11 octobre 2009

Au commencement

Adam Pisher*  était né de père inconnu et sa mère avait bien du mal à se souvenir de quand, comment et avec qui il avait été conçu. Sans doute à cause de la cocaïne. Quand elle se rendit compte qu'elle était enceinte, il était trop tard pour avorter, et puis peu à peu germa en même temps que le foetus, l'idée que ce devait être une fantastique aventure d'avoir un enfant. Sans  doute à cause de l'herbe qui fait rire et parler avec les pigeons. Adam Pisher naquit avant terme et complètement anémié. Au bout de quelques semaines, sa mère trouva que c'était une aventure absolument insupportable que d'élever un enfant. Elle partit en Oklahoma -ou à Nevers, on n'a jamais bien su et Adam fut elevé par sa grand mère maternelle, une femme sourde et muette qui ne le regardait pas beaucoup malgré sa vue excellente.  A l'âge de six ans et demi, Adam Pisher entendit parler du centre de gravité et pris de panique à l'idée que c'était à cause de lui qu'on pouvait se fracasser le crâne en se penchant innocemment par la fenêtre, il se dessina régulièrement une croix au feutre rouge au dessus du nombril. Lorsque la croix s'effaçait, il recommençait.  Il ne se penchait jamais de toutes façons ce qui lui conféra une sorte de démarche guindée tout au long de sa courte vie. Vers l'âge de neuf ans, Adam Pisher fut terrifié à l'idée de perdre son nez. Sa grand-mère lui avait fait comprendre par une suite de gestes désordonnés que s'il continuait à se mettre le médius dans les narines, son nez finirait par tomber.  Adam Pisher se mit en tête de porter régulièrement sa main en éventail devant son appendice nasal avec une petite danse des doigts, pour s'en souvenir, ce qui lui conféra un air absolument autiste. Ce geste lui valut de se faire remarquer par la psychologue  de son école qui tapota longuement son épaule quand elle aperçut le dessin de la famille d'Adam Pisher: Un ectoplasme avec deux yeux jaunes pour maman et un têtard atrophié en guise de père. Adam Pisher n'était pas physionomiste.  "Mais où sont les bras ?" demanda la psychologue . Adam Pisher passa sa petite main maigre devant son nez sur un rythme de bossa chaloupée et ne répondit rien.
Quelques semaines plus tard, Adam Pisher atterrit dans un centre spécialisé en internat après un signalement en urgence auquel sa grand-mère ne comprit rien. Il partageait sa chambre avec quatre garçons un peu plus jeunes dont la principale activité consistait à balancer gentiment le buste d'avant en arrière, à pousser des cris perçants, ou à dormir. Adam Pisher passa sept années de sa vie dans cet établissement et il rencontra une psychiatre une fois. Il lui dit qu'il aimait beaucoup les chiens et comme elle semblait ne pas comprendre, il aboya longuement, à quatre pattes devant elle. Elle ne sembla pas très étonnée, et dit oui ouiiiii , mais elle  ne lui ramena jamais de chien. Il aurait bien aimer posséder un petit chien, Adam Pisher. Ainsi passèrent sept années ou Adam Pisher partagea ses repas avec les quatre balanciers et regardait par la fenêtre , se coloriait une crois près de l'ombilic et dansait de la main devant son nez. 
A seize ans, il put sortir et devint garçon de ferme. Il devait nourrir les poules, nettoyer la grange, et couper du bois. Il ne se plaignait pas. Il y avait un chien à la ferme, un grand chien jaune complètement paralysé de l'arrière train.

Plus tard, Adam Pisher rencontra une petite chienne marrante avec des yeux doux de petit âne. Il en tomba amoureux. Les gens commencèrent à le trouver complètement dingo, et à le dire. Mais lui, il continua de se peindre le ventre et de se gratter le nez, de nourrir les poules et de couper du bois contre un lit dans la grange et une mauvaise soupe. Sa mère le retrouva en revenant de l'Oklahoma - ou de Nevers (?) . Elle dit Oh mon dieu oh mon dieu et elle lui demanda comment s'appelait son petit chien, histoire de dire quelque chose.   Elle repartit aussi sec, car Adam lui faisait un peu peur.  Adam joua un peu  avec sa chienne et se demanda comment la nommer. Il choisit Eve parce qu'il se rappelait vaguement d'un passage de la Genèse lu par une soeur bénévole au Centre Spécialisé. Il lui dessina une croix rouge  sur son ventre doux là où les poils étaient clairsemés.  Il lui dit  "Voilà. Adam et Eve c'est toi et moi. On est faits tous deux pour vivre ensemble" .

Il  vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon.

 

 

 

