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Leçon de maintien
Finissons-en, je t'en prie. J'ai vu les roses dans le vase, sans te voir, l'eau jamais croupie. J'aurais du t'apporter ces désespoirs du peintre. J'ai entendu ta voix entre la plainte et la colère faussement retenue, une posture. Malgré tout ce temps, elle me donne toujours des envies de meurtre. J'ai perçu toutes les double-contraintes, toute la nouvelle histoire que tu t'es déjà inventée en criant seule dans ta cuisine, pour incarner cette splendide victime, solitaire et inconsolée. J'ai beau connaître la pathologie, maîtriser tous les rouages, sentir de loin toutes tes ruses, analyser le délire et le comprendre à un point qui me terrifie, j'ai toujours cette immonde colère, ce stupéfiant besoin de me justifier. Tu ne sais même pas, tu ignores tout le mal, tout ce que tu as semé. Epargnez-moi, je vous en prie, l'impossible amour à la sauce mythologique, l'entente interdite quasi constitutionnelle, voire constructrice, vomie sur canapé. Parce que moi, voyez-vous, moi, je voulais l'aimer. Je voulais la réparer, la remplir, je voulais effacer son chagrin pour toujours. Je voulais la guérir pour qu'elle puisse enfin m'aimer.
Tu te souviens les jours de pluie, ces seuls jours où tu me touchais ? Tu m'essuyais les cheveux, pour ne pas salir les parquets. La ressemblance avec la caresse ne m'a pas pas échappée. Je savais ma méprise, le malentendu, mais je m'abandonnais, déjà rompue à me satisfaire de tous les semblants pour une main sur ma tête.
Finissons-en, je t'en prie. J'ai compris ton égo altéré, j'ai même vu ton regard habité, tes beaux yeux de malade tout tournés en dedans de toi. Je sais tout ça mais je trépigne, je vocifère, je sens la main glacée de la culpabilité sur ma nuque. Je voudrais tellement que quelqu'un me défende, je voudrais qu'on te dise que tu t'es trompée quand tu n'as pas pu m'aimer. Parce que tu vois, malgré toute cette théorie implacable, tout ce que je sais, et tout ce que tu ignoreras toujours, je ne suis jamais sûre que te haïr est la seule condition pour survivre. J'ai mis trente ans à te haïr, j'ai mis trente ans à te désinventer, et je te hais bien trop fort pour que ce soit vrai. Je te hais, oui, c'est sûr. Une posture.
Sang de mémoire

" il y avait la mort entre nous (...) comme avec ou chez tous ceux qui s’aiment”
On prenait la voie express limitée à 70 km/h. On voyait la mer à un moment. Il me déposait à la sortie. Nous partagions une intimité silencieuse, sans un regard, sans un geste; une intimité d'aube, plus liés que des atomes. Il me donnait dix francs, muette connivence. Il ne faudrait pas lui dire.
J'achetais des cigarettes avec un horrible sentiment d'ingratitude, vite balayé par mon rendez vous secret si matinal, avant le début des cours, dans le bar près du lycée, avec un apprenti peintre en lettres qui avait un Dax, des yeux verts et un QI négatif. Il me trouvait "jolie". Il n'est plus venu à ma table quand une amie lui a dit que j'étais juive et vierge. Pour lequel de ces deux méfaits je n'ai plus eu droit à sa présence, je ne l'ai jamais su. J'en ai voulu à mon amie, et surtout à moi-même. J'avais le QI bien bas.
Il revenait me chercher, après les cours, plein de poussière et de copeaux. On parlait peu, les cours, le bac de français. Je voulais qu'on change la fréquence de la radio. Il faisait mmh. Ca voulait dire oui. On avait ce geste, complicité tragique, tacite. Je prenais ma respiration, il me pressait l'avant- bras avant de rentrer dans le palais Médicis, briqué jusqu'à la jointure des interrupteurs.On se donnait un peu de courage, je crois.
Chaque année donc, je me rappelle un peu plus qu'il est mort, comme il se doit.
