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Un mercredi

Mis en images par Pha(R)sme, cadeau.

 

Je porte la main à mon coeur mais je n'ai jamais su de quel côté il était.

J'avance dans une sorte de rêve absurde et glacé, la conscience bien claire que c'est un chagrin  trop lourd à porter. La conscience plus pure que la source. Tant de lucidité, ça m'achève.  Les rues oppressent; on ne voit que des raies de ciel, et l'air est épaissi par des odeurs épouvantables; le souffle impudique de ceux qui s'affairent comme des fourmis dans la cité. On me regarde souvent, sans méchanceté, avec un intérêt dont j'ai peut-être toujours honteusement rêvé, mais maintenant, j'en ai vraiment plus rien à foutre.  Cette scène-là, je n'en voulais pas.

J'avance, un peu comme le temps même si on a arrêté l'horloge. On m'avait parlé d'elle, mais pas vraiment de l'absence, de l'absence qui surgit comme un pantin de sa caisse, coup au coeur, glas de l'évidence; l'absence qui glace les meilleurs silences, l'absence à franchir en -deçà des conversations, l'absence qui continue de creuser.  J'aurais aimé voir mon visage, mais les miroirs étaient retournés. J'aurais aimé constater par moi-même les ravages de l'arrachement, les ridules de la perte.

J'avance et le soleil écrase tout, même les ombres. La mienne est toute ramassée. Dans le magma noir des silhouettes chinoises, je crois que je suis la seule tête levée. Pendant que tous se recueillent, vaincus, obéissants, je regarde le ciel qui me reste. Il m'a tirée sur la main, pour me dire de faire comme les autres, de m'incliner. Je reconnais plus son visage, je reconnais pas le chaud de sa peau. J'ai arraché ma main, terrifiée, et furieuse qu'il ne se rappelle rien de ce que je disais :

Lever les yeux au ciel, ça empêche de pleurer.

 

 

 

 

* Pour Valérie.