« Expansion de la sphère du combat (j'fais ma Houellebecq) | Page d'accueil | Les "fenêtres " de ma poésie sont grand'ouvertes sur le vide intersidéral de ma rue. »
'
Je suis dans une phase destructrice où il me faut brûler vite fait, bien fait tout ce que j'ai aimé, avant que ce soit lui qui me brûle. Il faut brûler tout ça et que ça ne renaisse en rien de ces cendres, que ça se piétine, que ça se pourrisse, Amen.
Seulement voilà, je n'ai plus vingt ans et c'est tout juste ridicule. Je ne peux pas prendre le métro, mon mp3 vissé sur les oreilles, défoncée à la colle à rustines, jusqu'au terminus, et errer toutes les nuits dans le polaire des ruelles étroites, avec mon paletot idéal à 247 euros et puis paf faire demi-tour au moment où je m'y attends pas. Déjà, tu vois, je suis emmerdée. Chez moi, y a pas de métro.
Je ne peux pas faire de rebelle auto dafé de mes journaux intimes, et de mon état civil, le briquet gothique et le piercing ensanglanté. Je fume plus, j'ai même pas un briquet. J'ai bien un blog à dynamiter, mais je me venge jamais sur les innocents. Je préfère cogner les coupables. Tiens, moi, prends toi ça.
Je ne peux pas me faire sauter par tout ce qui bouge, dans l'espoir acnéique, que ça va me nettoyer à force de me salir. J'ai mis trop de temps à aimer l'amour pour gâcher.
Vois-tu, il y a quelqu'un qui m'attend quelque part et il a une gastro entérite. J'ai un travail qui me fait bouffer, plus de famille certes, (mais bon il parait que c'est banal ça, alors ma gueule), alors je me shoote aux accords déplaqués et aux mélodies vaines, dans l'antre de ma cuisine en faisant bouillir du riz. C'est bien le riz, pour la gastro. Je serre les dents, et je n'oublie pas de rendre mes rapports en temps et en heure, et "c'est un excellent travail, vraiment, vous m'épatez."
Certes, mon corps se rebelle comme dans un article de Top SAnté Magazine, et ma généraliste me donne des cachets pour relever la tension, calmer la toux, redresser la colonne, colmater la misère. Elle me dit que je devrais peut être voir quelqu'un. Je rigole. Elle me dit que c'est parce que je suis gémeaux peut-être; les gémeaux sont des chieurs, il paraît. Ils ne grandissent jamais. Je lui dis que je vais m'y mettre aux talons hauts. Elle rigole.
Je mets des talons aiguilles mais je me trompe de sens, je crois. La plante qui saigne à chaque pas.
Mais j'avance, hein, on va dire que j'avance. Disons que j'ai pas le temps de me taper une dépression pathétique, où je me ferais reluire l'égo, en me scarifiant de bas en haut. C'est une avancée, non ?
Oui, c'est une épatante victoire. Pour moi, vraiment. Car vois-tu, l'avancée, c'est d'être consciente de toutes les prisons qu'on se crée et dans lesquelles on reste, tout en chialant sa race d'être enfermé. Parce que l'essentiel est dans le cadre, quand bien même tu te la joues détendu du repère, et les cellules font de bons cadres, tu sais.
Alors on est content de le savoir, on se le met dans la poche avec son kleenex par dessus, et on prend rendez vous chez le pédiatre, pour les vaccins.

