L'écho de mes pas ne m'apprend que ceci: la salle est déserte.
Il revient. Chaque fois que sa note de portable grimpe, qu'elle rentre plus tard, chaque fois que ses corsages…Elle sait qu’il ne s’en rend même pas compte. Il doit très sincèrement penser qu’il l’aime encore, finalement.
Une sorte de lion qui grogne quand c’est un autre qui grimpe sur la lionne.
Chaque fois qu’elle va l’oublier, il se rappelle à son souvenir qui lui est, pourtant, totalement garanti.
Tant qu’elle ne dort pas, en serrant ses poings, tentative vaine de broyer des mots qu’il a dits, il se tient à distance. Dès qu’elle dort plus loin, il lui retient la main.
C’est donc avoir, garder, qui tant vous intéresse ? Si je te dis que je t’aime, tu joueras au garçon de l’air, pétri de peurs et de questions. Et si je te dis merde, tu feras ton Valmont ce n’est pas ma faute, et je suis désolé…Je ne voulais pas te blesser. Incapable de te regarder en pleine face, tellement plus gratifiant, plus confortable, de se regarder blesser, de se fantasmer blessant, incapable de réaliser que tu voulais garder le désir, mais que tu ne voulais pas te mouiller.
Je ne dois pas te regarder alors? Il ne faut pas que je te veuille? C’est donc ça que tu veux, nous séparer, me tenir en sommeil, me mortifier?
Tu élèves la mort au rang de maître, c’est beau, ça, c’est grand. Ho, ça, c'est certain, c'est moi qui me tais, mais c'est toi le non-vivant.
Pauvre, oh pauvre Dom Juan. Pour un peu, j’aurais de la peine. Mais maintenant, j’ai plus de place, j'ai plus le temps, j’ai plus de mots comme on n’a plus soif. Je suis un peu comme altérée. Dis-moi, raconte. Tu veux que je fasse l’évanescente, que je continue de promettre, peut-être que je mendie? Et surtout, surtout, que je me dérobe aussitôt entrevue ?
C’est donc la fuite, mon seul attrait ?
C’est ce siècle, c’est ce siècle. Tout ce monde qui veut de l’émotion, en tapant du poing sur la table, et qui n’en paiera jamais le prix.
Iras-tu jusqu’à me foutre dehors pour continuer à me mettre sur la cime, à me dessiner une auréole au-dessus du front , m’imaginer sainte et martyre, toute dévouée, ne m’occupant que de ta peine, pour te gonfler la libido ? Dis-moi, parce que ça m’intéresse un peu, je crois.
Qu’est ce qu’il faudra donc que je ne fasse pas, encore ?
Il revient chaque fois qu’elle est prête à partir. Il dit qu’il ne peut pas l’oublier. Le pire, c’est qu’il est sincère. C’est la peur de perdre sa propre image dans ses pensées qui lui fait croire à son hypermnésie. C’est juste la peur d’être oublié.
Il faut les rendre jaloux disait-elle. Elle, n’a rien calculé. Manœuvrer l’exaspère. Le jeu lui donne envie de perdre. Elle est un peu comme égarée.
Et il dit ce qu'elle rêvait d'entendre, et qu'elle n'attendait plus juste parce qu’un autre pourrait toucher à son c..
C’est le désir, mais le désir de l'autre qui me confère tant de valeur soudain. Que ferons-nous d’un lion jaloux qui pose sa patte sur la proie parce qu’elle est convoitée par les hyènes, alors qu’il n’a pas vraiment faim ? Je veux la pluie, moi, et je veux qu’on se mouille. Pourtant, oui, la tentation est immense, mais la cicatrice tout autant.
Regarde-moi, sors un peu de ta jungle, et dis-moi qu'en ferons-nous ?
04:35 Publié dans Incommunicabilité | Lien permanent | Envoyer cette note
ChaîneS
1 - Quelle est la chanson française qui t’évoque ton enfance ?
Le Roi Léo (clique)Et c'est pas Ferré.
Un rêve fou et oedipien d'un lion, d'un bon, d'un vrai, d'un fort, d'un tatoué.
et sinon
J'étais folle de ce truc. Et il y a un message social en plus, je te ferais dire.
