05 juillet 2008

Ava & Gweltaz


 
podcast

 

27180fff02c81e0c79774cf55999f885.jpgAva s'est réveillée trop tôt. Elle sent qu'elle va mourir. Là, c'est sûr. Ici, c'est certain.  Elle allume la petite lampe, et regarde ses mains, des ruines, en lambeaux, déchiquetées, le coeur gonflé comme avant l'implosion, et la suée glacée du cuir de la tête jusqu'aux reins. Se taire et respirer, respirer...se taire.

Mais pourquoi faire puisqu'elle va mourir?

Autant le dire à quelqu'un. 

Un mouvement involontaire- tu parles- vers le mollet de Gweltaz, un rappel à l'ordonnance, au bon débarras de son corps. Il attrape sa main:

- Tu es brûlante mmmh

- Mais j'ai froid et je vais mourir.

- Non tu sais bien, que ça n'arrive jamais.

- Je te jure que cette fois c'est vrai. J'ai une pointe là, et une douleur ici, et une névralgie à gauche,  plus de souvenirs que si j'avais mille ans, et je respire mal, en plus.

- Je t'emmène à l'hôpital.

Il est déjà assis sur le lit, il cherche ses affaires.

- Mais j'ai peur de l'hôpital. Tu le sais, j'ai peur j'ai peur j'ai peur !!

- Bon, viens dans mes bras.

Il laisse échapper un soupir, l'absence de rationnalité le fatigue, la peur sans objet lui est etrangère, au bienheureux breton.

- Oui, mais si je meurs dans tes bras, tu vas être complètement traumatisé, je pense.

- Moi je crois que tu as juste envie de ...ne me regarde pas comme si j'avais insulté ta race, quoi ?  c'est pas la mort tu sais...

-....Tu dis n'importe quoi, c'est pas le moment de rire tu sais...Tu me prends jamais au sérieux même quand je meurs.

- J'appelle SOS médecin, tu es livide, c'est vrai. Je te dirais bien que c'est à cause de ce néon blanc de merde, mais peut être que non, après tout.

- Nooooon prends moi dans tes bras.

- Mais y a deux minutes tu as dit non !!

- Mais quand je dis non, ça veut dire que j'ose pas dire oui, et quand je dis oui, ça signifie que je devance ton non. C'est tout de même pas compliqué !  J'ai peur j'ai peur j'ai peur j'ai peur

- Il est trois heures du matin. Il est TROIS HEURES Du matin. Et tu vas pas mourir.

- ..Il y a pas d'heures pour crever, pourquoi pourquoi je peux pas mourir dans mon sommeil comme tout le monde ? Pourquoi ça me réveille en pleine nuit la mort, à moi ? Pourquoi ce grand vide quand je pense à nous ? Pourquoi ?

- Je sais pas, écris un poème.

- ....

- Je vais téléphoner à mon frère, il nous dira.

- Mais ton frère c'est pas un médecin !

- Mais oui, il est médecin ! il est même chef de clinique, tu le sais très bien !

- Mais il n'est pas juif, c'est pas un vrai docteur !

- Je vais nous faire un truc chaud,  tu veux ?

- Non non il faut que tu dormes, il faut que tu dormes, c'est pas grave va.  Tu me crois jamais, et tu comprends rien. Je vais crever dans le salon comme ça tu seras tranquille.

- Je crois ce que je vois, et crois bien que si tu meurs, je serai inconsolable, évidemment, mais pour le moment tu me parles et même tu m'emmerdes, donc je considère que tu es vivante, je peux ?

- Tu serais inconsolable, si je meurs, c'est vrai ? c'est vrai ?  

- ...ben oui.

- Ca me touche, tu sais.

- Mais c'est NORMAL, tu es ma femme !

- Prouve-le.

- ?

- Tue-moi. Tue moi, je veux voir comment t'es quand t'es inconsolable.

- Pourquoi faut toujours que ce soit si compliqué ?

- Je crois que j'aime pas la routine, mais c'est inconscient. Je fais pas exprès de mourir tu sais.

- Mais c'est toi qui parles de routine, là ? Ca fait douze fois que tu meurs ce trimestre !

- Oh Gweltaz, casse-moi la routine, casse-moi la routine, je t'en prie !

 

(fondu déchaîné)

 

____

 

 

10 juin 2008

Analogie

Je ne suis pas normale. C'est sûr. C'est tout fermé en bas, tout serré, pas fini pas commencé. J'ai rien, c'est cousu comme un ourlet. Elle dit mais non mais non. Elle rigole en mettant deux doigts devant sa dent pointue, pour la cacher. Elle rigole de moi. Elle rigole pour pas que je me doute qu'elle m'a ratée comme bébé, je crois. Elle lave ses culottes dans le lavabo de la salle de bains. C'est rouge l'eau, rouge coquelicot à la mousse. J'ai peur du sang. Je saigne tout le temps, en revenant de l'école, ça fait des gouttes de Petit Poucet sur le trottoir, ça fait des bulles sous mon nez, je saigne tout le temps quand elle crie dans la cuisine, et qu'y a personne avec elle, quand elle parle étranger au téléphone pour pas que je comprenne. ca coule "modérement", elle a dit au docteur. J'ai mes règles dans le nez. On me met dans une machine noire pour voir. Je vois les lignes de mon coeur, c'est le mien. Ca fait des frises moches.

 

Aujourd'hui, C, huit ans dans le cadre de notre exposé sur les fleurs et la peinture qui sera présenté à la MJC en juin, a apporté des Euchères. Elle a dit qu'on appelait ses fleurs aussi "le désespoir du peintre" et elle a fondu en larmes. Quand j'ai demandé plus tard quelques explications. Elle a répondu: "C'est à cause du mot, à cause du mot." La maman convoquée jeudi dernier ne s'est pas présentée. Sans suite.

 

J'ai le ventre trop maigre. J'ai vu le dessin d'intérieur des filles, c'est comme un garçon mais en creux. C'est pas des chairs comme moi. Un jour, un homme me perforera, il me trouera. Je serai "conforme". J'attends, j'attends ça.

ca saigne modérement la première fois. T'as encore mal, mais pourquoi ? T'es pas normale ou quoi ?

