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Mourir par curiosité

Tu  ne sais pas quand ça commencera , le vrai handicap, le moindre geste qui te coûtera peut-être l'ultime battement de coeur.
Tu seras peut-être très vieux. Mais personne ne peut le dire. Un nid de dentelles dans tes poumons, une couvée. On attend l'implosion. Pendant que d'autres respirent comme ils mentent, ces jourdains, chaque souffle te fera penser au dernier.


Tu te souviens, tu étais allé voir cet homme, l'immonde cancer qui lui bouffait le reste du temps.  A côté, il y avait cet homme, dont la respiration n'était plus que mécanique. Un bruit terrible de fin du monde dans chacune de ses expirations. Il avait celui des gros, celui des bulles, l'étouffant. L'homme ne pouvait plus fermer l'oeil.  A cause du bruit de ses poumons plein de trous.
En repartant, tu avais dit:  Il faut mourir de quelque chose, mais ça je ne pourrai pas supporter, ça tu vois, je ne pourrai pas.

 Ta femme avait serré ta main plus fort.  Elle ne t'avait jamais entendu craindre pour toi. Parfois, elle te reprochait même de ne pas parler de tes peurs. Parce qu!'il faut savoir ses craintes formuler pour repousser les spectres, et blabla,  un truc de l'ordre d'une incantation..  En sentant sa main glacée, là, tu avais bien senti l'ambiguëté, retrospectivement. Elle te haissait d'avoir peur. Finalement, ça devait l'arranger d'avoir peur pour deux, et surtout, de te le reprocher.


 Le médecin te dit "C'est bien, vous le prenez bien." Comme tu aurais bien pris ton huile de foie de morue, sans trop faire la grimace. Lui, on dirait qu'il est soulagé.  Et toi, pour un peu, tu te sentirais content de ne pas trop l'avoir emmerdé.   Tu ris, maintenant, parfois au téléphone avec ton frère,  et vos considérations calvinistes. Et la Mort de Socrate chantée par un Lamartine aviné. C'est vrai, c'est drôle, un coup du sort, une bigeardise, les bouteilles d'oxygène pour quelqu'un qui aime tellement l'apnée.

 Ta femme craignait lorsque tu plongeais. Tu disais "Mais je remonterai "

- Mais ça je le sais, c'est juste que je n'aime pas te voir disparaître. 

 C'était une belle image, un homme, d'abord le bassin, au sud, puis, le thorax lisse, un peu penché,  et puis les épaules, immergées. Mais lorsque ta tête fendait l'eau comme une guillotine, l'immersion se transformait en engloutissement.

 Et le silence pour une fois ressemblait à une altération.

La vie est une histoire de respiration. Plus ou moins ample, plus ou moins empêchée, un élan ou un étouffement , une inconscience; souvent on ne sait même pas qu'on  étouffe.  Soudain, on est asphyxié.

Celui qui joue avec la vie n'arrive jamais à rien et celui qui ne mise rien, a tout bonnement ...la même fin.

Tout le monde ignore qu'il va mourir, et tout le monde meurt. Et rien n'éloigne ce spectre. Aucune incantation. La parole, quand bien même elle serait bonne, n'est que très rarement autre chose qu'une altération.

Tout le monde n'est pas mort, pas encore, mais tu vas mourir, toi, plus sûrement qu'un autre, puisque tu sais déjà de quoi.

 

 

 

Commentaires

A choisir, autant mourir de rire ou d'amour ...
En fait c'est l'choix qu'on n'a pas et pourtant c'est pas l'choix qui manque.
C'est triste à mourir tout ça et pourtant la façon dont tu l'dis, j'trouve ça beau ...

Ecrit par : sandrine | 25 janvier 2008

Je connais bien cette respiration là...
C'est le moment où l'on se dis : J'aimerai tant voir repousser l'herbe sur ce sentier menant au tourbillon du néant.
Très fort votre texte. Il endigue le flux de l'existence pierre après pierre.

