01 juin 2009
Kinishao & I
Pour ceux qui suivent ma carrière...
Avec Kinishao
(j'adore sa voix de Bee gees et son sens trop fou de la mélodie)
on a fait ça (mais de loin: je suis trop une chanteuse de studio)
C'est une version plus du tout jazz, un peu bontempi, désincarnée, de ça,
et moi je l'adore.
(et comme les commentaires sont fermés, vous aussi, vous l'adorez, c'est ça, la magie du 2.0-)

26 février 2009
1,2,3
One
Sur la Sandplatz, Dora rigole, on voit sa glotte rouge qui tremblotte. C'est pas la panique, c'est pas le désir absent du sujet, le désir manquant de l'objet, c'est pas ça qui la paralyse, c'est pas Hans ou MrK, ces enculés, qui lui font les doigts gourds et le coeur licencié, le cou noué et le sexe anémié, c'est pas le verre d'eau à gerber, les chiens lappants qui la rendent aphone et nouée.
Elle rêve d'irm, des petits cercueils capitonnés, et puis c'est ensuite un camping, un cimetière à ciel fermé, des matelas jonchés, des draps bleu clair comme du ciel tissé qui vont recouvrir les têtes et empêcher de respirer pour une trop longue eternité.
(je remarque un truc je fais de la rime intérieur en é, je slamme ma race)
Non non, c'est rien de tout ça, y a un voyage vers le futur qui s'est opéré, Dora en slim grisé élimé, Dora ipod branché, Dora soutien gorge -sans armature-, sinon plutôt crever, violet. Elle est tombée dans un tunnel de temps parallèle enfin un truc super compliqué, et elle a rencontré un ostéopathe renommé, c'est plus à Vienne, c'est genre à Lourdes, un peu. Ou bien plutôt un radiologue confirmé, Sigmund va te faire empapaouter, de toutes façons tu es mort, tu peux pas me déparalyser.
Il a dit "C'est une hernie cervicale Dora, c'est pas d'angoisse que tu vas crever"
(on peut toujours rêver)
Two
Il me regarde comme ça, de côté et il me dit "Ok ok un mariage sur deux se termine en divorce, mais tu m'empêcheras pas de penser que tous les divorces commencent par un mariage, poupée." (il n'a pas dit poupée, je ressemble à tout sauf à une poupée, c'est pour le slam, que j'dis poupée, pour la beauté, pour la musique, pour arranger)
Regarde le commencement, retourne à l'origine, y a que ça qui te fait rêver, c'est les balbutiments, les approches qui font fantasmer, les doigts de la nouveauté qui font frissonner....Arrête de me faire pleurer, va plus loin pour recommencer.
C'est dur, un corps, c'est dur à porter. C'est dur un désir, à faire sortir exister, plus dur qu'un bébé. Je m'aime bien l'esprit , moi. Je me trouve super bonne de l'esprit. Bien tankée, super campée, assez cambrée. Le corps c'est dur, ça pèse sa chair. Ca n'a rien d'esthétique, mon algodystrophie de la promiscuité, c'est pas dîtes moi que je suis belle, (c'est pas répulsion quand je me croise, hein, rien à voir avec la "bôté", c'est rencontrer qui fait chier, se confronter, ça prend des allures de bataille, et moi je crois que j'aime bien qu'on me foute
la paix.
Three
Il me faut un morceau de route, une musique de partance. J'ai épuisé tous mes airs de départ. Je me suis trop souvent cassée. Un jour je suis partie sur Special K de Placebo. Ste honte. Une autre fois, c'était Stay Inside, de V. Chesnutt, faut le faire. J'ai fait des tonnes d'aller retour sur Papa M (what a scoop). J'ai jamais pu aller bien loin avec my life de B.P. Billy. Et j'en oublie, enfin non j'oublie rien, mais je crains de me saoûler, je vais pas balancer toute ma discothèque de déplacement, ma play list de périples, mon CD spécial traversées...
What fo(u)r ?
