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Des trucs

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To die, to sleep;
To sleep: perchance to dream: ay, there's the rub.

C'est celle-là que je déteste, dans l'univers de mon ordinaire névrotique, c'est cette panique desespérée à laquelle je n'associe aucune cause, aucun objet, c'est celle-là  que je déteste. Cette détestation du monde, quand je m'enferme dans mon bureau; et je ne sais pas si j'ai peur des autres, ou si je les hais et que c'est ma haine qui me fait peur.

Bien sûr, je suis la première affligée de me poser autant de questions à propos de pas grand chose: une neurasthénie, une vacuole banale, une tendance dépressive. Je suis la première consciente de l'indignité de ce chagrin insensé pour rien, et de ma terreur toujours que cela devienne définitif, que je m'enferme dedans pour toujours, que je ne sache plus jamais parler à personne. Je suis si accoutumée à me taire à moi-même. Mais se poser toutes ces questions, se demander pourquoi, et comment et à quelle heure, et le choc traumatique que j'aurais refoulé- le pire étant celui de naître- n'être au monde que pour ...et attendre la suite, eh bien tout ça, c'est continuer de fonctionner, d'ébaucher des solutions, un semblant efficace pour vivre.

Quand je me lève et que soudain, il suffit d'un pas parasite, d'une pensée qui trébuche et tout devient tellement difficile, et la peur d'éclater en sanglots devant tout le monde, devant les enfants, mes nerfs de vieille fille soudain, cette peur dans tout mon corps, ce tremblement dedans, et va savoir pourquoi, ce qui me fait le plus peur, cette mâchoire plombée.

J'attends de mieux en mieux que ça me passe et je n'en parle plus à personne. Ecrire sera toujours différent de dire. J'en sais quelque chose, j'ai écrit plus que j'ai parlé dans ma vie, il fallait bien que je me rattrappe.

J'attends, pour me trouver des raisons d'être si inconsolable, pour dessiner le monstre qui ira le mieux à mon angoisse de ventre, toujours à contre temps. J'attends de trouver cette illusion d'entrevoir le spectre, de légitimer ma peur, de me dépouiller de ma vieille peau, et de sortir enfin belle, neuve, nerveuse et gaie. J'attends ça comme on attend autre chose, parce que la plupart du temps, je crois que je n'attends rien. J'attends de m'allonger, j'attends ma séance du jeudi, j'attends le lacanien qui me parle d'Hamlet, d'Antigone quelquefois. 

Il ne demande jamais pourquoi, il ne dit pas de mots d'amour, il ne me promet rien, il ne joue pas, il ne s'intéresse ni au comment ni au pourquoi, il s'intéresse à ma personne, parce que moi, je m'intéresse pas.

Et ça marche quelquefois. 


 
  Heal-it takes time.