12 septembre 2009

You Look Great When I'm Fucked Up

1979. C'est un grand lycée du centre de la France, une région plate, où les hivers sont froids.  Il y a un repas au Réfectoire le samedi. A. a dix sept ans. Il déteste les repas de la cantine. Il déteste la queue qu'on doit faire, toujours quelqu'un pour pousser, et lui, il se connait, il ne pourra jamais en rire, jouer le jeu, pousser à son tour dans des grands cris acnéïques, entre la fureur et le fou rire. Alors, il se met au bout de la queue, pas pressé. Il n'aime pas ce lycée. A dire vrai, il n'aime pas grand-chose. Il lui semble toujours que sa place est mal définie. Il aurait rêvé de quitter ce lycée au plus vite, parce que son père y est professeur. Un professeur respecté, sévère mais juste qu'ils disent. Personne ne sait combien c'est difficile de vivre avec son père. Son mutisme, sa violence parfois, cette morale quasi luthérienne qui épuise tout le monde à la maison, et personne qui ne dit rien. Des principes, dit-il. Mais voilà, A. , bien que doué d'une intelligence légèrement supérieure à la moyenne n'a pas de bons résultats. Il écrit très mal, il ne supporte pas l'autorité, il n'écoute pas grand chose. Il a redoublé deux fois. Il dessine, tout le temps, et il place ses deux mains en carré sur son visage. Il cadre, dit-il. Son père a toujours refusé de lui offrir un appareil photo. Un luxe inutile , selon lui. Si encore il obtenait de bons résultats, mais  même pas. Ses soeurs et son frère, plus âgés que lui sont de ces élèves brillants, discrets, qui ne posent aucun problème puisqu'ils supportent les siens.  A. est sans conteste le plus séduisant de tous, le plus créatif, mais il fait figure de vilain petit canard. Vilain petit canard un peu caractériel, pour couronner le tout; qui a brûlé les rideaux de la cuisine à cinq ans parce qu'on voulait le forcer à aller dormir. Par exemple.  Il fait la queue, bien loin des autres lycéens. Son frère est loin devant. Ses amis, il n'en a guère au lycée, quelques uns au bar de la place, avec qui il boit, uniquement pour se saoûler, sinon ça ne représente aucun intérêt pour lui. Et il y a le surveillant général, Mr T, un homme qui terrorise les éléves. On le sent toujours sur le fil du rasoir, prêt à se rompre, les nerfs malades. Il l'appelle, il hurle le nom d' Alain (oui, ça me fatigue de faire des intiales, à un moment). Il lui dit d'aller dans la queue avec les autres. Alain obtempère. Et là, on le pousse. Ce jeu idiot, toujours. Il se retourne, pousse aussi, mouvement dans la foule compacte, protestations. Le Surveillant général hurle "Et ne poussez pas !"
Alain fait demi tour. Il a décidé de renter chez lui. Tant pis pour le repas. En deux minutes, il a vécu quasiment toutes ces années de  lycée, tout ce qu'il y déteste, cette autorité dont on ne comprend jamais les tenants, n'aboutissant à rien.  Et cette stupidité des condisciples. Mais le Surveillant Général ne l'entend pas ainsi. Il se met à courir derrière Alain, l'attrape par les cheveux et le soulève. Le secoue. Le voilà dix centimètres au-dessus du sol. Ca n'a aucun sens, aucun. C'est exactement ce que se dit Alain en se dégageant brusquement,  il lève sa jambe pliée très haut, un reflexe, et il la déplie dans l'estomac du Surveillant Général qui pousse un cri étouffé et s'écroule par terre. Stupide.  Un silence de mort a envahi la cour du lycée. Alain a déja le dos tourné,  indifférent, il retourne chez lui. Mais le Surveillant Général se relève, furieux, l'empoigne et l'entraîne plus loin, le colle contre le mur, la main à la gorge, le poing brandi. "Demande pardon" hurle -t-il, complètement hors de ses gonds. Le câble est rompu. Ce n'est pas par orgueuil qu'Alain répond "Jamais" en crachant. C'est juste qu'il trouve que ça n'a aucun sens.  Le Surveillant Général le flanque par terre, le pied sur le ventre, il hurle "Demande pardon" et sa voix se casse dans un aigu ridicule. Quelques rires fusent dans le rang des demi-pensionnaires. C'est un pion qui arrive, attrape le Surveillant Général aux épaules en disant "ça va comme ça va comme ça ça va comme ça". Et il entraîne Alain vers le Réfectoire.
Et Alain rejoint le rang, il déjeunera à la cantine, mais il ne demandera pas pardon. Il lui semble que cela va au-delà de perdre la face, c'est tenter de rester en place, un peu.  Il s'est placé seul à une table, il ne mange pas. Son frère aîné plus loin, assis parmi ses camarades, le regarde quelques fois de loin. Il voudrait que ce repas finisse vite. Il sait déjà que cela va faire des tas d'histoires, à la maison. Son père, le lycée...Le refectoire est à nouveau plein de bruits, voix, rires, assiettes entrechoquées.
Le Surveillant Général regarde Alain qui ne tremble pas, Alain qui a l'air de ne vouloir qu'une chose, quitter cette table. Il se met à crier, assez fort "Alors, on ne fait plus son mariole, hein..." Un rire qui sonne faux. Alain se lève, le couteau de cantine dans la main. Un petit James Dean du Nord de la France qui fait passer le couteau d'une main à l'autre. Quelque chose lui semble devenir urgent. Le planter dans le ventre de cet homme. Par exemple. Le Surveillant Général  comprend immédiatement son erreur. C'est le frère d'Alain qui se lève et qui crie "Appelez mon père, appelez mon père". Il doit manger dans la salle des profs. Mais ce samedi là, Mr le Père d'Alain est rentré déjeuner chez lui. Le Surveillant Général murmure, affolé "Rassieds-toi."
Alain jette le couteau à terre, il se rue dehors. Son frère le rejoint. Il lui parle, cherche à comprendre mais Alain ne sort pas de son silence.
C'est le lendemain qu'Alain jette à son père à la fin d'un repas austère et tendu comme les autres: "On va te parler de moi au lycée, lundi". Le père n'en demande pas plus. Habitué.

Ce qui s'est dit au lycée, personne ne l'a jamais su. Alain n'a jamais même cherché à le savoir. C'est du moins ce qu'il m'a raconté. Son père ne lui en a jamais reparlé. Depuis ce jour, le Surveillant Général, chaque fois qu'il croisait Alain dans les couloirs insistait pour lui serrer la main, plaisantait avec lui "d'homme à homme", faisait mine de ne pas voir le dégoût dans tous les yeux. A la fin de cette année-là, quelques mois plus tard, Alain fut accepté dans une école de Photo, un internat, en Touraine. Cette année-là, son père avait accepté de payer les frais d'inscription.

13 juillet 2009

σε ένα νησί

Elle detestait le voir fragile et elle s 'employait  a tout faire , pourtant , pour le voir faillir. Elle le placait sur un tel pied d' Estale qu' il ne pouvait que se casser la gueule. Dans ces moments la, c' etait une dechirure dans la poitrine; elle croyait, en conscience, que c etait l' amour en train de crever. Mais, plus profondement, bien sur, il y avait comme une jouisance de se vivre victime d' une abyssale deception, comme si elle avait place toute sa confiance et ses sentiments chez quelqu'un qui ne les meritaient pas, et la dechirure continuait de s'etendre, la douleur de se propager, et elle restait digne, esperant qu' il se maudissait de la blesser autant, ivre de rage de le voir placide et ne comprenant rien, folle qu' il ne se precipite pas avec elle dans son absurde aveuglement, sa cocasse nevrose. Elle se voyait au bout de l'amour, toute usee, a jamais perdue pour lui. Et puis quelques heures, quelques jours plus tard, au detour de rien, elle s'agrippait de nouveau, jusqu'aux ongles plantes dans la peau de ses epaules, eperdue, piteuse, un absurde enthousiasme, a supplier de toutes ses fibres, en ne demandant jamais rien...

