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"Our lady of the shooting stars"

Il pleut et maintenant, j'ai un parapluie. J'ai beaucoup changé, qu'ils disent.  J'ai des draps noirs aussi. Je trouve ça classe. C'est juste morbide, il a dit.  Je fais des chignons, parfois. Tout s'écroule assez rapidement, ça fait cling cling par terre, les épingles. Je pense toujours à cette scène dans Zola quand Nana secoue ses cheveux au-dessus d'une bassine, pour faire tomber plus vite ses épingles, pressée de retrouver un amant, dans une avalanche de boucles et de parfum. J'ai toujours trouvé cette scène érotique au plus haut point,  délicieusement scandaleuse et réaliste. Le summun de la finesse et de l'évocation, qui suggère sans rien montrer, et bla et bla.  Bon, j'avais huit ans et demi, aussi. Je ne crois pas représenter le summum de l'érotisme lorsque mes épingles sautent de mon chignon pour faire cling cling par terre, à la sécurité sociale. Ca fait juste des mèches qui s'effondrent une à une  mais restent stupidement en l'air, un moment.  Je crois que j'ai juste l'air  de ne même pas valoir l'Oréal, comme meuf.  Après la pluie, sans déconner, j'ai vu un arc-en-ciel. Je ne dis pas ça parce que j'ai un blog, hein. J'en ai vraiment vu un. J'ai pensé à Isaac Newton, le prisme qui prouve l'existence de la radiation lumineuse, la couleur, tout ça, et, de lien en lien, j'ai enfin compris le système des filtres en photographie. J'aime bien " gélatine bleue." Pour m'en souvenir je pense à  de la confiture de schtroumpf.  Je suis calme, très calme. Parfois, j'ai l'impression d'un sac vide derrière ma tête qui enfle, enfle, à la manière toute poétique d'une gorge de crapaud, et j'ai peur que tout éclate, que tout se bouleverse là-dedans, que je perde tous mes repères, le contrôle, le langage, et  le code de ma carte bancaire. J'ai peur qu'on me retrouve toute nue dans un aéroport, la tête droite et le regard vide, criant que je m'appelle Adèle Hugo,   griffant mes joues  Il parait que la peur de devenir fou, liée à la phobie d'impulsion est caractéristique des états-limites, borderline, mais il paraît que les états-limites, c'est une grosse connerie aussi, que l'a-structure, ça n'existe pas. Je serais une hystérique, comme tout le monde que ça m'étonnerait pas. Enfin, je ne sais pas trop de quoi c'est le symptôme à dire vrai, mais je peux juste dire que ça me terrifie. Je pense qu'à chaque crise, je perds mille calories, à peu près. On s'étonne que je baffre comme dix -huit et que je ne grossisse pas. On subodore, j'en suis sûre, que je me purge, que je me fais raquer après les lasagnes , que je fais ma star américaine dans les toilettes pour rentrer dans mon 36 ou que je mange des amphétamines à chaque repas. Ben non, je me tape des crises d'angoisse, c'est tout.