Il faut toujours que j'en fasse trop, moi. Chaque année, je perds du sang, ici ou là; des endroits qui font penser à son cancer. Identification morbide, bien évidemment pathogène. Merci, bonsoir. Moi, quand j'aime, faut que ça se voit, et ça finit toujours par faire peur. Je crois que c'est juste parce que poser un caillou, une rose puis renifler trois coups au-dessus de son tombeau, ça ne dit pas assez, ça ne me dit rien. Ca ne dit pas combien je déteste sa mort, alors qu'il faut l'admettre. Ca ne dit pas combien j'ai eu peur de sa foudroyante maladie, et que j'ai dû le taire.
J'ai besoin de le dire, et personne n'écoute. Personne n'entend rien. Et c'est bien normal. Je le raconte, muette, à corps perdu, dans mon propre sang qui s'écoule de là où il ne faut pas. Parce que les mots ne suffisent pas, parce que je veux que ça se sache, parce que c'est comme ça que je parle, moi.
Des fois, je révise mes classiques.
Et je me dis que je devrais réviser plus souvent.
Petite Conversation Entre Amies

- Tu sais hier, j'étais désesperée, j'avais la douleur fulgurante et la terreur sans nom, je me sentais happée par bien plus vaste que moi, à l'intérieur même de mes contours. Bon, j'avais mes règles quoi...et j'ai eu envie de mourir, tu sais, mais vraiment hein. Pas juste de fermer les yeux en écoutant Menomena. Je te parle d'une mort radicale, que les suicidés au lexomil ne peuvent pas connaître, une mort mais de gauche, une révolution de la vie, un peu. Une rebellion de la vitalité. La mort, tu sais, comme une révolte contre la canicule, ou le retour des 54 heures payées 35.
- Ouais mais en tant qu'hystéro, moi, j'aimerais une mort qui fasse signe tu sais, avec double face, tu vois ce que je veux dire ? Non un truc super cool, ce serait un cancer de l' utérus pour signifier quand serre l'utérus, pourquoi mon sexe comme un fardeau ? un masque ? une tromperie ? un pot aux roses ?...ou mieux, qu'en sert l'utérus, ? Mourir d'une question, je trouve que c'est super classe, lacanien en diable.
- Ouais mais le chiant, c'est que c'est mortel quand même. Moi, je trouve qu'avec une cystite, tu en dis aussi long au final.
- C'est vrai. T'es vraiment trop géniale, comme fille. Je t'ai dit que j'avais fait à manger y a deux semaines ?
- Naaaan ? t'es guérie t'es guérie !?!
- Je sais pas, je veux pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir couché avec, mais bon, j'ai fait cuire des choses et après on les a mangées. Personne n'est mort. Mon coeur battait tu sais, comme juste avant un orgasme, quand tu te concentres sur la sensation du pelvis, et qu'il ne faut surtout pas penser à "l'effet que tu fais" mais à celui que tu ressens; et j'ai eu un sentiment de fierté, très vite remplacé par un terrible sentiment de culpabilité et une grande terreur. T'imagines, si j'étais satisfaite de mon sort ?
- Haaaaaaaaaan, ce serait terrible. Non mais c'est bon, t'as vomi après ? tétanie ? grossesse nerveuse ?
- Non non, j'ai juste fait une crise d'hypoglycémie. La petite routine. Mon psy dit que je progresse.
- Ha oui, y a symptôme, mais moins rude, moins mise en scène. C'est vrai. Tu avances.
- Oui, après neuf ans, tu vois, je commence à sentir que ça va un peu mieux. Hier, mon compagnon m'a dit "Ca va ? bonne journée ?" et j'ai pas pensé que notre amour était mort, tiède, à chier, et qu'on allait s'enterrer dans une routine qui sentirait le yaourt à l'oméga 3 ni que la vie ne valait rien. En fait, oui, bien sûr, je l'ai pensé. Mais j'ai rien dit, j'ai baissé les bras dans ma tête. J'ai répondu : "Ouais, et toi ?"
Et ensuite il m'a chanté Si tu crois un jour que tu m'aimes , ne le considère pas comme un problème, viens me retrouver, si le dégoût de la Viiiie vient en toââââ. J'ai failli dire "Prends du Primpéran" en me tapant sur les cuisses, mais je l'ai pas fait, j'ai fait Ho c'est joli,si joli, je suis touchée, je... ...j'ai pas les mots...je ... ET J'AI PAS RIGOLE !
