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automne 1 (anamnèse)
1-2-3 partez
1. Aujourd'hui, j'ai présenté mon "amant" à mon "mari". Ca s'est produit comme ça, j'ai pas fait exprés. Ils étaient tous les deux là, au mauvais moment. Comme moi le jour de ma naissance, tchikitchipoumpoum. Je n'ai pas trouvé ça excitant, je n'ai pas trouvé ça drôle, je n'ai pas trouvé ça terriblement triste, ni même culpabilisant. J'ai dit "Truc, voilà Machin" "Machin, voilà Truc" et après je les ai laissés se démerder entre eux, pour se faire la conversation. Je dirais "c'est pas moi qui ai commencé" si je devais me justifier. Mais je ne cherche pas à me justifier. Je ne me sens ni coupable ni victime. Je ne sens rien. J'ai reçu ce livre que j'attendais depuis si longtemps. J'ai beaucoup de travail. Ca me va. Oui, j'aime bien la fuite maintenant. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, d'ailleurs je vais peut-être me mettre au sport. Non je déconne.....
2. Mais oui, mais oui, je les tourne, les pages. C'est juste que j'aurais bien aimé les relire avant.
3. - Ce fut un choix opéré dans l'urgence, sans anesthésie, le choix du silence....
- Vous n'êtes pas si silencieuse. Vous écrivez.
- Ecrire ? C'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour me taire.
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Les lacaniens sont de grands littéraires, finalement. Ils attendent toujours la meilleure réplique, l'excipit dramatique pour nous laisser nous lever, et partir.
Lettre morte.
[...] [...]repères auditifs[...] L'élan demeure kinesthésique[...]n'articule pas de raisonnement[page introuvable]
N'attribue rien
N'exclue personne
N' oublie pas . A l'autre bout de la pièce, tracer des"repères à la craie sur l'eau." Marrant. Je laisse parler le répondeur.
[...]souviens mais c'est sans dialogue interne pas d'image mentale il y a bien des musiques à soupirs pourquoi pas des pensées sans langage sans représentation ce n'est pas comparable et la discrimination [...]incapacité à établir des similitudes[...]
[?] Vois que les différences.
[...]
C'est sous la peau que tu me manques. N'oublie pas , s'il te plaît. Je [illisible] dire : Ne m'oublie pas. Sinon, il ne restera [page déchirée]
Un autre jour
Je suis la première arrivée. Je suis toujours en avance, tellement la peur d'être en retard, tellement l'envie que ça soit déjà fini.
Ils arrivent tous un par un, ou bien par petits groupes. Les souriants, les faux-blasés, les traqueux, les enthousiastes, les qui cherchent la machine à café, les qui cherchent la feuille de présence, les qui veulent se faire oublier, lui qui cherche à se faire pardonner, qui se donne tellement d'importance. Le désir des hommes est toujours tellement sérieux. C'est pour ça que je le trouve souvent si niais. Je n'ai plus trop la force de jouer les cyniques, pour ma part. J'ai plus tellement de jeu entre la tête et la poitrine, voire plus bas. Mon désir est devenu tellement miteux. C'est pour ça que je le trouve si laid. Il y a une femme un peu plus loin. Elle est assise, et elle fait des petits gribouillis dans sa marge. Elle a le teint bistre, je crois que c'est comme ça qu'on dit. Elle a l'air calme. Elle mordille son long collier. Elle a de jolies dents, bien rangées. Si j'étais un homme, je l'emmenerais en Italie sur mon scooter, ou en train. J'étais allée en Toscane en train. J'étais très jeune. On avait rencontré des italiens de Rome. Des Romains. Ils m'avaient, moitié par jeu, moitié scabreux, enfermée dans une cabine avec eux; mes copines dehors. Malgré le malaise, j'avais, évidemment, fait ma bravache. "Haaa encoraaa encoraaa più !", j'avais crié en rigolant, avant même qu'ils ne m'aient touchée. Ils avaient ri, réouvert la porte. Mes jambes tremblaient. Cette fille-assise, si j'étais un homme, je la ferais rire, je la ferais danser, on serait un peu ivres, je lui dirais Allez viens on va s'faire Fellini, tout habillés dans la fontaine. On mangerait des pizzas, dans un restaurant avec les couverts payants, je lui dévorerais la bouche, je lui enlacerais les mains, je lui rendrais tous ses sourires. Je la rendrais joyeuse, un week-end. Elle me le rendrait bien, et quand je m'en irais, ce ne serait pas pour lui faire de la peine. Je ne me donnerais pas tant d'importance. Je m'en irais parce que je sais qu'elle sait, aussi, que l'éphémère, c'est le salut; que les films d'amour s'arrêtent toujours quand en fait, tout commence; sinon, personne ne les regarderait. Quel intérêt ? Je m'en irais pour nous rendre service. Et si je ne m'étais pas réveillé si tôt, je sais qu'elle serait partie la première.