28 mars 2009

nobody knows but Jesus

JC3-1.jpg

Photo prêtée par Phasme

 

Petite, je voulais croire à Jésus Christ, j'avais mis un autocollant , une image pieuse derrière les double rideaux . (J'étais juive, c'est pour ça.) J'avais cru comprendre que ça se faisait pas chez nous, alors c'était ma cachette. Je voulais pas vexer mes parents qui l'auraient mal pris tout mécréants qu'ils soient. Mais c'était plus facile pour moi de croire en Jésus qu'en un dieu dont on ne me parlait pas. J'avais une copine qui faisait le catéchisme, avec une fine croix d'or sur son cou blanc, une blonde aux yeux purs, très croyante, tendance tout le monde fait comme il veut mais perso j'aime pas trop les juifs, qui sont riches et radins, les noirs qui sont noirs, et les arabes alors là, ça me fait un peu vomir. Elle était vraiment offusquée que je sois pas baptisée, tendance pauvre fille la main de Djézus à toi elle t'a pas touchée, nananère. Je brûlais de lui dire que moi j'étais Elue, bisque bisque rage, mais j'osais pas. J'ai toujours trouvé ça super prétentieux quand même,ce coup de peuple élu au suffrage individuel de dieu. Elle me parlait de Jesus Christ, sa vie son oeuvre, elle m'emmenait à l'église; les cierges, l'hostie, les peintures, les communions, les chants en latin, les mendiants à la sortie, je trouvais ça joli comme la petite maison dans la prairie, sauf que chez les Ingalls, c'est un Révérend, mais j'allais pas chipoter. La synagogue, moi je ne l'avais vue qu'une fois, et il y avait tant de bruit dedans, tant de prières psalmodiées, si peu d'images, et trop de Loi...Alors, cette pauvre conne blonde avait décidé de me convertir, elle se prenait pour Saül de Tarse, un peu. Elle m'a filé un auto-collant de Jésus Christ, et j'allais le reluquer en cachette derrière les double rideaux. Elle me demandait aussi si je me touchais là où c'était interdit, la missionnaire, mais là, j'avais su quoi répondre, j'avais dit: "C'est même pas interdit, on a le droit de le faire, je te signale. C'est écrit dans OK Magazine."
Alors, j'aimais bien Jésus Christ, sa maigreur, son sang séché, sa tête de martyr, son paréo hippie, et surtout cette idée que je pouvais tout lui confier dans ma tête derrière les double rideaux sans dire des prières qu'il fallait connaître par coeur, ca me plaisait bien. Cette période de Christianisme intense et secret, tendance soeur Léonella, a duré quelques semaines, et puis j'ai déchiré Jésus Christ de la tapisserie à rosaces. J'avais découvert James Dean, sa maigreur, son rictus de teddy boy, sa tête de bissexuel, son blue jean: ça me plaisait. A mort. J'avais fait un journal, chaque page commençait par "Cher Jimmy," et se terminait par " A demain pour de nouvelles mésaventures"...Et puis je me rappelle , un jour, j'étais allongée sur mon lit, j'écrivais dans mon journal à Jimmy que je voulais acheter une plantation dans le sud de la Caroline et rencontrer le leader d'un Punk band, comme ça, je cultiverais le tabac (camel gratoss !!) et il offenserait la Nation. Ce serait le bonheur. Et mon père est rentré dans la chambre, il m'a dit "T'écris encore à James dean..." et j'ai fait "ghmmmxlmmm ?!?" et il m'a dit :"Jésus Christ, James Dean...ma fille, pourquoi tu t'intéresses qu'à des hommes morts...?"

05 juillet 2008

Ava & Gweltaz


 
podcast

 

27180fff02c81e0c79774cf55999f885.jpgAva s'est réveillée trop tôt. Elle sent qu'elle va mourir. Là, c'est sûr. Ici, c'est certain.  Elle allume la petite lampe, et regarde ses mains, des ruines, en lambeaux, déchiquetées, le coeur gonflé comme avant l'implosion, et la suée glacée du cuir de la tête jusqu'aux reins. Se taire et respirer, respirer...se taire.

Mais pourquoi faire puisqu'elle va mourir?

Autant le dire à quelqu'un. 

Un mouvement involontaire- tu parles- vers le mollet de Gweltaz, un rappel à l'ordonnance, au bon débarras de son corps. Il attrape sa main:

- Tu es brûlante mmmh

- Mais j'ai froid et je vais mourir.

- Non tu sais bien, que ça n'arrive jamais.

- Je te jure que cette fois c'est vrai. J'ai une pointe là, et une douleur ici, et une névralgie à gauche,  plus de souvenirs que si j'avais mille ans, et je respire mal, en plus.

- Je t'emmène à l'hôpital.

Il est déjà assis sur le lit, il cherche ses affaires.

- Mais j'ai peur de l'hôpital. Tu le sais, j'ai peur j'ai peur j'ai peur !!

- Bon, viens dans mes bras.

Il laisse échapper un soupir, l'absence de rationnalité le fatigue, la peur sans objet lui est etrangère, au bienheureux breton.

- Oui, mais si je meurs dans tes bras, tu vas être complètement traumatisé, je pense.

- Moi je crois que tu as juste envie de ...ne me regarde pas comme si j'avais insulté ta race, quoi ?  c'est pas la mort tu sais...

-....Tu dis n'importe quoi, c'est pas le moment de rire tu sais...Tu me prends jamais au sérieux même quand je meurs.

- J'appelle SOS médecin, tu es livide, c'est vrai. Je te dirais bien que c'est à cause de ce néon blanc de merde, mais peut être que non, après tout.

- Nooooon prends moi dans tes bras.

- Mais y a deux minutes tu as dit non !!

- Mais quand je dis non, ça veut dire que j'ose pas dire oui, et quand je dis oui, ça signifie que je devance ton non. C'est tout de même pas compliqué !  J'ai peur j'ai peur j'ai peur j'ai peur

- Il est trois heures du matin. Il est TROIS HEURES Du matin. Et tu vas pas mourir.

