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A little game (go insane)

Tourner le dos, les poings fermés. La marche est saine; les voyages déforment la détresse, et surtout surtout surtout, on va super loin quand on a envie de rien. J'ai la tête lourde à cause des odeurs d'huile de lin, la javelle et le thé, les cris de chiens, les immondes radios nostalgiques, les camions enervés sur la voie express, la sonnerie du téléphone, les chaussures collées de boue séchée, la toux qui le déchire et l'empêche d'écouter le stupide commentateur du journal télévisé, et la voix qui demande si ce pull lui va bien, du frigo qui gerbe d'avance. J'ai encore trop de mal à dire. C'est un sale coup pour quelqu'un qui a étudié les mots. Le présent a les yeux louches. Chaque clignement d'oeil efface une image, tant de photos  perdues. J'ai la tête vide à cause du gaz, non je déconne, j'ai vidé ma tête en réduisant mon périmètre de pensée, en réduisant mon espace social, en réduisant mes sorties au strict nécessaire. J'ai la tête réduite maintenant, un guerrier navajo, cerveau momifié. J'ai appris les noeuds marins mais je suis incapable de jeter l'encre. Un sale coup, quelle méprise. J'avais une tête qui collait bien à celle de la fille qui se casse tu vois, les grands yeux, les grands cheveux, le menton orgueuilleux. Le miroir s'adapte bien au vide, je suis toute effacée.

En 2009, je reviens, j'ouvre les vannes, je défonce la porte, je claque la page, je débouche le champagne, ou les commentaires (c'est moins cher), faut que ça s'arrête. Ca va s'arrêter de cogner.