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La lettre, Le Blog, L' arrêt de bus.

Celle-là est une lettre qu'elle n'enverra pas. Elle finira déchirée, abandonnée dans un tiroir, entre deux pages. Elle y empruntera peut être quelques phrases, quelques mots, à peine un souffle, qu'elle mettra dans une autre lettre, envoyée celle-là.

Elle aime imaginer le parcours de ses mots, de sa main à la sienne. La trajectoire, plus que le chemin, ou la destination.

Sa main dans la boîte, ses yeux qui reconnaissent le penché de l'écriture, les doigts autour de l'enveloppe, mesurant l'épaisseur, pesant le contenu, pendant qu'on monte l'escalier, le couloir rouge, la porte qui s'ouvre après les mille et uns cliquetis de clefs.

Elle imagine seulement, elle rêve peut être qu'on fait de ce moment un privilège, un rituel, un beau moment.

 Otée la veste, les chaussures, la pièce s'emplit de notes. S'asseoir,  allonger les jambes, déchirer l'enveloppe avec son doigt, efficace. Déployer la page, regarder la globalité des mots, chercher les poins d'interrogation pour pouvoir apparaître, tourner la page pour envisager le temps passé; c'est délicieux de désirer. De retrouver un peu de loin, de  lire.

 Elle aime cette idée. D'être vue alors qu'elle n'est pas là. C'est bien plus simple de dire, bien plus simple, moins terrifié, ça fait moins peur de l'écrire.  Quelles images se bousculent alors ?

Celle- là est une lettre qu'elle n'enverra pas. Elle finira dans une poubelle, un blog. Elle la lira parfois pour se rappeler ce qu'elle imagine. Il ne la lira sans doute jamais, mais de toute façons, les mots, écrits ou parlés, sitôt énoncés, ne s'appartiennent déjà plus.

        #                           

Les mots te dépassent, ils te passent bien au-dessus. Ecrire, pour écrire, pour ne rien dire, enfin...!  

La trajectoire, plus que le chemin ou la destination.

Pas d'étendard, ni de message, ni même de propos. 

Pendant que tu répands tes battements de coeur, tes souvenirs, tes qualités, pendant que tu te donnes à entendre, sans doute pour te rendre indispensable, pourtant, tu ne dis rien, jamais.

Souvent, j'écoute. Par génétique peur du ghetto, j'essaie à tout prix de rester, de comprendre les règles. Pardonne-moi, je ne me sens ni supérieure, ni inférieure, juste inégale.

Ici, ou là-bas. 

Les mots pour me raconter, il me faudrait des heures de marche pour les toucher du doigt. Des kilomètres nous séparent. Je ne suis pas plus loin, je ne suis pas si proche. Je suis ailleurs.

J'aimerais m'atteindre, alors je fais semblant d'être un moi.

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La première fois que je les ai vus, j'ai pensé à des poupées russes. Cette façon de se déplacer en tangage maladroit, la rondeur- dire le mot- obésité, les joues roses, l'oeil ecarquillé.  Et puis ils se sont avancés, et j'ai vu qu'ils étaient vraiment trop vieux pour être des poupées, pour se donner la main comme s'ils allaient tomber.

Je les vois régulièrement sur le trajet à pied que je fais, ils descendent la côte. Je me suis dit, ils se donnent la main, parce qu'ils ont peur de trébucher.  Mais la côte terminée, jusqu'à l'arrêt d'autobus, ils ont continué. C'est une métaphore qui me plaît. Il la fait s'asseoir sur le banc. Et quand c'est elle qui est assise, elle se lève pour l'aider à son tour. 

Je les vois chaque matin. Ils ont une cinquantaine bien sonnée. Ils sourient un peu dans le vide, à côté. Ils ne se regardent jamais. ils attendent, assis.  Parfois, il la pousse du bras, elle se penche, elle ouvre intensément la bouche; il plonge sa langue dedans. Autour d'eux, les gamins qui se dépêchent avec leurs cartables, qui font un détour pour ne pas les toucher. Des fou rires gênés, des regards étouffés.

Et puis le bus arrive.  Le chauffeur dit "Alors les amoureux...?" et ils les emmènent, eux, et d'autres trisomiques, jusqu'à l'Institut.

        #

J'écris un blog.
 

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Commentaires

Bob va :)

(augen entre deux rendez-vous)

Ecrit par : augenblick | 31 janvier 2008

Holala.

Ecrit par : S. | 31 janvier 2008

"Etre vue mais ne pas être là...."

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"Juste inégale.
Pas si loin, pas plus proche. Ailleurs"

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Ils permettent à l'autre de marcher et de s'asseoir.
Ils ne se regardent pas, mais se voient.

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On les déchire, on ne les envoie pas, mais les abandonne-t-on vraiment ?
Peut-être envie qu'ils s'appartiennent encore un peu, ces mots là...
Pouvoir leur emprunter ce "à peine un souffle"...
Seules ces lettres-là nous restent fidèles.
Entre deux pages.

#

Le tiroir n'est pas une poubelle.


:)

Ecrit par : zamomi | 31 janvier 2008

J'aime beaucoup ce que tu jettes.

Ecrit par : dis_ngaged | 31 janvier 2008

C'est peut-être "publié dans rien de rien" mais elle me fait quand même quelque chose cette note.

Ecrit par : Odile | 31 janvier 2008

"chercher les poins d'interrogation pour pouvoir apparaître"... j'adore cette phrase, et la disparition d'une lettre dans le poing...

Tes lettres en souffrance sont une aubaine pour la poubellication.

Ecrit par : Sygne | 31 janvier 2008

Vous ne pouvez pas prétendre ne rien dire ici, si les autres y entendent quelque chose, non ?