Ecrit par : BT | 25 janvier 2008

Claque. Magistrale, tu es.
C'est bien ma catégorie préférée.

Ecrit par : S. | 25 janvier 2008

bon ecoute, tu trouves pas que je souffre assez là???!!!
je sais bien que pour le club..il faut souffrir il faut une bannière, faut meme bouffer de la pizza que j'arriverai jamais à eliminer.. etc..mais merde quoi commencer la matinée avec cette envie de pleurer et de te consoler..
merde quoi tu fais chier!
si au moins tu n'ecrivais pas aussi bien!

trève de plaisanterie, c'est beau...
ce texte me touche très fort

toute mon amitié virtuelle

Ecrit par : alexa...futile parfois | 25 janvier 2008

Correction d'après café serré : "c'est le moment où l'on se dit" (Comme S., cette catégorie là me signale qu'il y a un écrivain sous roche)

Ecrit par : BT | 25 janvier 2008

BT> oui mais pas Mazo, hein :) et sinon "les lecteurs" ont rectifié d'eux mêmes, et moi aussi j'en suis a mon 4ème ! je suis une abscaféinée.
Alexa> Ne pleure point, chere membre, il faut savoir souffrir dignement chez les Souff'toujours. (j'attends la pizza)
S> merci, moi aussi :)
BT> C'est le moment ou je me dis jamais des trucs pareils, je te jure , ça me tue, je me/ne dis desesperement rien quand j'ecris, il faut que j'en parle à mon psy.
SAndrine> mourir d'amour c'est bien autre chose que mourir, a dit je sais plus qui.

Ecrit par : abs | 25 janvier 2008

ah bah ça j'l'ai dit depuis un moment qu'il y avait d'la graine d'écrivain ici ... Hein ?? Hein que j'l'ai dit 156420 FOIS !!!!
En as-tu conscience ?? En vrai ? même si tu n'en as peut-être ni l'envie, le besoin, la patience, le temps ...

(En vrai, chui nulle pr le cirage de pompe, le lèche cul du coin me fout la gerbe, je lui décalquerais la gueule en deux secondes et là, virtuellement chui l'obséquieuse de service ... ça m'pose question.)

Ecrit par : sandrine | 25 janvier 2008

Si écrire devait me faire manger, je crois que je perdrais le goût d'écrire, Sandrine, ça va pas chercher plus loin.
Ecrivain ? ca veut dire quoi ?Si c'est Vendre des livres, et passer chez PPDA, je m'en fous complètement.
Si c'est être aimée et appréciée, parfois, mon petit club me suffit.
Si c'est changer le monde, en donner une juste, une belle, une "vision", ben alors là, ce sera dans une autre vie. Je n'ai pas cette dimension. Et ce n'est pas de la fausse modestie, c'est comme ça , c'est juste un fait, c'est pas grave, ça me fait pas pleurer, ni même rire, en fait, je m'en fous aussi :)

Ecrit par : abs | 25 janvier 2008

Le titre me met mal à l'aise. Ce n'est pas une critique, c'est ce que je ressens. J'aurais pu dire aussi qu'il m'intrigue, mais le sentiment qui l'emporte c'est qu'il me met mal à l'aise, parce que l'air de rien c'est une alliance très inattendue de concepts. Mourir (d'un côté) par curiosité, laquelle curiosité, dans ma petite tête, est le mouvement de l'esprit le plus vivant qui soit (quand la vie me parait un ennui certain -mourir d'ennui ?...- j'ai quand même toujours envie de découvrir, connaître).
J'ai lu ton texte en me demandant à chaque nouveau paragraphe quand est-ce que j'allais comprendre le titre, dissiper mon malaise.
Je sais de quoi tu parles tout au long de ce texte, et pourtant... non. Pas vraiment non plus. Curieux malaise.