Je les connais encore par coeur (hypermnésique)
2 - Quels sont ta chanteuse et ton chanteur préférés ?
Je suis complètement fan des voix de hardeux, des fois j'aimerais qu'ils chantent d'autres trucs. La voix de Robert Plant,(clique) (quand même)celle de Steven Tyler...(je vous épargne les vidéos ...atrominables d'Aerosmith)
La voix de Bob Seger, aussi.
Quelque chose d'unique dans le chant de Jason Molina (clique)aussi.
Respect total et amour éternel pour Robert Wyatt.
Bonnie Prince Billy, la caricature de voix de Marty Anderson...enfin bref, trois mille, quoi.
Chez les filles j'aime bien celles qui ont des voix pas de fille, genre Patti Smith.
J'aime bien la voix d'enrhumée et le phrasé de Laura Veirs.
Les timbres doux, clairs, et fragiles qui ne poussent jamais, genre la première chanteuse de Morcheeba, Susanna Karolina Wallumrod...
et demain, je vais penser à plein d'autres. Evidemment et je vais faire haaaan j'ai pas dit T. Moore et J. Mascis !!
3 - De quelle chanson de variété aurais tu aimé être l’auteur ?
Ne m'appelez Plus jamais franANceeeeeee, c'est une chanson qui a le don de me plonger dans un état de fou rire avancé même sans substance illicite.
4 - Quel est aujourd’hui l’air que tu fredonnes ?
J'ai saoûlé à peu près tout le monde avec Undress me Now chanté façon Rappeuse il y a quelques temps.
5 - Quel est ton meilleur souvenir de concert français ?
Le seul français que j'ai vu en concert c'est Thiéfaine. Et je le trouve vraiment excellent sur scène. Sinon...j'ai vu Francis Lalanne (clique) (non, je déconne) aussi mais j'ai pas fait exprés. On était devant le Théâtre de Verdure avec des T shirts Deep Purple + Scorpions + Black Sabbath = Défonce Eternelle Infinie, et le videur nous a dit d'entrer.(ils devaient pas avoir assez de monde ). On est entré. C'était un concert A CAPPELLA (ils devaient pas avoir de thune) et en cuissardes.(ils devaient pas avoir de goût) J'ai rarement autant ri.
6 - Quels chanteurs ou chanteuses représentent le mieux la France ?
Mon dieu, quand je parle avec certains, je crois , dussé-me je m'immoler à grands coups de marteau sur la tête, il me semble que Lorie plait beaucoup et qu'on a meme traité Carla Bruni d'auteuse, alors...moi, j'abandonne.
Chaîne de Cécile et de Nie, et de quelqu'un d'autre, je me rappelle plus. (désolée)
1 - Quel(s) souvenir(s) avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?
J'ai appris à lire avant l'école élémentaire en écoutant ma grande soeur réviser Daniel et Valérie.
J'ai lu La trilogie de Pagnol vers 6 ans (pour copier ma grande soeur qui l'étudiait)
2- Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?
Pas de livres pour enfants. Je lisais des passages de Zola, ou de l'encyclo Alpha ou du Dictionnaire médical (avec des photos atroces) de la bibliothèque de mon père, et l'Ancien Testament (qui me faisait flippper ma race)
3 - Aimez-vous la lecture à haute voix ?
Non. Mais j'aime certaines voix.
4 - Votre conte préféré ?
La petite sirène. Je m'identifiais à donf.
5 - La meilleure adaptation d'un roman ou d'une pièce de théâtre
Les Rois maudits de Druon, la première version avec Jean Piat à la télé.
Un ange à ma Table de Jane Campion (la vie de la romancière Janet Frame)
6 - Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?
J'ai une bonne mémoire et je connais beaucoup de poèmes par coeur, ainsi que des tirades entières de Anouilh notamment, mais de là à les déclamer, au dessous de 3 grammes, non.
7 - Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?
Non. Je ne lis plus aux chiottes depuis que j'ai fait une analyse (cherche pas)
Mais j'en ai beaucoup dans mon lit. (J'ai pas fini mon analyse, aussi )
8 - Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?
Georges Steiner.