26 janvier 2009
il n'y a pas d'humour heureux
Il n'y a de libre que la bête. Creuse cet espace-là. Il faut tendre l'oreille au frisson de l'aurore (ça veut dire qu'il faut écouter mais seulement au début). Admettre toutes les fissures que te grave l'exil, le cul posé dans l'herbe. Et savoir la rareté du feu. Prendre de l'iroquois la liberté de se taire, pas les plumes. Ne pas baigner trop longuement dans le jus de la colère. Tu n'as rien à prouver, rien à dire, même si la douleur rend précis.
Un policier froid de type aryen était à l'encoignure de mon rétro. Il a montré l'absence de ma ceinture du doigt, en dressant un procès verbal. Et puis, il s'est mis à vérifier les plaques, toujours ce masque de cire, un peu poupin, on aurait dit Karl Dorf dans Holocauste. Il fallait que je me cache. Je ne voulais pas payer.
J'ai raconté des choses, des choses sur ma vie, sur les garages et sur les délais légaux. Il m'a emmenée plus loin, il y avait d'autres agents. Ils étaient tous aussi désincarnés que lui. J'ai compris que c'était un piège, que je n'aurais pas du le suivre, pas du contester l'amende. Ils étaient nombreux et ça allait barder. Ce n'étaient pas des agents de la Police Nationale censés faire régner l'ordre et la civilité. C'était des imposteurs. Je me suis réveillée. Ne compose pas avec le surmoi ma poulette. Paye l'amende tout de suite et passe à autre chose.
J'ai relu Aragon. "Je vais te dire un grand secret j'ai peur de toi je vais te dire un grand secret ferme les portes il est plus facile de mourir que d'aimer c'est pourquoi je me donne le mal de vivre mon amour. "Je vais te dire un grand secret il est plus facile de partir que rester c'est pourquoi je me casse mon amour. Je vais te dire un grand secret ferme ta gueule c'est pourquoi je te donne deux heures pour décamper.
J'ai besoin de briser ce qui me fait pleurer.
Et alors ?
(Jason Molina- Honey Watch your ass ...à venir, là j'ai la flemme)
26 juillet 2008
ChaîneS
1 - Quelle est la chanson française qui t’évoque ton enfance ?
Le Roi Léo (clique)Et c'est pas Ferré.
Un rêve fou et oedipien d'un lion, d'un bon, d'un vrai, d'un fort, d'un tatoué.
et sinon
J'étais folle de ce truc. Et il y a un message social en plus, je te ferais dire.
Je les connais encore par coeur (hypermnésique)
2 - Quels sont ta chanteuse et ton chanteur préférés ?
Je suis complètement fan des voix de hardeux, des fois j'aimerais qu'ils chantent d'autres trucs. La voix de Robert Plant,(clique) (quand même)celle de Steven Tyler...(je vous épargne les vidéos ...atrominables d'Aerosmith)
La voix de Bob Seger, aussi.
Quelque chose d'unique dans le chant de Jason Molina (clique)aussi.
Respect total et amour éternel pour Robert Wyatt.
Bonnie Prince Billy, la caricature de voix de Marty Anderson...enfin bref, trois mille, quoi.
Chez les filles j'aime bien celles qui ont des voix pas de fille, genre Patti Smith.
J'aime bien la voix d'enrhumée et le phrasé de Laura Veirs.
Les timbres doux, clairs, et fragiles qui ne poussent jamais, genre la première chanteuse de Morcheeba, Susanna Karolina Wallumrod...
et demain, je vais penser à plein d'autres. Evidemment et je vais faire haaaan j'ai pas dit T. Moore et J. Mascis !!
3 - De quelle chanson de variété aurais tu aimé être l’auteur ?
Ne m'appelez Plus jamais franANceeeeeee, c'est une chanson qui a le don de me plonger dans un état de fou rire avancé même sans substance illicite.
4 - Quel est aujourd’hui l’air que tu fredonnes ?
J'ai saoûlé à peu près tout le monde avec Undress me Now chanté façon Rappeuse il y a quelques temps.
5 - Quel est ton meilleur souvenir de concert français ?
Le seul français que j'ai vu en concert c'est Thiéfaine. Et je le trouve vraiment excellent sur scène. Sinon...j'ai vu Francis Lalanne (clique) (non, je déconne) aussi mais j'ai pas fait exprés. On était devant le Théâtre de Verdure avec des T shirts Deep Purple + Scorpions + Black Sabbath = Défonce Eternelle Infinie, et le videur nous a dit d'entrer.(ils devaient pas avoir assez de monde ). On est entré. C'était un concert A CAPPELLA (ils devaient pas avoir de thune) et en cuissardes.(ils devaient pas avoir de goût) J'ai rarement autant ri.
