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Soleil, riv!ère, jardin et rien
Je voudrais dire qu'il a fait un temps magnifique, un soleil presque chaud, une rivière qui fait un beau bruit, une lumière exceptionnelle. Ca rend les gens plus beaux parce qu'ils plissent les yeux. On dirait qu'ils sourient. Je me suis allongée dans l'herbe d'un jardin, je n'ai pensé à rien. Chaque fois que je m'allonge, ma jambe droite cherche la chaleur d'une jambe gauche, alter et go. Je n'ai plus que la mienne. Et ça me fait rire, mais vraiment, les ciseaux que je fais ! Je me dis "La solitude fait travailler les adducteurs," et je ris comme si j'étais gentiment allumée.
J'en appelle à la maternité. Ce mythe. Parce que j'ai honte de demander de la tendresse, ça me paraît si niais, si inhumain de se caresser pour rien. Et quand je dis inhumain, je sais de quoi je parle. Mais si je dis que j'appelle ma mère, c'est comme si je n'en en appelais à rien. Une déesse de paille. Et je suis agnostique. Parce qu'athée, c'est fatiguant. Ni reniée, ni excommuniée, je n'ai pas de mère comme on n'a pas de religion: de naissance.
Lorsqu'un chien me lèche la main, j'ai des envies de meurtre, pour le protéger, avant terme, de sa candeur, de son innocence. J'ai envie de lui dire: "Mais tu vas te faire couillonner, avec ta gratuité. Réveille toi, mon frère !" Il me dit " ma soeur " en chien. Je le regarde comme s'il était défoncé à la colle.
Pourtant, là. Voilà. Je voudrais une main là, et moi ici. Et juste du gratuit. Enfin peut-être pas pour moi, car c'est quand la chair est triste qu'elle est la plus faible, et les livres, je m'en fous. Je voudrais une caresse de cheveux, comme lorsque je vais voir mon fils endormi, respirer ses restes de bébé, couvrir des pieds qui n'en ont pas besoin, le réajuster dans son sommeil, alors qu'il ne demande rien.
Je crois que lorsque je dis que je ne suis pas une femme, c'est juste parce que je suis encore une fille. J'ai besoin de ce que je n'ai plus. J'ai envie qu'on me réajuste, même si je n'en ai pas besoin. Pour le geste gratuit, comme lorsque mon père m'attrapait la main pour traverser la rue, même si j'avais trente cinq ans, même si nous étions en route pour le centre anti-cancer où il allait soi-disant soigner le sien. Comme lorsque ma soeur aînée, expatriée, en voiture, lorsqu'elle freinait, mettait sa main sur ma poitrine en réflexe de protection, alors que j'avais ma ceinture bouclée.
Plus j'y pense, et j'y pense tout le temps, plus je sais désormais qu'au chevet de mon père, c'est lui qui me donnait la main.
Voilà, j'ai besoin de quelque chose alors que je ne demanderais rien. Une surprise de l'ordre de la connivence, une complicité tacite à laquelle je ne m'attendrais pas. C'est d'une banalité tragique, je vous l'accorde; mais, bon, en même temps je ne cherche pas tellement à faire mon unique au monde, hein...
A ce sujet, et ça n'a rien à voir. J'ai peur, parfois.Il y a peu, j'ai commenté sur un blog pour la première fois je crois bien. J'ai dit, une fadaise, ça, je veux bien l'admettre. En même temps, ça n'a rien de scoopal. Je ne suis pas connue pour la pertinence éclairée , et la poésie surrannée de mes remarques sur les notes des autres, des choses qui les feraient avancer dans leur magnifique labeur de bloggueur et leur stupéfiante créativité ni pour mettre en avant la mienne. Je reconnais que "Tu me hais ? Souffrance Aigüe !? Aboule la pizza " ça peut lasser. Mais là, hein, j'ai pas dit ça. J'ai commnenté la note, vraiment.
Il y a quelques jours, j'ai lu la réponse du monsieur.
" Bonjour, Ab6, je t'attendais."
....
J'ai clairement entendu les violons stridents et répétitifs de Psychose, j'ai nettement entr'aperçu un rictus masqué par un couteau déchaîné . J'ai cliqué comme si j'etais déchirée à la formation susbtitutive du déni sur la petite croix à gauche (j'adore les mac qui affichent la seule voie !) qui dit Bye Bye à Firefox. " Vous êtes sur le point de fermer trois onglets . Voulez vous vraiment continuer ?" J'en suis Sûre et Certaine. Adieu pixels, adieu megaoctets, adieu riante "communauté"...
