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Il faudrait du mépris sans doute, mais de quelle taille ? Il faudrait de la force mais je ne me rappelle plus la couleur que ça a. Il faudrait de l'assurance en cornet, de la neutralité en baril, quelques sourires plus aigus que des accents, pour montrer que je ne suis pas dupe, malgré tout. Un truc subtil et enlevé, un mouvement d'épaules étudié, un truc de reine brisée mais digne.
Il y a cette tristesse qu'on nous vend, ce désespoir japonais, ce tragique bavard et glacé, volontairement sale mais qui se soucie encore de l'esthétique des sanglots, la bouche à quatre pattes et les mots dissidents. On ne sait plus dire qu'on est perdu sans décrire la laideur des autres, on se sait plus ouvrir son coeur sans se montrer la violence de la taillade, l'aorte, les vaisseaux, et les caillots...
Il me faudrait être quelqu'un d'autre, ou bien le pouvoir de corriger après coup chacune de mes félures, un photoshop du langage à contre-temps, des grands coups de ciseaux dans le flux ridicule, des gros coups de pinceaux sur tous les plis d'amertume et de rancune mal digérée. Alors, je pourrais te parler, mais je crois que je n'aurais rien à te dire.
De tout ça, il ne me reste que les dommages collatéraux, les rancunes, l'amertume, rien d'autre. Je n'ai rien à te dire de plus que mes regrets, ma douleur de narcisse, ma colère de m'être plantée, mon désir pathétique de changer sinon le décor mais bien tes limites. Le reste, c'est du vent tiédasse, un prétexte à me souvenir, c'est juste mon imagination. C'est un pet que j'ai pris pour une brise. Je n'aurais rien à te dire, rien à te prouver, et tu ne me reconnaîtrais pas.
19 août.
Je ne crois pas aux pressentiments, mais il y a longtemps que j'ai perdu foi en mes incroyances. Les « je n'y crois plus » sont encore des certitudes et il n'y a rien de plus trompeur.
R. Gary.
Draps, suaires de solitude, haha
J'étouffais et ce n'était pas seulement la chaleur, c'était pas elle du tout. J'étouffais, comme un foetus enfermé dans la mère, condamné à la satisfaire. J'étouffais et il y avait cette pilule, celle qui doit se mettre sous la langue pour agir plus vite, pour sombrer prestement dans l'oubli. Je m'endors toujours sans rien remarquer avec elle, elle m'éteint. Le reste du temps, je m'endors en conscience, par paliers, de la pensée à l'association ou à l'anéantissement des paradigmes, j'en arrive au rêve et j'aime mon repos, en bascule, en déséquilibre. Je n'ai pas peur de me voir partir. Dès lors que je sens une respiration, une présence, désormais, dès lors qu'un autre partage ma couche, je ne dors plus. J'ouvre les fenêtres, je me lève, je me serre contre toi, je te repousse, une terreur de rien, comme ça, une horreur que je ne comprends pas. J'ai touché sa hanche et la mort a souri. Un empêchement de vivre. Comme si il y avait une nécessité impérieuse de répondre à une demande, et tu ne demandes rien. Je m'agite, enfermée. J'ai peur de ça, j'ai peur de cette solitude obligatoire dont je n'aurais pas même conscience. J'ai peur à nouveau de m'inventer des rôles que je confondrais avec mon identité. C'est pas tant que j'y tienne à ma singularité, à ma personne, et à mon désir de sujet désirant et bla. Pour tout dire, je m'en fous complètement. Mais force est de reconnaître que j'étouffe près de toi. Pire, que j'étouffe en ma propre présence, que j'étouffe partout, trop vite, malgré moi, enfermée, condamnée à vous satisfaire.