Palimpsestes (je me suis pariée de le terminer cette fois)
Bass Plate River
Malina Ingeborg Bachman
9 - Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?
Eluard.
10 - Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?
Je suis incapable de lire lentement. C'est à cause d'une histoire d'empant, j'ai même fait des tests une fois parce qu'on me
croyait pas que je lisais vite (les chiens) Mais j'avoue que Lacan, je prends mon temps.(Je ne comprends pas tout)
11 - Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?
J'aime les bouquins de la Pléiade, leurs pages douces, et les couvertures rigides. J'aime aussi les livres qui ont vécu, avec des annotations qui ne sont pas de moi. J'aime bien l'idée que d'autres aient vu ce que moi je ne vois pas.
12 - Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?
Ceux que j'ai en cours. Mais je suis pas folle du rangement. C'est le moins qu'on puisse dire.
13 - Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?
Oral.
(Je ne peux pas lâcher le sein qui me nourrit.)
Dans tous les sens, en gros.
14 - Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?
Uniquement celles pour le travail.
15 - Offrez-vous des livres ?
Oui. C'est une de mes occupations préférées. (mais j'aime bien aller au restau aussi)
16 - La plus belle dédicace, que ce soit de l'auteur ou de la personne qui vous l'offrit ?
Un ami à moi, auteur de théâtre désormais, lorsqu'il a publié son premier roman m'a fait une très belle dédicace. Un autre, très récemment. (ça fait classe, hein ?)
Une amie m'a offert il y a longtemps, Baise-moi de Virgine despentes et avait écrit au-dessous du titre "...et tu me diras si c'est bon"
17 - Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)
Les odeurs de livres sont celles qu'on leur refile. Je l'ai constaté sur chacun de mes livres sur la Shoah. Ils sentent ma peur.
18 - Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?
Gary, Cohen, Zola, Zweig, Borges... et plein d'autres, quand j'aime je ne compte pas hein...
19 - Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?
Je ne ris jamais en lisant. Je souris à la limite.
20 - Un livre qui vous a particulièrement ému ?
L'île des Condamnés. Dagerman.
Psychose 4.48 Sarah Kane.
Lettres à Felician. Ingeborg Bachman. (t'as vu Alm, je souligne les titres )
21 - Le Livre qui vous a terrifié ?
Le larousse médical des années 5O avec photos à l'appui de la bibliothèque de mes parents. Les bouquins de S. King aussi, il décrit la peur des enfants comme personne.
22 - Le livre qui vous a fait pleurer ?
Voir livres qui m'ont émue. Moi, émue, je pleure. Hein. Bêtement.
23 - L'avertissement / l'introduction qui vous a le plus marqué ?
Une de celle de Vian "Tout ceci est vrai puisque je l'ai inventé d'un bout à l'autre. " Je trouve que rien n'est plus vrai (eh oui)
24 - Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux?
Les heureux et les damnés. (Fitzgerald) (je sais pas pourquoi)
25 - Décrivez votre bibliothèque.
Un foutoir. Rien n'est classé.
26 - Le(s) livre(s) dont vous vous êtes finalement débarrassé ?
Je ne me débarrasse pas des livres, je les prête (et donc ne les revois jamais)
27 - L'endroit le plus insolite où vous lisez ?
J'arrive à lire en étendant le linge...c'est super insolite, ça ? ça va ?
28 - Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?
Un blog de bloggueur influent pour me dire que je rate pas grand chose, ou pour mourir plus vite ...
Heu, non, la Bible, on sait jamais, ...des fois qu'on m'interroge.
29 - Votre livre d'art préféré ?
Miroslav Tichy (photographe)
Oui, mais en même temps, je n'ai pas beaucoup de livres d'art.
30 - La bibliothèque idéale ?
Je n'aime pas les bibliothèques.
31 - L'incipit qui vous a le plus marqué ?
Le début de Voyage au bout de la nuit. Commencer un bouquin comme ça, je trouve ça absolument dément.
32 - La clausule qui vous a le plus marqué ?
"J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres."
__________________________________________
(et voilà- je "taggue" (c'est le nouveau mot d'après ce que j'ai compris) personne parce que j'aime mon prochain plus que moi-même comme tu peux le constater.