S'il me lit, qu'il sache que je m'interroge davantage sur ma santé mentale que sur la sienne.
Revenons à nos considérations ovines:
J'en étais à mon allongement, je crois bien...
Ma jambe droite cherche un alter égo, une connivence, me voilà à faire des ciseaux. Et ça me fait rire, vraiment.
Il y a des musiques qui ressemblent à des réponses à des questions qu'on se poserait, vous avez remarqué ? J'ai toujours pensé que la musique était une meilleure réponse que les livres, et les livres une meilleure réponse que l'amour.
Aujourd'hui, je me contente des questions.
Et ça me fait rire, mais vraiment.
Bientôt, j'aurai des adducteurs en béton.



Commentaires
Le troupeau de déterminés à bave abondante attend de pied ferme tes billets, tes commentaires et toute autre chose, comme on attend le messie.
Mais si.
Ecrit par : Saoul Fifre | 28 janvier 2008
Dijon! Béton!
Private joke...
Ecrit par : toujoursraison | 28 janvier 2008
A propos de psychose, j'ai vu que yavait un remake avec Viggo... c'est à lui que t'as fait un comm ?
ouai c'est n'importe quoi mon comm, fo que j'arrête...
Ecrit par : Freefounette | 28 janvier 2008
La phrase sur ton pere te tenant la main avant de traverser m'a chamboulee, vraiment. Et ta grande soeur a exactement le meme reflexe que la mienne.
Halala ma poulette, quelle note. Du rire au larme au rire de ouf pour psycho. Trop bon.
En plus tu te trompes hein, moi je rigole toujours autant de tu me hais tu souffres la pizza etc. :) la preuve, la, je te hais de tout mon coeur tellement je t'aime.
Ecrit par : Yael | 28 janvier 2008
...du rire auX larmeS.
(mais je te hais toujours autant.)
Ecrit par : Yael | 28 janvier 2008
Yael> Merci ma poulette, mais y a que Sygne et toi qui rigolez pour la pizza :)
j'avais pas vu que j'avais écrit riv!ère comme de l'eau renversée, je suis toute étonnée de mon lapsus de clavier qui ne veut strictement rien dire.
Yael, mon père me filait la main pour traverser, oui, alors qu'il allait mourir, et le savait. Je trouve ça plus beau que tout, et je me dis que j'ai eu vraiment de la chance.
Free> ben je sais pas, Freefou, je suis pas tres cinephile et en fait je n'ai rien compris a ton com :))
mais c'est vaiment pas grave.
Toujours raison> ha , ben private pas avec moi ,je suppose..ou alors il va vraiment falloir que je songe a me racheter des neurones.
Sf> Eh bien c'est pas moi qui vais les sauver, pourtant. hein...:)
Ecrit par : abs | 28 janvier 2008
et la tendresse bordel ?! Moi c'est ma came, ma drogue. Plus que le reste, plus meme que l'amour parfois, meme si finalement, l tendresse, c'est du concentré d'amour.
Ecrit par : Mlle A | 28 janvier 2008
Souvent je me demande pourquoi nous avons tant besoin de chaleur, de donner de la tendresse, de se serrer contre un corps, de prendre un visage entre les mains et d'embrasser le coin des yeux. Souvent les corps sont pris ailleurs, au boulot, à la télé, devant un micro ...
Ecrit par : manou | 28 janvier 2008
Manou> Ben moi c'est récent hein :) En pleine ovulation, allongee ds l'herbe au soleil, je defie quiconque de pas eprouver ce besoin..
Et mon corps est libre LIBRE LIBRE !hahaaha
(en fait c'est exactement ça manou, exactement ce que tu dis)
Melle A > oui, mais bon quand même pas deux heures hein...
(j'attends ta jambe gauche sous pli discret)
Ecrit par : abs | 28 janvier 2008
Des larmes en te lisant, comme celles qui me sont montées aux yeux il y a quelques jours à la vue d'un jeune chat faisant du sur-place avec ses pattes dans le pelage de sa mère. Parce qu'elle ronronnait, parce qu'il n'y avait de place pour personne d'autre, parce que l'instant d'après elle l'a mordu au cou et ne l'a lâché qu'au moment où il a accepté de se défendre, puis l'a attiré à nouveau vers elle pour un câlin consolateur.
