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won't you take me to funky town (de mieux en mieux)
Quand j'étais petite, j'avais un maître au Cm2, un maître qui ressemblait à Francis Cabrel. Il avait le même jean , les mêmes clarks, les mêmes frisottis sur les tempes, et la même moustache de bab du Gers. C'était mon maître des après-midi, parce que le matin j'avais le directeur comme maître, et lui il ressemblait à rien, enfin je veux dire il était vieux et un peu chauve et sans surprise. Le maître de l'après midi débutait et il aimait bien les élèves, il aimait bien enseigner si ça se trouve. Des fois, il jouait de la guitare, des chansons de vieux. Personne n'osait demander "je l'aime à mourir", on était de respectables enfants, on levait le doigt pour demander des trucs comme aller faire pipi, ou effacer le tableau. Une fois quand même Carole C s'est piqué un fou rire parce que le maître de l'aprés midi avec sa guitare classique chantait "O gué vive la rose" et là, il s'est un peu enervé, tout freinetique qu'il soit, Francis, il a dit que claude françois c'était de la daube et qu'elle irait pas bien loin dans ses études, avec des goûts pareils. Enfin, moi j'étais du côté du maître vu que je détestais claude françois et que je préférais déjà Led Zeppelin, à cause de ma frangine qui était une grande du collège qui fumait des cigarettes. J'étais une très bonne élève blabla super forte en rédaction et un peu nulle en géométrie (je n'aime pas l'espace). Il m'aimait beaucoup et je le faisais rigoler. C'était sa première année d'enseignement et je crois qu'il était vraiment curieux de ses élèves. Je suis passée en sixième,(je l'aimais pas au point de redoubler) et on s'écrivait des lettres . J'étais très fière, il répondait à mes lettres par de vraies longus phrases avec une écriture très différente de celle du tableau, une écriture d'adulte. Un mercredi après midi , il est venu prendre le thé à la maison. Ma mère l'avait invité. Je ne me souviens plus trop ce qu'ils se sont dit. Je me souviens que j'étais mal à l'aise, je ne savais pas trop quoi dire non plus "oui j'aime bien le français" "non je ne mange pas à la cantine"
Je crois qu'il m'aimait vraiment bien. J'étais le genre élève intéressante : niveau socio culturel assez bas, fille d'ouvrier, ça devait ravir un instit un peu bab qui a envie que l'école de la république réduise les inégalités sociales, je crois. Ensuite, en cinquième, j'ai découvert le sexe et la drogue,(en gros) alors je ne lui ai plus écrit.
Une bonne dizaine d'années plus tard, par un hasard inouï qui n'a aucune importance, une femme m'a parlé de moi. Elle avait entendu parler de moi par lui. Il se souvenait de moi. Je l'ai eu au téléphone, alors. On s'est dit que ça serait marrant de se revoir, il aimait toujours drôlement son boulot. Moi moins. Mais j'ai pas donné suite, j'ai toujours été mal à l'aise avec les gens qui m'aiment bien, j'ai l'impression qu'il ya quelque chose de pas net, là-dedans. Qu'ils vont découvrir le pot aux roses. Alors je me casse pour qu'ils continuent de m'aimer bien, en fait. Bref, il y a peu, je l'ai revu. Il manifestait. Il m'a reconnue tout de suite. Je lui ai demandé s'il aimait toujours bien les élèves, s'il était toujours aussi curieux...Il a souri, il ressemble un peu à Christophe maintenant. Plus trop à Francis Cabrel. Il a dit que c'était pas ça. Qu'il était juste convaincu que je ferais de grandes choses à cause de mes rédactions, de ma rapidité, de ma vivacité. Enfin, moi, à part être Patti Smith, j'ai jamais eu beaucoup d'ambition. J'aime l'idée d'avoir un vieux visage d'iroquois et une voix fatiguée douce qui rend un tube pourri de Nirvana super sex. Ou alors dissidente soviétique, j'aurais bien aimé. Alors...J'ai dit ho. J'ai même rougi. J'ai vu un moment qu'il était déçu parce que je lui avais raconté ma vie, un peu.(comme quoi je fais bien de me casser, hein, pour qu'on m'aime encore. Abs est hystérique, comme Dieu, elle fucke tout de suite, et après elle fuit emportant le soyeux de ses cheveux etc...(poème qu'on m' a fait cadeau, la classe). Je lui ai raconté les grandes lignes, quoi, mais les grandes lignes, elles disent tout. J'ai pas osé dire que j'avais un blog. (personne ne sait que j'ai un blog! strolahonte) Ensuite, il m'a demandé si je continuais par là où si je rentrais de suite. J'ai dit je rentre de suite, j'ai de la route. Il m'a dit au revoir. O gué vive la rose, j'ai pensé.
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