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nobody knows but Jesus
Petite, je voulais croire à Jésus Christ, j'avais mis un autocollant , une image pieuse derrière les double rideaux . (J'étais juive, c'est pour ça.) J'avais cru comprendre que ça se faisait pas chez nous, alors c'était ma cachette. Je voulais pas vexer mes parents qui l'auraient mal pris tout mécréants qu'ils soient. Mais c'était plus facile pour moi de croire en Jésus qu'en un dieu dont on ne me parlait pas. J'avais une copine qui faisait le catéchisme, avec une fine croix d'or sur son cou blanc, une blonde aux yeux purs, très croyante, tendance tout le monde fait comme il veut mais perso j'aime pas trop les juifs, qui sont riches et radins, les noirs qui sont noirs, et les arabes alors là, ça me fait un peu vomir. Elle était vraiment offusquée que je sois pas baptisée, tendance pauvre fille la main de Djézus à toi elle t'a pas touchée, nananère. Je brûlais de lui dire que moi j'étais Elue, bisque bisque rage, mais j'osais pas. J'ai toujours trouvé ça super prétentieux quand même,ce coup de peuple élu au suffrage individuel de dieu. Elle me parlait de Jesus Christ, sa vie son oeuvre, elle m'emmenait à l'église; les cierges, l'hostie, les peintures, les communions, les chants en latin, les mendiants à la sortie, je trouvais ça joli comme la petite maison dans la prairie, sauf que chez les Ingalls, c'est un Révérend, mais j'allais pas chipoter. La synagogue, moi je ne l'avais vue qu'une fois, et il y avait tant de bruit dedans, tant de prières psalmodiées, si peu d'images, et trop de Loi...Alors, cette pauvre conne blonde avait décidé de me convertir, elle se prenait pour Saül de Tarse, un peu. Elle m'a filé un auto-collant de Jésus Christ, et j'allais le reluquer en cachette derrière les double rideaux. Elle me demandait aussi si je me touchais là où c'était interdit, la missionnaire, mais là, j'avais su quoi répondre, j'avais dit: "C'est même pas interdit, on a le droit de le faire, je te signale. C'est écrit dans OK Magazine."
Alors, j'aimais bien Jésus Christ, sa maigreur, son sang séché, sa tête de martyr, son paréo hippie, et surtout cette idée que je pouvais tout lui confier dans ma tête derrière les double rideaux sans dire des prières qu'il fallait connaître par coeur, ca me plaisait bien. Cette période de Christianisme intense et secret, tendance soeur Léonella, a duré quelques semaines, et puis j'ai déchiré Jésus Christ de la tapisserie à rosaces. J'avais découvert James Dean, sa maigreur, son rictus de teddy boy, sa tête de bissexuel, son blue jean: ça me plaisait. A mort. J'avais fait un journal, chaque page commençait par "Cher Jimmy," et se terminait par " A demain pour de nouvelles mésaventures"...Et puis je me rappelle , un jour, j'étais allongée sur mon lit, j'écrivais dans mon journal à Jimmy que je voulais acheter une plantation dans le sud de la Caroline et rencontrer le leader d'un Punk band, comme ça, je cultiverais le tabac (camel gratoss !!) et il offenserait la Nation. Ce serait le bonheur. Et mon père est rentré dans la chambre, il m'a dit "T'écris encore à James dean..." et j'ai fait "ghmmmxlmmm ?!?" et il m'a dit :"Jésus Christ, James Dean...ma fille, pourquoi tu t'intéresses qu'à des hommes morts...?"
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