6 - Quels chanteurs ou chanteuses représentent le mieux la France ?
Mon dieu, quand je parle avec certains, je crois , dussé-me je m'immoler à grands coups de marteau sur la tête, il me semble que Lorie plait beaucoup et qu'on a meme traité Carla Bruni d'auteuse, alors...moi, j'abandonne.
Chaîne de Cécile et de Nie, et de quelqu'un d'autre, je me rappelle plus. (désolée)
1 - Quel(s) souvenir(s) avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?
J'ai appris à lire avant l'école élémentaire en écoutant ma grande soeur réviser Daniel et Valérie.
J'ai lu La trilogie de Pagnol vers 6 ans (pour copier ma grande soeur qui l'étudiait)
2- Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?
Pas de livres pour enfants. Je lisais des passages de Zola, ou de l'encyclo Alpha ou du Dictionnaire médical (avec des photos atroces) de la bibliothèque de mon père, et l'Ancien Testament (qui me faisait flippper ma race)
3 - Aimez-vous la lecture à haute voix ?
Non. Mais j'aime certaines voix.
4 - Votre conte préféré ?
La petite sirène. Je m'identifiais à donf.
5 - La meilleure adaptation d'un roman ou d'une pièce de théâtre
Les Rois maudits de Druon, la première version avec Jean Piat à la télé.
Un ange à ma Table de Jane Campion (la vie de la romancière Janet Frame)
6 - Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?
J'ai une bonne mémoire et je connais beaucoup de poèmes par coeur, ainsi que des tirades entières de Anouilh notamment, mais de là à les déclamer, au dessous de 3 grammes, non.
7 - Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?
Non. Je ne lis plus aux chiottes depuis que j'ai fait une analyse (cherche pas)
Mais j'en ai beaucoup dans mon lit. (J'ai pas fini mon analyse, aussi )
8 - Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?
Georges Steiner.
Palimpsestes (je me suis pariée de le terminer cette fois)
Bass Plate River
Malina Ingeborg Bachman
9 - Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?
Eluard.
10 - Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?
Je suis incapable de lire lentement. C'est à cause d'une histoire d'empant, j'ai même fait des tests une fois parce qu'on me
croyait pas que je lisais vite (les chiens) Mais j'avoue que Lacan, je prends mon temps.(Je ne comprends pas tout)
11 - Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?
J'aime les bouquins de la Pléiade, leurs pages douces, et les couvertures rigides. J'aime aussi les livres qui ont vécu, avec des annotations qui ne sont pas de moi. J'aime bien l'idée que d'autres aient vu ce que moi je ne vois pas.
12 - Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?
Ceux que j'ai en cours. Mais je suis pas folle du rangement. C'est le moins qu'on puisse dire.
13 - Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?
Oral.
(Je ne peux pas lâcher le sein qui me nourrit.)
Dans tous les sens, en gros.
14 - Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?
Uniquement celles pour le travail.
15 - Offrez-vous des livres ?
Oui. C'est une de mes occupations préférées. (mais j'aime bien aller au restau aussi)
16 - La plus belle dédicace, que ce soit de l'auteur ou de la personne qui vous l'offrit ?
Un ami à moi, auteur de théâtre désormais, lorsqu'il a publié son premier roman m'a fait une très belle dédicace. Un autre, très récemment. (ça fait classe, hein ?)
Une amie m'a offert il y a longtemps, Baise-moi de Virgine despentes et avait écrit au-dessous du titre "...et tu me diras si c'est bon"
17 - Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)
Les odeurs de livres sont celles qu'on leur refile. Je l'ai constaté sur chacun de mes livres sur la Shoah. Ils sentent ma peur.
18 - Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?
Gary, Cohen, Zola, Zweig, Borges... et plein d'autres, quand j'aime je ne compte pas hein...
19 - Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?
Je ne ris jamais en lisant. Je souris à la limite.
20 - Un livre qui vous a particulièrement ému ?
L'île des Condamnés. Dagerman.
Psychose 4.48 Sarah Kane.
