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Regrets

Je regrette que mon éducation ait été un brouillard sans repères. Je regrette de ne pas avoir assez appris, espérant me fondre, ne pas me faire remarquer. J'aurais aimé étudier la philosophie, l'histoire. Je regrette de ne rien comprendre aux sciences et à l'économie, d'en être pleinement consciente. Je regrette d'être une handicapée de la cuisine et de la couture. Je regrette d'avoir vécu très longtemps convaincue d'être moche et sans intérêt , ensuite compris que ce n'était pas la cas, puis rendu compte que je m'en foutais complètement,  que ça ne changeait rien. Je regrette de n'être pas sportive et de détester l'effort physique. Je regrette de ne pas être l'amie que j'aimerais être. Je regrette tous les livres que je ne lirais pas, et la musique que je ne saurais jamais faire. Je regrette que mon père soit mort trop jeune pour que mon fils le connaisse et sache qu'il existait quelqu'un d'aimant chez moi. Je regrette de ne pas avoir transmis à mon fils les  richesses qu'auraient pu constituer le judaïsme, et l'engagement syndicaliste réèl. Je regrette qu'il n'entende jamais parler de lutte des classes à la télé. Je regrette qu'aucun livre d'enfant ne dise que le sexe est très agréable et qu'il fait un bien fou à qui le pratique. Et qu'il ne faut pas en faire tout un plat. Ca nous éviterait tant d'abrutis et de déprimés sexuels.  Je regrette de vivre si loin de ma soeur et de mon neveu, d'être folle d'inquiétude  quand il pleut en Asie, quand les moustiques filent la dengue, quand j'entends des voix désincarnées me dirent en mauvais anglais this number does not exist. Je regrette ma franchise contre laquelle je n'ai jamais su rien faire, malgré toutes les preuves de son inutilité. Je suis encore convaincue que c'est moi qui ai raison de dire vite, et toujours la vérité absolue de ce que je désire et de ce que je tolère pas.  C'est vous dire si je suis con. Je regrette de ne pas savoir changer. Je regrette que le seul remède contre l'angoisse et la névrose soit l'amour qui ne ressuscite jamais alors qu'elles, toujours. Je regrette d'avoir pensé que la vie était infinie, et tout ce que j'aurais pu en faire.
Je suis infiniment heureuse, non pas d'être mère, mais d'être celle de mon enfant. Quelle aubaine. Je demande au moment même à mon fils s'il sait ce que signifie "aubaine" et il me répond "Non et je ne veux pas le savoir, là". Je suis très connement fière qu'il me dise la vérité de ce dont il n'a rien à foutre.
Je suis infiniment convaincue que ce monde dans lequel nous vivons achève de sombrer. Je suis infiniment déprimée quand les gens ne se révoltent plus, et disent la loi du marché, c'est malheureux, tu rêves,ha que faire si tu veux résister t'as qu'à démissionner, t'exiler et autres inepties. Résister, c'est rester et ouvrir sa gueule, (ou sa kalachnikov) pas faire son  Arthur Rimbaud. Quelqu'un me souffle "De Gaulle". Je regrette qu'on me contrarie.

Je pourrais avec le sens de la chute qui me caractérise ( je profite que les commentaires soient fermés) conclure en disant que je regrette beaucoup et que je ne sais pas à qui dire pardon. Mais ce serait mentir, car demander pardon, c'est l'art de retourner les victimes en bourreaux,  Si vous répondez, "Non, je ne te pardonne pas. Je REGRETTE juste que tu sois si con." C'est vous qui devenez le  méchant qui pardonne pas, à l'âme basse et égocentrée comme un blog, alors non merci, hein.