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Châteaux - II -
Tout ça c'est une histoire de marche.
On se connaissait depuis quelques heures,
quelques heures seulement
et déjà, on avançait en parlant
(de quoi ? De rien sans doute.
Il fallait juste une musique
pour nous porter,
les mots faisaient l'affaire)
Un "Tu" devenait le summum de l'intimité,
un "peut-être" le symbole de toutes les promesses
- qu'on n'a pas tenues-.
On marchait sans se regarder, ensemble,
sans" s'adapter" au pas de l'autre,
malgré tes grandes jambes,
malgré mes sandales imbéciles.
On marchait du même pas,
s'arrêtant au même moment,
sans se concerter,
sensible aux mêmes nécessités
de pause,
ou de silence,
parce qu'il faut bien respirer,
n'est-ce pas ?
Il faut bien vérifier que tout ça a un poids,
une réalité,
que tes yeux sont vraiment
ceux de celui qui marche
à côté de moi,
en amande comme ça.
On ponctuait du pas
au même moment.
Ca me faisait rire,
comme une gosse
qui a du mal à croire à l'énormité du cadeau.
Je suis sûre qu'on aurait pu écrire une partition
avec ça,
notre marche, de beaux silences,
une mélodie simple, avec une impatience.
Je suis certaine que ceux qui nous croisaient
pensaient
que nous nous connaissions depuis toujours.
On s'est assis sur les rochers.
C'était la nuit noire
et juste le blanc de nos yeux
pour nous éclairer un peu.
La mer nous éclaboussait à un rythme régulier,
des gouttelettes de méditerranée
sur nos mollets.
J'écoutais, tu me regardais.
J'avais peur que cela devienne
un interrogatoire
ou pire,
une conversation.
Le baiser, je te jure,
le baiser était une urgence.
C'est moi qui me suis penchée pour le coda.
Pour en finir et recommencer.
Nos bouches doucement
ensemble,
au même pas,
s'arrêtant au même moment
sans se concerter,
assis sur les rochers,
deux ombres à une tête, éclaboussés.
On n'a plus rien dit, on a continué, marcher,
un peu plus vite, pressés
tellement pressés.


