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C.V, profession de foi, et autres tralalas

Je ne crois en rien de ce que je construis ou que je possède, même à crédits. Je ne crois pas en l'entreprise, ni au succés, ni aux effets consolateurs de la réussite sociale.

Je crois au bleu froid des couloirs du Centre L. où mon père est mort dans le service du professeur X, un trou au dessus du coeur.

Cette foi ne tient pas à un acte volontaire, ce n'est pas une pensée mûrie, une fine analyse synthétisant des lectures variées; ce n'est pas même un ressenti profond. C'est comme ça. Père, tu es l'absolu avec lequel j'ai couru  toute ma vie, contre lequel il me fallait lutter. Après tes funérailles, il me semble lutter plus fort, courir encore.

Je me promène gentiment, et plutôt optimiste, quand tout à coup (hahaha) habilement planqué dans le décor, le découragement surgit.

Je l'ai longtemps confondu avec mon surmoi. C'est dire combien je me sentais coupable...mais comme le dit quelqu'un que j'aime, "La culpabilité, ça me fait rire, hop hop je me sens coupable, hop hop, je m'auto-absous, allons-y gaîment"  

Eh bien non, c'est juste le découragement qui surgit. L'enfoiré avec son croc en jambe.

Un sentiment traîne dans ma tête comme un papier gras. Un chant monte à la surface de ce qui constitue donc ton héritage, papa, pour crever comme une bulle, sans bruit fracassant, sans orchestre symphonique. Ca crève pourtant.  Je cours sur place en brassant de l'air et croyant échapper à ce qui me poursuit.

Je continue,  sans courage et sans lâcheté exceptionnelles. Je continue. C'est tout. 

Je peux déchirer mon coeur pour t'en donner, si tu en manques, je peux tout déchirer pour quelqu'un qui ose me sortir du tapis, pour quelqu'un qui ne demande pas à ce que je reste dans mon périmètre. Pour quelqu'un qui se branle de la distance de proxémie.

Ce qui contredit complètement ce que je dis plus haut, certes, certes,( je m'enfonce moi-même le nez dans mes contradictions, souvent. C'est un bénéfice secondaire de la névrose, tes préoccupations te donnent l'illusion que tu es occupé.) Mais en fait, ça ne contredit rien.

Je fais tout ça. 

Mais en vieille, quoi. C'est à dire que je le fais en sachant que je ne le demande qu'à moi-même, que je le fais pour la beauté du geste, que je le fais en connaissance de cause toujours,  que je le fais juste,

parce que sinon,  sans faire semblant d'y croire, c'est emmerdant.