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Trois petits tours
* Il y a quelques jours, j'ai ôté mon désespoir. Je l'ai soigneusement plié genre je deviens enfin obsessionelle avant de le poser sur une chaise et ensuite...
j'ai rejoint la vie nue sur des draps blancs et je lui ai furieusement, voracement fait l'amour, tu vois.
Tout ceci n'est évidemment qu'une métaphore à deux francs. la réalité est que depuis que j'ai rencontré Godot, sans vouloir tirer des plans sur la comète, je vais drôlement mieux. En fait tout ceci n'est qu'une galéjade, car on nous a menti. La vie c'est comme tout le monde. Des fois, ça bande mou, des fois ça s'ennuie, des fois c'est très égoïste, parfois honteusement généreux, et des fois ça se la pète comme c'est pas permis. J'avais juste oublié l'essentiel: tout ceci n'a aucun sens, autant ne plus tourner en rond. L'amour ça ne dure pas toujours, la radieuse beauté non plus, la preuve, on a inventé la mort et le botox. Oui, peut -être que vous , vous le savez depuis longtemps, et tout, petits veinards. Mais moi, non. Ce qui fait que, dans le désordre :
- Lorsque je joue avec mon fils au jeu de la couverture (vous pouvez pas comprendre), je ne joue plus pour lui éviter d'être traumatisé par une mère névrosée, ou parce que son équilibre., ou parce que comme ça il se couche.. mais juste parce que c'est vrai que c'est rigolo.
- Lorsque le soleil poudroie, et que la nature verdoie, et que ton regard a broyé mon regard, mais...voyais -je, avant, ami ?... je m'en fous complètement, et voilà.
- Je commence à comprendre mon père qui s'est fait virer gentiment des JCR. Parfois, avoir le même ennemi, ça fait se tenir la main. Tu voudrais que tout le monde se tienne la main en mangeant des loukoums, regarder la lune dans la même direction, en chantant du gospel, c'est normal. Ne t'inquiète pas, ça va te passer. Pourtant, l'autre il veut juste anéantir l'Ennemi, et pauvre abruti, tu en es un.
- d'autres trucs inintéressants.
* Il y deux grands types de névrosés. Il y a celui qui souffre sa race, creuse le déficit de la Sécurité Sociale et écrit des blogs. Il ne fait chier personne. il regarde les autres en se disant "...Quelle chance..." Il attend sagement sans rien demander que quelque chose lui arrive, ou quelqu'un. Il y a le névrosé qui souffre et qui fait chier tout le monde. Tu lui dis "On va prendre un café ."Il te répond "Tu dis ça parce que t'es en colère que je t'ai dit que t'étais con." "Tu vas bien ?" "Tu dis ça parce que tu vas mal..." "Tu suces ?" "T'es vraiment qu'un sale macho de merde..."" Tu crois que l..." "Tu dis ça parce que tu es sioniste." C'est quelqu'un qui souffre mais qui est drôlement heureux. Parfois, il regarde les autres le regarder en pensant "quelle chance" et il se sent très important, alors il écrit des blogs. (Nous voilà considérablement dans la merde, car maintenant, il faut trier.) Il y a bien sûr le névrosé guéri (O,000002 % de la population mondiale selon l'IPFOS) Il ne se sent pas important, il ne fait chier personne, il est heureux, entre les gouttes, et il achète des livres. Mais bon, c'est moins intéressant.
*Il y a vingt cinq ans, vers 4 h du matin, je déambulais sur la promenade. J'avais un treillis militaire et un maillot en dessous. Il me l'avait prêtée car j'avais froid. Je ne sais pas trop où on allait à dire vrai. Une descente brumeuse et des mains plus pressées que d'habitude. Et puis, je me souviens- ralenti, saccades d'images- de la 305 blanche de mon père, sa tête qui m'aperçoit, la panique absolue qu'il s'arrête, le descente qui s'accélère...Il continue sa route en emportant un morceau de mon coeur (je déconne pas). Il est quatre heures du matin et je cours jusqu'à chez moi en maillot de bain recevoir la tannée que je mérite. Ma mère toute droite assise dans son lit ne dit rien. Mon père arrive un peu plus tard. Il m'a parlé alors d'un sandherin du temps d'Ezra . Il m'a dit que c'était pas parce que la femme juive violée mettait quand même au monde un enfant juif, qu'il fallait me balader nue sur la route. On a bien rigolé.
En fait, bien sûr, il n'a rien dit de tout ça. (Je me suis fait pourrir la gueule. Privée de sortie jusqu'en 2004 !!!) Il ne devait même pas le savoir, ça. Il préférait Karl Marx et il pensait que la terre n'appartenait à personne, des trucs comme ça genre les loukoums sous la lune. Sauf qu'après à peu près trois cent douze expulsions (une fois ou quarante trois je sais plus, parce qu'il était juif, une fois parce qu'il était trop de gauche, une fois parce qu'il était français, une fois parce qu'il était pas assez communiste, une fois parce que son entreprise licenciait), il a plus rien dit. Et après, il est mort. (C'est la vie, et tu fermes ta gueule)
Je pensais à ça hier au cimetière du Ponant. Regarde le truc, j'ai eu peur que les tombes soient profanées. Je regarde trop la télévision. Je devrais regarder des trucs plus objectifs, puisqu'on nous manipule, plus pragmatiques, " Questions pour un champion", "Blog citoyen trop révolté de la colère " "Loukoum, Moon, and tequila"...Mais bon ça allait, il y avait juste écrit Bon juif=Juif mor, à l'entrée, (mais ça fait longtemps), et je trouve que devant un cimetière, c'est même assez drôle, au final.