- ..Il y a pas d'heures pour crever, pourquoi pourquoi je peux pas mourir dans mon sommeil comme tout le monde ? Pourquoi ça me réveille en pleine nuit la mort, à moi ? Pourquoi ce grand vide quand je pense à nous ? Pourquoi ?

- Je sais pas, écris un poème.

- ....

- Je vais téléphoner à mon frère, il nous dira.

- Mais ton frère c'est pas un médecin !

- Mais oui, il est médecin ! il est même chef de clinique, tu le sais très bien !

- Mais il n'est pas juif, c'est pas un vrai docteur !

- Je vais nous faire un truc chaud,  tu veux ?

- Non non il faut que tu dormes, il faut que tu dormes, c'est pas grave va.  Tu me crois jamais, et tu comprends rien. Je vais crever dans le salon comme ça tu seras tranquille.

- Je crois ce que je vois, et crois bien que si tu meurs, je serai inconsolable, évidemment, mais pour le moment tu me parles et même tu m'emmerdes, donc je considère que tu es vivante, je peux ?

- Tu serais inconsolable, si je meurs, c'est vrai ? c'est vrai ?  

- ...ben oui.

- Ca me touche, tu sais.

- Mais c'est NORMAL, tu es ma femme !

- Prouve-le.

- ?

- Tue-moi. Tue moi, je veux voir comment t'es quand t'es inconsolable.

- Pourquoi faut toujours que ce soit si compliqué ?

- Je crois que j'aime pas la routine, mais c'est inconscient. Je fais pas exprès de mourir tu sais.

- Mais c'est toi qui parles de routine, là ? Ca fait douze fois que tu meurs ce trimestre !

- Oh Gweltaz, casse-moi la routine, casse-moi la routine, je t'en prie !

 

(fondu déchaîné)

 

____

 

 

10 juin 2008

Analogie

Je ne suis pas normale. C'est sûr. C'est tout fermé en bas, tout serré, pas fini pas commencé. J'ai rien, c'est cousu comme un ourlet. Elle dit mais non mais non. Elle rigole en mettant deux doigts devant sa dent pointue, pour la cacher. Elle rigole de moi. Elle rigole pour pas que je me doute qu'elle m'a ratée comme bébé, je crois. Elle lave ses culottes dans le lavabo de la salle de bains. C'est rouge l'eau, rouge coquelicot à la mousse. J'ai peur du sang. Je saigne tout le temps, en revenant de l'école, ça fait des gouttes de Petit Poucet sur le trottoir, ça fait des bulles sous mon nez, je saigne tout le temps quand elle crie dans la cuisine, et qu'y a personne avec elle, quand elle parle étranger au téléphone pour pas que je comprenne. ca coule "modérement", elle a dit au docteur. J'ai mes règles dans le nez. On me met dans une machine noire pour voir. Je vois les lignes de mon coeur, c'est le mien. Ca fait des frises moches.

 

Aujourd'hui, C, huit ans dans le cadre de notre exposé sur les fleurs et la peinture qui sera présenté à la MJC en juin, a apporté des Euchères. Elle a dit qu'on appelait ses fleurs aussi "le désespoir du peintre" et elle a fondu en larmes. Quand j'ai demandé plus tard quelques explications. Elle a répondu: "C'est à cause du mot, à cause du mot." La maman convoquée jeudi dernier ne s'est pas présentée. Sans suite.

 

J'ai le ventre trop maigre. J'ai vu le dessin d'intérieur des filles, c'est comme un garçon mais en creux. C'est pas des chairs comme moi. Un jour, un homme me perforera, il me trouera. Je serai "conforme". J'attends, j'attends ça.

ca saigne modérement la première fois. T'as encore mal, mais pourquoi ? T'es pas normale ou quoi ?

Un jour un bébé passera. Il me fera conforme.

 

Mme V : accouchement difficile. Absence de contractions, de dilatation du col. placenta praevia. Forte fièvre. Sans suite.

 

Ca saigne tout le temps, à contretemps. Modérement. C'est pas normal là dedans. Vous avez eu des chocs récemment ? Je suis née choquée, je crois,  coiffée ensanglantée.  Non, non madame, ne riez pas.

Un jour, je serai asséchée, fermée vidée cadenassée. Plus rien ne passera dedans. 

A défaut d'être conforme, une forme de con, enfin, en adéquation. 

  

22 avril 2008

A 62

On s'est rencontre sur l'a62, dans les toilettes de l'aire Buzet-sur-Baïse. Il y avait du vent.  Les chiottes pour hommes étaient hors service. Moi aussi. J'étais en position gardien de but sur les wc turcs, et je chantais

you're terrific when you're drunk

I like you mostly late at night

you're quite all right.

