« Trottoir | Page d'accueil | ... les cauchemars, c'est ce que les rêves deviennent toujours en vieillissant (R.Gary) »

(Under bad influenza)*

"Ca ira mieux demain", me suis-je dit longtemps, et pas plus tard qu'hier, dans un élan de connerie. Il faut beaucoup de crédulité, et bien mal se connaître pour proférer de telles inepties. Moi dont la seule terreur est la monotonie des jours, moi qui suis capable de tout réinventer pour y croire, moi chez qui tout n'est que signe d'impatience, tourment, incohérence: en un mot "inquiétude", je peux jouer  comme ça, à avoir foi "en des jours meilleurs"...?
Allons sois honnête, comment m'imaginer un instant apaisée ?
Dans la conquête, je ne connais que la perte. Il n'y a de satisfaction que dans l'espoir. La chose réalisée aura toujours ce petit goût de dépôt de bilan; avec ses trois colonnes, bénéfices nets, pertes de tout profit, et comptabilité, qui me donne envie de me tailler les veines.
 
Moi, le bonheur, ça me fait peur. C'est un état duquel j'ai bien trop de crainte de chuter. Je préfère anticiper, tu vois, me casser la gueule tout de suite.  Je suis la punk aux ailes trop grandes pour décoller. Je suis no future, j'te signale, et bientôt without passé. Je suis la punk au blog bas et lourd, ho, si tu m' crois pas. Le bonheur c'est une promesse à ne pas tenir, le bonheur ça ressemble à un ventre tendu repu:  ça donne envie de dormir, comme une dépression essentielle.  C'est pas toi, le bonheur, alors qu'est ce que j'en ai à faire ? Le bonheur,  ce n'est rien d'autre que ce que je regrette et c'est seulement ce que je n'attendrai plus. "Rien ne nous est plus beau qu'hier quand demain ne nous est plus un but." Et merde, aussi. 

J'imaginais comme ça une histoire, tout à l'heure, celle d'un homme qui se plaint beaucoup de sa douleur. Il a mal quand il se touche ici, et puis ici, et encore plus quand il se touche là. Il n'a pas l'idée cinq minutes que sa seule fracture , c'est à l'index qu'il l'a ?  Et pourquoi il se touche, d'abord ? Sentir la douleur, c'est aussi se sentir vivre. Tralala. Arrête de m'emmerder avec la sérénité retrouvée. Je ne serai jamais ton ficus, mon amour. Je fais mourir toutes les plantes.


Non tu vois, vraiment. Ca n'ira pas mieux demain. Tu peux me le dire, me le répéter, encore, et encore. Je sais, une intuition sans doute, que ce sera peut-être même pire. Et alors ? Les clefs du bonheur, (hahaha) tu ne les as pas plus que moi. C'est un mauvais feuilleton sur M6. Tu m'as pris pour Candy, ou quoi ? Les clefs du bonheur, elles n'ouvrent rien, elles ferment tout.  Et je ne les ai jamais cherchées chez toi,  ni ailleurs.  Ca ne m'a jamais empêché de t'aimer, alors arrête de me reprocher ce que tu ne m'as pas donné. Je ne t'ai rien demandé.

Toi tu veux la paix, pire, tu veux le bien-être. Tu ne fais aucun effort, mon vieux.
Deviens vite une algue, alors, et sois heureux.

 

 

 

 

 

*Oui, j'ai un rhume.