Ecrit par : ellisa | 25 janvier 2008

Je l'ai emprunté à George Sand :)
Dans cette curiosité, ni désir morbide, ni flagellation.. Juste une attention particulière , une oreille attentive, et sans doute une certaine envie, face à une autre attitude que la mienne ( Angoisse, colère, rage, terreur..) devant la mort...des autres.

Peut être qu'avoir la certitude de sa fin en en connaissant le "moyen" peut rendre plus serein, puisque dans l'equation disparait UNE inconnue au moins ?
je n'en sais en fait strictement rien.

Merci de toute cette attention quand tu me lis. Vraiment.

Ecrit par : abs | 25 janvier 2008

"Tout le monde ignore qu'il va mourir"

Aah ça non, c'est même une caractéristique bien humaine d'avoir conscience que nous allons mourir, non?

personne ne sais quand ni pourquoi ni pour quoi, mais tout le monde sait qu'il va mourir.

Sinon ça le fait, fort et triste et aux larmes profondes.

Ecrit par : n | 25 janvier 2008

Moi je n'aimerais pas savoir de quoi ou comment je vais mourir, ça m'angoisserait encore plus au contraire. Je "préfèrerais" que la mort me prenne par surprise, comme l'amour.
Et j'aime beaucoup ce titre pour ma part, pas par désir morbide non plus, mais parce qu'après tout mourir est un acte, une expérience qui fait encore partie de la vie, et que le terme de curiosité l'humanise et l'apprivoise je trouve. Et pourquoi après tout la mort ne serait-elle pas une aventure aussi "intéressante" que la naissance ? On n'en sait rien...

Ce texte me souffle en tous cas.

Ecrit par : Sygne | 25 janvier 2008

Sygne> Moi non plus. Je ne pourrais pas. Je refuse l'idée même de la mort des autres; la mienne, hoï hoï
je m'y suis fait. (Adjani's power)

Et merci j'aime bien te souffler :)

N> eh bien tu vois j'ai volontairement mis Ignorer, parce que c'est un autre mouvement, à mes yeux que de "ne pas savoir."
On le sait, bien sur mais on l'ignore, comme on ignore ce con qu'on veut pas croiser au taf, comme on prefere ignorer qu'on est trompé, des trucs comme ça, tu vois ?
Si nous avions conscience ds la permanence de ça, on deviendrait fou...(et vois tu c'est la plus grande terreur des nevroses hysterophobiques comme moi, la peur de devenir fou, ce n'est rien d'autre que la conscience trop aigue de la mort, je crois)

et sinon le pour quoi dans ton com, je te jure j'en suis arrivée à penser que c'est juste parce qu'y pas assez de place pour tout le monde...(désespérant)

Si je vous saoûle , vous me le dites hein.

Ecrit par : abs | 25 janvier 2008

"Elle te haissait d'avoir peur. Finalement, ça devait l'arranger d'avoir peur pour deux, et surtout, de te le reprocher."

Ce sont ces mots-là qui m'ont percutée.
C'est excellent. Cruel et vrai.

Laisse-moi avoir le monopole de l'inquiétude pour qu'on me console et qu'on me rassure sans fin. Reste téméraire surtout, sinon je risque de perdre ce bon rôle, si plein de mérite. Reste imprudent, pour pouvoir m'en consoler, de cette imprudence. Commence pas à avoir peur, surtout. Car qui me consolera alors ? Que ferai-je si tu me demandes de te rassurer à mon tour, quelle horreur ! Laisse-moi des raisons d'être inquiète...

Sois méchant pour me permettre de me plaindre. Frappe-moi pour que je t'entende me demander pardon.
Et ne te fais pas mal au poignet surtout, je ne saurais pas te consoler.

C'est puissant mon Abs.
Tu n'es pas folle, tu es ultra-lucide.
Ces mots m'ont transpercée. (Tu pourrais me demander pardon, d'ailleurs, ça fait mal... ;) Mais continue, continue, j'aime ça.)

