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... les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant (R.Gary)
Hier,
Tu fermais les paupières : c’était ta ponctuation, ton point final. L’âme arrachée, des oripeaux de sentiments par terre. Tu te croyais enfin dépouillée, nue pour un nouveau départ. Tu n’avais pas vu que tu t’arrachais la chair. Tu dévalais l’escalier, les veines froides comme un fer. Tes doigts plantés dans moi, mes ongles trop fragiles dans le tendre des rampes. Il y avait l’encre d’un concerto, comme un tréfonds musical. C’était Grieg, je crois. Une limite atteinte, une nouvelle, une autre, et tu te retrouvais sur le glauque d’un parvis. Au pied de la dernière note, la rouille d’une cisaille pour éviter de dire davantage. Couper les derniers mots, préférer le silence. Dans chacun de tes murmures, moi, je voyais un horizon de miel. J’étais sûre qu’une parole me rhabillerait pour encore mille étés, toutes mes idées derrière ta tête. Tout le monde riait, s’agitait. Je te voyais feindre, ça ne m'attendrissait plus. Un rêve trop près des mots, un rêve prémonitoire. J’essayais de sortir d’un sommeil d’épouvante, de cette statue glacée que j'étais, pour modeler un visage qui me regarderait.
Tu fermais tes paupières.
Aujourd'hui,
J'attends la trahison du rythme, une de plus (J'entendais les moqueries, tu sais, je me voyais là, comme un immondice perdu, irrespirable) pour être surprise, un peu. Si peu.
J'attends l'arrêt de mort pour commencer ta vie. Je voudrais savoir l'heure, au lieu de prendre le temps. Impatiente, toujours, mais c'est parce que je sais de source sûre, moi, que nous allons crever. J'ai tellement de preuves.
Quand commence la tristesse, juste la jolie tristesse, c'est déjà que je t'oublie. Alors la peur prend le relais...Je veux garder toutes nos mémoires.
J'ai l'habitude presque altruiste. Je marque tout, parce que j'ai peur de ma violence si je garde, tout le temps. J'ai tellement de preuves.
Un geste équivoque: je cherche mon coeur comme on cherche sa gauche, en faisant le geste d'écrire.
19:45 Publié dans Journal de Mes Bords. | Lien permanent | Envoyer cette note