- Putain putain mais c'est géant ! Et tu sais, moi, j'ai mis un soutif hier et je l'ai pas enlevé aux toilettes du taf, je l'ai gardé douze heures. Et j'ai pas pleuré. Et après j'ai fait les magasins et j'ai failli acheter une robe à volants. Bon je l'ai pas achetée, parce qu'il y avait pas ma taille. Mais sinon, franchement, je veux pas trop m'avancer, mais je crois que je l'aurais fait.
- Non moi les robes, ça va. Mais j'ai du mal à me séparer de mon ballochon Monoprix comme sac à mains. mais j'ai confiance, ça va venir.
- Tu sais que hier j'ai vu un mec beau dans la rue, qui m'a matée, et que je l'ai même pas regardé et que j'ai même pas voulu qu'il m'emporte pour toujours dans un lieu inconnu de tous où il me séquestrerait sans rien me dire et que de temps en temps je le taperai fort en criant laissez moi laissez moi et qu'après je le regarderai et que je sentirai qu'il y a en lui une blessure secrète qu'il ne peut dire à personne -même pas a son psy- mais que moi j'aurais su voir tu sais, et que sentant la faille, j'aurais senti du même coup un fol élan trop fou, enfin bref, je vais pas te faire un dessin. Eh ben je l'ai même pas regardé.
- Mais comment tu sais qu'il était beau alors ?
- Non mais là c'etait juste pour voir si tu suivais. Parfois j'ai le sentiment que tu m'écoutes pas, que tu me dis oui oui comme ça, mais sans entendre, vraiment, MA parole, je me demande si tu repères à la fois l'étendue de la substance de mes paroles en même temps que celle des matières. Tu vois ? Mais c'est moi, hein, c'est pas toi, c'est moi qui ai un problème, je le sais. C'est à cause de tu-sais-qui-qu'on -doit-pas-prononcer-son-nom
- ...ta mère ?
- HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA on avait dit de pas le dire !
- Oui, mais en même temps, nommer c'est circonscrire, et la chose n'est pas le nom. Moi je trouve que tu devrais vider la corbeille de ta rancoeur, exulter ta peur, t'acheter un vibro-masseur, hahahahahaaahha, non mais faire le deuil du matern-elle, ça te ferait du bien.
- Ecoute, là, je peux pas, je peux pas m'occuper de tout à la fois. J'ai enlevé la photo de mon père de mon portefeuille. Je te dis pas l'acte posé. J'en ai le vertige de la catharsis.
- Tu l'as mise où ?
- Sous mon oreiller.
_________________________
(Joyeux anniversaire à Sygne.)
-
Alors , tu sais, je lui ai dit que j'avais perdu le goût du combat,...enfin, je n'ai jamais été une battante pour autant, je sais. Finalement, les choses éphémères, voire vaines, me conviennent mieux. Par lâcheté ? Aussi, oui.
Je me trouve ridicule quand je m'insurge. Je ne me crois plus. Je me sens aussi crédible qu'une sodomie sans douleur. Pardon. J'ai pas pu m'empêcher.
Je m'habille comme une ado attardée, mais c'est pas parce que je veux être jeune. Ma jeunesse ne me manque jamais. A vingt ans, j'avais hâte d'être vieille comme une promesse d'adéquation. C'est juste que les trucs de femme, c'est comme un déguisement sur moi. Ca me file le vertige et l'inquiétange étrangeté. C'est comme si j'avais volé quelqu'un. Mais j'ai beau porter du coton dans mes culottes, je te jure, je suis voûtée dans ma tête, arthrosée du sentiment. J'ai l'ostéoropose du désir; ça se fracasse aussitôt consommé. J'ai la ménopause des élans.
Ce qui ne tue pas rend plus fort. Mais la force ne m'a jamais été un but dans l'existence. Je suis froide. Et je m'en fous d'être forte. Voilà.
Oui,
à la prochaine. Voilà.
°
Non, je n'ai pas de mère, je n'ai pas de sexe,
j'ai tué mon père par le silence,
j'aime ma folie d'eau et d'absinthe,
j'aime mon jaune visage d'adolescent,
les innocences que je feins et l'hystérie
que je dissimule dans l'hérésie, ou le schisme
de mon jargon, j'aime ma faute
qui, lorsque je suis entré dans le musée des adultes,
était le pli du pantalon, les battements
de mon cœur timide : et tu refuses
ce pour quoi je t'aime, tu ne me changes pas."