Un jour un bébé passera. Il me fera conforme.

 

Mme V : accouchement difficile. Absence de contractions, de dilatation du col. placenta praevia. Forte fièvre. Sans suite.

 

Ca saigne tout le temps, à contretemps. Modérement. C'est pas normal là dedans. Vous avez eu des chocs récemment ? Je suis née choquée, je crois,  coiffée ensanglantée.  Non, non madame, ne riez pas.

Un jour, je serai asséchée, fermée vidée cadenassée. Plus rien ne passera dedans. 

A défaut d'être conforme, une forme de con, enfin, en adéquation. 

  

22 avril 2008

A 62

On s'est rencontre sur l'a62, dans les toilettes de l'aire Buzet-sur-Baïse. Il y avait du vent.  Les chiottes pour hommes étaient hors service. Moi aussi. J'étais en position gardien de but sur les wc turcs, et je chantais

you're terrific when you're drunk

I like you mostly late at night

you're quite all right.

J'étais heureuse, parce que j'avais pensé au kleenex pour m'essuyer. il n'y a jamais de papier toilettes sur les aires d'autoroute, ou s'il y en a, il est rouge, épais et sec, il fait mal. Quand je suis sortie des toilettes, j'avais fini ma chanson et ma vessie vide me donnait le sentiment euphorique et vain de la liberté. Tout redevient possible et léger quand tu n'as plus envie de faire pipi. Tout redevient possible quand tu n'as plus envie tout court. C'est inutile mais c'est intéressant. Il était là, debout, et il réajustait les bretelles de son sac à dos. Il avait une barbe de deux jours, et des yeux qui en avaient vu de belles, avec des pupilles si petites que j'ai tout de suite compris qu'il venait de revoir sa soeur. ll m'a dit "C'etait beau ta chanson d'urinoir" J'ai dit oui, j'ai dit :"Cette chanson est très belle, je dois le reconnaître.", comme si je m'excusais, un peu. Il m'a regardée de haut en bas. Je trouve que c'est plus sincère, moins génant que de bas en haut. Regarder ma  tête avant mon cul, je trouve que c'est une marque de respect. C'est quelque chose qui se relève. A vingt ans, tu te dis que le mec te regarde les miroirs de l'âme ou un autre truc d'un goût douteux, bref, à vingt ans, tu te racontes une histoire.  Quasi vingt ans plus tard, tu te dis juste "Voilà un mec qui sait regarder poliment" Et tu te racontes rien. Ca repose. Il avait bien dix ans de moins que moi. La différence idéale. Il ne me demanderait jamais en mariage, et moi je ne tomberai jamais amoureuse de lui. Nous nous épargnerions donc des repas au restaurant pathétiques ou je lui avouerai sur le ton de la confidence, histoire de dire quelque chose,  que j'avais découvert en analyse que j'étais, tiens toi bien, une boulimique qui se faisait pas vomir, ou plutôt, une anorexique, ouais, mais qui mange. Il aurait fait Ho ben ça alors s'il avait l'intention de me sauter le soir même, ou Tu paies soixante euros pour savoir ce genre de conneries ? s'il avait décidé de se tirer avant le dessert. Ca me faisait un vent frais dans les synapses, comme une liberté urinaire, une autre. Je trouvais ça merveilleux, cette chance de tout ce qu'on allait économiser puisqu'on se reverrait jamais. Je ne serais jamais condamnée à faire la conversation, animée de cet incompréhensible besoin d'être entendue. Dieu qu'il est bon d'être délivré du besoin d'être compris. Il m'épargnerait le narcissisme inhérent à l'homme le plus généreux et ouvert à l'autre, qui, dès qu'il se sent aimé, et désiré redécouvre la béatitude gonflée d'importance d'un nourrisson repu, et souvent ça me dégoûte. Tout ce qui a un rapport avec le lait et le miel me révulse. Nous allions nous épargner tant de choses. J'avais envie de le prendre dans mes bras et de lui embrasser les paupières, pour nous remercier.  Je me disais tout ça pendant qu'il déboutonnait mon Aquaverde, pas trop fébrile, mais le geste sûr. C'était un joueur de saxophone, il avait la lèvre inférieure un peu aplatie. Ca rendait ses baisers insolites. Il avait le ventre dur et les gestes très lents. D'habitude, ça m'exaspère. Les hommes qui continuent de se raconter des fantasmes pendant qu'ils font l'amour m'ennuient un peu. On dirait qu'il se regardent faire. J'aime bien qu'on assume le côté pulsionnel de la sexualité, qu'on en fasse pas tout un fromage.  Les couples qui ont besoin de se raconter par le menu tout ce qu'ils vont se faire, et de créer tout un décor m'épatent. Quel temps perdu. Quand j'ai faim, je mange, sans fermer les yeux pour savourer combien j'aime manger. Disons que c'est être repue qui m'intéresse, pas de faire mijoter le plat. Mais bon, là, ça allait, il ne se prenait pas pour Mickey Rourke. Il avait des gestes lents, je pense, parce qu'il bandait mou.  Je ne l'ai pas pris contre moi, je ne me suis pas dit que c'était parce que j'étais pas sexy. On était au -delà des considérations Marie Claire, je crois. Il avait ses problèmes de bandaison, que veux-tu. Moi,  J'avais mes problèmes de désir froid et roide. Ma faim sèche et désincarnée. On n'allait pas s'en vouloir pour si banalement peu, hein... On était fait pour s'entendre, alors on ne se parlait pas.