/I won't rest until I don't care La La La La La La La La La/
J'ai toujours besoin d'aboyer les évidences, la gueule ouverte pendant trop longtemps. C'est sûrement parce que j'ai du mal avec le réel, ça ne me touche jamais vraiment, la surface. J'ai longtemps cru que j'attendais rien, que j'étais pas humaine à force d'être blasée. "Aime-toi toi-même, pour aimer les autres", qu'il disent. Personnellement, je me hais assez et ça ne n'empêche pas d'être émerveillée par les autres. Le problème n'est pas de mériter mes cheveux, ou de me sentir fière de mes insuffisances. Aime- moi. Le reste, je m'en charge.
J'écris pour me rendre des comptes.C'est souvent tragique, mes petites lettres sur fond blanc, mais il n'y a que là-dedans que je me sente à l'aise. Disons que c'est familier: je reconnais. Tu sais, j'ai l'esprit lent en ce qui te concerne. Je flippe de ta réalité. J'ai la peur tellement bleue que ça me rend liquide, quand il s'agit de toi. Les gens ne comprennent pas: je fais forte, comme ça, finalement. Et puis j'explique tellement bien, c'est tellement logique, finalement. Tout se recoupe dès lors qu'on cisaille ferme dans la bande son. Et puis à toujours rigoler de tout et à me foutre de ma gueule...même moi, j'ai fini par penser que c'était réglé. C'est tant mieux. Si j'avais compris, avant, l'étendue du chaos, je serais peut être une bavante blindée de neuroleptiques, en train de sucer des barreaux, je serais peut-être recherchée par Interpol, va savoir, en tous cas, je n'aurais sans doute jamais eu d'enfant.
Alors voilà, je me retrouve à avaler pour la énième fois qu'il n'y a pas d'issue, et je te jure que j'en ai mal à la gorge. Je suis là à me seriner qu'on ne négocie rien avec la folie, qu'il n'y a pas de dialogue possible, que je suis juste un élément projeté dans la construction délirante, mais j'ai mal chaque fois pareil quand tu m'éclates contre le mur. Ce n'est pas simple d'oublier la langue maternelle, tu pourras décortiquer les signifiants pendant mille ans, à soixante euros la séance; tu pourras te faire masser l'occiput dans un ashram bouddhiste; tu pourras écrire douze poèmes et quatre pamphlets, et dans la foulée, un blog de rock star, pour la frime, tu pourras adopter la posture du recul salutaire, et mettre des rangers par dessus, tu te demanderas toujours, dedans, petite voix flûtée, joues rondes au grain de brugnon, qu'est-ce que t'as fait de mal pour qu'elle soit aussi en colère ?
J'ai beau avoir le devis chiffré, les preuves tangibles, les armes du crime, les témoignages concordants, et la main sur l'épaule de l'agent de police, c'est pas demain la veille que je ferai mon Oreste. Je me sens coupable encore. Encore. Jusqu'à la dépersonnalisation. C'est banal, c'est attendu, mais je voudrais juste un mot d'excuse, un je regrette , un petit j'ai pas fait exprès. Juste un petit aveu de l'assassin. Oui, c'est bien moi qui parle, celle qui bassine tout le monde avec l'amour qui n'a pas besoin d'excuse, ni d'absolution. Mais toi, c'est pas pareil. Tu es avant toute chose, tu es le Verbe et la source, et moi, je n'y peux rien: je voudrais pouvoir accepter ton pardon. J'ai l'impression que ça mettrait comme un bémol à mes jappements lamentables, un peu de laine de verre entre ma peau et le reste; j'en ai marre d'avoir froid, même quand on m'embrasse. Je voudrais que quelqu'un me défende, que tu te comprennes enfin.
Tu vois, tu ouvrirais les bras, je foncerais dans la béance, je te rentrerais dedans. Et quand je repartirais, j'aurais de ton sang sur ma tête, et des lambeaux de ta délivrance sur mes yeux fermés: on jouerait que je serais née.