Pier Paolo Pasolini.
(Photo- Ph&
Mots cadeaux d'Aude.)
Mother and Son.
La maternité est une folie, véritable enfermement, et ce n'est pas seulement la culpabilité qui nous fait adorer cette prison. Ou que je sois, quoiqu'il m'arrive, je suis toujours désormais, dans une autre dimension, et je parle à quelqu'un d'autre dans ma tête. Dans l'effervescence d'un travail à fournir, dans l'horreur de perdre mon père, dans les conflits passionnés, à défaut d'être passionants qui ponctuent ma vie, je suis encore et toujours ailleurs. Une schizophrène qui parle à un absent, sauf que celui ci est vivant, sauf que cette présence qui ne me lâche pas, c'est mon fils. Reliée à un ailleurs, un cordon invisible. Je devrais dire, plus honnêtement, le souci que j'ai de mon fils. Son appétit, son sommeil, sa toux, le pantalon que je dois coudre (je vis une tragédie) pour son spectacle, ses cartes, sa dictée, son équilibre, ses amitiés bruyantes, définitives, ses amours timides et fatalistes, la peur que je dois taire toujours quand il nage, quand il dévale à vélo une pente de skate, quand il réagit à un vaccin, quand il me demande où est sa grand mère, son oncle, son papi mais aussi le vert d'ambre de ses yeux, ses petits biceps blancs, son humour ravageur, sa dureté implacable quand je l'engueule, il ne supporte pas, ses questions incessantes que je ne comprends pas. Un coin de ma tête reservé- une forteresse imprenable.
On s'étonne toujours quand je le retrouve, que je ne sois pas folle, dans la joie éperdue des retrouvailles. Mais il ne m'a pas manqué, il est avec moi, toujours et c'est souvent un drame- pour ceux qui m'accompagnent-, même si je le cache bien. Le plus inquiétant, peut-être, c'est que c'est pour lui identique, il lève à peine les yeux. Tout recommence comme à la minute où nous nous sommes quittés. Ce n'était qu'une suspension. Nous sommes certains de nous retrouver. Pas de serments, pas de stratégies, pas de feinte indifférence, pas de calculs - aucun. Je sais toute ma chance. Je sais que sans lui, j'aurais déjà choisi d'en finir. Sans tambours ni trompettes, c'est juste que je m'ennuie infiniment de la vie et que je me sens comme un fantôme, une imposture, une vanité et tout le toutim. Mais j'enragerais trop de ne pas savoir ce qu'il devient, et personne ne sait la dose exacte de collyre, et comment la mettre dans son oeil rougi par le pollen. Je dois rester pour cette goutte-là. Sans doute. En tous cas c'est à ça que je pense, et ça me parait une excellente raison de rester. Et je suis heureuse de ça; ça n'a rien de sacrificiel ni de tragique. Je mesure toute ma chance de ne pas avoir à chercher un "but" dans la vie, une utilité quelconque pour mes contemporains, une direction, quelque chose pour rester là. Je ne pourrais pas y croire longtemps.
Je crois que c'est pour ça que je me pose tant de questions à soixante euros sur un canapé, sur mon sexe, et de qu'est ce qu'être une femme- et le désir, et l'Autre avec un a ou un A, et toutes ces conneries-là. Essentielles pourtant.
Pour éviter la folie de n'être qu'une mère. Faire l'amour et être aimée par un homme, c'est un espace de liberté - je ne peux pas convoquer mon fils-là. Aimer un homme, c'est sortir de ce dialogue intérieur et délirant entre lui et moi. Disons pour traduire mieux que c'est un apaisement pour mon cerveau et pour ma descendance, quand je m'occupe de mes fesses.
C'est aussi, certainement la liberté que je lui laisse pour qu'il me sache heureuse -ou malheureuse- et qu'il n'y soit pour rien.
BLOG NORMAL
8h30 : Parce que la mort c'est pas marrant, parce que la mort c'est dégoûtant, parce que la mort ça te prend tout, ça te laisse con comme un manche, eh ben moi, je me casse, je vais prendre une douche.
