28 octobre 2007

Distorsions utérines.

 Ma belle,

Aujourd'hui c'était cimetière,  eh bien tu vois, je m'y fais toujours pas. Je choisis le jour où je suis sûre de n'y croiser personne, puisque le samedi ,ça ne se fait pas. Pardonnez-moi, j'ai des circonstances atténuantes. Tu sais, elle a fait mettre une plaque, une plaque qui ne dit pas nos noms. 

 Il y a un an....

Toi tu n'es pas romantique, tu es juste romanesque, un peu Emma, un peu Pile électrique, aussi. Toi tu n'entres pas en poésie, toi tu lui rentres dedans.

Toi tu fermes ta gueule le plus souvent, mais tu sais que lorsque tu l'ouvres tu finis par te cogner aux murs. Alors le prochain qui te traite de muette, cogne-le, lui; aux murs. Ecoute-moi.

Dis que le silence est hospitalier. Dis que le bruit te conduira à l'hôpital. Dis que tout ça va te mener à rien. Dis que le lait est amont , que le sang est aval.  Dis que toi le lait tu y as pas goûté , et que tu saignes du nez depuis plusieurs jours, comme toute petite là.

Tu étais rentrée dans cette machine noire, qui mesurait les battements de ton coeur, le docteur avait dit à ta mère, elle aura peut être peur.  Il avait dit il n' y a rien. Rien,  elle a seulement peur.

 

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 Il y a 30 ans

"Je m'étais maquillée, habillée pour me ressembler à moi -même,  j'avais mis la jupe de maman, j'avais vaporisé le Guerlain. Je dansais devant le miroir, et j'ai marché sur la jupe.

 J'ai vaporisé encore encore, je voulais son odeur sur moi. Comme un manque à humer.  Et le flacon est tombé.

Quand elle est rentrée, avec cette peur d'enfant qui fait lever le front, braver vite pour se débarasser, j'ai dit très vite:

J'ai déchiré ta jupe et j'ai cassé ton parfum.

Ses yeux ont jailli de partout, Ses yeux se sont mis à sentir le sang, Sa bouche a vomi le feu, elle a rentré le couteau dans la flamme, elle a entré la flamme dans la chair,  ses mains sentaient le métal, mais j'ai tendu le bras. Et je n'ai pas crié.

Il faut obéir à maman".

 

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 Il y a quelques mois

Toi tu dis des trucs pour occuper l'espace, avec des symboles a deux francs, des mots placés pour faire trace, l'oubli toujours du  pronom qui te mettrait dedans.    T'embrasse.  Te quitte. T'emmerde.

Toi  tu ménages les autres mais c'est pour te ménager, toi.  L'argent des épinards, tu veux. Le beurre et la crémière dessus. Tu dis rien, tu crois que ça te distingue. Tu te crois  plus triste qu'une pierre, la tristesse comme un fard, pour maquiller le rien.

Toi tu  dis que tu veux rien entendre, alors que je me tais pourtant. Tu me prends la main chaque fois que je rage.  Tu lâches ma main chaque fois que je te la tends.

 

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 Il y a trente ans.

"Je faisais mes devoirs et elle parlait à ses voix, je disais il faut un s là ? J'avais peur qu'elle parte avec elles.  Je la ramenais ici-bas. Mais elle n'a jamais dépassé la colère. La fureur de me savoir là.  Le café bouillant en tache écarlate sur le ventre, brûlée vivante,  vive mais cramée du dedans. Elle m'a tiré par le bras, toujours le bras. Dehors sur le palier, nue comme un ver. Et les voisins qui passaient là. Petite et stupéfaite, à nu, un ver.  Exposée et la porte fermée.

Alors "m'exposer" sur un blog, ça me fait un peu rire tu vois.

 

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 Ma belle,

Aujourd'hui c'était cimetière,  eh bien tu vois, je m'y fais toujours pas. Je choisis le jour où je suis sûre de n'y croiser personne, puisque le samedi , ça ne se fait pas. Pardonnez-moi, j'ai des circonstances atténuantes. Elle a fait mettre une plaque, une plaque qui ne dit pas nos noms. 

Une plaque qui ne dit pas nos noms. 