On a tranquillement assouvi un désir tiède et fatigué, sur une aire d'autoroute sans se prendre la tête et sans se dire qu'on vivait un truc qui nous ferait décoller tout seul quelques jours, en regardant nos lèvres un peu gonflées dans le miroir de la salle de bains,  sans se la jouer fièvreux du bas ventre.  Je savais que je ne me rappellerai plus son visage dans l'heure qui suivrait. Il savait que je me foutais complètement de savoir s'il aurait pu m'aimer. Ca nous rendait affables et tolérants, bienveillants, amicaux.  On se rendait service sur l'autoroute, en quelque sorte.  J'aurais voulu que ça dure un peu moins longtemps, parce que j'avais un peu froid aux fesses. Il aurait bien aimé que je sois plus active, mais j'ai cette habitude des filles qui ont été suffisamment désirées de pas trop me fouler, je dois dire, de me considérer comme un cadeau du simple fait de m'offrir. Avec l'âge, il va falloir que je reconsidère la question, sans doute, mais ça ne me pose pas de problèmes, en réalité.  Qu'on n'y revienne pas m'arrangerait plutôt, quand bien même ce serait parce que je suis décevante de la gaudriole. Qu'on ne revienne pas à moi, je crois que ça me conviendra toujours, ça m'évite de prendre les devants et de faire pffffffff pour que l'autre commence à comprendre qu'il est temps de tailler la route.

  Quand la chose a été réglée, j'ai failli dire "Merci bien. Mais là, faut que t'y ailles, hein", mais j'ai des lettres alors j'ai juste dit:"C'était très agréable. Je dois filer" Il m'a dit qu'il aurait aimé savoir mon nom. J'ai dit que je m'appelais Louise, parce que j'aime bien ce prénom. Ca n'a pas manqué. Il m'a dit "Ca te va bien" Et j'ai tapoté ma main pour me féliciter. Il s'est éloigné sur la route, il a levé son pouce, il avait encore bien des kilomètres à faire. Je suis retournée faire pipi. J'ai chanté:

Well she's all you'd ever want,
She's the kind they'd like to flaunt and take to dinner.
Well she always knows her place.
She's got style, she's got grace, She's a winner.

Il y avait un homme dehors. Un très grand, très brun, très maigre. Il avait de belles mains. Dix ans de plus à peu près. Une différence idéale. Déjà casé. Il ne me harcelerait jamais. Ca me ferait comme une vessie libérée. J'avais envie de l'embrasser à la naissance des ongles tellement ses cuticules étaient jolies, pour nous féliciter. 

Il a dit "C'est joli, cette chanson ..."


podcast
 

18 mars 2008

Extractions

Avril 1310


  Eliabel entend les hurlements de la femme avant même d'atteindre la barrière. C'est le mari qui ouvre. Il dit "Je crois que ça a commencé."
- Avez vous détaché les vaches ?
- Non, dit il en reculant. Et il se frappe le front.
- Faudra pas pleurer si le cordon s'enroule sur le bébé.
Eliabel s'approche de la femme hurlante qui lui tend les bras, elle renifle son haleine.
- Ton mari te bat ?
- Des fois, des fois....mais je le mérite toujours.
Ce sera un accouchement difficile. Elle a le bassin si étroit.
Elle lui fait boire la poudre de matrice de lièvre.  Le col n'est pas dilaté. Elle met du poivre à ses narines, pour la faire éternuer.
- Tu n'as pas une fille de ferme pour t'adosser ? C'est la grosse Louise qui vient. Elle la soutient par le bras, elle a des haut le coeur mais elle se retiendra.
Eliabel s'enduit les mains d'huile de violette et de laurier, elle entre sa main dans la femme et repousse le bébé. Il faut qu'il se positionne.
Ca hurle longtemps.
f9696edc2c8ae59aa6dd1b4471b6e27e.jpg Et le bébé sort, il crie, il est vaillant. C'est un mâle. Le père, là bas, dit que c'est bien. Qu'on l'appelera Philippe comme notre beau Roi. Eliabel nettoie les glaires du bébé avec un mélange de rose pillée, de miel et de sel et coupe le cordon à quatre centimètres du nombril, été printemps automne hiver.
Elle rentre à nouveau dans la mère qui ne réagit pas vraiment, à la recherche de la secondine. Il faudra la brûler. Le père est fier. Il dit qu'elle peut prendre le cordon. Séché, il se vendra bien à quelque templier.  C'est un puissant philtre d'amour.
On lui offre le vin, une volaille et son bouillon, puisque mère et fils sont saufs.
Ha non.
La mère, non.

 _________________________________________________________________________________________________________



  juin 1976

Nous habitions un rez de chaussée. Il y avait un balcon qui donnait dans le salon. Mon père faisait la sieste, juste après le repas de midi, reprendre quelques forces avant de repartir au chantier. Il a entendu que ça miaulait, là-dessous. Une chatte avait laissé ses cinq nouveaux nés sous notre canapé. Ma mère a trouvé ça immonde, mon père a trouvé ça mignon. Je trouvais le chat blanc plus joli que les autres, je l'ai pris dans mes bras. Quelque chose a fondu sur moi, que je connaissais pas.  Le chat c'était tendre, ça sentait bon. Chaud et vivant.  Mon père a pris les autres chatons, dans un sac. Il a dit qu'il irait les noyer. Pas devant nous, mais j'entendais tout. Ma mère a dit "Et lui ?" en parlant de celui qui têtait ma main.
  Mon père est venu vers moi. Je l'ai regardé comme ça. 
Il a tapé du poing sur la table, je crois bien que c'est la seule fois. Il a dit "Celui là, elle le garde"

Dans l'après midi, la mère des chats est revenue, elle a surgi de dessous le canapé, blessée, folle. Je ne comprenais pas.

Mon père est rentré, il a sorti le sac. Les chats étaient vivants. Il n'avait pas pu, mon père. Ma mère a trouvé ça idiot. J'ai trouvé ça merveilleux. La chatte était là, devant notre grillage. Mon père a laissé sortir les chatons. Ils sont partis tout groggy vers leur mère qui nous regardait fixement. Elle ne s'en allait pas. Je me souviens de ses yeux doux, sûrs, déterminés. Je ne connaissais pas ce regard là.

  Elle ne partait donc pas. Mon père m'a dit : "Il faut que tu lui rendes son bébé."
  A mon père toujours, j'obéissais.
Le chaton blanc a quitté ma poitrine, c'était tout mouillé sur ma robe. Je sentais comme un vide, et c'était tout froid.

La chatte a disparu, ses petits dans la gueule.

Mon père m'a dit: "Tu en auras un autre" et il a tapoté ma main.

J'ai dit oui, mais je savais déjà que ce ne serait plus possible. Il n'y en aurait pas d'autre.

