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Il faudrait du mépris sans doute, mais de quelle taille ? Il faudrait de la force mais je ne me rappelle plus la couleur que ça a. Il faudrait de l'assurance en cornet, de la neutralité en baril, quelques sourires plus aigus que des accents, pour montrer que je ne suis pas dupe, malgré tout.  Un truc subtil et enlevé, un mouvement d'épaules étudié, un truc de reine brisée mais digne.

Il y a cette tristesse qu'on nous vend, ce désespoir japonais, ce tragique bavard et glacé, volontairement sale mais qui se soucie encore de l'esthétique des sanglots, la bouche à quatre pattes et les mots dissidents. On ne sait plus dire qu'on est perdu sans décrire la laideur des autres, on se sait plus ouvrir son coeur sans se montrer la violence de la taillade, l'aorte, les vaisseaux, et les caillots...

Il me faudrait être quelqu'un d'autre, ou bien le pouvoir de corriger après coup chacune de mes félures, un photoshop du langage à contre-temps, des grands coups de ciseaux dans le flux ridicule, des gros coups de pinceaux sur tous les plis d'amertume et de rancune mal digérée. Alors, je pourrais te parler, mais je crois que je n'aurais rien à te dire.

De tout ça, il ne me reste que les dommages collatéraux, les rancunes, l'amertume, rien d'autre. Je n'ai rien à te dire de plus que mes regrets, ma douleur de narcisse, ma colère  de m'être plantée,  mon désir pathétique de changer sinon le décor mais bien tes limites. Le reste, c'est du vent tiédasse, un prétexte à me souvenir, c'est juste mon imagination. C'est un pet que j'ai pris pour une brise. Je n'aurais rien à te dire, rien à te prouver, et tu ne me reconnaîtrais pas.