 

 

A ma grande soeur, quelque part, en Corée, et aussi bien sûr, bien sûr, pour moi.

12 août 2007

Un minuscule ravage

 
podcast

 

Elle, la guérie, la légère, et ses grands yeux profonds, elle rit ou bien sa vois raisonne, ou elle ne dit rien. Pour que j'entende combien j'ai tort. Toujours nickel, parfumée. Tout en elle inspire le respect car elle a su m'être tout, et je combats encore le ravage de n'être rien pour elle, en même temps que l'horreur du tabou de la dépasser.

 

Une histoire de distance . Que je n'ai jamais su respecter, ni imposer. 

 

Mais voilà que le gel arrive, une brume l'enveloppe. L'injuste, la tête soudain trop haute, les yeux soudain petits , puisque moi je suis isolée;  égoïste, inabordable. Deux ou trois mots, quelques silences jaillis de ne je sais où, et toujours de son intelligence, elle devient l'acerbe, et me glace comme un hiver. elle me dit TAiS toi et me voilà doutant de tous les étés. Elle m'ôte tout, et toute parole. Et étonnée encore de mon manque d'audace, je contemple les effets de la métamorphose dans mes mains un peu plus abîmées.

Je lui disais que si j'osais, je parlerais aux clochards , boirais aux même goulot, pieds nus, ma main dans celle des vaganbonds, je lui disais ça, que je voudrais qu'aucun regard n'arrête mes courses.

Je lui disais ça, que j'aimerais ne pas être gênée par moi -même, me contempler et réussir à me franchir.

Elle a dit que c'était que des mots. 

 

Je lui disai que je me sentais plus sereine, mais qu'elle tremblait, ma sérénité,  ne tenait pas très bien aux autres, que j'avais l'impression de me répandre quand je lui disais mes secrets.

Elle a  baïllé, dit tu te fais des idées.

 

 Je lui disais qu'il fallait se rendre à l'évidence. Se rendre, pieds et poings liés, que sans papa, les entités se désagrègent, abominable banalité; qu'aimer ne faisait pas grandir, si grandir nous  faisait aimer.  Que c'était dramatique mais que fallait l'accepter. Puisqu'on avait grandi. CQFD.

Elle a dit t'as pas du dissolvant  je voudrais me refaire les ongles, ils se sont écaillés.

Et on a rigolé.

  

 

09 novembre 2006

Quand je serai grande, je me suiciderai

Je suis une tanche en communication. Ce n'est pas dû aux divers diagnostics, c'est que j'ai pas de limites, même si mon état l'est.

On me croit gentille, je suis juste con.

On me croit intelligente, je suis juste synthétique. Et hypermnésique.

Je suis incapable d'aligner plus de trois mots cohérents en face de quelqu'un que j'aime, qui me touche, qui me gonfle.

Non pas que je ne sache pas quoi dire, ni même que je sois timide, finalement, juste que je trouve que les mots, c'est surfait .

HAHA. Bref, aussi, Pas pour rien que j'aime chanter. Pas pour rien que je m'autosaôule à écrire. Parce qu'écrire, ha ben non, ce n'est pas parler. T'es tout seul, tu peux te bercer de l'illusion de l'interaction et de l'échange, mais c'est des conneries, à mon sens.

Je l'ai déjà dit . Les "Tu ressens quoi vis a vis de ton vécu intérieur de ton désir face à la pulsion intrinsèque de toi même , enfin, ton égo j'veux dire, hein...bien sûr...faut pas confondre tentacule et.." On croirait pas, hein, mais CA ME SAOULE GRAVE

J'essaie de jouer le jeu, je me raconte, sans artifices, mais je crois que tout le monde s'en branle. Et comme je les comprends.

Je n'ai pas de juste milieu, paralysée farouche ou déverseuse de tout. Parce que tout, j'm'en fous. C'est rien qui me fait peur.

Les "parlons d'autre chose que de nous," je trouve que c'est pas franc.

J'essaie aussi de m'extasier sur l'envolée lyrique à la page 12, et de m'irriter méchant sur le discours de Sarkozy ou d'un autre. Oui, mais je suis une enculeuse de mouches, Et je sens trop qu' en fait, c'est juste MA colère que je veux dire, que c'est juste que JE l'AI BIEN VUE, l'envolée lyrique que je voulais signifier.