29450b4593ecf7b7041974943a6086ab.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma mère a dit qu'il fallait laver ma robe.
__________________________________________________________________________________________

  Février 2008


Madame T entre dans la pharmacie. Elle achète un test de grossesse. Les pharmaciennes sourient largement, tellement tout ça c'est magnifique. Mme T est mariée, déjà mère. Elle approche de la quarantaine mais on dirait qu'elle s'en éloigne, lui dit souvent son mari, ainsi que son coiffeur.  Mme T se compose une mine, elle joue à l'impatiente ravie.
Elle regarde les deux lignes roses, elle sent la panique monter. Mme T. se dit qu'autour d'elle, tout le monde est "Pour" l'avortement. Mais il sera toujours contre le sien.
 Le médecin dit: "Les tests sanguins le confirment, j'ai une excellente nouvelle pour vous"
Alors, elle ose timidement dire qu'elle a entendu parler d'une pilule abortive. Il dit Ha oui l'ivg maison. Sa voix devient froide, métallique. Il explique le délai légal, il tend les papiers. Il dit tout de même et la pilule du lendemain ?
Elle voudrait dire qu'elle se sent tellement inhabitée le plus souvent, qu'elle ne se sent pas la maison idéale pour faire le nid d'un autre enfant.  Elle n'ose pas lui parler de la fatigue immense de la responsabilité, de la peur, de la difficulté de vivre, de la présence qu'il faut donner quand on est si absente à soi-même,  de la tragédie d'être mère, chaque instant, et de devoir toujours le taire. Qu'un enfant pour elle, c'est une histoire qu'on se raconte avant pour s'habituer, que la bonne surprise, elle ne se fait pas à l'idée. Mais vous êtes déjà mère, aurait-il répliqué.
Elle aurait répondu qu'on n'est pas la même mère pour chacun. Que chaque fois, ça se réinvente. Que si l'amour s'agrandit à chaque enfant, la peur aussi augmente. Quand elle voulait un enfant, personne ne se posait de question. Tout était légitime, magnifique, une évidence. Pourtant, rien n'est plus trouble qu'un désir d'enfant...Mais il ne demande rien. C'est dommage, elle aurait aimé qu'on valide, qu'on lui dise qu'elle avait ce droit-là. Il tend l'ordonnance, sans la regarder. Un sourire maîtrisé. Dans la salle d'attente, il y a écrit " Mon ventre m'appartient". Oui, mais pas le sien.

bbd3ea645caff7e791c26dc0a90e90e8.jpg Elle sort. Elle se sent ignoble, coupable de génocide par anticipation.

Il dit dans son dos "Parlez en à votre mari, tout de même, il a son mot à dire."

Il faut qu'elle trouve quelque chose qui le frappe. Quelque chose qui lui rabatte la certitude, qui le fasse taire. Il faut qu'elle se venge de ce qu'il a injecté.




- Non, tout comme vous, Docteur, mon mari n'a rien à dire, car cet enfant n'est pas de lui.

____________________________________________________________________________________________________________
 

Sculptures: Ron Mueck. 

20 février 2008

Devoirs du soir

Cher Simon,

Je suis drôlement contente d'avoir un correspondant. Mon frère, il a un correspondant depuis la troisième, à Londres, et des fois, il part en vacances chez lui, et quand il revient, il a une épingle à nourrices dans le nez et ma mère elle dit que ça peut plus durer.
Mon père il a rigolé quand je lui ai dit que moi pareil, j'avais un correspondant. Il a dit "Ha ben celui -là, au moins il nous coûtera rien." Et ma mère elle a rigolé. Je trouve ça un peu nul, les parents.
Le maître nous a expliqué que maintenant, on avait un correspondant de mémoire et il nous a montré des photos d'enfants très maigres, et tout nus. Je sais pas où t'étais sur la photo, mais jure-moi que tu vas manger un peu. L'anorexie, c'est très grave.
Je sais pas quand c'est que je vais pouvoir venir te voir, moi. Parce que Auschwitz, c'est loin, et il fait froid, il m'a dit mon père. "Mais il parait qu'il y a des fours pour tenir chaud." et ma mère elle a rigolé. Elle rigole trop, je trouve.
Dans la classe, Julie elle a pleuré parce que sa correspondante s'appelle Sarah, comme sa grand tante qui est morte dans une douche à gaz, elle a dit. L'infirmière de l'école à dit que c'etait inadmissible, tout ce cirque.
Le maître a dit qu'il avait envie de vomir. Je me suis dit que tout le monde était maboul voire malade, j'aime pas les gens.
Moi, je vais demander au maître combien ça coûte par mois, une intention à louer.  J'ai très envie de partir de chez mes parents. Ils rigolent trop pour rien. Et l'école, ça me fatigue. Avant j'avais un journal intime pour dire des trucs secrets, mais mon père l'a lu. Il m'a dit que si j'étais vraiment amoureuse de Karim comme j'écris, il va lui niquer la tronche, vite fait bien fait au bougnoul. Ma mère, elle a rigolé. Je te jure, Simon, des fois, j'en ai marre. Je voudrais bien qu'on s'écrive souvent, ça me fait du bien, tu sais. Mais pourquoi tu réponds jamais ?

 

Je te fais plein de bisoux et je t'envoie ma carte Winx Club préférée. J'ai bien aimé le Badge de Shériff de ton club, que nous a montré le maître, mais ça fait un peu bébé, quand même non ? Lol. Si tu as msn messenger, je peux t'envoyer un mp3 de Tokio Hotel, j'adore ! On pourra chatter aussi.  Et toi c'est quoi ton groupe préféré ? Mon père m'a dit que peut-être c'était Guerre Chwing  (c'est du hard, je crois) et ma mère a rigolé.

 

 J'attends ta réponse avec impatience. Prends soin de toi et mange de la viande, pour grossir un peu.

 

Eva Brun.