Envie de griffes rétractiles, d'un pelage, qu'on ronronne quand je m'approche et qu'on n'enlève pas trop vite ses dents de mon cou. Envie de cesser d'être jalouse des jeunes chats.
Et qu'on me réajuste dans mon sommeil justement quand je ne le demande pas.
Tes mots brûlent, Abs.
Ecrit par : zamomi | 28 janvier 2008
Beau.
Moi, tes mots me glacent, mais cela revient au même.
Ecrit par : S. | 28 janvier 2008
Et chez moi ils résonnent, ça fait écho dedans, surtout qd tu parles de ton père, ça vibre, ça fait mal, mais ça fait du bien aussi.
Ecrit par : sandrine | 28 janvier 2008
beaucoup de gens t'attendent
Ecrit par : n | 28 janvier 2008
Bonjour tous
Je vous attendais ...
Ecrit par : abs | 28 janvier 2008
Et sinon
Merci ( je sais même pas quoi dire en plus.)
Alors je fais ma maline :)
Ecrit par : Abs | 28 janvier 2008
Sourire. Vous êtes tant haïe que je préfère me retirer sur la pointe de mes baïonnettes. Avec un bisou chargé de haine au bout du canon.
Ecrit par : BT | 28 janvier 2008
tu es tellement bourrée de tendresse!
Ecrit par : ars | 28 janvier 2008
Et moi, je vais bientôt avoir une pomme d'adam en béton à force de glupser ma salive...
Ecrit par : Tant-Bourrin | 28 janvier 2008
Bonjour, Ab6, tu m'attendris tu sais.
Je t'attendhais plus qu'hier
et bien moins que deux mains.
Je t'attends la mienne.
Oui je sais, ça te fait une belle jambe, mais je suis un peu gauche du coeur ce soir.
(j'ai adoré le passage du chien, et je fais comme ta soeur dans la voiture... même quand il n'y a personne)
Ecrit par : Sygne | 28 janvier 2008
Sygne> tu me tues :) Rien ne t'arrête dans la découpe du signifiant. C'est toi l'arène des aut' de c'est bwa (oui , ben j'ai essayé)
en fait ce que tu dis sur la voiture me file envie de pleurer.
TB> bientôt je me mets au photoblog, là, tu vas rigoler :)
Ars> JAMAIS je n'ai usé de tels subterfuges, madame, jamais. :)
BT> ho ben ça c'est beau, pour la peine, je te jette mon mouchoir en dentelles et on jouerait que tu le ramasserais et moi je dirai ho mais c'est trop fou je l'ai fait tomber ? et toi tu dirais ben oui, on dirait et je battrai des cils et j'enverrai valser mes cheveux en andalousie, et apres j'irais me pieuter parce que déjà, ça m'aurait épuisée, je crois :)
Bon voila, j'ai encore dit que des conneries ds les coms.
(désolée)
Ecrit par : Abs | 28 janvier 2008
La déesse a-mère (a privatif en grec) colle la langue du chien aimant, stupéfait de se retrouver à bader côté jardin.
Nous en étions à vos allons, je mens :)
(Une copie de la jambe gauche de Mlle A est-elle disponible à la vente ?)
Ecrit par : augenblick | 28 janvier 2008
Un vrai bijou de petit poème en prose, ce texte. L'un de mes préférés.
Ecrit par : Almeria | 28 janvier 2008
Et les clapotis mélancoliques de la musique me bouleversent aussi (comme d'hab, envie de viiivre et de mourir à la fois, douleur et fièvre d'exister... la routine émotionnelle du grand 8 de la vie quoi :)
Merci.
Ecrit par : sygne | 28 janvier 2008
s'il y a que ca pour te faire plaisir, je te toucherai le mouchoir quand on se verra >)
Ecrit par : cubik | 28 janvier 2008
cub> il veut pas.
sygne> des fois je me dis sygne, il faut vivre ou survivre ? etre heureux ou malheureux ? :)))
Alm> ton com me fait infiniment plaisir. Pour plein de raisons.
Augen> tu es chez un lacanien ? :)
Ecrit par : abs | 29 janvier 2008
:))) elle est freudienne cool.
Ecrit par : augenblick | 29 janvier 2008
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