Et ça me saoûle.

Je suis en train de te parler de mon incapacité totale à faire la conversation. A bavarder. A communiquer sagement, avec la pudeur nécessaire, les circonvolutions, les silences , pour mon "bien", les inquiétudes policées qui donnent bonne conscience.



J'écoute très bien. Toutefois.

J'adore les univers des autres, je me dis que c'est possible Un univers.

Mais tu vois, là aussi, c'est parfaitement égocentrique, c'est l'avidité histrionnique.

Enfin, c'est surtout que mon univers à moi, c'est le désert ,avec ,la minuscule perspective des mirages.



Toute ma vie, on m'a demandé de choisir, de prendre part, d'être dans un camp.

Et toute ma vie, je me suis appliquée à essayer d'aimer sans choisir, sans élire, sans médire.

Ce serait mentir que dire que j'y parviens.

Mais j'aime bien essayer.

Toute ma vie, j'ai eu une soeur, une mère, une sur-moi plus terrible que toute la garde nationale qui se sont évertué à me dire qu'elles me connaissaient mieux que moi. Que ça fallait pas, que là, fallait se méfier, que les autres sont méchants et qu'ils veulent te manger, te baiser, tevoler...que je faisais pas le bon choix, que c'était pas moi, que j'étais pas comme ça, moi...

Alors que moi, je choisissais rien,

Je me contentais de trucs qui peuvent paraitre l'ordre des choses pour beaucoup, des triomphes pour moi, des victoires absolument démentielles, des conquêtes extraodinaires.

Se lever sans vomir / Marcher droit/ Se promener sans penser que tu vas te désintegrer sur place/ Se marier ,et aimer son mari / avoir un fils, et l'aimer.

Alors merde.

07 octobre 2006

Soeuritude

Rappel pour ceux qui ne suivent pas, ma soeur , expatriée , Viet Nam, très loin, pour très longtemps.

C'est dur, parce que ma soeur blabla...ça fait un an. Ca correspond d'ailleurs au fait que je me sois addictée ici.

Elle s'est cassée, j'ai internetté.(et là y a à peu près 200 lectures possibles du truc...)

 (si on clique sur la rubrique Et ta soeur,et autres, d'ailleurs, je suis nulle en rangement de catégories... on comprend mieux, je peux comprendre aussi qu'on n'en ait rien à secouer)

Impossible de lui faire faire un blog, mais moi, j'aime ce qu'elle écrit. alors je prends des bouts d'ses mails.

 Je les mets là,

 pour mémoire.   
podcast

De mon coté de la planète, rien de nouveau, que du vieux. Hier soir suis allée (a contre coeur) bouffer aux tapas avec deux gonzesses: cher et pas bon, j'ai pas bu d'alcool(ça me grise plus), et elles m'ont fait voir les textos enflammés que l'une d'elles recoit d'un mec dans le dit bar une semaine avant: je suis rentrée juste apres (les boites/bars: non merci) degoutée, 42 ans....je me suis sentie sur la pente bien entamée, tu vois ce que je veux dire? Je sais pas si c'est  lié a la mort de papa ce sentiment d'urgence à faire qq chose comme si j'avais percuté par la force des choses, que j'avais pas toute le vie devant moi
Les gens d'ici, les expatriés,  sont superficiels et creux. Avec trois poils au cul, tu peux bâtir un empire et t'assoir dessus avec un sentiment de dominer les autres. Et c'est ce qu'ils font. Des peintres qui se jugent meilleurs que Picasso (j'invente rien!), des instit qui veulent "écrire leurs methodes" (pour aider l'Education Nationale, qui ne s'en sort pas", je te jure, entre dégoût et fou rire!
Pour la première fois de ma vie je me sens en "manque intellectuel". C'est un grand mot pour dire que j'ai besoin de nourriture pour la tête, ca t'est déjà arrivé?
how is your family? The little monster?
Je t'embrasse ma fuerte, nina mia
 

20 juillet 2006

Une journée avec elle


podcast
 

- Ouais j'dois passer à magic Stock parce qu'ils ont des Vondutch et des Creeks dans ma taille, et aussi des pompes trop trop belles avec des talons de 32cm au garrot.