 

e060ca43ba857ed0e125c27afe299bd4.jpg

            G.Helnwein. Sonntagskind.          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(hé oui) 

 

12 février 2008

To be (capitalist) or to have (big boobs.)

f55a8f90300452adb7a76e1abbadec3f.jpgLorsqu'Isadora mit au monde Cindycarla elle se dit que ce serait une excellente idée de convoquer autour du berceau quelques parraines de la mafia du trottoir pour qu'elles formulent des voeux de bonheur et de félicité envers sa progéniture.
En effet, Isadora, même si elle avait raccroché des aiguilles et ses résilles depuis qu'elle avait rencontré Edmond, et contracté avec lui un crédit immobilier à 2,4 % en même temps qu'un mariage civil entretenait d'assez bonnes relations avec son milieu d'origine.
Le jour du baptême, ainsi donc, on vit venir Fillona, maquerelle de son état, toute de pourpre vêtue, le cigarillo en bouche; Roselina propriétaire de "La Petite maison Dans l'Enfoirie", élegante et chirurgicalisée des seins;et Rachidadata surnommée Corleana à St Denis, qui portait un manteau en peau de panda.

  Elles félicitèrent Isadora pour cette reconversion réussie; à savoir un mari informaticien ,incertain chaque jour du renouvellement de son CDD, pour garder la gniâkattitioude, une maison de plain pied, une carte Cofinoga.. et ..ciel !  mon dieu que c'est mignon un petit bébé.


Elles lui dirent qu'elles ne regrettaient pas les 4 789 658 euros demandés pour recouvrer cette liberté, que trop souvent , les prostituées libérées ne fichaient rien une fois émancipées, que c'était beau de savoir se retourner, comme au bon vieux temps, au meilleur moment. 

Elles lui posèrent des tonnes de questions sur la délivrance de l'accouchée, l'épisiotomie, et le retour de couches, d 'un air dégouté, ce qui était fort cocasse de la part de personnes qui fistfuckaient comme qui rigole, certes, mais la douleur, ce n'est qu'une vue de l'esprit, comme disait Marsyas.

L'heure de formuler les voeux était enfin venue.
Fillona leva sa main gantée de satin à pointes sur le majeur, et prononça:
Cindycarla, je te souhaite des seins comme des obus.

 Cindycarla, même si elle n'avait pas encore la parole, poussa un petit rot de contentement.

 Roselina posa sa cuissarde sur le berceau et dit:
Cindycarla, en vérité, tu auras les jambes d'Adriana !


 Cindycarla rendit un peu de lait de bonheur.

Puis, ce fut le tour de Vilepina d'avancer...Mais à ce moment -là, surgit de nulle part PapillonnaHortefa que tout le monde croyait à Fleury-Merogis, une vieille mac qui avait eu son heure de gloire mais qui était fortement soupçonnée d'être une salope de balance et qui n'avait pas hésité à recruter des filles en Europe de l'Est pour agrandir son quota. Elle s'avança, vexée comme un pou, de ne pas être de la fête et dit:
"Cindycarla tous les voeux qui ont été formulés, je les DIVISE par DEUX, voilà BIEN fait ! hahaha !!!"

Tout le monde se mit à pousser des cris de révolte, mais déjà PapillonnaHortofa s'en retournait non sans avoir subtilisé....une bouteille de Mouet et Chandon en chantant "Brûlants sont tous tes orifices, des trois que les dieux t'ont donné, je décide dans le moins lisse de bien  tous vous  enc..."


Pendant qu'Isadora pleurait sur l'épaule d'Edmond , Rachidadata s'avança et dit:


"Je ne puis hélas annuler le voeu de PapillonnaHortofa dont le pouvoir médiatique est grand, car de un, je ne suis pas bobique, et de deux, je suis légèrement pompette, mais je puis, si vous le permettez, l'édulcorer un tantinet. Ainsi donc, Cindycarla, le jour de tes menstrues ok ok ok les voeux seront divisés par deux, mais tu auras en compensation le pouvoir absolument dingue de multiplier les petits pains."

 

Et elle se mit à rire, toute fière de sa bonne blague chretiendémocrate.

Isadora poussa un cri, Cindycarla vomit en fusée du Gallia premier âge, Edmond prit sa tête entre ses mains.

Et à ce moment-là...,

un fondu enchaîné apparut pour nous dire que 15 ans passèrent.

Un jour Cindycarla dit à sa mère qu'elle se sentait bizarre, et alla se coucher très tôt. Le lendemain, elle se réveilla menstruée.

Côté pile, un sein magnifique, en poire, dont la pente était douce et le mamelon tendre, une jambe interminable, galbée, aux muscles légerement apparents, mais pas trop sinon ça fait Lauramamadoua.  Côté face une ptose effroyable masquant complètement l'aréole, et une jambe mimimatienne, aux accents bigeardiens, à la cuisse vergeturée et au mollet hérissé de poils rebelles. Une catastrophe qui rendait la pauvre Cindycarla, en plus de monstrueuse, boîteuse et voutée d'un côté.

Edmond eructa le passé de sa femme en gros jets haineux. Isadora, mortifiée se demandait ce que sa fille allait devenir, puisque même le débouché trottoiral semblait désormais impossible. Cindycarla, elle, ne semblait pas trop affectée par ses difformités, encore innocente et nubile la veille. Elle regardait sa tartine de pain au miel ne point cesser de ne pas finir, avec un rire de gorge à la fois enfantin et suave. Elle se mit à chanter:

P. A . I. N 

Deux consonnes et deux voyelles  je m'emerveille !

P. A. I. N

Je le murmure à son oreille, ça me fait rire, comme un soleil.
 


A ce moment là, un génie capillotracté qui passait  par là dans la théière jaillit et dit que tout allait s'arranger. En effet, il suffisait à Cindycarla de vendre son pain magique, bénéfice net puisque la matière première inépuisable et inépuisée, dans le cadre plus spécifique du « putting-out system », de la liberté individuelle, de la responsabilité individuelle, de  la créativité individuelle, de l'autonomie individuelle,de  la propriété individuelle, des droits individuels imprescriptibles de l'homme, et du respect, même partiel, des principes du capitalisme permettant une prospérité sans précédent, une extraordinaire élévation matérielle, intellectuelle et spirituelle. Car vois -tu, Cindycarla, ajouta-t-il, les atteintes à ces principes ont causé une douleur énorme, par les ravages de la guerre, d'esprit de conquête, du socialisme, et de l'interventionnisme d'état. C'est bien du non-respect des principes du capitalisme que découlent les malheurs qui touchent notre monde. Et le non-respect de ces principes, loin d'être un excès de capitalisme, est au contraire un défaut de capitalisme, bref si tu vends ton pain sans trop te poser de questions, dans quelques mois, tu pourras t'offrir une opération de chirurgie esthetique qui te rendra ta forme originelle.