J'étais heureuse, parce que j'avais pensé au kleenex pour m'essuyer. il n'y a jamais de papier toilettes sur les aires d'autoroute, ou s'il y en a, il est rouge, épais et sec, il fait mal. Quand je suis sortie des toilettes, j'avais fini ma chanson et ma vessie vide me donnait le sentiment euphorique et vain de la liberté. Tout redevient possible et léger quand tu n'as plus envie de faire pipi. Tout redevient possible quand tu n'as plus envie tout court. C'est inutile mais c'est intéressant. Il était là, debout, et il réajustait les bretelles de son sac à dos. Il avait une barbe de deux jours, et des yeux qui en avaient vu de belles, avec des pupilles si petites que j'ai tout de suite compris qu'il venait de revoir sa soeur. ll m'a dit "C'etait beau ta chanson d'urinoir" J'ai dit oui, j'ai dit :"Cette chanson est très belle, je dois le reconnaître.", comme si je m'excusais, un peu. Il m'a regardée de haut en bas. Je trouve que c'est plus sincère, moins génant que de bas en haut. Regarder ma  tête avant mon cul, je trouve que c'est une marque de respect. C'est quelque chose qui se relève. A vingt ans, tu te dis que le mec te regarde les miroirs de l'âme ou un autre truc d'un goût douteux, bref, à vingt ans, tu te racontes une histoire.  Quasi vingt ans plus tard, tu te dis juste "Voilà un mec qui sait regarder poliment" Et tu te racontes rien. Ca repose. Il avait bien dix ans de moins que moi. La différence idéale. Il ne me demanderait jamais en mariage, et moi je ne tomberai jamais amoureuse de lui. Nous nous épargnerions donc des repas au restaurant pathétiques ou je lui avouerai sur le ton de la confidence, histoire de dire quelque chose,  que j'avais découvert en analyse que j'étais, tiens toi bien, une boulimique qui se faisait pas vomir, ou plutôt, une anorexique, ouais, mais qui mange. Il aurait fait Ho ben ça alors s'il avait l'intention de me sauter le soir même, ou Tu paies soixante euros pour savoir ce genre de conneries ? s'il avait décidé de se tirer avant le dessert. Ca me faisait un vent frais dans les synapses, comme une liberté urinaire, une autre. Je trouvais ça merveilleux, cette chance de tout ce qu'on allait économiser puisqu'on se reverrait jamais. Je ne serais jamais condamnée à faire la conversation, animée de cet incompréhensible besoin d'être entendue. Dieu qu'il est bon d'être délivré du besoin d'être compris. Il m'épargnerait le narcissisme inhérent à l'homme le plus généreux et ouvert à l'autre, qui, dès qu'il se sent aimé, et désiré redécouvre la béatitude gonflée d'importance d'un nourrisson repu, et souvent ça me dégoûte. Tout ce qui a un rapport avec le lait et le miel me révulse. Nous allions nous épargner tant de choses. J'avais envie de le prendre dans mes bras et de lui embrasser les paupières, pour nous remercier.  Je me disais tout ça pendant qu'il déboutonnait mon Aquaverde, pas trop fébrile, mais le geste sûr. C'était un joueur de saxophone, il avait la lèvre inférieure un peu aplatie. Ca rendait ses baisers insolites. Il avait le ventre dur et les gestes très lents. D'habitude, ça m'exaspère. Les hommes qui continuent de se raconter des fantasmes pendant qu'ils font l'amour m'ennuient un peu. On dirait qu'il se regardent faire. J'aime bien qu'on assume le côté pulsionnel de la sexualité, qu'on en fasse pas tout un fromage.  Les couples qui ont besoin de se raconter par le menu tout ce qu'ils vont se faire, et de créer tout un décor m'épatent. Quel temps perdu. Quand j'ai faim, je mange, sans fermer les yeux pour savourer combien j'aime manger. Disons que c'est être repue qui m'intéresse, pas de faire mijoter le plat. Mais bon, là, ça allait, il ne se prenait pas pour Mickey Rourke. Il avait des gestes lents, je pense, parce qu'il bandait mou.  Je ne l'ai pas pris contre moi, je ne me suis pas dit que c'était parce que j'étais pas sexy. On était au -delà des considérations Marie Claire, je crois. Il avait ses problèmes de bandaison, que veux-tu. Moi,  J'avais mes problèmes de désir froid et roide. Ma faim sèche et désincarnée. On n'allait pas s'en vouloir pour si banalement peu, hein... On était fait pour s'entendre, alors on ne se parlait pas.

On a tranquillement assouvi un désir tiède et fatigué, sur une aire d'autoroute sans se prendre la tête et sans se dire qu'on vivait un truc qui nous ferait décoller tout seul quelques jours, en regardant nos lèvres un peu gonflées dans le miroir de la salle de bains,  sans se la jouer fièvreux du bas ventre.  Je savais que je ne me rappellerai plus son visage dans l'heure qui suivrait. Il savait que je me foutais complètement de savoir s'il aurait pu m'aimer. Ca nous rendait affables et tolérants, bienveillants, amicaux.  On se rendait service sur l'autoroute, en quelque sorte.  J'aurais voulu que ça dure un peu moins longtemps, parce que j'avais un peu froid aux fesses. Il aurait bien aimé que je sois plus active, mais j'ai cette habitude des filles qui ont été suffisamment désirées de pas trop me fouler, je dois dire, de me considérer comme un cadeau du simple fait de m'offrir. Avec l'âge, il va falloir que je reconsidère la question, sans doute, mais ça ne me pose pas de problèmes, en réalité.  Qu'on n'y revienne pas m'arrangerait plutôt, quand bien même ce serait parce que je suis décevante de la gaudriole. Qu'on ne revienne pas à moi, je crois que ça me conviendra toujours, ça m'évite de prendre les devants et de faire pffffffff pour que l'autre commence à comprendre qu'il est temps de tailler la route.

  Quand la chose a été réglée, j'ai failli dire "Merci bien. Mais là, faut que t'y ailles, hein", mais j'ai des lettres alors j'ai juste dit:"C'était très agréable. Je dois filer" Il m'a dit qu'il aurait aimé savoir mon nom. J'ai dit que je m'appelais Louise, parce que j'aime bien ce prénom. Ca n'a pas manqué. Il m'a dit "Ca te va bien" Et j'ai tapoté ma main pour me féliciter. Il s'est éloigné sur la route, il a levé son pouce, il avait encore bien des kilomètres à faire. Je suis retournée faire pipi. J'ai chanté:

Well she's all you'd ever want,
She's the kind they'd like to flaunt and take to dinner.
Well she always knows her place.
She's got style, she's got grace, She's a winner.

Il y avait un homme dehors. Un très grand, très brun, très maigre. Il avait de belles mains. Dix ans de plus à peu près. Une différence idéale. Déjà casé. Il ne me harcelerait jamais. Ca me ferait comme une vessie libérée. J'avais envie de l'embrasser à la naissance des ongles tellement ses cuticules étaient jolies, pour nous féliciter. 