19:45 Publié dans Et ta soeur ? | Lien permanent | Envoyer cette note
Blog Normal saison II
Aujourd'hui j'en ai marre de la plage, j'ai trouvé que ce serait super de me foutre de la gueule des mots clefs qui conduisent à mon blog, hein ? hein ? C'est trop bien ça ! En plus je suis sûre que je suis seule et unique à avoir eu cette idée.
0,01% patrick bruel: je t'aimerai
plus fort que moi-même
N'en fais rien.
(pitié)
Et ben finalement, je vais à la plage...il pleut plus.
(Ca c'est pour Augenblick, ça lui apprendra à m'envoyer des vidéos qui font peur)
16:00 Publié dans SelfSephFoutage de gueule | Lien permanent | Envoyer cette note
17h30, 17h30, 17h30...etc
Jeudi: 17h30
Aujourd'hui, le Réducteur de crâne me disait tout le temps quand je me taisais : "Et là ? qu'est-ce qui vient, là ?"
Je ne savais pas quoi dire. Rien ne venait, pas d'images, rien, juste des sons. La pensée désincarnée.
-Qu'est-ce qui vient, là ?
-Beast de Okay.
-Pardon ?
-L 'intro de I'm not an exception de Leiv.
-...Qu'est-ce qui vient, là ??
Il disait ça tout le temps, alors j'ai fini par dire " Mais pourquoi mon silence vous gêne tant ? mmmh ?"
On a bien rigolé.
Enfin, surtout moi.
(Ma vie n'est que joie, cascades de rires, luminescence, tu vois)
Flash back:
Depuis que je suis née, depuis que je suis née, j'ai mal partout. C'est pas le mal d'amour, c'est le mal d'aimer. J'ai mal dans tout le corps et même -ne lésinons pas- dans le corps des autres, et quand je n'ai plus mal, j'attends la prochaine douleur tellement je reconnais rien dans le bien.
Depuis que je ne suis plus angoissée, je suis en colère, une fureur, tout le temps. Je suis en colère contre tout ce qui me fait peur, ceux qui m'ont trahie, comme des agents doubles, les chiens. Elle qui a dit qu'elle ne voulait plus me voir, et qui aujourd'hui me dit que je refuse de la voir. La double contrainte qui m'a accompagnée toute ma vie qui fait que tous mes contours sont si flous et toutes mes amours si foutues. Lui qui est parti pour toujours. Je suis en colère contre tous ceux qui me disent que j'ai de l'importance, en se reluquant le nombril,(Et je pèse mes mots). En colère contre ceux qui me donnent la main pour me couper le bras, qui mentent comme ça, pour se trouver plus beau et qui y croient (Et je baise les mots) et moi je ne suis bien que dans la vérité, je ne respecte que cette règle, je règle l'heure à la vérité du Sujet, hahaha.. même si ça m'ulcère. Même si c'est ridicule de croire à ça, hein ? J'ai tellement de colère en moi que ça hurle dans ma tête tout le temps...(solo de Van Halen) et que je ne dis rien.
Depuis que je ne suis plus en colère, je pleure, je pleure en me levant, en marchant, je pleure dans le cimetière du Ponant, je pleure quand il me dit viens, je pleure quand il me dit pars, je pleure quand je reste, je pleure quand il faut s'en aller. J'ai envie de partir quand je devrais rester, j'ai envie de rester quand il faudrait partir . Je suis en avance tout le temps, je suis en retard de douze mille sentiments. Je cherche de l'air et je trouve que du vent. Je me règle pas à l'heure du sujet.
Je pleure quand toutes les folles de la terre viennent me raconter leur vie, leur coeur, leur névrose, leur douleur (moi, toujours une fois de plus que toi et tralala) et je ne veux rien savoir, moi. Je pleure en lisant Dagerman, Eluard, je pleure en écoutant Marty, je pleure en écoutant Leiv R, je pleure en lisant Biba, soyons fous, je pleure en lisant ce blog, là. Je pleure comme je respire. Ha non ha non, ça ne va pas fort, j'étouffe là. Une pilule comme ça ? Celle-là non, non, je la connais pas. C'est bien ? Je veux dire ça aplatit l'émotion comme le Sero, ça dynamise comme l'Effexor ? ou ça fait des guiliguili dans les artères comme le Solian ?