(photo prise un jour où j'étais noire et blanche, un peu comme l'âme d'un bloggeur .... Ou pas.)

9h12: Ho, Mon zhommoitiépititcopain amoureuxcompagnonfiancétrodlaballe vient m'embêter sous la douche. Il fait semblant de piquer mon shampoing Brillante Brunette. Trop chou. Je lui jette de l'eau, il me dit "Je suis mouillé". Son regard brûlant comme le feu qui brûle d'un incendie en Provence au mois d'août- c'est trop affreux,à ce sujet, sauvez les arbres !!- me laisse à penser que ça va mal finir. Lol.;-)))))--> clin d'oeil entendu. Nous faisons l'amour pendant exactement 21 minutes dans l'eau savonneuse, je le sais car il y a une horloge de bois blanc veiné de blanc dans ma salle de bains, et après il me dit que c'est trop fun la vie avec moi, parce que tout est si imprévu, toujours ! pendant que je passe la serpillière sur le sol dévasté comme mon coeur ce fameux jour de septembre où tu m'as dit: "La chatte est mite en carré...ou cantaré (?)" Je ne sais plus. Quelle importance? Le résultat est le même.
(photo ou c'est pas moi, et où c'est Jim Morrisson qui se sert de l'épaule de sa meuf pour faire genre il est pas bourré.)

9h 51: J'ai mal. Je regrette. Les regrets c'est comme des tulipes, c'est pas ce que je cherche à Amsterdam. J'ai comme un noeud de sel dans mes yeux qui suffoquent de l'arme acide du fiel du 2.0. Oui je suis un peu sybilline, mais pardonnez moi, j'ai une pudeur, aussi. ..mais après tout, je crois qu'il faut que je l'avoue. A quoi bon davantage le cacher ?
Ai je bien fait d'enchérir sur un sac Chloé Paddington à 478 euros sur E Bay ? Alors que je suis à découvert ? Non bien sûr, bien sûr que j'ai mal fait. Comme si je le savais pas. Mais j'en ai rien à foutre. Je m'en fous , tu vois, moi je marche seule, et j'ai la rebellion plantée dans moi comme un dard, ce dard qui empoisonne ma vie, et qui me fait souvent me coucher si tard alors que la pluie bat sur les carreaux comme un coeur trop fou- ou un pénis,( j'hésite). Déjà, ado, je m'échappais des Réveillons en famille pour aller sniffer de la cocaïne, tellement j'étais mal dans ma tête. Ha ce n'est pas fini. Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître...Point final qui fait mal.
(Photo de merde, on peut bien le dire) 
10h25 : J'essaie tant bien que mal de remonter la pente. L'escarpe est raide, mais j'ai le pied agile, et le souffle tangible comme un bol de nescafé. Haureusement, j'ai mon Ibanez qui est toujours là pour me réconforter, ma réponse aux tourments, tu ouas, c'est la musique, Mi- Fa#-Mi- Do#-La. C'est comme un graal. Un talmud. La musique me donne des pistes, m'envoie comme une fumée qui me montrerait le good way. Et je suis pas la dernière des mohiconnes.
(photo de quand je déprime parce que je sais pas jouer)

11h24: Ha le sort s'acharne. Je crois que je fais une allergie à mon mascara; je suis comme maudite, moi.
(photo avec une option de ComicLife du mac qui fait genre c'est un painting. C'est affreux.)
12h00: Penchée devant ma fenêtre dans la fantastique lumière d'un jour de mai qui ressemble à s'y méprendre à l'été, je me demande si je dois sauter. Ou pas. Et vous ? Parce que je trouve trop dur la vie et j'ai peur de l'avenir, et en plus j'ai même pas voté Sarkozy, je crois qu'ensemble tout devient super chiant. J'ai vraiment des fois, tu sais, c'est trop bizarre, dans mon coeur, tu sais, j'ai envie ...d'...d'en...de ..j'ai envie que tout ça, ça... j'aimerais tant.
(Podcast avec des voix qui se meurent, et des guitares qui pleurent: un violon discret nous rappelle que je souffre-->

Mais pourquoi ? Mais là, je vais manger. Je vous embrasse. merci d'être là. Je suis touchée, vraiment. VRAIMENT. V.R.A.I.M.E.N.T.