La petite applaudit, cela fit un gros bruit mou côté face et rendit l'espoir à ses géniteurs, qui envisageaient avec délices une retraite anticipée à moins de 53 annuités.


 Cindycarla acheta une baguette pas trop cuite, et se mit à la multiplier par 47, 08, la vendit comme des petits pains (haha) sans même le cellophane, parce que ça coûte, hein, et un sou c'est un sou; Mangez disait -elle, ce n'est pas cher, à moi, ça ne coûte rien;  car ceci est mon corps, enfin une moitié ! 

 Et elle devient en quelques semaines la femme la plus riche de la région. Elle prit goût aux chiffres, et se mit à calculer savamment tel Adam Smith et se grisa de tant de gains à la sueur de rien. Elle rendit visite à un chirurgien plastique qui lui demanda comme dans un épisode de NickTup: "Que reprochez vous exactement à votre jambe ? Que n'aimez vous pas dans votre sein ?" avant de la chevaucher furieusement pour montrer qui c'est qui commande, puis de lui dire que l'amour, c'était aussi apprécier les défauts de l'autre, quand même, mais qu'il allait voir ce qu'il pouvait faire, ça fera  147  000 dollars.

 

 Bientôt,  Cindiycarla ressortit de la clinique, ses deux seins rigoureusement ptosés pareils et ses deux jambes rigoureusement courtes velues identiques. Isadora avala sa salive et lui dit qu'elle respectait son choix, même si elle ne le comprenait pas, qu'elle la soutiendrait, que c'était son rôle de mère, qu'elle l'avait lu dans "PsychoMag",  mais que quand même bordel de merde,  pourquoi ?

Alors Cindycarla lui divulgua son penchant inavouable pour le nanisme-libéralisme,(une secte qui rassemblait désormais une foultitude de membres,) et la ptose de (noël) mammaire; tout ceci n'est envisageable qu'avec une taille inférieure à un mètre soixante, et une face de rat, si on en croit les statistiques, maman ! ainsi que son ambition, pour les années à venir, devenir présidente de tous les français, une sorte de boulangère du peuple, une levure pour le néant ! 

- Mais une fille de pute ce n'est pas possible ! s'écria sa mère

- Ensemble tout est possible ! rétorqua Cindycarla.

 

 

Photo: Ars1febe8b63bbe55cb1517f782dd5d8e40.jpg

25 janvier 2008

Mourir par curiosité

Tu  ne sais pas quand ça commencera , le vrai handicap, le moindre geste qui te coûtera peut-être l'ultime battement de coeur.
Tu seras peut-être très vieux. Mais personne ne peut le dire. Un nid de dentelles dans tes poumons, une couvée. On attend l'implosion. Pendant que d'autres respirent comme ils mentent, ces jourdains, chaque souffle te fera penser au dernier.


Tu te souviens, tu étais allé voir cet homme, l'immonde cancer qui lui bouffait le reste du temps.  A côté, il y avait cet homme, dont la respiration n'était plus que mécanique. Un bruit terrible de fin du monde dans chacune de ses expirations. Il avait celui des gros, celui des bulles, l'étouffant. L'homme ne pouvait plus fermer l'oeil.  A cause du bruit de ses poumons plein de trous.
En repartant, tu avais dit:  Il faut mourir de quelque chose, mais ça je ne pourrai pas supporter, ça tu vois, je ne pourrai pas.

 Ta femme avait serré ta main plus fort.  Elle ne t'avait jamais entendu craindre pour toi. Parfois, elle te reprochait même de ne pas parler de tes peurs. Parce qu!'il faut savoir ses craintes formuler pour repousser les spectres, et blabla,  un truc de l'ordre d'une incantation..  En sentant sa main glacée, là, tu avais bien senti l'ambiguëté, retrospectivement. Elle te haissait d'avoir peur. Finalement, ça devait l'arranger d'avoir peur pour deux, et surtout, de te le reprocher.


 Le médecin te dit "C'est bien, vous le prenez bien." Comme tu aurais bien pris ton huile de foie de morue, sans trop faire la grimace. Lui, on dirait qu'il est soulagé.  Et toi, pour un peu, tu te sentirais content de ne pas trop l'avoir emmerdé.   Tu ris, maintenant, parfois au téléphone avec ton frère,  et vos considérations calvinistes. Et la Mort de Socrate chantée par un Lamartine aviné. C'est vrai, c'est drôle, un coup du sort, une bigeardise, les bouteilles d'oxygène pour quelqu'un qui aime tellement l'apnée.

 Ta femme craignait lorsque tu plongeais. Tu disais "Mais je remonterai "

- Mais ça je le sais, c'est juste que je n'aime pas te voir disparaître. 

 C'était une belle image, un homme, d'abord le bassin, au sud, puis, le thorax lisse, un peu penché,  et puis les épaules, immergées. Mais lorsque ta tête fendait l'eau comme une guillotine, l'immersion se transformait en engloutissement.

 Et le silence pour une fois ressemblait à une altération.

La vie est une histoire de respiration. Plus ou moins ample, plus ou moins empêchée, un élan ou un étouffement , une inconscience; souvent on ne sait même pas qu'on  étouffe.  Soudain, on est asphyxié.

Celui qui joue avec la vie n'arrive jamais à rien et celui qui ne mise rien, a tout bonnement ...la même fin.

Tout le monde ignore qu'il va mourir, et tout le monde meurt. Et rien n'éloigne ce spectre. Aucune incantation. La parole, quand bien même elle serait bonne, n'est que très rarement autre chose qu'une altération.

Tout le monde n'est pas mort, pas encore, mais tu vas mourir, toi, plus sûrement qu'un autre, puisque tu sais déjà de quoi.