Depuis que je ne pleure plus, depuis que tout glisse, j'ai le coeur sec comme un crouton rassis, et j'avance dans du vide sur la pointe de mes pieds glacés, et je suis transparente, et les excuses volées, et les baisers tendus, et les mains aplaties, je les vois plus, je les sens plus. J'entends rien ( enfin... si: We won't need legs to stand S. Stevens) Je m'en fous.
J'ai ouvert le robinet pour faire la vaisselle à 12h41, et le soir, je me suis retrouvée là, devant l'évier. De l'eau avait coulé, du temps était passé à travers moi, du temps avait passé, sûrement ? Mais pas moi.
Disparaître dans le siphon comme l'eau sale ! Voilà ! Voilà !
- Et qu'est-ce qui vient, là ?
un jour ? 17h30
Depuis que je suis morte, Docteur, depuis que je suis morte,
je me sens bien, je crois...
Je me sens toujours mieux là où je n'y suis pas.
03:10 Publié dans T'es rapie et autres nombrilismes. | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
l'indécidable
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"Je me brise à chaque tentative de me souvenir."
J' aurais dû m'asseoir à côté de toi, j'aurais dû te dire que j'aimais pas quand tu rentrais doucement comme ça. Parce que tu es rentré plus vite dans ma vie et c'était pas banal, et je préfère comme ça. Je vis tout dans l'urgence parce que je sais que je vais mourir. Plus vite que tu crois. Faut pas écouter les filles qui te disent que tu dois faire doucement, que tu dois faire patiemment. Faut pas écouter les filles. Voilà.
J'aurais pu te balancer les phrases, celles que ceux qui doutent ne disent pas, et ils pensent les retenir pour s'éviter le pire. Mais le pire est déjà là puisqu'ils ne les disent pas.
J'ai rien dit parce que j'avais honte, et aussi parce que j'avais peur de le penser tellement fort, c'est tout.
J'aurais pu choisir de te dire toute ma colère, ma déception. Parce que j'ai beau creuser, tu vois, j'ai beau trouver plus simple, plus tranquille, plus beau, plus jeune, plus joyeux même, plus endurant et tout le bataclan, ça me brûle pas. Ça me déborde jamais. J'ai essayé de tout détruire et je n'y arrive pas. C'est chaque fois pareil, je suis abrutie devant ton intelligence, tant les autres sont bêtes; ton regard en coin, tant les autres sont fats; ton cul divin, quand les autres sont plats; ton doigt plus court à cause d'un accident de porte, ta façon de n'avoir jamais dit d'une ex le moindre mal, même à quart mot, sans jamais faire le douloureux muet, ton absence totale de crainte devant ceux qui te dépassent, sans ostentation, ta franchise d'asocial dont j'ai eu honte parfois, mais je préfère ça que la diplomatie à deux francs, qui ne protège que les diplomates. C'est clair et net maintenant. Ta pudeur, ma brutalité, et vice versa, ta connerie, énorme; la mienne, immense; ton humour que je saisis pas, mon humour que tu comprends pas. C'est là que je suis, sinon bien, tout au moins un peu à ma place.
Mais j'oublie rien, j'oublie pas. Je me rappelle de toute la rage, et de "je ne t'aime pas", et du reste. Les conflits ne m'ont jamais fait peur. Je les hais, mais je ne les évite pas. Il aurait fallu se taire, il aurait fallu "parler". J'ai rien fait. Il aurait fallu ravaler, ne rien attendre, "patienter" ou que ça se tasse. Je sais pas. J'ai jamais su, et je veux pas savoir. C'est ça le pire.
Je me rappelle aussi de tes bras quand je suis sortie de la chambre froide, de ces larmes que tu cachais pas. Je me rappelle trop bien tout ça.
Passé, présent unis devant Dieu. Depuis Homère, il paraît que toute la littérature ne parle que de ça. Les blogs n'y échappent pas.
