Christ, sa maigreur, son sang séché, sa tête de martyr, son paréo hippie, et surtout cette idée que je pouvais tout lui confier dans ma tête derrière les double rideaux sans dire des prières qu'il fallait connaître par coeur, ca me plaisait bien. Cette période de Christianisme intense et secret, tendance soeur Léonella, a duré quelques semaines, et puis j'ai déchiré Jésus Christ de la tapisserie à rosaces. J'avais découvert James Dean, sa maigreur, son rictus de teddy boy, sa tête de bissexuel, son blue jean: ça me plaisait. A mort. J'avais fait un journal, chaque page commençait par "Cher Jimmy," et se terminait par " A demain pour de nouvelles mésaventures"...Et puis je me rappelle , un jour, j'étais allongée sur mon lit, j'écrivais dans mon journal à Jimmy que je voulais acheter une plantation dans le sud de la Caroline et rencontrer le leader d'un Punk band, comme ça, je cultiverais le tabac (camel gratoss !!) et il offenserait la Nation. Ce serait le bonheur. Et mon père est rentré dans la chambre, il m'a dit "T'écris encore à James dean..." et j'ai fait "ghmmmxlmmm ?!?" et il m'a dit :"Jésus Christ, James Dean...ma fille, pourquoi tu t'intéresses qu'à des hommes morts...?"

R.A.S.

Tu te tournes vers moi pour dire quoi pour dire quoi...Je peux te parler des vomissures du temps, des nuages à plat ventre, du froid des oripeaux. Je peux te montrer un sein, un ventre, un genou pour trouver ma claire réplique, te montrer le passage. Je peux te chanter la nue hélicoïdale, la coupole elliptique, le frémissement languissant et sûrement ovoïde. Parce que tu sais, je n'ai rien à te dire à part des conneries de mots et de la syntaxe charnue dont tu te fous parce que tu n'écoutes rien de ce qui ne parle pas de toi. Tu n'entends rien de ce qui n'est pas le désir de toi, le besoin de toi, le dégoût de toi. T'es ta propre statue et si je me mets à te le dire, tu vas prendre un temps onctueux, fondant, suspendu pour me convaincre que je me trompe. J'ai reçu tes lettres, j'ai traduit les codes, ça m'occupe, j'ai fini tous mes livres. Tu dis et dédis l'errance et le monologue intérieur. Je ne supporte plus rien de la communication. Le dialogue n'aura pas lieu, ni espace. Ever.

"Celui-là
qui se voudrait
que je voudrais
celui-là
ne s'évadera
que de ma dépouille"
R. Melik

 


Langue morte


Chaque inconnu qu'on aime il faut bien lui trouver un nom puisqu'il n'y a pas deux cent et quelques mots comme chez les esquimaux pour désigner la neige. Il y a un pont couvert, je l'ai traversé, en Ecosse. Une fois traversé j'ai vu écrit en anglais danger ne pas traverser. C'était trop tard. J'ai vu quelques églises où j'ai pensé à toi. Ca n'avait aucun sens, bien sûr. J'aurais aimé faire cette promenade en bateau mais on m'a dit en italien seulement en été, on m'a dit ça.
Le bar est au bout de la rue et je demande un truc en mauvais hollandais. Je sors un papier et un crayon pour avoir quelque chose à faire parce que je ne fume plus maintenant. La fenêtre de mon hôtel est un petit oeil; et au loin la mer est presque noire, mer domestique dans des canaux.
Il pleut à nouveau et à dire vrai, il n'a jamais cessé de pleuvoir. Il y a une fille blonde plutôt belle ou bien une belle plutôt blonde qui est, je crois, la seule à remarquer mes cheveux sombres ou ma solitude, et aimerait lire ce que j'écris, mais je n'écris rien; je fais des ronds des ronds comme des bulles. J'aurai quarante ans dans un bar d'Amsterdam, avec des souvenirs pas légers, des pensées pas paisibles. Je ne confonds pas la passion de la vie et la facilité à la joie. Je ne confonds pas l'absence de larmes et le deuil rapide. J'ai beaucoup d'orgueil et beaucoup de mémoire. Papa, tu n'en reviendrais pas de voir combien j'ai changé. Ne viens pas me voir dans ma prison. C'est terrible, personne ne sait rien de toi.




podcast

it's a long way to the top if you wanna rock'n roll ( sans façon)


"Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles
Qui s'extasient devant le terrier d'un lapin
Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile ;
Elle n'a aucun message à transmettre aux humains. "

(M.H)

Mais qu'est ce que tu fais il m'a dit, qu'est ce que tu fais de tes journées, toute seule sans personne, puisque tu bouges pas, tu fais rien, je veux dire heu..tu peux pas bouger, tu peux rien faire ?
Ca avait l'air de drôlement l'inquiéter, beaucoup. Il y a des gens , ils supportent pas ceux qui ne font pas un jogging par semaine, ou qui ne vont pas au resto entre amis une fois tous les quinze jours, pour se parler de leur taf ou de leur blog. Ils pensent que c'est le symptôme radical d'une profonde et inextricable dépression et à les voir faire un pas de recul comme ça, on croirait qu'ils pensent que ça s'attrape.
Je lui ai dit que je m'ennuyais pas plus que d'habitude, je ne m'ennuie même jamais, c'est juste que ma vie ne me fait pas beaucoup d'effet. Des fois, pour me rappeler mon corps, j'ai mal. C'est un bel alibi, la souffrance pour  renifler son propre épiderme. (chez les sémites surtout) Avant ça, j'ai essayé le désir puissant de braise et la libido inépuisable et je dois dire que j'étais pas mal douée dans le genre inépuisable puissante de braise, le corps avide et le cheveu dénoué,  mais ça finit par faire mal à la tête ( la tête à qui ? haha...) et tout passe tout lasse (qui ? ) Etre dans l'avoir ou ne pas avoir d'être ? (non... là , je déconne)

- Etendue je parfile, je lui ai dit, l'or et l'argent de mes armures que je croyais peroxydées, je fais le vide de sens du tout pour en arriver à l'essence du rien, et ...je tiens le cou(p)*

- Ca veut dire quoi ?

- Absolument rien.

Sinon le soleil est revenu, le printemps bourgeonne, le monde est vaste, mais il est si petit comparé à l'immensité de la connerie intersidérale des poètes engagés du vingt et unième siècle,  et les montagnes ont des cimes hautes et parfois enneigées, ça dépend en fait.  Le ciel a repris ses aises,  sa couleur de curaçao, 
... et je n'en ai strictement rien à cirer. (la routine)

 

 

 

* Lacan, je t'emmerde.

Suck my kiss, put me in your suitcase, give it away, you dont love me yet, come back and stay, we both go down together et plus si affinités (extrait d'un carnet vert)

Je confonds le courage et la colère, le désir et la revendication. Je ne veux pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir couché avec mais  ce carnet c'est comme un retour à la maison, l'écriture intérieure, qui ne cherche pas d'interlocuteur.

Je ne savais plus où donner de la tête,  où porter mon coeur, vers où tourner mon ...non rien.

alors j'ai fabriqué une grosse boule sur ma putain de colonne vertébrale.

Je te garderai, toi, comme seul et véritable cadeau. Je suis encore inapte, regarde-moi, enserrée dans la minerve, la trachée bientôt ouverte, j'ai peur j'ai peur j'ai peur de perdre ma voix. je sais c'est pathétique, je ne suis pas Maria Carrey (Dieu m'en garde), mais bon. Je ne suis que sous le choc encore, parfois l'oubli, le coup de massue de mon silence, les ondes alphanégatives de la familiale pathologie. De deuil, il n'y a pas eu. je suis encore inapte, infinie, mal terminée , mère d'un fils pourtant. Je ne suis que nuisible, mère-cafard qui met le bourdon qui pique la mouche. Une mante-euse (Salut Jacques)

L'intelligence, le savoir, les prouesses de l'esprit, les 17/20 en composition plastique, ça ne sert à rien pour vivre. je le sais, moi. J'ai besoin de moi pour vivre et je veuxm'emporter un peu plus loin. Mais comme je vous trouve tous ridicules, excusez-moi, quand vous savez tout et comment être, et comment faire, et comment dire, et comment rétablir l'équilibre dont je me fous comme c'est même pas permis d'imaginer. Vous savez, nul doute, et vous trépignez de temps en temps, en vous croyant super détachés du bulbe. Je dis rien parce que j'ai pas de solution, j'ai que des emmerdes, mais j'ai pas envie d'être comme ça, et même pardon de ma franchise, je me fous un peu de vous, souvent, j'ai pas envie d'être pareille. Pas envie de me donner toute l'importance que vous vous filez, en baissant les yeux genre plein de modestie et de recul. C'est con, hein, ce serait sans doute mieux pour mon "équilibre"  "mon chemin" et autres foutaises salomesques, mais c'est pas possible, c'est juste pas possible pour moi. Je ne suis rien et ça me va mieux qu'une tunique antik batik. Y a pas photo. Je veux juste ton bras ici, là où j'ai mal, un poids au point de douleur. Ta main sur mon épaule chabadabada.  Comme les rages de dents soulagées par un coup de poing dans la gueule.