Lettres à Felician. Ingeborg Bachman. (t'as vu Alm, je souligne les titres )
21 - Le Livre qui vous a terrifié ?
Le larousse médical des années 5O avec photos à l'appui de la bibliothèque de mes parents. Les bouquins de S. King aussi, il décrit la peur des enfants comme personne.
22 - Le livre qui vous a fait pleurer ?
Voir livres qui m'ont émue. Moi, émue, je pleure. Hein. Bêtement.
23 - L'avertissement / l'introduction qui vous a le plus marqué ?
Une de celle de Vian "Tout ceci est vrai puisque je l'ai inventé d'un bout à l'autre. " Je trouve que rien n'est plus vrai (eh oui)
24 - Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux?
Les heureux et les damnés. (Fitzgerald) (je sais pas pourquoi)
25 - Décrivez votre bibliothèque.
Un foutoir. Rien n'est classé.
26 - Le(s) livre(s) dont vous vous êtes finalement débarrassé ?
Je ne me débarrasse pas des livres, je les prête (et donc ne les revois jamais)
27 - L'endroit le plus insolite où vous lisez ?
J'arrive à lire en étendant le linge...c'est super insolite, ça ? ça va ?
28 - Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?
Un blog de bloggueur influent pour me dire que je rate pas grand chose, ou pour mourir plus vite ...
Heu, non, la Bible, on sait jamais, ...des fois qu'on m'interroge.
29 - Votre livre d'art préféré ?
Miroslav Tichy (photographe)
Oui, mais en même temps, je n'ai pas beaucoup de livres d'art.
30 - La bibliothèque idéale ?
Je n'aime pas les bibliothèques.
31 - L'incipit qui vous a le plus marqué ?
Le début de Voyage au bout de la nuit. Commencer un bouquin comme ça, je trouve ça absolument dément.
32 - La clausule qui vous a le plus marqué ?
"J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres."
__________________________________________
(et voilà- je "taggue" (c'est le nouveau mot d'après ce que j'ai compris) personne parce que j'aime mon prochain plus que moi-même comme tu peux le constater.
28 octobre 2007
Distorsions utérines.
Ma belle,
Aujourd'hui c'était cimetière, eh bien tu vois, je m'y fais toujours pas. Je choisis le jour où je suis sûre de n'y croiser personne, puisque le samedi ,ça ne se fait pas. Pardonnez-moi, j'ai des circonstances atténuantes. Tu sais, elle a fait mettre une plaque, une plaque qui ne dit pas nos noms.
Il y a un an....
Toi tu n'es pas romantique, tu es juste romanesque, un peu Emma, un peu Pile électrique, aussi. Toi tu n'entres pas en poésie, toi tu lui rentres dedans.
Toi tu fermes ta gueule le plus souvent, mais tu sais que lorsque tu l'ouvres tu finis par te cogner aux murs. Alors le prochain qui te traite de muette, cogne-le, lui; aux murs. Ecoute-moi.
Dis que le silence est hospitalier. Dis que le bruit te conduira à l'hôpital. Dis que tout ça va te mener à rien. Dis que le lait est amont , que le sang est aval. Dis que toi le lait tu y as pas goûté , et que tu saignes du nez depuis plusieurs jours, comme toute petite là.
Tu étais rentrée dans cette machine noire, qui mesurait les battements de ton coeur, le docteur avait dit à ta mère, elle aura peut être peur. Il avait dit il n' y a rien. Rien, elle a seulement peur.
__
Il y a 30 ans
"Je m'étais maquillée, habillée pour me ressembler à moi -même, j'avais mis la jupe de maman, j'avais vaporisé le Guerlain. Je dansais devant le miroir, et j'ai marché sur la jupe.
J'ai vaporisé encore encore, je voulais son odeur sur moi. Comme un manque à humer. Et le flacon est tombé.
Quand elle est rentrée, avec cette peur d'enfant qui fait lever le front, braver vite pour se débarasser, j'ai dit très vite:
J'ai déchiré ta jupe et j'ai cassé ton parfum.
Ses yeux ont jailli de partout, Ses yeux se sont mis à sentir le sang, Sa bouche a vomi le feu, elle a rentré le couteau dans la flamme, elle a entré la flamme dans la chair, ses mains sentaient le métal, mais j'ai tendu le bras. Et je n'ai pas crié.