Elle me regarde en plissant les yeux, elle doit être drôlement myope. Comme James Dean. Ca fait des regards de détresse, la myopie, tellement ça ne distingue rien. Si j'étais un homme, je trouverais ça émouvant, un moment.
En Italie, je l'emmenerais,
ou à l'hôtel derrière le Musée.
Bon, bon bon...
Je m'ennuie à en crever. Mon coeur, c'est un raisin sec. Mes gestes ne sont que de raison sèche. (pfff) Dans la rue, je feins d'être pressée mais plus rien ne m'accélère. L'écriture hystérise. L'histrion est effervescent dans le silence. L'amour est soluble dans la dépression nerveuse. L'inverse, ça marche pas.
La réunion commence.
Faire semblant d'écouter.
Arrêter de gribouiller, arrêter de mordiller mon collier.
Le désespoir n'est qu'un manque d'imagination.
Un mercredi
Mis en images par Pha(R)sme, cadeau.
Je porte la main à mon coeur mais je n'ai jamais su de quel côté il était.
J'avance dans une sorte de rêve absurde et glacé, la conscience bien claire que c'est un chagrin trop lourd à porter. La conscience plus pure que la source. Tant de lucidité, ça m'achève. Les rues oppressent; on ne voit que des raies de ciel, et l'air est épaissi par des odeurs épouvantables; le souffle impudique de ceux qui s'affairent comme des fourmis dans la cité. On me regarde souvent, sans méchanceté, avec un intérêt dont j'ai peut-être toujours honteusement rêvé, mais maintenant, j'en ai vraiment plus rien à foutre. Cette scène-là, je n'en voulais pas.
J'avance, un peu comme le temps même si on a arrêté l'horloge. On m'avait parlé d'elle, mais pas vraiment de l'absence, de l'absence qui surgit comme un pantin de sa caisse, coup au coeur, glas de l'évidence; l'absence qui glace les meilleurs silences, l'absence à franchir en -deçà des conversations, l'absence qui continue de creuser. J'aurais aimé voir mon visage, mais les miroirs étaient retournés. J'aurais aimé constater par moi-même les ravages de l'arrachement, les ridules de la perte.
J'avance et le soleil écrase tout, même les ombres. La mienne est toute ramassée. Dans le magma noir des silhouettes chinoises, je crois que je suis la seule tête levée. Pendant que tous se recueillent, vaincus, obéissants, je regarde le ciel qui me reste. Il m'a tirée sur la main, pour me dire de faire comme les autres, de m'incliner. Je reconnais plus son visage, je reconnais pas le chaud de sa peau. J'ai arraché ma main, terrifiée, et furieuse qu'il ne se rappelle rien de ce que je disais :
Lever les yeux au ciel, ça empêche de pleurer.
* Pour Valérie.
Venir à bout de la mémoire
Il n'y avait aucune réelle volonté, pas de motif. Il ne s'agissait pas d'une impulsion, d'un acte spontané ni même réfléchi. C'était juste une violence, une façon d'avoir mal pour se rappeler son corps, pour rester connecté à lui, un rapport tordu, une relation blessée, mais au moins, au moins quelque chose, pour se souvenir de sa propre consistance.
Ensuite, il y aura le classique déni, trouver tout ça insignifiant, même si les cicatrices sont de plus en plus profondes. Il y aura la banale répétition pour parfaire le self crime, en faire un vrai ballet, un truc de dingue, vraiment beau, vraiment bien sanglant. Il faudra aussi réaliser que cette relation n'est que le parfait calque, un peu tremblant, d'une autre, aussi glauque. Pour arrêter de se haïr, faire ricochet.
Tout le cerveau occupé comme une grande, à la réflexion, à l'analyse et à la compréhension, qui se met même à faire de jolis projets, mais il manque l'assise, il manque la première couche qui fait tenir l'édification. Tout est resté primitif dans les fondations. La tête bien faite, parfois même un peu pleine, et le reste , le corps entier flottant dans les limbes du néant, tout dissolu, haineux, perdu, abandonné, avec ce terrible sentiment d'injustice de n'être rien, de n'avoir aucune prise sur le vivant.
Les mots ne disent rien, parce qu'aucun récit n'est possible. Je m'accroche à la face B, l'image acoustique, un peu pendue. Il n'y a rien à comprendre, rien à conclure. Il s'agit de faire silence mais de s'occuper du ciment. La musique parce qu'elle se propage est une solide alliée. Les formes tapées sur le clavier préfigurent une narration pour faire un peu de sens, colmater, vomir propre, et puis tracer un autre un peu bienveillant, dessiner un réceptacle tranquille qui écoute et peut-être même comprend, mais à la bonne distance,...si loin de moi qu'il ne pourra jamais jamais plus me toucher.
Je t'ai écrit pendant des heures. Je t'ai ouvert le corpus. Maintenant, de nous voir tout charcutés, j'ai un peu comme la nausée. C'est facile à dire, c'est usé, c'est le parfait cliché, mais n'empêche que je jette l'encre maintenant.