Tous ces mots qu'on m'a dit sur mon unicité, sur comme j'étais vraiment, et comme je représentais tellement, et comme c'était pas pareil que. Si tu savais comme j'y ai jamais cru. j'ai bien fait semblant. J'ai collé au délire de l'autre, jusqu'à y adhérer, tellement l'humain est avide de foi quand il est trop conscient du manque.

1,2,3

One

Sur la Sandplatz, Dora rigole, on voit sa glotte rouge qui tremblotte. C'est pas la panique, c'est pas le désir absent du sujet, le désir manquant de l'objet, c'est pas ça qui la paralyse, c'est pas Hans ou MrK, ces enculés, qui lui font les doigts gourds et le coeur licencié, le cou noué et le sexe anémié, c'est pas le verre d'eau à gerber, les chiens lappants qui la rendent aphone et nouée.
Elle rêve d'irm, des petits cercueils capitonnés, et puis c'est ensuite un camping, un cimetière à ciel fermé, des matelas jonchés, des draps bleu clair comme du ciel tissé qui vont recouvrir les têtes et empêcher de respirer pour une trop longue eternité.
(je remarque un truc je fais de la rime intérieur en é, je slamme ma race)
Non non, c'est rien de tout ça, y a un voyage vers le futur qui s'est opéré, Dora en slim grisé élimé, Dora ipod branché, Dora soutien gorge -sans armature-, sinon plutôt crever, violet.  Elle est tombée dans un tunnel de temps parallèle enfin un truc super compliqué, et elle a rencontré un ostéopathe renommé, c'est plus à Vienne, c'est genre à Lourdes, un peu. Ou bien plutôt un radiologue confirmé, Sigmund va te faire empapaouter, de toutes façons tu es mort, tu peux pas me déparalyser.
Il a dit "C'est une hernie cervicale Dora, c'est pas d'angoisse que tu vas crever"

(on peut toujours rêver)

Two


Il me regarde comme ça, de côté et il me dit "Ok ok un mariage sur deux se termine en divorce, mais tu m'empêcheras pas de penser que tous les divorces commencent par un mariage, poupée." (il n'a pas dit poupée, je ressemble à tout sauf à une poupée, c'est pour le slam, que j'dis poupée, pour la beauté, pour la musique, pour arranger)
Regarde le commencement, retourne à l'origine, y a que ça qui te fait rêver, c'est les balbutiments, les approches qui font fantasmer, les doigts de la nouveauté qui font  frissonner....Arrête de me faire pleurer, va plus loin pour recommencer.

C'est dur, un corps, c'est dur à porter. C'est dur un désir, à faire sortir exister, plus dur qu'un bébé. Je m'aime bien l'esprit , moi. Je me trouve super bonne de l'esprit. Bien tankée, super campée, assez cambrée. Le corps c'est dur, ça pèse sa chair. Ca n'a rien d'esthétique, mon algodystrophie de la promiscuité, c'est pas dîtes moi que je suis belle, (c'est pas répulsion quand je me croise, hein, rien à voir avec la "bôté", c'est rencontrer qui fait chier, se confronter, ça prend des allures de bataille, et moi je crois que j'aime bien qu'on me foute

la paix.

 

Three

Il me faut un morceau de route, une musique de partance. J'ai épuisé tous mes airs de départ. Je me suis trop souvent cassée. Un jour je suis partie sur Special K de Placebo. Ste honte. Une autre fois, c'était Stay Inside, de V. Chesnutt, faut le faire. J'ai fait des tonnes d'aller retour sur Papa M (what a scoop). J'ai jamais pu aller bien loin avec my life de B.P. Billy. Et j'en oublie, enfin non j'oublie rien, mais je crains de me saoûler, je vais pas balancer toute ma discothèque de déplacement, ma play list de périples, mon CD spécial traversées...

 

What fo(u)r ?