Testis
C' était l 'heure grise où l 'on est censé faire le bilan, le solde de tout compte, comme si on allait décider quelque chose. Le problème avec les questions, c'est qu'elles amènent forcèment des réponses. Sans cesser d' observer les passants qui déambulaient en grignotant des fèves trempées d' huile d 'olive, il considéra la chose d 'un oeil vide: Il n y avait rien à dire, alors se il parla de tout et de rien, des fragments de pensée, des filaments de syntaxe, des scenari attendus - un mouchoir dans le poing, des poings dans les murs, des cris, le silence etc etc- à moins que ce ne soit qu' une formule. Il y a une grande différence entre le tragique et le désespéré. Le premier décortique tout et sodomise les mouches. Il se trouve très beau, malheureux. Parfois, il publie un livre. Le plus souvent, il écrit des notes pleines de rage et de métaphores enlevées, sur l'internet, avec une ponctuation impeccable. Le second repeint les marches de son escalier qui allait très bien, merci, mais bon. Il écrit des trucs qu'il ne montre jamais à personne, car il a oublié où c'est, ou bien, il se gratte le sourcil.
Il se souvint du jour où...la gueuse, la maudite. Il savait désormais qu' il la haïssait, comme on est sur de l 'amour dans l'oeil de son chien quand on lui tend un biscuit un dimanche matin pluvieux de merde. Il se demanda cinq minutes si le chemin serait encore très long pour arriver simplement à la détester. Se distancier, Prendre du champ. Il y avait cette thanatopracteuse aux cheveux courts et à la voix cassée, qui lui disait parfois au téléphone, simplement :"Je te rappelle. Là, j'embaume." Et elle rappelait tranquillement, habituée à la mort, baguenaudant parmi les cadavres, parlant de ses escaliers, se grattant le sourcil, une vraie désespérée. Une ré-humaniste. Il l'aimait bien, et elle l'impressionnait un peu. Mais il était devenu incapable de manifester la moindre affection à quiconque. A moins qu'il n'ait jamais su.
Faire la mort
Voilà et c' est pas comme on nous a dit, étant donné que je me regarde, étendue par terre et que la seule idée dont mon cerveau décédé soit capable, c' est que c' est très con de mourir sur le dos. On voit mon ventre, j'ai les bras le long du corps, et ma bouche est ouverte; c'est un peu ridicule. Je sais qu'on trouvera un moyen de me la fermer, j'ai vu faire ces manoeuvres brutales par deux fois sur d'autres morts. C'est terrible, pour les vivants. On dirait que je suis au garde à vous, une morte timide et stupide, une morte obéissante, et je ne m' aime pas du tout en cadavre. Pas du tout.
J'aurais aimé une mort un peu plus théâtrale, à tout prendre, sur le ventre, si possible, un bras levé, une jambe pliée, une flaque écarlate sous moi, un truc à dessiner à la craie, les contours de mon macchabée, avec l'équipe de criminal minds qui profile le serial killer en observant la plante de mes pieds. J'aurais préféré, je crois.
On nous a menti, on ne sent aucune libération, toujours autant d ' entraves et de parasites pensées, de celles qui nous ont gâché la vie, et qui continuent de nous gâcher la mort. Toujours autant de narcissisme, finalement. Une inquiétude préhistorique me serre les entrailles, disons que c'est comme flouté, le souvenir de l'inquiétude, à l' idée de mon fils resté orphelin, qui va pleurer et tout ça, qui va me haïr et me sublimer à la fois, et ça finira chez un psychanalyste, à se demander pourquoi il n'entretient pas de relations suivies, et il se dira que c'est parce qu'il a peur de perdre et préfère s'en aller avant, pour pas trop morfler, et ses copines ont toutes un grain de beauté dans la paume de la main, comme mahaaaamaaaan, pleurs, sanglots, tout ça à cause de moi, ça va pas être simple. Je sens aussi que ca ne va pas durer, qu' en tant que morte, je vais très bientôt m' en foutre complètement.