(Photo de quand j'avais un projet avec Sophie sur un roman photo mais on a arrêté, parce que rentrer dans la peau d'une autre, ça fait trop mal ...Déjà que dans la mienne...(baissage de zyeux) ha bah jetons un voile pudique et passons.)
Que mangera-t-elle ?
Que se passera-t-il pendant l'après midi ?
C'est quoi cet appareil photo en bois ?
Est ce que tout va si mal, est ce que rien ne va bien ?
Me feras- tu un bébé pour Noël ?
Vous le saurez dans BLOG NORMAL SAISON TWO.
Karoshi
J'ai toujours pensé que l'échec, c'était plus joli à regarder que la béatitude couétiste. Je n'ai jamais voulu écarter la souffrance, en faire une épopée. J'ai toujours pensé que la névrose est un luxe qu'on peut encore se payer, que ça donne l'illusion, sinon d'être heureuse, tout au moins, de sembler avoir l'air d'en avoir envie. La peur cache le désir, et la victime, nom de diou, figure toi que c'était le bourreau !! et vice versa, et c'est çui qui dit qui l'est...hein. Comme ses phrases qu'on recopiait, ado, sur nos sacs US, ou à la page mercredi de nos cahiers de textes, et qui nous donnaient le sentiment d'avoir triomphé de la difficulté d'être soi.
Je considère, au fond, que rien se sert de courir, ni même de partir à point, pourvu qu'on me lâche la grappe. Mais là, j'avoue que j'aimerais bien un peu de répit dans ma sublime sublimation de la merde environnante, mon acceptation de la puante fatalité et mes trouvailles hallucinantes et cathartiques sur la vanité des lendemains qui détonnent. Je voudrais que ça s'arrête, l'infernale cadence des jours qui se répètent et ne ressemblent à rien, dans un travail où l'on me demande quasiment d'être le contraire de moi-même. Et si c'était qu'au boulot...
Le prochain qui me demande ce que je compte faire de mes organes sexuels dans les semaines à venir s'expose à une explosion nucléaire du pied ou à une épilation du maillot à la cire orientale.
Pourtant, je continue d'exploser de rire chaque fois qu'une recherche musicale sur des sites interdits me conduit à Nuno Bettencourt population 1 cute girl has orgasm on webcam, par exemple. Je continue d'être excessivement soignée, propre, polie. Je persiste. Je m'acharne. On dirait presque que j'y crois. Je continue de changer mes draps une fois par semaine, je continue de règler mes factures en retard, et on me menace de coupures, figure-toi; c'est pas dingue ? Ca me la coupe, moi.
je connais de plus en plus de gens qui ont des problèmes de fric qui les empêchent même de bouffer.
Je continue de manger n'importe quoi à n'importe quelle heure, je continue de ne jamais regarder la télé, je continue de lire beaucoup, je continue de découvrir les fonctions infinies de mon ordinateur. J'ai mis les fleurs d'une robe d'été, ce matin, pour me faire croire que tralala. Je continue de trouver le sport infiniment suspect, je continue d'avoir une libido, je continue de me trouver même normale quelquefois, je continue de dire non à qui de droit, de dire à l'autre oui oui, on verra. Je continue de me trouver percutante, et même vivante parfois, d'une tolérance inouïe (mais je crois que c'est parce que j'en ai rien à foutre, ça). Je continue de danser en culotte le dimanche matin, je persiste, je m'acharne, j'y tiens. je continue de pleurer devant certaines photos, je continue d'avoir de plus en plus de mal à "publier" (HAHAHAHAHAHAHAHA) ici, tu sais, je regarde la note et je dis:"Oh putain au secours, j'ai un blog", comme des phrases qu'on recopierait, trop vieil ado, à la page mercredi de nos cahiers de textes et qui donneraient l'illusion pathétique d'avoir quelque chose à partager, ou à vérifier avec toi. Mais bon si blogguer m'a lassée, écrire, je ne m'en passe pas. Ecrire, c'est pour me rappeler que rien ne me consolera jamais.
