05 juillet 2008

Ava & Gweltaz


 
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27180fff02c81e0c79774cf55999f885.jpgAva s'est réveillée trop tôt. Elle sent qu'elle va mourir. Là, c'est sûr. Ici, c'est certain.  Elle allume la petite lampe, et regarde ses mains, des ruines, en lambeaux, déchiquetées, le coeur gonflé comme avant l'implosion, et la suée glacée du cuir de la tête jusqu'aux reins. Se taire et respirer, respirer...se taire.

Mais pourquoi faire puisqu'elle va mourir?

Autant le dire à quelqu'un. 

Un mouvement involontaire- tu parles- vers le mollet de Gweltaz, un rappel à l'ordonnance, au bon débarras de son corps. Il attrape sa main:

- Tu es brûlante mmmh

- Mais j'ai froid et je vais mourir.

- Non tu sais bien, que ça n'arrive jamais.

- Je te jure que cette fois c'est vrai. J'ai une pointe là, et une douleur ici, et une névralgie à gauche,  plus de souvenirs que si j'avais mille ans, et je respire mal, en plus.

- Je t'emmène à l'hôpital.

Il est déjà assis sur le lit, il cherche ses affaires.

- Mais j'ai peur de l'hôpital. Tu le sais, j'ai peur j'ai peur j'ai peur !!

- Bon, viens dans mes bras.

Il laisse échapper un soupir, l'absence de rationnalité le fatigue, la peur sans objet lui est etrangère, au bienheureux breton.

- Oui, mais si je meurs dans tes bras, tu vas être complètement traumatisé, je pense.

- Moi je crois que tu as juste envie de ...ne me regarde pas comme si j'avais insulté ta race, quoi ?  c'est pas la mort tu sais...

-....Tu dis n'importe quoi, c'est pas le moment de rire tu sais...Tu me prends jamais au sérieux même quand je meurs.

- J'appelle SOS médecin, tu es livide, c'est vrai. Je te dirais bien que c'est à cause de ce néon blanc de merde, mais peut être que non, après tout.

- Nooooon prends moi dans tes bras.

- Mais y a deux minutes tu as dit non !!

- Mais quand je dis non, ça veut dire que j'ose pas dire oui, et quand je dis oui, ça signifie que je devance ton non. C'est tout de même pas compliqué !  J'ai peur j'ai peur j'ai peur j'ai peur

- Il est trois heures du matin. Il est TROIS HEURES Du matin. Et tu vas pas mourir.

- ..Il y a pas d'heures pour crever, pourquoi pourquoi je peux pas mourir dans mon sommeil comme tout le monde ? Pourquoi ça me réveille en pleine nuit la mort, à moi ? Pourquoi ce grand vide quand je pense à nous ? Pourquoi ?

- Je sais pas, écris un poème.

- ....

- Je vais téléphoner à mon frère, il nous dira.

- Mais ton frère c'est pas un médecin !

- Mais oui, il est médecin ! il est même chef de clinique, tu le sais très bien !

- Mais il n'est pas juif, c'est pas un vrai docteur !

- Je vais nous faire un truc chaud,  tu veux ?

- Non non il faut que tu dormes, il faut que tu dormes, c'est pas grave va.  Tu me crois jamais, et tu comprends rien. Je vais crever dans le salon comme ça tu seras tranquille.

- Je crois ce que je vois, et crois bien que si tu meurs, je serai inconsolable, évidemment, mais pour le moment tu me parles et même tu m'emmerdes, donc je considère que tu es vivante, je peux ?

- Tu serais inconsolable, si je meurs, c'est vrai ? c'est vrai ?  

- ...ben oui.

- Ca me touche, tu sais.

- Mais c'est NORMAL, tu es ma femme !

- Prouve-le.

- ?

- Tue-moi. Tue moi, je veux voir comment t'es quand t'es inconsolable.

- Pourquoi faut toujours que ce soit si compliqué ?

- Je crois que j'aime pas la routine, mais c'est inconscient. Je fais pas exprès de mourir tu sais.

- Mais c'est toi qui parles de routine, là ? Ca fait douze fois que tu meurs ce trimestre !

- Oh Gweltaz, casse-moi la routine, casse-moi la routine, je t'en prie !

 

(fondu déchaîné)

 

____

 

 

04 juin 2008

"J'étais tombée dans l'amour..."

