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(je vais bien, je compte les fleurs sur le mur)

Ils disent que j'ai changé mon fusil d'épaule. Je conteste: je n'ai jamais eu d'arme, j'ai tiré sur personne, j'exècre les chasseurs, je ne me sens la proie de personne. Tout glisse.  Ils disent que j'ai retourné ma veste. C'est faux. C'est juste que je vérifie si d'aventure, dans la doublure... on ne sait jamais. C'est juste que j'ai un peu froid. Ils disent que je n'ai pas changé. Pourtant j'ai vieilli , c'est la castration qui rentre (enfin..tu vois, pas vraiment )un peu sonnée d'avoir admis ce qui n'est pas l'absolu, d'avoir accepté que ça vacille, que ça se traîne, que ça batte plus, et que, oui, ça m'allège. C'est juste que l'homme que j'ai vu la dernière fois, comme il me tarde encore la prochaine. C'est juste que l'homme que j'ai vu pour la dernière fois, ce qu'il a fécondé, ni lui ni moi ne savons encore ce qu'il deviendra. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois prenait des photos de nos pieds comme si nous n'avions qu'une paire de jambes, nous deux. Il me les envoyait par la poste. Avec des mots que je connais par coeur. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois, ne va croire qu'il m'obsède, je l'intègre à la note basse qui fonde le biographique. Notre passé m'augmente. L'homme que j'ai vu pour la dernière fois, je le croise presque tous les jours. Son présent me traquenarde. Il part chaque fois avec le livre que j'essaie de traduire, et trois de mes mots idiots qu'il tente d'interpréter. C'est comme si je lui attribuais le pouvoir de donner un sens à tout ce gâchis, et de tout nettoyer.   L'homme que j'ai vu pour la dernière fois, c'est l'histoire d'un essor pris avec la langue.  Je le sais étranger mais j'ai le tort de croire qu'il me comprend encore. Et je lui en veux toujours quand je réalise que c'est moi qui ne saisis jamais rien.