Il faut obéir à maman".
__
Il y a quelques mois
Toi tu dis des trucs pour occuper l'espace, avec des symboles a deux francs, des mots placés pour faire trace, l'oubli toujours du pronom qui te mettrait dedans. T'embrasse. Te quitte. T'emmerde.
Toi tu ménages les autres mais c'est pour te ménager, toi. L'argent des épinards, tu veux. Le beurre et la crémière dessus. Tu dis rien, tu crois que ça te distingue. Tu te crois plus triste qu'une pierre, la tristesse comme un fard, pour maquiller le rien.
Toi tu dis que tu veux rien entendre, alors que je me tais pourtant. Tu me prends la main chaque fois que je rage. Tu lâches ma main chaque fois que je te la tends.
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Il y a trente ans.
"Je faisais mes devoirs et elle parlait à ses voix, je disais il faut un s là ? J'avais peur qu'elle parte avec elles. Je la ramenais ici-bas. Mais elle n'a jamais dépassé la colère. La fureur de me savoir là. Le café bouillant en tache écarlate sur le ventre, brûlée vivante, vive mais cramée du dedans. Elle m'a tiré par le bras, toujours le bras. Dehors sur le palier, nue comme un ver. Et les voisins qui passaient là. Petite et stupéfaite, à nu, un ver. Exposée et la porte fermée.
Alors "m'exposer" sur un blog, ça me fait un peu rire tu vois.
___
Ma belle,
Aujourd'hui c'était cimetière, eh bien tu vois, je m'y fais toujours pas. Je choisis le jour où je suis sûre de n'y croiser personne, puisque le samedi , ça ne se fait pas. Pardonnez-moi, j'ai des circonstances atténuantes. Elle a fait mettre une plaque, une plaque qui ne dit pas nos noms.
Une plaque qui ne dit pas nos noms.
A ma grande soeur, quelque part, en Corée, et aussi bien sûr, bien sûr, pour moi.
12 août 2007
Un minuscule ravage
Elle, la guérie, la légère, et ses grands yeux profonds, elle rit ou bien sa vois raisonne, ou elle ne dit rien. Pour que j'entende combien j'ai tort. Toujours nickel, parfumée. Tout en elle inspire le respect car elle a su m'être tout, et je combats encore le ravage de n'être rien pour elle, en même temps que l'horreur du tabou de la dépasser.
Une histoire de distance . Que je n'ai jamais su respecter, ni imposer.
Mais voilà que le gel arrive, une brume l'enveloppe. L'injuste, la tête soudain trop haute, les yeux soudain petits , puisque moi je suis isolée; égoïste, inabordable. Deux ou trois mots, quelques silences jaillis de ne je sais où, et toujours de son intelligence, elle devient l'acerbe, et me glace comme un hiver. elle me dit TAiS toi et me voilà doutant de tous les étés. Elle m'ôte tout, et toute parole. Et étonnée encore de mon manque d'audace, je contemple les effets de la métamorphose dans mes mains un peu plus abîmées.
Je lui disais que si j'osais, je parlerais aux clochards , boirais aux même goulot, pieds nus, ma main dans celle des vaganbonds, je lui disais ça, que je voudrais qu'aucun regard n'arrête mes courses.
Je lui disais ça, que j'aimerais ne pas être gênée par moi -même, me contempler et réussir à me franchir.
Elle a dit que c'était que des mots.
Je lui disai que je me sentais plus sereine, mais qu'elle tremblait, ma sérénité, ne tenait pas très bien aux autres, que j'avais l'impression de me répandre quand je lui disais mes secrets.
Elle a baïllé, dit tu te fais des idées.
Je lui disais qu'il fallait se rendre à l'évidence. Se rendre, pieds et poings liés, que sans papa, les entités se désagrègent, abominable banalité; qu'aimer ne faisait pas grandir, si grandir nous faisait aimer. Que c'était dramatique mais que fallait l'accepter. Puisqu'on avait grandi. CQFD.
Elle a dit t'as pas du dissolvant je voudrais me refaire les ongles, ils se sont écaillés.
Et on a rigolé.
