« Demain. | Page d'accueil | BLOG NORMAL »

Karoshi

 

 J'ai toujours pensé que l'échec, c'était plus joli à regarder que la béatitude couétiste. Je n'ai jamais voulu écarter la souffrance, en faire une épopée. J'ai toujours pensé que la névrose est un luxe qu'on peut encore se payer, que ça donne l'illusion, sinon d'être heureuse, tout au moins, de sembler avoir l'air d'en avoir envie. La peur cache le désir, et la victime, nom de diou, figure toi que c'était le bourreau !!  et vice versa, et c'est çui qui dit qui l'est...hein. Comme ses phrases qu'on recopiait, ado, sur nos sacs US, ou à la page mercredi de nos cahiers de textes, et qui nous donnaient le sentiment d'avoir triomphé de la difficulté d'être soi.

Je considère, au fond, que rien se sert de courir, ni même de partir à point, pourvu qu'on me lâche la grappe. Mais là, j'avoue que j'aimerais bien un peu de répit dans ma sublime sublimation de la merde environnante, mon acceptation de la puante fatalité et mes trouvailles hallucinantes et cathartiques sur la vanité des lendemains qui détonnent.  Je voudrais que ça s'arrête, l'infernale cadence des jours qui se répètent et ne ressemblent à rien, dans un travail où l'on me demande quasiment d'être le contraire de moi-même. Et si c'était qu'au boulot...

Le prochain qui me demande ce que je compte faire de mes organes sexuels dans les semaines à venir s'expose à une explosion nucléaire du pied ou à une épilation du maillot à la cire orientale.

Pourtant, je continue d'exploser de rire chaque fois qu'une recherche musicale sur des sites interdits me conduit à Nuno Bettencourt  population 1 cute girl has orgasm on webcam, par exemple.  Je continue d'être excessivement soignée, propre, polie. Je persiste. Je m'acharne. On dirait presque que j'y crois.  Je continue de changer mes draps une fois par semaine, je continue de règler mes factures en retard, et on me menace de coupures, figure-toi; c'est pas dingue ? Ca me la coupe, moi. 

je connais de plus en plus de gens qui ont des problèmes de fric qui les empêchent même de bouffer. 

Je continue de manger n'importe quoi à n'importe quelle heure, je continue de ne jamais regarder la télé, je continue de lire beaucoup, je continue de découvrir les fonctions infinies de mon ordinateur. J'ai mis les fleurs d'une robe d'été, ce matin,  pour me faire croire que tralala. Je continue de trouver le sport infiniment suspect, je continue d'avoir une libido, je continue de me trouver même normale quelquefois, je continue de dire non à qui de droit, de dire à l'autre oui oui, on verra. Je continue de me trouver percutante, et même vivante parfois, d'une tolérance inouïe (mais je crois que c'est parce que j'en ai rien à foutre, ça).   Je continue de danser en culotte le dimanche matin, je persiste, je m'acharne, j'y tiens.  je continue de pleurer devant certaines photos, je continue d'avoir de plus en plus de mal à "publier" (HAHAHAHAHAHAHAHA) ici, tu sais, je regarde la note et je dis:"Oh putain au secours, j'ai un blog", comme des phrases qu'on recopierait, trop vieil ado, à la page mercredi de nos cahiers de textes et qui donneraient l'illusion pathétique d'avoir quelque chose à partager, ou à vérifier avec toi. Mais bon si blogguer m'a lassée, écrire, je ne m'en passe pas. Ecrire, c'est pour me rappeler que rien ne me consolera jamais. 

Je continue de penser que les différences sociales créent bien plus de dégâts que les différences sexuelles, encore que. Oui, j'ai pas peur de nuancer, tu vois. Holala trop dingue, je suis comme nana.  Je continue d'habiter dans quelques pensées qui me servent de repères.  Bref, je continue d'être à la fois neurasthénique, phobique, terrifiée et curieuse, gaie et ...terrifiée. La routine. Je persiste, je m'acharne, j'y tiens. 

Je voudrais tellement que ça cesse, la course à pas grand chose, et comment je joue le jeu, comme les autres, d'être ravie d'avoir tout bouclé à 21h10, et de pouvoir enfin m'écrouler sur un canapé. Je voudrais que ça s'arrête, je voudrais même pas commencer. 

Et surtout, surtout, je voudrais un genre de panneau stop chaque fois que je sens que j'y crois, à l'humanité.

Comment peut-on être à la fois si lucide, habituée, n'attendre rien, et morfler de tant, tant se planter  ?

La réponse est dans la question. Poil à l'inter-pénétration.

 
podcast

(EITS. What do you go home to ?