- mais ..les gosses ? dans les magasins ?

- nan mais attends, avant j'dois passer chez le doc pour le rappel du vaccin. Et puis si tu pouvais m'déposer à carrouf à la parapharmacie parce qu'ils ont reçu la crème hydratante et le rouge à lèvres T. leclerc.

- Mais faut pas aller à Leclerc alors ?

- HAHAHA. oh p'tin TA RACE ! BOUFFE TES COUILLES CONNARD ! nan mais t'as vu comment il roule ce gros enculé ?

- Mais au Viet nam, la pollution, les motos, la circu tout ça...

- Je prends le taxi.  Et puis, après je m'fais masser le cul, puis je rentre. Chang a préparé à dîner, mis la table, on s'baigne dans la piscine avec le loulou.

- Fait chaud non ?

- j'ai la clim, mais oui fait chaud. PUTAIN arrête toi, t'as vu ? ils font des vernis à ongles couleur rubis sur l'ongle n° 214 chez Chanel, j'en VEUX UN.

- Mais t'en as déjà un de vernis à ongles!

- HAHAHAH, parce que t'as déjà acheté un livre, t'en achètes plus toi ? 

- Eyh je crois que les petits vont mourir de chaud dans la voiture, ils pètent les câbles , si on allait les tremper  à la mer ?

 - BORDEL A QUEUE ! faut qu'j'm'fasse péter cet album  de  Bob Seger...

...

Môme, je ne le savais pas, mais c'était un peu ma mère de substitution. Un genre de modèle.  Jurant comme un charretier, un répondant du tonnerre, et des ongles de diva, des fringues ...un goût irréprochable. Tiens, la preuve, quand elle est allée vivre au Viet Nam, elle m'a laissé des trucs, des bijoux,des pulls, des sacs. A CHAQUE fois que j'en ai porté un, on m'a dit dans la journée au moins deux fois: "Wouah ton sac ! (ta bague, ton pull) c'est géant!"

Parfum sacré de Caron, cette odeur de poudre de riz, sa peau croucroune, je la badais comme une fillette bâde sa mère.

Elle est revenue pour les vacances avec ses milliers de choses à faire, ses envies de fringues, ses cheveux courts et ses cigares, ses chaussures interminables . Son humour impitoyable envers elle -même et le reste du monde.

Mais aussi sa franchise brutale qui me fait tellement de bien. Même quand je m'en défends.

On est allé ensemble au cimetière et elle a hurlé. Et puis, comme d'habitude, ma grande soeur, elle a trouvé ce qu'il nous fallait faire. Les pieds nus, on s'est assise là, sur ce qui sera bientôt une pierre tombale, on a parlé. On lui a parlé.

- Bon grosse connasse, on s'voit quand ?

- Ben quand tu veux, t'es la bienvenue quand tu veux tu le sais.

- Ouais (envolée de Jungle, mains aux longs doigts vernis , poitrine opulente, T Shirt que j'en ai jamais vu un autre comme ça, short au top pile poil ce qu'il fallait avec...yeux jaunes myopes, charbonneux) On s'app !

- ...

- Putain ce serait quand même vachement bien si on se retrouvait tous ensemble chez la vieille autour d'une pizza...non ?

- ben ouais mais ça c'est pas possible parce que le retour du refoulé de la défense du déni...alors bien sûr mais quand même.

- Ouais j'm'en branle, t'as raison. Faudra venir au Viet Nam à Noël. Sans déconner, c'est quoi ce T shirt de vieille naine  que t'as mis ?

- ben j'ai chaud alors, là, c'est aéré. (c'est un Tshirt trop trop bien taille 5, comme ça j'le sens pas, voyez ?)

- Ah. C'est aéré. (sourire navré pas loin  du fou rire)

  - Tu m'as manqué Bouhouhouhouhouhou...(moi mode hystéro enclenché)

Je la serre dans mes bras, mon nez arrive juste dans le sillon de ses nénés. Comme une fillette qui bade sa mère et qui cherche le câlin.

  j'étais si près de toi que j'ai froid près des autres...

P'tin, au Viet nam, elle est partie pour (au moins) six ans.