Cette indifférence à venir me déplait beaucoup, d' autant que, vivante, j'ai souvent fantasmé sur mes funérailles, curieuse de l'effet de ma disparition sur ceux qui n' arrêtent pas de m'emmerder, ou ceux qui ne m'aiment plus, pour leur petit confort personnel, espérant les voir chialer leur race, et me regretter en somme, des trucs comme ça.
Une voix désincarnée et un peu cynique, un poil désabusée, me dit que je ne verrai pas mes funérailles, de toutes facons, et que voilà jai cinq minutes avant de repartir vers d'autres cieux. Je me retourne, espérant voir dieu, à qui je n'aurais pas pu imaginer une autre voix, celle d' un fonctionnaire fatigué de répéter les mêmes consignes, jour après jour, mais voilà que je me casse la gueule, car ce qui me reste (l' âme ?) n'est pas habitué à se mouvoir brusquement, ça flotte lentement comme le ça de Stephen King, et ça a le geste economique et mesuré, vu que ça dure un truc genre... l' éternité.
Je réponds mais où on va ? et ma voix me fait flipper parce que j' ai l'accent portugais.
J'ai la voix de Linda de Suza, morte, et je panique complètement. La Voix me signale que c' est comme ca, que j' ai trop frimé ces derniers temps avec ma guitare, un peu trop de complimemts sur ma surprenante mémoire musicale et mon timbre joli, alors maintenant faut payer. J'ai une voix de merde désormais.
Je suis estomaquée que ce soit du genre chrétien contrit, protestant autoflagelleur, loi du talion juivo- coupable, quand on est mort. Je rappelle de ma voix de porteuse de valise en carton qui chuinte qu ' en tant que juive, païenne sémite, quand même, peut-être...
Là, on me soûle avec une histoire de quota, d'interim syncrétique, de contrat centennal, genre y a tellememet de religions, faut satisfaire tout le monde, ma petite dame, on traite les morts comme on peut, en fonction d' un calendrier établi à l'avance, car voyez vous, c'est pas que dieu n'existe pas , c'est que tous les dieux existent, et ils sont super exigeants avec leurs droits, limite syndicaliste obtus, etc etc. Avec le cul que j'ai, je suis tombée dans le siècle des défunts trip mormon. Mais, mais, je proteste, ché quaô même lé droit dé vouar mon père qué ché l'aime trop La emcima esta o ti-ro-li-ro-li-ro caem baixo esta o ti-ro-li-ro-lo , ja cantava a minha avo, non ?...et on me dit que non, que mon père, c'est sous le règne de Zeus qu'il est mort, que je peux toujours adresser une requête à icelui, mais que bon, il sait à peine lire comme dieu, et Hera surveille jalousement son courrier et fait disparaître toutes les lettres des femmes. Alors c'est moi qui vois. Je pleure un peu, et ça fait des sons moches luso-galiciens. Alors, je me tais et je ne demande plus rien, je jette un dernier regard à mon ventre et à ma bouche ouverte plus bas, je ne me reconnais déjà plus.
et hop

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carte postale
Idiot, l' amour, ca garde des traces, et ca a besoin de preuves. L' amour ca se voit dans les gares, quand tu t en fous de rater ton train. C etait mon premier roman, je ne savais pas de quoi ca parlerait, j' ignorais meme s 'il parlerait de quelque chose. Il parlerait de quelqu' un et ce quelqu'un , ce serait moi. Je n' ai jamais rien lu qui ne parle pas de son auteur, et moi je n' ai pas d' alibi, guere de masque, j'ai jamais su faire semblant de parler d' autre chose, a mots creves, modestement. Vois-tu, je parlais de moi, parce qu' a part moi, il n y a guere de monde qui soit passionne par le sujet que je suis. Remarque, moi non plus. A tout dire... Je ne peux pas sentir encore que tu me manques et pleurer ta disparition eternelle, je ne suis encore et toujours que sous le choc de ton absence. L 'imtelligence et les prouesses de l esprit, ca ne sert a rien pour vivre, tu le sais toi. Ce n 'est pas tragique, tu sais. Je peux vivre comme ca, quasi- decedee, et un peu savante. Je peux.