Je veux pas attendre raisonnablement la deuxième année de concubinage pour subodorer un possible et éventuel sentiment d'attachement. (attends, je vomis). Je veux pas me dire que là, ça va, je souffre pas, alors, ça va. J'aime la tête de moi que je vois chez toi. Je t'aime pour moi, oui, et alors ? Je ne veux plus d'enfant de toi, je veux même pas que tu me fasses l'amour, je m'en fous des orgasmes, non c'est pas vrai, je mens. Je m'en fous pas. Je veux que tu me restes, je veux que tu sois là, même quand moi, je me casse. Je veux que tu me redemandes en mariage 1h après m'avoir rencontrée, que je te réponde oui, mais que je vais faire semblant de réfléchir pour avoir l'air crédible. Je veux que tu me dises qu'avec moi, t'es sûr d'être aimé. Je veux que tu me dises que tu es bouleversé. Je veux que tu me dises que je te fais chier. Je veux te répondre "C'est çui qui dit qui l'est." Je veux avoir mon coeur qui saute quand je vois ton nom sur mon portable. Je veux que ton coeur pète quand je descends du train. Je veux que ce soit comme avant. La tête plus dure que du ciment.
Je veux te dire "Ne m'en veux pas" et que tu me répondes "Mais je t'aime, tu me demandes l'impossible, là." Je veux faire semblant de m'intéresser aux scandales des OGM, faire semblant d'apprécier l'horreur absolue d'un album de Bashung en continu, juste pour le son de ta voix qui le parle. Ce que tu dis, je m'en fous. La forme je te l'ai dit, la musique, seulement. Le fond, c'est du vent pour se grandir.
L'amour est con comme un balai. J'ai cru que mon regard t'importait moins que ce que j'avais à taire. J'ai jamais rien "pensé". J'aurais dû. j'aurais dû et je sais pas. Je voulais qu'on se doive rien. Un vieux rêve de gratuité, un vieux désir d'unicité quand autour, je vois que tout se paie, et je me sens flouée, forte, merdique, indépendante et abandonnée.
Je veux pas faire d'efforts, et essayer de te comprendre. Je ne suis pas chrétienne. Je suis de cette sale race qui pleure quand c'est gai pour elle parce que c'est sûrement dégueulasse pour quelqu'un d'autre, et qui se moque pour pas pleurer. Je t'en veux, je te trouve odieux. Je voudrais t'arracher les yeux. Je veux pas que tu me consoles, je veux pas qu'on s'"explique", je ne veux pas de tes excuses, je ne te dédouanerai jamais. Vois, je garde les miennes pour me rappeler tout le mal que je t'ai fait. Je prends toujours mes responsabilités. Je veux pas que chacun se renvoie sa douleur pour justifier son égoïsme, je veux pas qu'on s'arrache les mots qu'on attend. Je voudrais t'écrire des milliers de lettres. Je voudrais que tu les lises pas. Je voudrais que tout recommence, aussi raté qu'avant. La tête plus dure que du ciment.
Je m'en fous de l'équilibre. Voilà. Je m'en fous d'une histoire qui "marche", avec des horaires, et des coïts organisés, une construction brique à brique, une entreprise qui roule, une petite satisfaction de manufacture réussie, un tapotement de ventre repu tout fier de sa capacité à bouffer. Rien ne va de soi. Nous n'avons que notre histoire, toi comme moi, nous n'avons que notre putain d'histoire, bancale, stupide, raturée, pathétique. Cette page est la seule qui nous appartienne vraiment.
Je la tourne pas, cette saloperie de page; la suite de l'histoire, je m'en fous. Je la sais déjà poussive, avec des poses écoeurantes, des respects qui vont m'emmerder, des goujateries stratégiques, des délais légaux soporifiques. L'amour croque-mort, avec un sourire grave et des mots retenus. L'amour copain qui rend service, l'amour courtois qui fait bien attention, oui, mais à soi.
Je suis suspendue, j'écrirai rien de bon, je tremperai ma plume pour écrire un misérable mot, ma chandelle est morte, ouvre-moi la porte, puisque
j'ai plus rien d'un feu.
__________________________
"Ma part, c'est d'être perdue."
13:15 Publié dans Incommunicabilité | Lien permanent | Envoyer cette note
Nuit d'hier
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Château -III-
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Châteaux - II -
Tout ça c'est une histoire de marche.