 

 

 

07 décembre 2007

-La lumière de la mémoire hésite devant les plaies-

Il dit: Je répare pas le grain de la peau, juste celui des photos. Tu confonds. Ceci n'est pas une pipe et tout le bataclan. On fait des miracles. La chirurgie esthétique nous envie, on efface tous les traits, on aseptise les visages à la javelle tu sais, la javelle d'un ciel logique, heu  oui, un logiciel. Ouais ouais, bon j'ai essayé. J'aurais aimé dévoiler une autre beauté. Mais j'ai fini de regretter. J'aime bien ta ride-là, entre les sourcils.

Elle dit : Enfoiré 

Il dit: Arrêter de les penser, tes plaies. Arrête. Regarde: moi, je m'y suis fait. Il dit: Ne fais pas ta fière, tu me fais rigoler. Il dit: J'ai appris à me foutre totalement de l'instrument que je serai, de la fonction que je tiendrai. Peut-être que demain je vais crever.  J'ai envie de rien contrôler. 

Elle dit: Ha ? eh ben tu devrais. 

Il dit: Allez zou, je t'embarque, on se casse, on se tire, marre de la tyrannie des sentiments. On se fait un week end d'amoureux sans amour. On ne peut pas rêver mieux.  L'amour sans le pathos dessus. Ni sucre ni sel, c'est vrai, mais la fadeur ça vient toujours après. Un amour averti ne vaut rien, mais le repos, c'est bien.

Elle dit: Oui, mais.

Il dit: T'as fini de froncer les sourcils ? Tu viens, tu viens pas, tu nous écris un livre, là ? Fais-nous un haiku, hahaha. Il dit: Eteins  moi cette musique, jazzifie toi l'oreille. Ouvre la bouche et pas que pour manger.  Il dit il dit il dit avec un rire désabusé de joyeux dépressif, tout ce qu'il lui fallait. Il dit : Bon allez, ça suffit on va pas y passer la nuit, tu dis oui, tu dis merde, ou alors tu dis rien, mais tu viens.

Elle dit: Je suis pas épilée. Bon, ok.


podcast
 

03 décembre 2007

The beginning of the end ou vice versa.

J'ai pensé à une histoire, assise sur mon palier. Pieds nus. 

Il faisait un temps magnifique, etc etc, la névrose au soleil, c'est une chance que tu n'auras jamais, chaque fois,c'est pareil lalala. Je me disais qu'il faudrait dans cette histoire -là, une vieille femme, mi-perse mi-tsigane, un peu russe, ma foi, mais bonne comme le pain malgré son rire diabolique, et sa dent branlante comme mon cerveau qui tente vainement de sauter par dessus les moulinements du mais pourquoi j'arrive pas à sortir de tout ça...Bref.

Cette femme dirait à l'homme venu acheter un conseil, comme dans un conte persan, que le secret de l'amour n'était pas dans les joyaux, ni dans les prouesses, mais dans la curiosité. Fût-elle feinte.

"Je te le dis, Hassan, (je me disais que Hassan ça le faisait mieux que Mustapha, et Aladin' c'était déjà pris. Anouar, aussi j'aime bien.) chaque matin, regarde ta femme comme si tu te demandais quelque chose. Même si évidemment ton cerveau est aussi creux que la souche sèche que tu vois là-bas, aussi vide que cette outre en peau de ragondin, aussi mou que la panse de la brebis (je me disais qu'il fallait que je mette des mots comme ça, genre orientaux, que je fasse des descriptions, pour que ma note dépasse les 78 mots et les trois lecteurs) Regarde-là comme si tu te demandais si elle serait encore là le soir. Le secret est d'avoir toujours à l'esprit que tu peux la perdre. Même si tu crois que non. A elle, fais lui croire que ça t'effraie. Sans le dire."

Alors Hassan-Anouar donnerait trois pièce sonnantes et trébuchantes comme mes pensées en ce moment. En plus brillantes, si tu veux. Un peu sceptique, le Hassan-Anouar mais bon... Et il écouterait le conseil de la sorcière Aminah-Lola-Federovitcha, et il vivrait heureux avec sa tête de questionneur chaque matin devant sa femme ravie d'être l'objet d'un questionnement. Toute la vie. Voilà, quoi. L'amour n'est pas une réponse, jamais. Juste une mise en question. Une sorte de supens à deux francs. C'est chiant. (violons genre Andrew Bird)


J'ai pensé à une histoire allongée dans ma baignoire. Il faut que je vous dise un truc, les gars. Au plus profond de ma dépression, dans la lie de mon angoisse, dans l'abysse de mon dégoût de tout, et surtout des relations sociales,  jamais je n'oublie de me laver. Mon psy, ça le fait rire. Il me dit qu'il y a de l'espoir pour moi, qu'un fond de bobisme existe, avec ce souci d'être propre, toujours. Et de sentir bon.

J'ai pensé à une histoire, étendue dans ma baignoire, un peu comme Jim Morrison en moins grosse, et avec un peu moins de substances illicites dans les veines, et en moins morte aussi, quoique. J'ai pensé à cette histoire là, où une pauvre fille genre la petite fille aux allumettes mais en plus sexy, se verrait à la veille de Noël en train de réaliser qu'elle n'a pas de famille à inviter. Personne. Alors elle prend son allume gaz, elle essaie de faire des étincelles genre youpi c'est la fête, sonnez hautbois résonnez musettes, en vain.

Alors elle se met la tête dans le four pour la métaphore de la dinde rôtie.

Et elle se suicide à coups de sapins sur la tête.

Alors, là, tous ceux qui l'ont regardé de haut, méprisée, tous ceux qui se font bien foutus de sa gueule, les enfoirés, alors qu'elle elle était trop gentille tu vois, pure, franche, avec ses belles vérités dans ses mains nues, et tout, et eux ils la toisaient genre holalalla elle fait chier, elle, avec son allume gaz a deux euros, pffff, eh ben, là, ils la regardent étendue par terre, la tête carbonisée, et pleine d'aiguilles qui sentent les landes plantées dans le cuir chevelu ,et ils disent:


"Merde alors, si on avait su, quel gâchis. Elle avait un joli cul quand même. "

Alors elle se réveille, genre comme dans un film d'horreur où ils n'en finissent jamais de mourir, et de se relever encore et encore, genre la vie vaut la peine jusqu'au dernier souffle (rions) et elle dit d'une voix mécanique 
"L'allume gaaaaaaaaaaaaaaaaz, il ..il ..il fauuuu

                                                              uuuu

                                                                      uuuu....