Ecrit par : DDdeluxe | 31 janvier 2008

J'ai adoré la fin, le milieu, le début, mais surtout la fin.

Ecrit par : copsreelle | 31 janvier 2008

Heureux ailleurs mais là pourquoi pas ? En dehors de nous ils continuent leurs chemins et c'est très bien une autre façon d'etre ensemble, heureux parce que l'handicap c'est nous qui en parlons !

Ecrit par : Jipes | 31 janvier 2008

Eh bien par trois fois j'ai essayé de répondre, par trois fois le commentaire s'est effacé. J''ai dû bannir mon Ip dans un moment de lucidité.
Je disais à Augen que nous étions bien encore en terre d'hystérie escalier, banc..blog: c'est sexuel. :)
A s , que des fois, hein...
a Zamomi, que je suis hypermnesique de structure, je me souviens même qd je déchire. Et toi ?
A dis_' que merci, toi-même. Que jamais je ne me serais crue capable de valoriser tant les déchets :)
A odile que je pense qu'il ne faut pas :)
et a Sygne que oui oui, ça va hein !!! (j'ai lapsusé du clavier) (et merci )

Ecrit par : abs | 01 février 2008

Jipes> je trouve que c'est moi l'handicapée, qd je les vois.
Copsreelle> moi aussi :)
DDde luxe> eh bien, c'est tres juste. On me l'a deja dit. mais je ne voudrais juste pas qu'on imagine que ce blog "pretende" quoique ce soit :)

Ecrit par : abs | 01 février 2008

Et dire que "rien" vient de "rem", la chose, quelque chose, et qu'il en est venu à dire leur absence: les mots en font du chemin, aussi.

("Il ne faut pas", non mais t'en as de bonnes, toi :))

Ecrit par : Odile | 01 février 2008

Non mais je veux dire ce n'est jamais qu'un petit coup de rien !!


:)

(j'suis con comme un train des fois)

Ecrit par : abs | 01 février 2008

eh c'est pas con un train!!!!!

Ecrit par : ars | 01 février 2008

Hé, tu veux tâter de ma pizza ?

Odile

Ecrit par : Anonyme | 01 février 2008

'l'écrit bien la dame. Très féminin. Physique. Beaucoup de transports, à tous les niveaux.

Ecrit par : leblase | 01 février 2008

leblase> tu as dit féminin.
Mon corps s'envole comme un faucon .

Anonyme> Je ne mange pas de ce pain là (ptin le double jeu de la mort de la folie de la transcendance totale du double referent dans le signifié de la connotation !!!- je m'aime)

Ars> Je te prie d'excuser cet ecart de langage. Ce n'est qu'une expression comme on dit Con comme un balai, voire une bite. Tu vois. Tu me diras, là,, ....des fois...

Ecrit par : abs | 01 février 2008

oui mais entre un train et une bite... Y a de la marge!
surtout quand on court devant.

par contre, pour répondre à ton com, "on" est un con!

Ecrit par : ars | 01 février 2008

ha mais moi tu me connais, je ne cours que derrière :)
et c'est pareil tu sais, en fait, y a pas tant de marge, dit-elle en posant une main sur son front,

des fois ca va trop vite, des fois c'est en retard, parfois, en grève :)
Tu sais apres la vie c'est comme un train, c'est le chemin, le voyage, tralala..
on reinvente le concept:
"la bite est bleue comme un train sponsorisé par Orange."



Bon ne profite point de mon état enfiévré pour me provoquer des idees de poème sncfist.

et pour la reponse a mon com , ben je suis plus que d'accord, evidemment.

Ecrit par : abs | 01 février 2008

Oui, Abs, moi aussi. Ultramnésique, mais grââve. Je me souviens même des lettres que j'ai déchirées avant de les avoir écrites, c'est t'dire.

Ecrit par : zamomi | 01 février 2008

et tu n'as pas évoqué les pannes, les mains dans le camboui, les retards à l'allumage, les retours de manivelles, les excès de vitesse, les arrêts oubliés, les quais qu'êtes ratés de peu, ... fin tu vois quoi

Ecrit par : ars | 01 février 2008

Arsouille ma fripouille> mais en jeu de mots et en double sens , je m'epuise vite, moi. De la zizique avant toute chose ...:)

Zamomi> HAHAHAHHAHAHAHAH, (mais qu'est ce que je comprends, si tu savais :)
Des fois je me déchire , moi, histoire de pas les écrire.

Ecrit par : abs | 01 février 2008

Ouais, pareil :) Déchirée, avec l'autocollant "fragile", et un peu timbrée, donc un peu affranchie :) (Parce que le tiroir, c'est mieux que le placard, c'est toujours ça de gagné)
Mais de là à m'envoyer à quelqu'un, faut pas pousser. Pour se faire traiter de "prépayée", mal-scotchée, et se faire accuser de réception. Never.

Ecrit par : zamomi | 01 février 2008

"Con comme un balai, voire une bite"
Là je m'insurge, en tant que possesseur de l'objet, je peux t'assurer que mon balai n'est pas si bête.
Pour la bite, pas de commentaires :))

Ecrit par : lorent | 01 février 2008

c'est beau quand tu cherches

Ecrit par : n | 02 février 2008

N>" Ne pas chercher de raison, juste chercher une issue," comme dans le film Cube, tu sais...

Lorent> Ce 'n'est qu'une expression, tu sais bien, comme on dit "con comme un train"
(Coucou Ars :)

Zamomi> Là, tu m'achèves. Comme un cheval, bien.
j'ai retrouvé ce truc de Kakfa que j'adore
"Ecrire des lettres, c'est se mettre nu devant les fantômes ; ils attendent ce moment avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route."

je trouve que le blog aussi, c'est pareil., enfin des fois.

Ecrit par : Abs | 02 février 2008

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