Il a dit "C'est joli, cette chanson ..."


podcast
 

18 mars 2008

Extractions

Avril 1310


  Eliabel entend les hurlements de la femme avant même d'atteindre la barrière. C'est le mari qui ouvre. Il dit "Je crois que ça a commencé."
- Avez vous détaché les vaches ?
- Non, dit il en reculant. Et il se frappe le front.
- Faudra pas pleurer si le cordon s'enroule sur le bébé.
Eliabel s'approche de la femme hurlante qui lui tend les bras, elle renifle son haleine.
- Ton mari te bat ?
- Des fois, des fois....mais je le mérite toujours.
Ce sera un accouchement difficile. Elle a le bassin si étroit.
Elle lui fait boire la poudre de matrice de lièvre.  Le col n'est pas dilaté. Elle met du poivre à ses narines, pour la faire éternuer.
- Tu n'as pas une fille de ferme pour t'adosser ? C'est la grosse Louise qui vient. Elle la soutient par le bras, elle a des haut le coeur mais elle se retiendra.
Eliabel s'enduit les mains d'huile de violette et de laurier, elle entre sa main dans la femme et repousse le bébé. Il faut qu'il se positionne.
Ca hurle longtemps.
f9696edc2c8ae59aa6dd1b4471b6e27e.jpg Et le bébé sort, il crie, il est vaillant. C'est un mâle. Le père, là bas, dit que c'est bien. Qu'on l'appelera Philippe comme notre beau Roi. Eliabel nettoie les glaires du bébé avec un mélange de rose pillée, de miel et de sel et coupe le cordon à quatre centimètres du nombril, été printemps automne hiver.
Elle rentre à nouveau dans la mère qui ne réagit pas vraiment, à la recherche de la secondine. Il faudra la brûler. Le père est fier. Il dit qu'elle peut prendre le cordon. Séché, il se vendra bien à quelque templier.  C'est un puissant philtre d'amour.
On lui offre le vin, une volaille et son bouillon, puisque mère et fils sont saufs.
Ha non.
La mère, non.

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  juin 1976

Nous habitions un rez de chaussée. Il y avait un balcon qui donnait dans le salon. Mon père faisait la sieste, juste après le repas de midi, reprendre quelques forces avant de repartir au chantier. Il a entendu que ça miaulait, là-dessous. Une chatte avait laissé ses cinq nouveaux nés sous notre canapé. Ma mère a trouvé ça immonde, mon père a trouvé ça mignon. Je trouvais le chat blanc plus joli que les autres, je l'ai pris dans mes bras. Quelque chose a fondu sur moi, que je connaissais pas.  Le chat c'était tendre, ça sentait bon. Chaud et vivant.  Mon père a pris les autres chatons, dans un sac. Il a dit qu'il irait les noyer. Pas devant nous, mais j'entendais tout. Ma mère a dit "Et lui ?" en parlant de celui qui têtait ma main.
  Mon père est venu vers moi. Je l'ai regardé comme ça. 
Il a tapé du poing sur la table, je crois bien que c'est la seule fois. Il a dit "Celui là, elle le garde"

Dans l'après midi, la mère des chats est revenue, elle a surgi de dessous le canapé, blessée, folle. Je ne comprenais pas.

Mon père est rentré, il a sorti le sac. Les chats étaient vivants. Il n'avait pas pu, mon père. Ma mère a trouvé ça idiot. J'ai trouvé ça merveilleux. La chatte était là, devant notre grillage. Mon père a laissé sortir les chatons. Ils sont partis tout groggy vers leur mère qui nous regardait fixement. Elle ne s'en allait pas. Je me souviens de ses yeux doux, sûrs, déterminés. Je ne connaissais pas ce regard là.

  Elle ne partait donc pas. Mon père m'a dit : "Il faut que tu lui rendes son bébé."
  A mon père toujours, j'obéissais.
Le chaton blanc a quitté ma poitrine, c'était tout mouillé sur ma robe. Je sentais comme un vide, et c'était tout froid.

La chatte a disparu, ses petits dans la gueule.

Mon père m'a dit: "Tu en auras un autre" et il a tapoté ma main.

J'ai dit oui, mais je savais déjà que ce ne serait plus possible. Il n'y en aurait pas d'autre.

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Ma mère a dit qu'il fallait laver ma robe.
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  Février 2008


Madame T entre dans la pharmacie. Elle achète un test de grossesse. Les pharmaciennes sourient largement, tellement tout ça c'est magnifique. Mme T est mariée, déjà mère. Elle approche de la quarantaine mais on dirait qu'elle s'en éloigne, lui dit souvent son mari, ainsi que son coiffeur.  Mme T se compose une mine, elle joue à l'impatiente ravie.
Elle regarde les deux lignes roses, elle sent la panique monter. Mme T. se dit qu'autour d'elle, tout le monde est "Pour" l'avortement. Mais il sera toujours contre le sien.
 Le médecin dit: "Les tests sanguins le confirment, j'ai une excellente nouvelle pour vous"
Alors, elle ose timidement dire qu'elle a entendu parler d'une pilule abortive. Il dit Ha oui l'ivg maison. Sa voix devient froide, métallique. Il explique le délai légal, il tend les papiers. Il dit tout de même et la pilule du lendemain ?
Elle voudrait dire qu'elle se sent tellement inhabitée le plus souvent, qu'elle ne se sent pas la maison idéale pour faire le nid d'un autre enfant.  Elle n'ose pas lui parler de la fatigue immense de la responsabilité, de la peur, de la difficulté de vivre, de la présence qu'il faut donner quand on est si absente à soi-même,  de la tragédie d'être mère, chaque instant, et de devoir toujours le taire. Qu'un enfant pour elle, c'est une histoire qu'on se raconte avant pour s'habituer, que la bonne surprise, elle ne se fait pas à l'idée. Mais vous êtes déjà mère, aurait-il répliqué.
Elle aurait répondu qu'on n'est pas la même mère pour chacun. Que chaque fois, ça se réinvente. Que si l'amour s'agrandit à chaque enfant, la peur aussi augmente. Quand elle voulait un enfant, personne ne se posait de question. Tout était légitime, magnifique, une évidence. Pourtant, rien n'est plus trouble qu'un désir d'enfant...Mais il ne demande rien. C'est dommage, elle aurait aimé qu'on valide, qu'on lui dise qu'elle avait ce droit-là. Il tend l'ordonnance, sans la regarder. Un sourire maîtrisé. Dans la salle d'attente, il y a écrit " Mon ventre m'appartient". Oui, mais pas le sien.

bbd3ea645caff7e791c26dc0a90e90e8.jpg Elle sort. Elle se sent ignoble, coupable de génocide par anticipation.

