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Petite Conversation Entre Amies

- Tu sais hier, j'étais désesperée, j'avais la douleur fulgurante et la terreur sans nom, je me sentais happée par bien plus vaste que moi, à l'intérieur même de mes contours. Bon, j'avais mes règles quoi...et j'ai eu envie de mourir, tu sais, mais vraiment hein. Pas juste de fermer les yeux en écoutant Menomena. Je te parle d'une mort radicale, que les suicidés au lexomil ne peuvent pas connaître, une mort mais de gauche, une révolution de la vie, un peu. Une rebellion de la vitalité. La mort, tu sais, comme une révolte contre la canicule, ou le retour des 54 heures payées 35.
- Ouais mais en tant qu'hystéro, moi, j'aimerais une mort qui fasse signe tu sais, avec double face, tu vois ce que je veux dire ? Non un truc super cool, ce serait un cancer de l' utérus pour signifier quand serre l'utérus, pourquoi mon sexe comme un fardeau ? un masque ? une tromperie ? un pot aux roses ?...ou mieux, qu'en sert l'utérus, ? Mourir d'une question, je trouve que c'est super classe, lacanien en diable.
- Ouais mais le chiant, c'est que c'est mortel quand même. Moi, je trouve qu'avec une cystite, tu en dis aussi long au final.
- C'est vrai. T'es vraiment trop géniale, comme fille. Je t'ai dit que j'avais fait à manger y a deux semaines ?
- Naaaan ? t'es guérie t'es guérie !?!
- Je sais pas, je veux pas vendre la peau de l'ours avant d'avoir couché avec, mais bon, j'ai fait cuire des choses et après on les a mangées. Personne n'est mort. Mon coeur battait tu sais, comme juste avant un orgasme, quand tu te concentres sur la sensation du pelvis, et qu'il ne faut surtout pas penser à "l'effet que tu fais" mais à celui que tu ressens; et j'ai eu un sentiment de fierté, très vite remplacé par un terrible sentiment de culpabilité et une grande terreur. T'imagines, si j'étais satisfaite de mon sort ?
- Haaaaaaaaaan, ce serait terrible. Non mais c'est bon, t'as vomi après ? tétanie ? grossesse nerveuse ?
- Non non, j'ai juste fait une crise d'hypoglycémie. La petite routine. Mon psy dit que je progresse.
- Ha oui, y a symptôme, mais moins rude, moins mise en scène. C'est vrai. Tu avances.
- Oui, après neuf ans, tu vois, je commence à sentir que ça va un peu mieux. Hier, mon compagnon m'a dit "Ca va ? bonne journée ?" et j'ai pas pensé que notre amour était mort, tiède, à chier, et qu'on allait s'enterrer dans une routine qui sentirait le yaourt à l'oméga 3 ni que la vie ne valait rien. En fait, oui, bien sûr, je l'ai pensé. Mais j'ai rien dit, j'ai baissé les bras dans ma tête. J'ai répondu : "Ouais, et toi ?"
Et ensuite il m'a chanté Si tu crois un jour que tu m'aimes , ne le considère pas comme un problème, viens me retrouver, si le dégoût de la Viiiie vient en toââââ. J'ai failli dire "Prends du Primpéran" en me tapant sur les cuisses, mais je l'ai pas fait, j'ai fait Ho c'est joli,si joli, je suis touchée, je... ...j'ai pas les mots...je ... ET J'AI PAS RIGOLE !
- Putain putain mais c'est géant ! Et tu sais, moi, j'ai mis un soutif hier et je l'ai pas enlevé aux toilettes du taf, je l'ai gardé douze heures. Et j'ai pas pleuré. Et après j'ai fait les magasins et j'ai failli acheter une robe à volants. Bon je l'ai pas achetée, parce qu'il y avait pas ma taille. Mais sinon, franchement, je veux pas trop m'avancer, mais je crois que je l'aurais fait.
- Non moi les robes, ça va. Mais j'ai du mal à me séparer de mon ballochon Monoprix comme sac à mains. mais j'ai confiance, ça va venir.
- Tu sais que hier j'ai vu un mec beau dans la rue, qui m'a matée, et que je l'ai même pas regardé et que j'ai même pas voulu qu'il m'emporte pour toujours dans un lieu inconnu de tous où il me séquestrerait sans rien me dire et que de temps en temps je le taperai fort en criant laissez moi laissez moi et qu'après je le regarderai et que je sentirai qu'il y a en lui une blessure secrète qu'il ne peut dire à personne -même pas a son psy- mais que moi j'aurais su voir tu sais, et que sentant la faille, j'aurais senti du même coup un fol élan trop fou, enfin bref, je vais pas te faire un dessin. Eh ben je l'ai même pas regardé.
- Mais comment tu sais qu'il était beau alors ?
- Non mais là c'etait juste pour voir si tu suivais. Parfois j'ai le sentiment que tu m'écoutes pas, que tu me dis oui oui comme ça, mais sans entendre, vraiment, MA parole, je me demande si tu repères à la fois l'étendue de la substance de mes paroles en même temps que celle des matières. Tu vois ? Mais c'est moi, hein, c'est pas toi, c'est moi qui ai un problème, je le sais. C'est à cause de tu-sais-qui-qu'on -doit-pas-prononcer-son-nom
- ...ta mère ?
- HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA on avait dit de pas le dire !
- Oui, mais en même temps, nommer c'est circonscrire, et la chose n'est pas le nom. Moi je trouve que tu devrais vider la corbeille de ta rancoeur, exulter ta peur, t'acheter un vibro-masseur, hahahahahaaahha, non mais faire le deuil du matern-elle, ça te ferait du bien.
- Ecoute, là, je peux pas, je peux pas m'occuper de tout à la fois. J'ai enlevé la photo de mon père de mon portefeuille. Je te dis pas l'acte posé. J'en ai le vertige de la catharsis.
- Tu l'as mise où ?
- Sous mon oreiller.
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(Joyeux anniversaire à Sygne.)