09 novembre 2006
Quand je serai grande, je me suiciderai
Je suis une tanche en communication. Ce n'est pas dû aux divers diagnostics, c'est que j'ai pas de limites, même si mon état l'est.
On me croit gentille, je suis juste con.
On me croit intelligente, je suis juste synthétique. Et hypermnésique.
Je suis incapable d'aligner plus de trois mots cohérents en face de quelqu'un que j'aime, qui me touche, qui me gonfle.
Non pas que je ne sache pas quoi dire, ni même que je sois timide, finalement, juste que je trouve que les mots, c'est surfait .
HAHA. Bref, aussi, Pas pour rien que j'aime chanter. Pas pour rien que je m'autosaôule à écrire. Parce qu'écrire, ha ben non, ce n'est pas parler. T'es tout seul, tu peux te bercer de l'illusion de l'interaction et de l'échange, mais c'est des conneries, à mon sens.
Je l'ai déjà dit . Les "Tu ressens quoi vis a vis de ton vécu intérieur de ton désir face à la pulsion intrinsèque de toi même , enfin, ton égo j'veux dire, hein...bien sûr...faut pas confondre tentacule et.." On croirait pas, hein, mais CA ME SAOULE GRAVE
J'essaie de jouer le jeu, je me raconte, sans artifices, mais je crois que tout le monde s'en branle. Et comme je les comprends.
Je n'ai pas de juste milieu, paralysée farouche ou déverseuse de tout. Parce que tout, j'm'en fous. C'est rien qui me fait peur.
Les "parlons d'autre chose que de nous," je trouve que c'est pas franc.
J'essaie aussi de m'extasier sur l'envolée lyrique à la page 12, et de m'irriter méchant sur le discours de Sarkozy ou d'un autre. Oui, mais je suis une enculeuse de mouches, Et je sens trop qu' en fait, c'est juste MA colère que je veux dire, que c'est juste que JE l'AI BIEN VUE, l'envolée lyrique que je voulais signifier.
Et ça me saoûle.
Je suis en train de te parler de mon incapacité totale à faire la conversation. A bavarder. A communiquer sagement, avec la pudeur nécessaire, les circonvolutions, les silences , pour mon "bien", les inquiétudes policées qui donnent bonne conscience.
J'écoute très bien. Toutefois.
J'adore les univers des autres, je me dis que c'est possible Un univers.
Mais tu vois, là aussi, c'est parfaitement égocentrique, c'est l'avidité histrionnique.
Enfin, c'est surtout que mon univers à moi, c'est le désert ,avec ,la minuscule perspective des mirages.
Toute ma vie, on m'a demandé de choisir, de prendre part, d'être dans un camp.
Et toute ma vie, je me suis appliquée à essayer d'aimer sans choisir, sans élire, sans médire.
Ce serait mentir que dire que j'y parviens.
Mais j'aime bien essayer.
Toute ma vie, j'ai eu une soeur, une mère, une sur-moi plus terrible que toute la garde nationale qui se sont évertué à me dire qu'elles me connaissaient mieux que moi. Que ça fallait pas, que là, fallait se méfier, que les autres sont méchants et qu'ils veulent te manger, te baiser, tevoler...que je faisais pas le bon choix, que c'était pas moi, que j'étais pas comme ça, moi...
Alors que moi, je choisissais rien,
Je me contentais de trucs qui peuvent paraitre l'ordre des choses pour beaucoup, des triomphes pour moi, des victoires absolument démentielles, des conquêtes extraodinaires.
Se lever sans vomir / Marcher droit/ Se promener sans penser que tu vas te désintegrer sur place/ Se marier ,et aimer son mari / avoir un fils, et l'aimer.
Alors merde.
07 octobre 2006
Soeuritude
Rappel pour ceux qui ne suivent pas, ma soeur , expatriée , Viet Nam, très loin, pour très longtemps.
C'est dur, parce que ma soeur blabla...ça fait un an. Ca correspond d'ailleurs au fait que je me sois addictée ici.
Elle s'est cassée, j'ai internetté.(et là y a à peu près 200 lectures possibles du truc...)
(si on clique sur la rubrique Et ta soeur,et autres, d'ailleurs, je suis nulle en rangement de catégories... on comprend mieux, je peux comprendre aussi qu'on n'en ait rien à secouer)
Impossible de lui faire faire un blog, mais moi, j'aime ce qu'elle écrit. alors je prends des bouts d'ses mails.