Il dit dans son dos "Parlez en à votre mari, tout de même, il a son mot à dire."

Il faut qu'elle trouve quelque chose qui le frappe. Quelque chose qui lui rabatte la certitude, qui le fasse taire. Il faut qu'elle se venge de ce qu'il a injecté.




- Non, tout comme vous, Docteur, mon mari n'a rien à dire, car cet enfant n'est pas de lui.

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Sculptures: Ron Mueck. 

20 février 2008

Devoirs du soir

Cher Simon,

Je suis drôlement contente d'avoir un correspondant. Mon frère, il a un correspondant depuis la troisième, à Londres, et des fois, il part en vacances chez lui, et quand il revient, il a une épingle à nourrices dans le nez et ma mère elle dit que ça peut plus durer.
Mon père il a rigolé quand je lui ai dit que moi pareil, j'avais un correspondant. Il a dit "Ha ben celui -là, au moins il nous coûtera rien." Et ma mère elle a rigolé. Je trouve ça un peu nul, les parents.
Le maître nous a expliqué que maintenant, on avait un correspondant de mémoire et il nous a montré des photos d'enfants très maigres, et tout nus. Je sais pas où t'étais sur la photo, mais jure-moi que tu vas manger un peu. L'anorexie, c'est très grave.
Je sais pas quand c'est que je vais pouvoir venir te voir, moi. Parce que Auschwitz, c'est loin, et il fait froid, il m'a dit mon père. "Mais il parait qu'il y a des fours pour tenir chaud." et ma mère elle a rigolé. Elle rigole trop, je trouve.
Dans la classe, Julie elle a pleuré parce que sa correspondante s'appelle Sarah, comme sa grand tante qui est morte dans une douche à gaz, elle a dit. L'infirmière de l'école à dit que c'etait inadmissible, tout ce cirque.
Le maître a dit qu'il avait envie de vomir. Je me suis dit que tout le monde était maboul voire malade, j'aime pas les gens.
Moi, je vais demander au maître combien ça coûte par mois, une intention à louer.  J'ai très envie de partir de chez mes parents. Ils rigolent trop pour rien. Et l'école, ça me fatigue. Avant j'avais un journal intime pour dire des trucs secrets, mais mon père l'a lu. Il m'a dit que si j'étais vraiment amoureuse de Karim comme j'écris, il va lui niquer la tronche, vite fait bien fait au bougnoul. Ma mère, elle a rigolé. Je te jure, Simon, des fois, j'en ai marre. Je voudrais bien qu'on s'écrive souvent, ça me fait du bien, tu sais. Mais pourquoi tu réponds jamais ?

 

Je te fais plein de bisoux et je t'envoie ma carte Winx Club préférée. J'ai bien aimé le Badge de Shériff de ton club, que nous a montré le maître, mais ça fait un peu bébé, quand même non ? Lol. Si tu as msn messenger, je peux t'envoyer un mp3 de Tokio Hotel, j'adore ! On pourra chatter aussi.  Et toi c'est quoi ton groupe préféré ? Mon père m'a dit que peut-être c'était Guerre Chwing  (c'est du hard, je crois) et ma mère a rigolé.

 

 J'attends ta réponse avec impatience. Prends soin de toi et mange de la viande, pour grossir un peu.

 

Eva Brun.

 

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            G.Helnwein. Sonntagskind.          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(hé oui) 

 

12 février 2008

To be (capitalist) or to have (big boobs.)

f55a8f90300452adb7a76e1abbadec3f.jpgLorsqu'Isadora mit au monde Cindycarla elle se dit que ce serait une excellente idée de convoquer autour du berceau quelques parraines de la mafia du trottoir pour qu'elles formulent des voeux de bonheur et de félicité envers sa progéniture.
En effet, Isadora, même si elle avait raccroché des aiguilles et ses résilles depuis qu'elle avait rencontré Edmond, et contracté avec lui un crédit immobilier à 2,4 % en même temps qu'un mariage civil entretenait d'assez bonnes relations avec son milieu d'origine.
Le jour du baptême, ainsi donc, on vit venir Fillona, maquerelle de son état, toute de pourpre vêtue, le cigarillo en bouche; Roselina propriétaire de "La Petite maison Dans l'Enfoirie", élegante et chirurgicalisée des seins;et Rachidadata surnommée Corleana à St Denis, qui portait un manteau en peau de panda.

  Elles félicitèrent Isadora pour cette reconversion réussie; à savoir un mari informaticien ,incertain chaque jour du renouvellement de son CDD, pour garder la gniâkattitioude, une maison de plain pied, une carte Cofinoga.. et ..ciel !  mon dieu que c'est mignon un petit bébé.


Elles lui dirent qu'elles ne regrettaient pas les 4 789 658 euros demandés pour recouvrer cette liberté, que trop souvent , les prostituées libérées ne fichaient rien une fois émancipées, que c'était beau de savoir se retourner, comme au bon vieux temps, au meilleur moment. 

Elles lui posèrent des tonnes de questions sur la délivrance de l'accouchée, l'épisiotomie, et le retour de couches, d 'un air dégouté, ce qui était fort cocasse de la part de personnes qui fistfuckaient comme qui rigole, certes, mais la douleur, ce n'est qu'une vue de l'esprit, comme disait Marsyas.

L'heure de formuler les voeux était enfin venue.
Fillona leva sa main gantée de satin à pointes sur le majeur, et prononça:
Cindycarla, je te souhaite des seins comme des obus.

 Cindycarla, même si elle n'avait pas encore la parole, poussa un petit rot de contentement.

 Roselina posa sa cuissarde sur le berceau et dit:
Cindycarla, en vérité, tu auras les jambes d'Adriana !


 Cindycarla rendit un peu de lait de bonheur.

Puis, ce fut le tour de Vilepina d'avancer...Mais à ce moment -là, surgit de nulle part PapillonnaHortefa que tout le monde croyait à Fleury-Merogis, une vieille mac qui avait eu son heure de gloire mais qui était fortement soupçonnée d'être une salope de balance et qui n'avait pas hésité à recruter des filles en Europe de l'Est pour agrandir son quota. Elle s'avança, vexée comme un pou, de ne pas être de la fête et dit:
"Cindycarla tous les voeux qui ont été formulés, je les DIVISE par DEUX, voilà BIEN fait ! hahaha !!!"