 
 

S'il suffisait de disparaître pour que j'oublie, je trouverais le moyen de m'évaporer. J'effacerais les remords, les regrets, les souvenirs, les cicatrices, la violence du goût que j'ai de toi, un claquement de doigt. Je tournerais la porte, je fermerais la page, je passerais à travers autre chose, j'enfilerais des pilules, je cracherais mes perles, je regarderais les yeux fermés, je me tiendrais plus loin.
J'ai haché menu toutes nos scènes, j'ai dispersé les photos, un coup d'épée dans l'eau.  Mais j'ai cette forme parce que tes mains. C'est comme si. A cause de.
En dépit des mauvais sangs, des colères épidermiques, des fureurs, du pathétique d'une explosion qui naîtrait  d'un retard, d'une absence de regard, ou pire encore, je voudrais que tu m'aimes comme un seul homme.
Je voudrais cesser de parler de mon passé comme si c'était mon avenir.
je voudrais me sentir vivante, ne plus me regarder faire semblant d'être, étudier comme une archéologue les mouvements des autres qui ont l'air de trouver ça normal, d'être là.

                                                  XXX
 

 

J'aimais bien l'idée d'être sauvée, d'avoir besoin de quelqu'un. J'aimais bien cette idée-là, que tu te penches au dessus de moi et que ça me ramène à la vie.   Evidemment. Je ne te croirai pas si tu m'aimes. Tu ne mens pas, tu te trompes. Je ne me croirai pas si je t'aime. Je te trompe. Je suis une imposture, et je ne sais pas ce que je sens. C'est cette place que je n'ai pas eue, et j'ai le vertige de la liberté: l'angoisse sous la peau.

- 60 euros.

                                                XXX 

 Tu vois, tout bien réfléchi, je n'aime pas trop me sentir vivante. A chaque fois, on dirait qu'il faut que je le paie.

 

                                                XXX 

Tu disais toujours que tu avais peur que je guérisse. Tu craignais de me donner l'impression d'être plus vieille, moins entière. J'étais terrifiée à l'idée que tu aies raison. Je n'ai pas confiance en mes convictions. Je m'en cognerais presque la tête contre les murs tellement c'est ignoble de sentir si vide, si longtemps.

 

                                                XXX 

Depuis mon père, je ne me fais plus d'illusions sur personne. Quand ça s'agite entre mes côtes, quand ça cogne mon palpitant, j'ai l'impression d'être de ce monde.

Je voudrais me faire des illusions.

- Crois en Dieu.

                                                XXX 

J'ai ma mythologie personnelle. Je croise des icônes qui me sont saints, des reliques intimes intérieures: un lutin bancal,un koala empaillé, une sirène noyée par trop d'air, les verres intouchables derrière la vitrine de ma mère, ma mère en vitrine, belle à se damner.

- La messe ? j'la sais pas. 

                                                XXX 

La main de mon fils est presqu'aussi grande que la mienne.

Je lui donne la main. Ce n'est plus le contraire. Ca me donne le vertige des bras.

 -  Lève les yeux.

                                                XXX 

J'aimais l'idée que tu me sauves, que tu m'emportes. J'ai beau m'être résolue à tout, j'ai cette absurde croyance,  de confondre l'amour avec toi.

Ne dérange que toi.                                                

                                               XXX 

J'ai marché dans l'amour.

 Voilà, cette odeur, je m'en débarrasse pas.

                                                 XXX

 

 

 


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11 janvier 2008

Scène (du) 2


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but if you stick with me you can help me
I’m sure we’ll find new things to burn
cause we are proof that the heart is a risky fuel to burn
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- J'ai besoin de le faire, écrire comme on se venge, comme on recrache les mots qu'on n'a pas dits. Ecrire sans essayer de me convaincre. Je me sentais la force de te suivre, et même de t'accompagner. C'est dingue comme on peut se planter. Je me sentais la force de t'aimer dans tous les sens, dans tous les termes. Puisque l'amour est une idée. Je suis douée pour m'en faire, moi, des idées. 

Mais tout ceci ne dure jamais.

Et je m'effondre, tu sais, je m'effondre. Tu veux des preuves ? Une seule note, continue , éternelle, lucide et aiguisée. Un la mineur. C'est ma note préférée. Et regarde, quelques scatophaga stercoraria volent tout autour de moi... 

 

 - Chaque fois que nous avions ce qu'il est convenu d'appeler une explication, tu tournais le dos, ulcérée, le cou dressé. Ne me prends pas pour l'imbécile que je suis, tu le savais que j'allais te rattraper. Tu jouais des cheveux, des cheveux qui volaient quand tu t'en allais. Je m'en vais, tu disais. Laisse-moi partir. Faut croire que ça me faisait bander, la fille qui voulait s'en aller, la fille qui voulait qu'on la rattrape, qui joue à celle qui va se casser, et la main qui rattrape le bras. Et "là tu me fais mal", avec les larmes bien synchronisées, et ployer ici-même sur l'escalier, et  m'embrasser m'embrasser en me traitant d'enfoiré. Tu ne regardais jamais la télé, toi. Mais c'était comme au cinéma.

 Je me redresse, tu sais. Je me redresse. Moi, ça va. Et toi ?   