On se connaissait depuis quelques heures,
quelques heures seulement
et déjà, on avançait en parlant
(de quoi ? De rien sans doute.
Il fallait juste une musique
pour nous porter,
les mots faisaient l'affaire)
Un "Tu" devenait le summum de l'intimité,
un "peut-être" le symbole de toutes les promesses
- qu'on n'a pas tenues-.
On marchait sans se regarder, ensemble,
sans" s'adapter" au pas de l'autre,
malgré tes grandes jambes,
malgré mes sandales imbéciles.
On marchait du même pas,
s'arrêtant au même moment,
sans se concerter,
sensible aux mêmes nécessités
de pause,
ou de silence,
parce qu'il faut bien respirer,
n'est-ce pas ?
Il faut bien vérifier que tout ça a un poids,
une réalité,
que tes yeux sont vraiment
ceux de celui qui marche
à côté de moi,
en amande comme ça.
On ponctuait du pas
au même moment.
Ca me faisait rire,
comme une gosse
qui a du mal à croire à l'énormité du cadeau.
Je suis sûre qu'on aurait pu écrire une partition
avec ça,
notre marche, de beaux silences,
une mélodie simple, avec une impatience.
Je suis certaine que ceux qui nous croisaient
pensaient
que nous nous connaissions depuis toujours.
On s'est assis sur les rochers.
C'était la nuit noire
et juste le blanc de nos yeux
pour nous éclairer un peu.
La mer nous éclaboussait à un rythme régulier,
des gouttelettes de méditerranée
sur nos mollets.
J'écoutais, tu me regardais.
J'avais peur que cela devienne
un interrogatoire
ou pire,
une conversation.
Le baiser, je te jure,
le baiser était une urgence.
C'est moi qui me suis penchée pour le coda.
Pour en finir et recommencer.
Nos bouches doucement
ensemble,
au même pas,
s'arrêtant au même moment
sans se concerter,
assis sur les rochers,
deux ombres à une tête, éclaboussés.
On n'a plus rien dit, on a continué, marcher,
un peu plus vite, pressés
tellement pressés.
00:00 Publié dans Journal de Mes Bords. | Lien permanent | Envoyer cette note
Châteaux - I -
Soleil liquide, j'ai de nouveau la lumière sur l'épaule, ce rond que j'aime bien, comme un flash dans le brun de la peau. Ca sent le monoï, le sel, le pastis, la socca trop grasse, le bitume trop chaud. Mes ongles ont l'air trop blanc.
Je glisse dans l'eau et j'avance jusqu'au bout des cheveux, je ne reste pas longtemps debout dans la mer, je suis une piètre nageuse, je respire mal, même hors de l'eau, mais j'aime bien les différences de froid aux chevilles, dans le plein du dos, le haut du crâne, et puis je me redresse, je sors. J'enfonce mes pieds dans le sable, je plonge mes mains aussi. Des gants, des bas de grains. Ici, il est moins beau , moins frais, moins doux, tellement plus épais que lorsque nous étions là-bas. Là-bas, c'était vraiment de la poudre d'or. J'avais eu peur de la violence de l'Océan, la première fois. J'avais eu peur quand je t'ai vu partir si loin, et ta tête soudain minuscule qui apparaissait entre deux brassées d'Atlantique. J'avais eu peur de la marée qui surgit entre les deux falaises. Mais j'avais trouvé ça plus que beau. J'étais la petite méditerranéenne qui brunit à côté de l'huile de l'eau, et qui croit connaître la mer.
La plage était tellement grande, si loin les uns des autres, et quand j'étais vexée par ce que je prenais pour de la froideur, et que j'avançais, seule, avec la terreur de m'égarer, de perdre ton chemin, avec la panique que tu ne me rattrapes pas...
J'étais fascinée par le feu dans la cheminée au mois d'août, j'étais fascinée par mon goût de ne rien faire, et de me laisser t'aimer.
Nous n'échapperons à aucun cliché. Tous nos souvenirs ont le goût de la mer.