Tout le monde se mit à pousser des cris de révolte, mais déjà PapillonnaHortofa s'en retournait non sans avoir subtilisé....une bouteille de Mouet et Chandon en chantant "Brûlants sont tous tes orifices, des trois que les dieux t'ont donné, je décide dans le moins lisse de bien  tous vous  enc..."


Pendant qu'Isadora pleurait sur l'épaule d'Edmond , Rachidadata s'avança et dit:


"Je ne puis hélas annuler le voeu de PapillonnaHortofa dont le pouvoir médiatique est grand, car de un, je ne suis pas bobique, et de deux, je suis légèrement pompette, mais je puis, si vous le permettez, l'édulcorer un tantinet. Ainsi donc, Cindycarla, le jour de tes menstrues ok ok ok les voeux seront divisés par deux, mais tu auras en compensation le pouvoir absolument dingue de multiplier les petits pains."

 

Et elle se mit à rire, toute fière de sa bonne blague chretiendémocrate.

Isadora poussa un cri, Cindycarla vomit en fusée du Gallia premier âge, Edmond prit sa tête entre ses mains.

Et à ce moment-là...,

un fondu enchaîné apparut pour nous dire que 15 ans passèrent.

Un jour Cindycarla dit à sa mère qu'elle se sentait bizarre, et alla se coucher très tôt. Le lendemain, elle se réveilla menstruée.

Côté pile, un sein magnifique, en poire, dont la pente était douce et le mamelon tendre, une jambe interminable, galbée, aux muscles légerement apparents, mais pas trop sinon ça fait Lauramamadoua.  Côté face une ptose effroyable masquant complètement l'aréole, et une jambe mimimatienne, aux accents bigeardiens, à la cuisse vergeturée et au mollet hérissé de poils rebelles. Une catastrophe qui rendait la pauvre Cindycarla, en plus de monstrueuse, boîteuse et voutée d'un côté.

Edmond eructa le passé de sa femme en gros jets haineux. Isadora, mortifiée se demandait ce que sa fille allait devenir, puisque même le débouché trottoiral semblait désormais impossible. Cindycarla, elle, ne semblait pas trop affectée par ses difformités, encore innocente et nubile la veille. Elle regardait sa tartine de pain au miel ne point cesser de ne pas finir, avec un rire de gorge à la fois enfantin et suave. Elle se mit à chanter:

P. A . I. N 

Deux consonnes et deux voyelles  je m'emerveille !

P. A. I. N

Je le murmure à son oreille, ça me fait rire, comme un soleil.
 


A ce moment là, un génie capillotracté qui passait  par là dans la théière jaillit et dit que tout allait s'arranger. En effet, il suffisait à Cindycarla de vendre son pain magique, bénéfice net puisque la matière première inépuisable et inépuisée, dans le cadre plus spécifique du « putting-out system », de la liberté individuelle, de la responsabilité individuelle, de  la créativité individuelle, de l'autonomie individuelle,de  la propriété individuelle, des droits individuels imprescriptibles de l'homme, et du respect, même partiel, des principes du capitalisme permettant une prospérité sans précédent, une extraordinaire élévation matérielle, intellectuelle et spirituelle. Car vois -tu, Cindycarla, ajouta-t-il, les atteintes à ces principes ont causé une douleur énorme, par les ravages de la guerre, d'esprit de conquête, du socialisme, et de l'interventionnisme d'état. C'est bien du non-respect des principes du capitalisme que découlent les malheurs qui touchent notre monde. Et le non-respect de ces principes, loin d'être un excès de capitalisme, est au contraire un défaut de capitalisme, bref si tu vends ton pain sans trop te poser de questions, dans quelques mois, tu pourras t'offrir une opération de chirurgie esthetique qui te rendra ta forme originelle.


La petite applaudit, cela fit un gros bruit mou côté face et rendit l'espoir à ses géniteurs, qui envisageaient avec délices une retraite anticipée à moins de 53 annuités.


 Cindycarla acheta une baguette pas trop cuite, et se mit à la multiplier par 47, 08, la vendit comme des petits pains (haha) sans même le cellophane, parce que ça coûte, hein, et un sou c'est un sou; Mangez disait -elle, ce n'est pas cher, à moi, ça ne coûte rien;  car ceci est mon corps, enfin une moitié ! 

 Et elle devient en quelques semaines la femme la plus riche de la région. Elle prit goût aux chiffres, et se mit à calculer savamment tel Adam Smith et se grisa de tant de gains à la sueur de rien. Elle rendit visite à un chirurgien plastique qui lui demanda comme dans un épisode de NickTup: "Que reprochez vous exactement à votre jambe ? Que n'aimez vous pas dans votre sein ?" avant de la chevaucher furieusement pour montrer qui c'est qui commande, puis de lui dire que l'amour, c'était aussi apprécier les défauts de l'autre, quand même, mais qu'il allait voir ce qu'il pouvait faire, ça fera  147  000 dollars.

 

 Bientôt,  Cindiycarla ressortit de la clinique, ses deux seins rigoureusement ptosés pareils et ses deux jambes rigoureusement courtes velues identiques. Isadora avala sa salive et lui dit qu'elle respectait son choix, même si elle ne le comprenait pas, qu'elle la soutiendrait, que c'était son rôle de mère, qu'elle l'avait lu dans "PsychoMag",  mais que quand même bordel de merde,  pourquoi ?

Alors Cindycarla lui divulgua son penchant inavouable pour le nanisme-libéralisme,(une secte qui rassemblait désormais une foultitude de membres,) et la ptose de (noël) mammaire; tout ceci n'est envisageable qu'avec une taille inférieure à un mètre soixante, et une face de rat, si on en croit les statistiques, maman ! ainsi que son ambition, pour les années à venir, devenir présidente de tous les français, une sorte de boulangère du peuple, une levure pour le néant ! 

- Mais une fille de pute ce n'est pas possible ! s'écria sa mère

- Ensemble tout est possible ! rétorqua Cindycarla.

 

 

Photo: Ars1febe8b63bbe55cb1517f782dd5d8e40.jpg

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