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σε ένα νησί
Elle detestait le voir fragile et elle s 'employait a tout faire , pourtant , pour le voir faillir. Elle le placait sur un tel pied d' Estale qu' il ne pouvait que se casser la gueule. Dans ces moments la, c' etait une dechirure dans la poitrine; elle croyait, en conscience, que c etait l' amour en train de crever. Mais, plus profondement, bien sur, il y avait comme une jouisance de se vivre victime d' une abyssale deception, comme si elle avait place toute sa confiance et ses sentiments chez quelqu'un qui ne les meritaient pas, et la dechirure continuait de s'etendre, la douleur de se propager, et elle restait digne, esperant qu' il se maudissait de la blesser autant, ivre de rage de le voir placide et ne comprenant rien, folle qu' il ne se precipite pas avec elle dans son absurde aveuglement, sa cocasse nevrose. Elle se voyait au bout de l'amour, toute usee, a jamais perdue pour lui. Et puis quelques heures, quelques jours plus tard, au detour de rien, elle s'agrippait de nouveau, jusqu'aux ongles plantes dans la peau de ses epaules, eperdue, piteuse, un absurde enthousiasme, a supplier de toutes ses fibres, en ne demandant jamais rien...
Et...
La foudre a frappé juste à côté, explosant le boîtier rempli des fils de la communication & Cie. Je n’étais pas là pour voir. Ça devait être quelque chose. J’étais dans la salle d’attente d’un cabinet d’ORL, et ça n’a pas vraiment d’importance mais il faut situer dans les narrations. J’avais, comme d’habitude, ce sentiment bizarre d’éparpillement et de manque, ce sentiment d’imminence d’un danger. Il paraît que ça a à voir avec le manque qui vient à manquer, au danger non pas d’une perte, mais de la perte d’une perte. Ha. C’est à la page 307 du séminaire où est dessiné un malhabile shofar. Je comprends un peu, mais je me demande si tout ça n’est pas strictement hormonal. J’ai du mal avec l’idée d’une angoisse existentielle avec laquelle il faudrait composer, voire vivre. Je préfère l’idée d’une ménopause salvatrice. C’est mon côté messianique. La foudre a frappé brisant tout, les free box, les téléphones, les câbles. Je pensais que cela me manquerait, la virtualité. Eh bien, non. Vraiment, il faut le dire, ce sont ceux qui n’ont pas de blogs qui sont accros à ce que disent les bloggueurs. Nous, nous n’ignorons pas notre peu d’intérêt. Enfin, moi, je ne l’ignore jamais. Ensuite, il ne saignait plus du nez, et la maison était éteinte. Une corne, une corne dans laquelle on souffle Queren ha yobel pour appeler je ne sais qui pour faire ou être, je ne sais quoi. J’ai pensé à ça, à faire sonner trois fois le shofar pour avertir de mon entrée dans le médiéval, sans contact possible avec le monde. Ou bien, dans ma robe écaillée et fragile, mocassins, becs de macareux pendus à mes jambières, Hi yey tehee, et laisser échapper les volutes de fumée pour lancer un SOS. J’aurais tant aimé être Cherokee. Mais il pleuvait, de une, et va trouver une corne de bélier à Leclerc, de deux. L’opérateur d’un pays en voie de développement m’a demandé d’opérer une grande quantité de tests destinés à prouver que j’étais bien prête à payer une fortune un autre modem, que je ne faisais pas exprès de dire que tout avait pété. Nous avons fini par sympathiser. C’était la seule personne avec qui je communiquais depuis trois jours. Ça crée des liens. Il m’a dit que lui et toute l’équipe me souhaitaient une très belle journée et j’ai dit que c’était super sympa. lol. Les techniciens de France Telecom viennent régulièrement, observent les boîtiers grillés sur mes fils électriques, font mmh et hoo et repartent dans leurs jolis camions lego. Ils disent qu’ils reviendront. Je bois des cafés dans le jardin sous la tonnelle, il y a Echenoz, Roth et Cosmopolitan avec moi. Et, c’est ridiculement tendance, je parle avec mes voisins (c’est bien connu, Internet tue les relations de proximité) –Bonjour alors ça va ? – Bonjour, comment allez vous ?