01:00 Publié dans Journal de Mes Bords. | Lien permanent | Envoyer cette note
Ava & Gweltaz
Ava s'est réveillée trop tôt. Elle sent qu'elle va mourir. Là, c'est sûr. Ici, c'est certain. Elle allume la petite lampe, et regarde ses mains, des ruines, en lambeaux, déchiquetées, le coeur gonflé comme avant l'implosion, et la suée glacée du cuir de la tête jusqu'aux reins. Se taire et respirer, respirer...se taire.
Mais pourquoi faire puisqu'elle va mourir?
Autant le dire à quelqu'un.
Un mouvement involontaire- tu parles- vers le mollet de Gweltaz, un rappel à l'ordonnance, au bon débarras de son corps. Il attrape sa main:
- Tu es brûlante mmmh
- Mais j'ai froid et je vais mourir.
- Non tu sais bien, que ça n'arrive jamais.
- Je te jure que cette fois c'est vrai. J'ai une pointe là, et une douleur ici, et une névralgie à gauche, plus de souvenirs que si j'avais mille ans, et je respire mal, en plus.
- Je t'emmène à l'hôpital.
Il est déjà assis sur le lit, il cherche ses affaires.
- Mais j'ai peur de l'hôpital. Tu le sais, j'ai peur j'ai peur j'ai peur !!
- Bon, viens dans mes bras.
Il laisse échapper un soupir, l'absence de rationnalité le fatigue, la peur sans objet lui est etrangère, au bienheureux breton.
- Oui, mais si je meurs dans tes bras, tu vas être complètement traumatisé, je pense.
- Moi je crois que tu as juste envie de ...ne me regarde pas comme si j'avais insulté ta race, quoi ? c'est pas la mort tu sais...
-....Tu dis n'importe quoi, c'est pas le moment de rire tu sais...Tu me prends jamais au sérieux même quand je meurs.
- J'appelle SOS médecin, tu es livide, c'est vrai. Je te dirais bien que c'est à cause de ce néon blanc de merde, mais peut être que non, après tout.
- Nooooon prends moi dans tes bras.
- Mais y a deux minutes tu as dit non !!
- Mais quand je dis non, ça veut dire que j'ose pas dire oui, et quand je dis oui, ça signifie que je devance ton non. C'est tout de même pas compliqué ! J'ai peur j'ai peur j'ai peur j'ai peur
- Il est trois heures du matin. Il est TROIS HEURES Du matin. Et tu vas pas mourir.
- ..Il y a pas d'heures pour crever, pourquoi pourquoi je peux pas mourir dans mon sommeil comme tout le monde ? Pourquoi ça me réveille en pleine nuit la mort, à moi ? Pourquoi ce grand vide quand je pense à nous ? Pourquoi ?
- Je sais pas, écris un poème.
- ....
- Je vais téléphoner à mon frère, il nous dira.
- Mais ton frère c'est pas un médecin !
- Mais oui, il est médecin ! il est même chef de clinique, tu le sais très bien !
- Mais il n'est pas juif, c'est pas un vrai docteur !
- Je vais nous faire un truc chaud, tu veux ?
- Non non il faut que tu dormes, il faut que tu dormes, c'est pas grave va. Tu me crois jamais, et tu comprends rien. Je vais crever dans le salon comme ça tu seras tranquille.
- Je crois ce que je vois, et crois bien que si tu meurs, je serai inconsolable, évidemment, mais pour le moment tu me parles et même tu m'emmerdes, donc je considère que tu es vivante, je peux ?
- Tu serais inconsolable, si je meurs, c'est vrai ? c'est vrai ?
- ...ben oui.
- Ca me touche, tu sais.
- Mais c'est NORMAL, tu es ma femme !
- Prouve-le.
- ?
- Tue-moi. Tue moi, je veux voir comment t'es quand t'es inconsolable.
- Pourquoi faut toujours que ce soit si compliqué ?
- Je crois que j'aime pas la routine, mais c'est inconscient. Je fais pas exprès de mourir tu sais.
- Mais c'est toi qui parles de routine, là ? Ca fait douze fois que tu meurs ce trimestre !
- Oh Gweltaz, casse-moi la routine, casse-moi la routine, je t'en prie !
(fondu déchaîné)
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