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Venir à bout de la mémoire
Il n'y avait aucune réelle volonté, pas de motif. Il ne s'agissait pas d'une impulsion, d'un acte spontané ni même réfléchi. C'était juste une violence, une façon d'avoir mal pour se rappeler son corps, pour rester connecté à lui, un rapport tordu, une relation blessée, mais au moins, au moins quelque chose, pour se souvenir de sa propre consistance.
Ensuite, il y aura le classique déni, trouver tout ça insignifiant, même si les cicatrices sont de plus en plus profondes. Il y aura la banale répétition pour parfaire le self crime, en faire un vrai ballet, un truc de dingue, vraiment beau, vraiment bien sanglant. Il faudra aussi réaliser que cette relation n'est que le parfait calque, un peu tremblant, d'une autre, aussi glauque. Pour arrêter de se haïr, faire ricochet.
Tout le cerveau occupé comme une grande, à la réflexion, à l'analyse et à la compréhension, qui se met même à faire de jolis projets, mais il manque l'assise, il manque la première couche qui fait tenir l'édification. Tout est resté primitif dans les fondations. La tête bien faite, parfois même un peu pleine, et le reste , le corps entier flottant dans les limbes du néant, tout dissolu, haineux, perdu, abandonné, avec ce terrible sentiment d'injustice de n'être rien, de n'avoir aucune prise sur le vivant.
Les mots ne disent rien, parce qu'aucun récit n'est possible. Je m'accroche à la face B, l'image acoustique, un peu pendue. Il n'y a rien à comprendre, rien à conclure. Il s'agit de faire silence mais de s'occuper du ciment. La musique parce qu'elle se propage est une solide alliée. Les formes tapées sur le clavier préfigurent une narration pour faire un peu de sens, colmater, vomir propre, et puis tracer un autre un peu bienveillant, dessiner un réceptacle tranquille qui écoute et peut-être même comprend, mais à la bonne distance,...si loin de moi qu'il ne pourra jamais jamais plus me toucher.
Je t'ai écrit pendant des heures. Je t'ai ouvert le corpus. Maintenant, de nous voir tout charcutés, j'ai un peu comme la nausée. C'est facile à dire, c'est usé, c'est le parfait cliché, mais n'empêche que je jette l'encre maintenant.