 

- J'ai besoin de le faire, écrire, comme tu te venges de tout ce que tu as subi de mon silence comme tu dis. Je me sentais la force, et j'ai failli. Je n'ai jamais regardé un autre, désiré d'autres mains. Je trouvais ça, facile la fidélité. Il me suffisait de t'aimer. C'était la sécurité, l'envie de repères, et tu me cadrais. Tu t'occupais de tout ça. Tu disais c'est comme ça. Je me révoltais pour la forme. Pour avoir la forme d'un moi. Et j'étais rassurée d'avoir tes contours, tu sais.

Mais tout ceci ne dure jamais.

Et je m'effondre, tu sais, je m'effondre. Tu veux des preuves ? Une seule note, continue , éternelle, lucide et aiguisée. Un la mineur. C'est ma note préférée.  Et regarde, quelques scatophaga stercoraria volent tout autour de moi...

- Chaque fois que tu te levais avant moi, tu revenais à moitié habillée. Je m'en vais tu disais, c'est l'heure. MMh je grognais. Non, mais je venais te dire que bientôt tu devrais toi aussi te lever. Mmmoui,  je grommelais. Maintenant que tu es réveillé, tu peux te rendormir, tu me disais. Et on rigolait. La main devant la bouche, avec des bruits d'imbéciles.
Maintenant, je me demande où tu dors.


Je me redresse, regarde-moi. Je me redresse. Moi, ça va. Et toi?  

Tout ceci ne dure jamais....(ad libidum)

 

 

 

 

 

 

 

(pour Ellisa) 

20 décembre 2007

Scènes de guerre.


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Ils sont dos à dos dans chaque guillemet, corps à corps entre parenthèses pour l'illusion du dialogue.
Ils sont derrière un écran chaque fois qu'en rage.
Jamais jamais, ils ne sont coeur à coeur, les condamnés.
 

 

Ma colère, elle ne passe pas, protéiforme, pleine de pitié et de chagrin en mon endroit, pleine de rage et de dégout envers et contre toi. Ma colère, ma maladie de peau.

Je t'en donne un morceau, prends, découpe, c'est pour toi, avale et étouffe-toi avec. C'est de bonne guerre. Je te le dis, moi, l'endémique étouffée.


Je griffonne  sur trop de cahiers, quand j'ai envie de hurler, comme une dernière volonté, désaxée, déchaînée, avec pourtant mes omega 3, et ma vitamine C sur le rebord de l'évier, les jointures serrées, les sourcils froncés, le ventre dur comme un pavé.
Je parle à quatre voix, pour dévoiler à demi mots la moitié de ma vie brisée, avec la violence comme une coutume de famille, comme un trait familier, un gène hérité dans mon coeur.

Je dis coeur ? je suis condamnée.

- ...


" Il me faut bien dire "dans mon coeur", car d'où pourrait venir autrement ce feu de mon sang. Dieu doit m'entendre juste une fois. Est-il possible d'aller criant à travers le monde sans jamais être entendu ?"*

 

Mon silence , je ne veux plus jamais le briser. Je ne veux plus croire en rien de ce que l'on dit vouloir me donner. J'ai compris, un peu tard, que si mon affection est encore désirée,  c'est pour le fard à ton narcissisme, le tréteau pour ton égo.

 Il ne faudrait surtout pas trop se mouiller, surtout rien donner en actes.  Sans rien donner de chair. Je me fais l'effet d'un vampire, quand c'est toi le sang de navet. Il me faut parler propre,

parce que les enfants écoutent,

parce que mal, c'est sale

parce que mon propos sera pris au sérieux si je respire bien du fond du ventre, la syntaxe chiadée, le verbe haut, puritaine phonologique, mais tu sais, j'ai juste envie de te  cracher dans les yeux pour que tu y voies plus clair.


-...

 

"Deux êtres sont en moi, et il n'en est aucun qui comprenne l'autre"*

Ma parole, et si je te questionne, c'est que je te soumets à la question, je suis une intruse dans ton propre petit questionnement. Si je t'aime, je suis trop inquiète. Si je dis la vérité, qui n'est rien d'autre que ce que je ressens, et de ce que mon intuition de hyène sait désormais anticiper,  avec une acuité qui me terrifie moi-même, tu te drapes dans ton toi-même,  disant et annulant dans la même phrase ce que tu veux et ce que tu es.

Je ne supporte plus les mots, je ne peux plus les mots, je les vomis les mots; Je fais ma gastro entérite verbale, tellement je les conchie les mots, je la fais ma syncope des mots, je les évanouis les mots, je les ravale dans un suicide narratif sans aucune trace de désespoir.

"Je préférerais m'arrêter ici et te souhaiter le meilleur, du fond du coeur."*

 

- Tu dis coeur ? 

 "Je dis Chance O ma martelée, chacun de nous peut recevoir la part de mystère de l'autre

sans en répandre le secret." **

 

 

 

 

*I.Bachmann

**R.Char.