Je les mets là,
De mon coté de la planète, rien de nouveau, que du vieux. Hier soir suis allée (a contre coeur) bouffer aux tapas avec deux gonzesses: cher et pas bon, j'ai pas bu d'alcool(ça me grise plus), et elles m'ont fait voir les textos enflammés que l'une d'elles recoit d'un mec dans le dit bar une semaine avant: je suis rentrée juste apres (les boites/bars: non merci) degoutée, 42 ans....je me suis sentie sur la pente bien entamée, tu vois ce que je veux dire? Je sais pas si c'est lié a la mort de papa ce sentiment d'urgence à faire qq chose comme si j'avais percuté par la force des choses, que j'avais pas toute le vie devant moi
Les gens d'ici, les expatriés, sont superficiels et creux. Avec trois poils au cul, tu peux bâtir un empire et t'assoir dessus avec un sentiment de dominer les autres. Et c'est ce qu'ils font. Des peintres qui se jugent meilleurs que Picasso (j'invente rien!), des instit qui veulent "écrire leurs methodes" (pour aider l'Education Nationale, qui ne s'en sort pas", je te jure, entre dégoût et fou rire!
Pour la première fois de ma vie je me sens en "manque intellectuel". C'est un grand mot pour dire que j'ai besoin de nourriture pour la tête, ca t'est déjà arrivé?
how is your family? The little monster?
Je t'embrasse ma fuerte, nina mia
20 juillet 2006
Une journée avec elle
- Ouais j'dois passer à magic Stock parce qu'ils ont des Vondutch et des Creeks dans ma taille, et aussi des pompes trop trop belles avec des talons de 32cm au garrot.
- mais ..les gosses ? dans les magasins ?
- nan mais attends, avant j'dois passer chez le doc pour le rappel du vaccin. Et puis si tu pouvais m'déposer à carrouf à la parapharmacie parce qu'ils ont reçu la crème hydratante et le rouge à lèvres T. leclerc.
- Mais faut pas aller à Leclerc alors ?
- HAHAHA. oh p'tin TA RACE ! BOUFFE TES COUILLES CONNARD ! nan mais t'as vu comment il roule ce gros enculé ?
- Mais au Viet nam, la pollution, les motos, la circu tout ça...
- Je prends le taxi. Et puis, après je m'fais masser le cul, puis je rentre. Chang a préparé à dîner, mis la table, on s'baigne dans la piscine avec le loulou.
- Fait chaud non ?
- j'ai la clim, mais oui fait chaud. PUTAIN arrête toi, t'as vu ? ils font des vernis à ongles couleur rubis sur l'ongle n° 214 chez Chanel, j'en VEUX UN.
- Mais t'en as déjà un de vernis à ongles!
- HAHAHAH, parce que t'as déjà acheté un livre, t'en achètes plus toi ?
- Eyh je crois que les petits vont mourir de chaud dans la voiture, ils pètent les câbles , si on allait les tremper à la mer ?
- BORDEL A QUEUE ! faut qu'j'm'fasse péter cet album de Bob Seger...
...
Môme, je ne le savais pas, mais c'était un peu ma mère de substitution. Un genre de modèle. Jurant comme un charretier, un répondant du tonnerre, et des ongles de diva, des fringues ...un goût irréprochable. Tiens, la preuve, quand elle est allée vivre au Viet Nam, elle m'a laissé des trucs, des bijoux,des pulls, des sacs. A CHAQUE fois que j'en ai porté un, on m'a dit dans la journée au moins deux fois: "Wouah ton sac ! (ta bague, ton pull) c'est géant!"
Parfum sacré de Caron, cette odeur de poudre de riz, sa peau croucroune, je la badais comme une fillette bâde sa mère.
Elle est revenue pour les vacances avec ses milliers de choses à faire, ses envies de fringues, ses cheveux courts et ses cigares, ses chaussures interminables . Son humour impitoyable envers elle -même et le reste du monde.
Mais aussi sa franchise brutale qui me fait tellement de bien. Même quand je m'en défends.