Ecrit par : zamomi | 25 janvier 2008

Sublime texte (encore une fois)

Peut-être faudrait-il généraliser l'usage qui veut qu'un trappiste ne rencontre jamais un autre trappiste sans dire "Frère, il faut mourir"... Voilà qui aiderait à ne pas perdre l'essentiel de vue, même si, je l'admets, ça casserait un peu l'ambiance. :)

Ecrit par : Tant-Bourrin | 26 janvier 2008

Tb> Pourquoi lorsque j'entends trappiste, je pense a Biere, et tout de suite apres à Soul fifre ,
cette chaine de signifiants me pose question :)

(merci)

Zamomi> je ne suis pas du tout etonnee que ce soit ces mots-là, pour toi, et ..pour moi.
Il y a de ça, vraiment. mais si tu savais comme je me suis soignée :)

(j'adore tes commentaires, j'ai envie de les épouser et de leur faire des enfants riants et blonds)

Ecrit par : abs | 26 janvier 2008

rapport au blog it express :
fais gaffe tu vires catho!

ou pire: aské!!! :)))

Ecrit par : alexa... | 26 janvier 2008

mais qu'est-ce que tu écris bien!!!!

Ecrit par : ars | 26 janvier 2008

Ars> Merci madame. :)
Alexa> oui, c'est bien possible, mais qu'est ce que c'est bon...

Ecrit par : abs | 27 janvier 2008

Virer marchande de merguez c'est mieux que violoniste à l'orchestre philharmonique de Berlin. ;)

Ecrit par : BT | 27 janvier 2008

Abs, je me soigne aussi. C'est moi qui cogne maintenant. Encore un peu en cachette, mais je m'entraîne. Je mens, je jure, je fugue. M'inquiète plus pour personne. Si une belle-mère un peu Calamity Jane te convient, c'est ok pour les enfants blonds et riants :) Je dis à mes coms d'arrêter la pilule ? Un repas de fiançailles shabbat prochain ? Comment ça tu vires catho... ?

Ecrit par : zamomi | 27 janvier 2008

La prochaine fois que tu fugues, est ce que tu pourrais m'emmener s'tep, ma zamo ? (en fait, moi je fais genre je suis guerie et a force je suis guerie, jusqu'au moment ou je realise que je fais semblant d'être guerie, et je me dis arrête tes conneries, avant tu faisais peut être semblant d'être malade, alors rejouis toi ma fille d'être guérie même si c'est pour du semblant.
Et je n'aime pas les cow boys, mais pour toi une exception on fera :) Tu m'etonnes !
BT> tu viens de me traiter, là. ne tergiverse pas. Traitee, tu m'as. Ou alors j'ai rien compris, ce qui est tres possible aussi :)"

Ecrit par : Abs | 27 janvier 2008

Si je t'ai traitée...si je t'ai traitée ? Hein ! Nan mais t'y'a vu, t'y'a...Mais pour qui elle se prend la mendiante de l'amour, hein? Pour la cuisse de Jennifer. Tu m'as, tu m'as...Sur la tête de mon fils que j't'y ai pas traitée. ;) (Saint'taxe priez pour moi)

Ecrit par : BT | 27 janvier 2008

T'es en train de me traiter de mendiante de l'amour, BT ?
et que je ferais mieux de faire la cuisine chez Jupiter c'est ça ?

Ecrit par : abs | 28 janvier 2008

Il me semble que oui. Est-ce un crime de lèche pizza, votre majesté. (In bed with l'aile ou la cuisse de Jupiter) ;p

Ecrit par : BT | 28 janvier 2008

Mourir oui il faut ...Pas le choix ni de l'instant ni vraiment du moyen alors laissons passer et vivre en attendanat ...Plus intensément peut etre si on y arrive

Ecrit par : Jipes | 30 janvier 2008

on va tenter :)

Ecrit par : abs | 31 janvier 2008

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