– Il fait lourd, hein, i va y avoir de l’orage. – On dirait le mois d’août – Dis donc qu’est ce qu’il a grandi. – C’est toi qui joues de la guitare ? hahaha... J’aime bien qu’Internet tue tout ça, moi. Il y a des assassins qui ne tuent pas pour rien. Qui ont des mobiles louables. Le shofar révèle la fonction de sustentation qui lie le désir à l’angoisse dans ce qui est son nœud dernier. Par trois fois, répétés. J’écris sur Word, comme les bloggueurs qui font des brouillons et conservent précieusement leurs notes, tsais. J’aimerais bien savoir ce que ça fait, parfois- mais pas longtemps- de me donner de l’importance. Avoir des projets pour moi et mon épanouissement personnel, considérer ma fonction comme une mission autre qu’alimentaire, être ailleurs que dans le plaisir de faire et d’être, me sentir utile et importante, par exemple, et me mettre en colère sans culpabiliser, dire ha mais ça suffit, je vous congédie, vous êtes un incapable, je vous avais demandé de me rendre ce rapport à 12h48 ! Ou bien mais comment…Que…Comment as-tu pu me faire ça …Je…Tu as couché avec elle alors que je t’aiiiiime ??? salaud ! Voir ce que ça fait de se donner de l’importance, penser que l’autre souffre à cause de moi, par exemple, et pas à cause de l’importance qu’il se donne. J’ai réalisé dernièrement que ce que je supportais le plus mal, et qui m’éloigne à jamais,_ et dieu- et quelques hommes-, savent que je suis une vraie fidèle,_ c’était qu’on me demande l’exclusivité. Je ne supporte pas qu’on me demande de considérer comme réelle et acquise, l’importance que les autres s’attribuent, voire qu’on me demande de m’accepter comme importante. Ça ne me réjouit en rien, et même ça me dégoûte. Je ne sais pas, il y a sûrement une terreur cachée là-dessous, peut-être est ce juste qu’étant mère, je sais la dévoration, l’inquiétude, l’horreur et le délice d’une exclusivité éternelle, mais aussi, toujours, et surtout, la certitude que ce n’est pas moi, l’importante. (En même temps, à l’heure où je me parle, un nouveau camion France Tel arrive. Un ouvrier torse nu, bronzé, un peu sec, démarche de cake du sud, porte sa main à son oreille, en articulant « C’est pour le té-lé-pho-ne’", au cas où je ne saurais pas lire. Il a quelque chose, un charme brut et un bronzage de caramel chaud. Ce doit être un silencieux. J’ai envie qu’il me ne dise rien pendant environ 42 minutes.) Enfin, voilà, pas importante, et ça ne veut pas dire que je me hais, ou que je suis une souffrante, loin de là. Je ne me fais aucune illusion, sur personne, et je n’ai jamais cru quiconque me disant qu’il ne supporterait pas de me perdre et que ho comme tu es importante ! Je ne crois pas pour autant qu’il mentait à quelqu’un d’autre qu’à lui-même. Mais peut-être est-on heureux comme ça ? Ça doit être quelque chose. Peut-être entend -on moins sonner le shofar, lorsqu’on se croit le favori, le chouchou, l’Elu, l’Aimé, le Préféré, ou lorsqu’on croit favoriser, élire, chouchouter, préférer, aimer… Va savoir….
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