On est allé ensemble au cimetière et elle a hurlé. Et puis, comme d'habitude, ma grande soeur, elle a trouvé ce qu'il nous fallait faire. Les pieds nus, on s'est assise là, sur ce qui sera bientôt une pierre tombale, on a parlé. On lui a parlé.
- Bon grosse connasse, on s'voit quand ?
- Ben quand tu veux, t'es la bienvenue quand tu veux tu le sais.
- Ouais (envolée de Jungle, mains aux longs doigts vernis , poitrine opulente, T Shirt que j'en ai jamais vu un autre comme ça, short au top pile poil ce qu'il fallait avec...yeux jaunes myopes, charbonneux) On s'app !
- ...
- Putain ce serait quand même vachement bien si on se retrouvait tous ensemble chez la vieille autour d'une pizza...non ?
- ben ouais mais ça c'est pas possible parce que le retour du refoulé de la défense du déni...alors bien sûr mais quand même.
- Ouais j'm'en branle, t'as raison. Faudra venir au Viet Nam à Noël. Sans déconner, c'est quoi ce T shirt de vieille naine que t'as mis ?
- ben j'ai chaud alors, là, c'est aéré. (c'est un Tshirt trop trop bien taille 5, comme ça j'le sens pas, voyez ?)
- Ah. C'est aéré. (sourire navré pas loin du fou rire)
- Tu m'as manqué Bouhouhouhouhouhou...(moi mode hystéro enclenché)
Je la serre dans mes bras, mon nez arrive juste dans le sillon de ses nénés. Comme une fillette qui bade sa mère et qui cherche le câlin.
j'étais si près de toi que j'ai froid près des autres...
P'tin, au Viet nam, elle est partie pour (au moins) six ans.
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30 octobre 2005
Et ta soeur ?
Elle est partie, cette imbécile, parce que là-bas, fuir...elle en rêvait.
Notre entité se désagrège et il paraît que c'est la vie.
Le cordon qu'on s'était tricoté, un peu maladroitement, pour remplacer l'ombilical récalcitrant, tombe en poussière, et il paraît qu'il le fallait. Et il le faut. Et ça m'emmerde.
J'ai beau savoir qu'elle n'est pas ma mère, même si j'ai tout fait pour. (Comprenez bien que je n'avais guère le choix.)
Les départs, moi, ça me terrifie. C'est m'arracher un bras. C'est boîter, à coup sûr. Et encore, j'ai grandi.
J'ai honte de ma mélancolie, de ma torpeur de ma femme enceinte mi-délivrée, mi-incomplète, de ce vide blanc, puisqu'elle n'est ni malade ni morte, oui mais elle n'est pas là.
Si c'était moi, l'Expatriée, l'Aimable, la Guérie, l'Aînée, je détesterais qu'elle écrive qu'elle a peur de mon bonheur.
Parce que je ne suis pas l'Aimable,
Parce que je suis la tourmentée,
Je m'autorise cet écart. Ce n'est pas le premier.
On m'a déjà servi les liens pathologisés, les transferts incroyables, les rôles renversés, les places à respecter, les dépendances regrettables...oui. Mais je dis, moi, qu' on a eu une chance utérine formidable, de naître sous la même étoile.
On a eu une chance inouïe d'aimer les mêmes livres, de savoir se parler sans vocables.
On a le même sang lourd à porter, les mêmes héritages, les mêmes angoisses, miroirs réciproques un peu désenchantés.
On s'est tenu la main pour supporter l'insupportable. A s'en broyer les phalanges.
Entre nous, jamais, jamais de disputes de soeurs, de cheveux tirés, de "je vais le dire à maman !" C'est dire comme on avait autre chose à penser !
Oui, pour tout dire, on était plus soeurs Halliwell à se battre contre les mauvais sorts et les monstres verdâtres, que soeurs Brönté ou soeurs Marsh. On s'est hissé un peu, on a bien fait semblant. A deux, c'est plus facile. Je te pousse ? tu me pousses? L'une de nous deux finira bien par y arriver.
On a cette malchance que des milliers et des milliers de kilomètres nous séparent et ton absence habite en moi comme un cancer.
Tu vois, c'était vraiment mal parti,
mais tu m'as fait croire aux liens du sang.
Désolée, c'est dimanche. Fallait que je me la pète.


