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Demain.

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 J'aime le décalé de la voix trop aigüe d'un gosse dans un cimetière, qui s'applique à ânonner "Je ne t'oublierai jamais" dans le silence dolby stéréo qui m'impose , sinon le respect, pour le moins une immense inquiétude.

Morts, nous aurions encore moins de choses à nous dire ?

Tous ces mots trop jolis que l'on n'écrit qu'aux morts et qu'on tait à tous nos vivants.

Je t'oublie tout le temps comme on oublie toujours ceux qui nous aiment, trop occupés à réserver nos souvenirs à ceux qui nous blessent, nous rejettent, ne nous aiment "plus". Une façon comme une autre de ne penser qu'à nous, avec le pompeux alibi du chagrin....Je t'oublie tout le temps.  C'est ta mort qui remplit toute ma mémoire, c'est ta mort qui déborde toujours quand je crois en avoir fini avec toi.

 

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Quelque chose me manque, comme un membre arraché. Par dessus l'absence et bien au delà du vide, la douleur est dans la mutilation. C'est un moignon de coeur que tu auras toujours, quand tu auras marché derrière le cercueil de ton père,  quand tu auras vu des hommes vivants, plein de force, le soulever pour le descendre en terre.

Tu étais debout, toujours un peu vouté, inquiet sans oser te le dire de nous voir grandir. Un petit ami, pour rire, t'avait demandé ma main. "Je ne vends pas au détail", tu avais répondu, et ce qui nous avait tant fait rire ensemble, l'éloignait définitivement de moi.

Tu étais assis, la main sur tes poumons, inquiet sans oser nous le dire de te voir mourir. Tu racontais à mon mari que déjà, à ma naissance, les cliniques, les dessous de table, il avait fallu payer pour que je naisse ! Il avait dit :"Ok, ok, je vois...Alors combien je te dois ?" Ce qui nous avait tant fait fait rire, tous ensemble, nous avait, pour un temps, rapprochés.

Quelqu'un me manque. Regarde-moi, la rénégate, je suis, depuis ton arrachement, ta fille juive, la fille juive de mon père si fier d'être français. On t'avait interdit l'école en Algérie. Tu avais glissé ta tête sous l'oreiller parce que tu voulais mourir. Tu as vu ton père fabriquer, de force, un cercueil pour un soldat allemand, qui n'y était pour rien, et puis cracher dedans. Tu ne racontais rien, c'est ton frère qui m'a dit.  C'est peut être de toi que je tiens mon goût de passer sous silence. Ca m'habite comme une prière que je ne connais pas, ces prières de chez nous, infinies, desespérées, au vieux rythme fondamental, têtes secouées, buste saccadé,  adonaï elohenou mizmor le asaph elohyim nitsab ba abdat el beqereb elohyim yishpoth. Soumis à la Loi de Dieu, soumis.

Quelque chose me manque, c'était vraiment quelqu'un. Et ce marbre où  tu recommences à mourir chaque fois que je le vois. Tu continues de partir malgré le temps qui passe et qui n'arrange rien, comme les ombres qui grandissent à mesure que l'on s'éloigne, tu as beau devenir un point.  Et ce marbre qui n'est pas toi.

 Ta mort reste le lieu où je ne me soumets pas. 

 

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