« le kantisme a les mains pures mais il n'a pas de mains. (et vice et versa) | Page d'accueil | Automne Français: l'île des damnés un peu cons. »
Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te fasse sauf si c'est lui qui commence.
Parfois, je mets ma tête dans mes mains, le front plaqué contre mes mains, après avoir jeté par terre ce qui encombrait la table sur laquelle reposeront mes genoux de bras, (figure de style) d'un geste tempêtueux et quasi-gérarddepardien, et les souvenirs affluent comme une colonie de proteus dans un tube intestinal. Je me vois, encore jeune et quand même belle, merde, attendant mes amis toujours en retard, parce que moi -jamais-, dans le froid et la nuit, les mains enfouies dans les poches de mon manteau en daim qui n'a pas de poches, dans un mouvement napoléonien et un peu ridicule; et les voitures... passent, et les klaxons... résonnent, assourdissants, et les gens,... les anonymes qui sont-ils ? Vers -z-où marchent-ils ? Pourquoi ?..etc etc etc..(voir notes précédentes) et cette colère sourde, ce trépignement hargneux malgré mon calme apparent, mon stoïcisme de façade, parce que j'attends et que je trouve ça dégueulasse, les gens qui font attendre. C'est humiliant.
Et je me dis "encore cinq minutes et je me casse", et un jeune à casquette me dit vous et me demande une clope et je dis "non, j'ai pas" et je me sens coupable alors que je fume même plus, parce qu'il me demande ça comme si je fumais, d'emblée, et qu'il fait cette espèce de moue genre incrédule et qu'il n'en pense pas moins, comme quoi je suis une grosse radine tabagique qui n'aime pas les jeunes. Et je me dis si tu te sens coupable c'est qu'au fond, tu as de mauvaises pensées, enfant de Satan ! et je me secoue le judéo-chrétien d'un mouvement d'épaules. Je hais les retardataires. Je me dis c'est fini, je les verrai plus jamais. Croix dessus. Dix de perdus, ça fait juste un total de 247 à la fin, de toutes façons on est toujours tout seul. (voir notes précédentes) Quand j'attends, je me sens perdue, abandonnée, merdique. Je pense que c'est parce qu'un jour, on m'a oubliée à l'école. Ma mère est allée chercher tout le monde, mon frère, ma soeur, les enfants des voisins... mais moi, non. Sympa comme acte manqué. Fondateur. Et ensuite le téléphone sonne, et je vois le numéro d'un de ses prétendus-amis s'afficher en faisant une sonnerie dont j'ai honte, mais je sais pas changer les sonneries sur les portables, moi, j'ai autre chose à faire, je dois poser mes mains sur mon front, déjà...et j'ai envie de jeter le portable contre la fontaine pourrie de la place, parce que les gens qui - EN PLUS- appellent pour dire "On est en retard, (bruits de VIE) hahaha (rires MOQUEURS)..ouais on arrive, hein..." pour bien te signifier qu'ils savent très bien, que toi, tu attends comme une merde abandonnée, pendant qu'eux cherchent une place, ensemble, et tout à coup se rappellent que tu attends comme on pense à pas oublier le pain, ils se rappellent de toi comme on oublie sa baguette. Voilà. Je trouve ça dégueulasse et égoïste. Mais bon, je me rappelle que j'ai encore plein de forfait et que, quand même, ils m'ont aidée à déménager une fois . Alors je décroche (même si un téléphone portable ne se décroche pas mais bon, c'est pour la fluidité de mon récit à suspense) et j'entends: "Mais putain mais qu'est-ce que tu fous ? Ca fait une heure qu'on t'attend, y a même Y. qui voulait appeler l'hôpital mais bon maintenant c'est plus la peine hein, on a fini..."
Et la tête entre mes pieds de bras,(figure de style) dans la cuisine, pendant qu'autour bruit la vie, que mes casseroles me toisent, que mon balai, ce cynique, hoche le manche, et que le vide-ordure couine méchamment, je me rappelle que je confonds toujours Place aux Herbes et l'autre, là. Je me sens un peu apatride, comme Marina Tsetaieva, un peu amputée comme Arthur Rimbaud et un peu con, comme un [lien] dans un chat de blogitexpress.