 
Et personne ne saura jamais  ce qu'il faut. (Dobro à la Chris Whitley)

 

Mon psy m'a dit : "Alors ce soir..ce qui vient..." attendant je ne sais quelles associations trop de la baballe, de voiture à sépulture, en passant par moisissure.
J'ai dit "Ecoutez, ça va pas hein, je me tape la tête contre les murs, là, je sombre, je sombre, sombrero, mexique, san pedro,  oubli, je pleure poisseux, je sue salé, je suis belle O mortels comme un rêve de pierre, enfin surtout une pierre, et surtout, je suis en train de comprendre que je ne peux plus faire l'économie du deuil. Des deuils. Que je rêve d'une parenthèse enchantée, mais que non. Mais y a pas mort d'homme, juste de femme, alors je suppose que c'est moins grave."

Il m'a demandé si c'était la femme en moi qui agonisait, et je lui ai dit merde. (Solo de batterie)

 


 
 

 

12 novembre 2007

Sheets & Shit

And the one thing you taught me 'bout human beings was this:
They ain't made of nothin' but water and shit

 

Tu avais oublié,  comme tu aimes sentir ta tête toute petite entre deux mains.  Oublié, quand on fait semblant d'écouter, de se parler; le haut du corps encore social, courtois, mais serrer les jambes sous la table. Le soupir qu'on déguise en sourire. Quand on tangue des yeux avant le naufrage. Oublié quand on se goûte avec les doigts, et puis avec la langue, et maintenant tu sais: c'est ça qu'il faut emporter ou juste se  souvenir. Un goût qu'on ne retrouve pas. L'emboîtement de deux machoires, et se serrer jusqu'à sentir les os sous les doigts. Un avant goût de mort, mais bon.

Oublié combien c'est fébrile, délicieusement ridicule d'arracher des vêtements, oubliée la petite fièvre, le chaud devant, et quand les battements de sexe se confondent avec les battements de coeur, qui fait que le malentendu existe. Le bruit un peu bête des ventres qui claquent;  les coups de tête involontaires, comme des présages;  les jambes qu'on lève encore plus haut, se prendre aux coups, les jambes à son cou,  au cas où ce serait possible d'être vraiment comment ils disent là... défoncée ?   Ho. Ca doit être quelque chose, mais bon.

Jouir, c'est tellement mieux.

Oublié quand les respirations s'accélèrent, et les souffles qu'on ne retient pas, quand on a envie de mordre, parce que l'autre ne comprend pas qu'il ne faut surtout pas partir, pas là. Et c'est sa condition pour rester. Le malentendu transpire, déjà. Et quand ça commence à se gripper fort, s'épreindre avant l'implosion, la suée entre les doigts, l'orgasme peut-être, mais depuis qu'il est connu, il n' est plus un but dans l'existence. C'est juste un bel aléa.


Jouir, c'est tellement mieux.


Oublié, quand le sourire de fin, amical et déja lointain, tu as toujours envie de t'enfuir. Et il faut recommencer, et c'est non non, mais on commence à reconnaître l'odeur, la main, la ciselure du puzzle; le corps épouse mieux les contours de cet autre qu'on voudrait tellement un peu aimer.
Et  c'est dans l'autre sens, cette fois, ventre à terre, et voilà; le mouvement empêché, tenue, bien attrapée. N'importe qui alors à sa place, puisque tu ne le vois pas. N'importe qui à ta place:  l'interface serait illusoire. Le malentendu persiste. C'est ici que nous devenons cent mille, on ne fait jamais Un que dans les films, ou dans les rêves éveillés. Quand le souvenir embellit ou que l'anticipation sublime.  Plus longtemps cette fois, puisque pas le droit d'être mobile, mais immobile, l'orgasme ne vient pas.
L'orgasme n'est pas un but, juste une chance à saisir, comme une occasion sur E-bay


Jouir c'est tellement mieux.


Après, c'est l'abandon épuisé, enfin, il faut le feindre. Quand c'est encore électrique, qu'il ne faut surtout plus toucher. 
Et puis la main qui tapote comme pour te calmer... déjà ?  La dérision et l'ironie, le couperet de deux sourires pour se protéger d'une ressemblance interdite. La présence tient lieu de trajectoire. Déjà machinale. Au rythme convenu.  Pourquoi toi? toi, tu étais là. C'est pour ça. Et c'est l'autre que je préfère, l'enfant de Bohême, et tralala.
Le malentendu, l'hystérologie. Trouve d'abord. Cherche après. 

L'orgasme, ça ne se cherche pas. 

Jouir, c'est tellement mieux. 

  

Et la main qui reprend ton visage comme pour signifier, ça se fait, qu'il aime aussi le reste hein... enfin pour bien dire à ton cul l'importance qu'il n'a pas. Oui, mais toi, la vanité de ton cul, tu la connais déjà. C'est la condition de l'orgasme: savoir la chimère, connaître l'insignifiance, comprendre la fatuité. Se servir de l'autre pour décoller. Sans culpabilité.

Un acte de désir, c'est ça qu'il faudrait, à défaut d'un acte d'amour, parce que l'amour, c'est comme un zéphyr, un bien joli mot pour juste un peu de vent.

Un acte de désir il fallait, mais pas ce passage à l'acte-là. Et tu le savais déjà.

La condition du jouir, tu vois, c'est avoir des comptes à régler, des besoins de convaincre vains, des choses à dire qu'on a du taire, des trucs à prouver à quelqu'un qui ne le saura jamais, des promesses, des vengeances à remâcher, beaucoup de culpabilité... Toutes les conditions sont réunies, c'est certain, ça, oh ça, oh ça, oh ça... oh oui, oh oui etc ad libido,  tu vas y arriver.

- On se revoit quand ?

- Ha mais non, on ne se revoit pas.

 

  Et c'est là, oh oui, c'est bien juste là: 

Jouir. L'échec à soustraire.


 

 C'est tellement mieux.

 

 

 

 

 

Toutes les notes