Je continue de penser que les différences sociales créent bien plus de dégâts que les différences sexuelles, encore que. Oui, j'ai pas peur de nuancer, tu vois. Holala trop dingue, je suis comme nana. Je continue d'habiter dans quelques pensées qui me servent de repères. Bref, je continue d'être à la fois neurasthénique, phobique, terrifiée et curieuse, gaie et ...terrifiée. La routine. Je persiste, je m'acharne, j'y tiens.
Je voudrais tellement que ça cesse, la course à pas grand chose, et comment je joue le jeu, comme les autres, d'être ravie d'avoir tout bouclé à 21h10, et de pouvoir enfin m'écrouler sur un canapé. Je voudrais que ça s'arrête, je voudrais même pas commencer.
Et surtout, surtout, je voudrais un genre de panneau stop chaque fois que je sens que j'y crois, à l'humanité.
Comment peut-on être à la fois si lucide, habituée, n'attendre rien, et morfler de tant, tant se planter ?
La réponse est dans la question. Poil à l'inter-pénétration.
(EITS. What do you go home to ?)
Demain.
J'aime le décalé de la voix trop aigüe d'un gosse dans un cimetière, qui s'applique à ânonner "Je ne t'oublierai jamais" dans le silence dolby stéréo qui m'impose , sinon le respect, pour le moins une immense inquiétude.
Morts, nous aurions encore moins de choses à nous dire ?
Tous ces mots trop jolis que l'on n'écrit qu'aux morts et qu'on tait à tous nos vivants.
Je t'oublie tout le temps comme on oublie toujours ceux qui nous aiment, trop occupés à réserver nos souvenirs à ceux qui nous blessent, nous rejettent, ne nous aiment "plus". Une façon comme une autre de ne penser qu'à nous, avec le pompeux alibi du chagrin....Je t'oublie tout le temps. C'est ta mort qui remplit toute ma mémoire, c'est ta mort qui déborde toujours quand je crois en avoir fini avec toi.
***
Quelque chose me manque, comme un membre arraché. Par dessus l'absence et bien au delà du vide, la douleur est dans la mutilation. C'est un moignon de coeur que tu auras toujours, quand tu auras marché derrière le cercueil de ton père, quand tu auras vu des hommes vivants, plein de force, le soulever pour le descendre en terre.
Tu étais debout, toujours un peu vouté, inquiet sans oser te le dire de nous voir grandir. Un petit ami, pour rire, t'avait demandé ma main. "Je ne vends pas au détail", tu avais répondu, et ce qui nous avait tant fait rire ensemble, l'éloignait définitivement de moi.
Tu étais assis, la main sur tes poumons, inquiet sans oser nous le dire de te voir mourir. Tu racontais à mon mari que déjà, à ma naissance, les cliniques, les dessous de table, il avait fallu payer pour que je naisse ! Il avait dit :"Ok, ok, je vois...Alors combien je te dois ?" Ce qui nous avait tant fait fait rire, tous ensemble, nous avait, pour un temps, rapprochés.
Quelqu'un me manque. Regarde-moi, la rénégate, je suis, depuis ton arrachement, ta fille juive, la fille juive de mon père si fier d'être français. On t'avait interdit l'école en Algérie. Tu avais glissé ta tête sous l'oreiller parce que tu voulais mourir. Tu as vu ton père fabriquer, de force, un cercueil pour un soldat allemand, qui n'y était pour rien, et puis cracher dedans. Tu ne racontais rien, c'est ton frère qui m'a dit. C'est peut être de toi que je tiens mon goût de passer sous silence. Ca m'habite comme une prière que je ne connais pas, ces prières de chez nous, infinies, desespérées, au vieux rythme fondamental, têtes secouées, buste saccadé, adonaï elohenou mizmor le asaph elohyim nitsab ba abdat el beqereb elohyim yishpoth. Soumis à la Loi de Dieu, soumis.
Quelque chose me manque, c'était vraiment quelqu'un. Et ce marbre où tu recommences à mourir chaque fois que je le vois. Tu continues de partir malgré le temps qui passe et qui n'arrange rien, comme les ombres qui grandissent à mesure que l'on s'éloigne, tu as beau devenir un point. Et ce marbre qui n'est pas toi.
Ta mort reste le lieu où je ne me soumets pas.
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