« Déboires, mon corps s'est arrêté. | Page d'accueil | Je suis revenue de tout et j'y suis retournée. Note très longue avec de la musique ouais ! »
Tu serais là.
Arca. Sunday negative. On ne distinguait plus les têtes.
J'ai peu à te dire, je suis en rupture de stock. Ma vie en toc, les gestes trop mécaniques pour être vrais. Parfois, je me resserre un verre, tu sais, même pas peur, une canette de coca là, comme ça. Trop une rebelle.
Je me mets en mode carpe diem, mais c'est pas du latin, c'est le poisson plutôt. Tu auras du mal à le croire, je sais.
Je ne regarde plus les infos, je ne m'insurge plus. Je suis si préoccupée par les ravages de ma propre famine, que je n'y parviens pas. J'ai honte de moi. Et puis je crois que j'aimais trop ça, quand tu faisais exprés de faire le raisonnable mondialiste, pour me voir m'énerver. Là, plus personne.
Depuis ton départ, nous encore plus disséminés, complètement morcelés. Le théâtre a repris de plus belle, et les spectateurs sont fatigués. Il n'y a plus le goût du spectacle, et plus personne ne se force à voir la fin de son numéro, puisque tu n'es plus sur les gradins. J'aime à penser parfois, que de ton là-bas, tu me vois. Que tu me dis que c'est mieux comme ça. Que tu comprends la lassitude, la colère aussi. Et surtout que désormais tu te reposes de ça, que tu t'en bats.
Tu sais, la dernière fois, je regardais ton petit fils et je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire que la normalité n'était pas là. Qu'une mère, eh bien ça ne dit pas ça. Il a dit qu'il n'était pas inquiet, je ne vais pas me la péter Mon dieu comme cet enfant est formidable et équilibré, c'est normal c'est mon fils; je sais bien la polymorphie de l'enfance, et le besoin de rassurer ses parents, de les séduire pour se dédommager de toute la culpabilité. Mais quand même hein ? L'amour sert à quelque chose, l'amour sert à quelque chose...
Il court partout, il m'assaille les oreilles, tu sais, il me demande de tenir, de pas vaciller. Je m'y emploie avec soin et je te jure , je ne dis pas ça pour te rassurer, holà, non non pas moi. Je tiens. Je plie mais je ne ploie pas. J'ai resisté à toutes les fuites, même à celle du tabac, et sans effort surhumain. Après le trou de ton manque, je peux vivre avec tous les cratères.
Je me rappelle parfois quand j'ai envie de le jeter par la fenêtre ton ton mi agacé- mi amusé "Fais comme si c'était un gosse". C'est un gosse qui a pris le parti de rire, d'avancer sans trop se regarder. Comme toi.
J'ai un peu honte de te parler du reste, juste, ne t'inquiète pas, c'est pas pour me dédommager de la culpabilité, non non, j'ai un blog pour ça. C'est surtout pour te foutre la paix que tu mérites.
Le plus surprenant n'est pas tant l'hécatombe, c'est plutôt la capacité à rester debout dans la tempête, à se la péter roseau tenace dans la tourmente, la compétence affichée du "Tenir bon". Comment faisais-tu, toi ?
La tentation est grande de rompre; on se berce de l'illusion d'être enfin (!) compris ou entendu. Il n'y a plus que lorsque j'écoute certains morceaux que je ressens la communion. Seulement Tim Buckley est mort, aussi.
A l'hôpital, on regardait tes voisins de chambrée. "Ouh la la il est foutu çuilà," on disait en le regardant vaciller.
On riait. On essayait de la tenir lointaine, en se moquant de celle des autres. Tu parles.
Toujours vivant quand je suis venue embrasser tes yeux clos et froids, le voisin. Je ne riais pas tellement, tu vois.
Je vais continuer de plier,
J'oublierai.
The missing of your hand.


Commentaires
Je ne trouve rien d'autre à dire que "ce texte est magnifique", Abs. Il m'a émue, chose qui est pourtant très rare (chez moi). Le véritable amour atteint toujours son destinataire et se communique aux autres, comme il a réussi à m'atteindre de plein fouet, ce soir, chez toi.
Ecrit par : Joon | 03 septembre 2007
*glups*
Je te souhaite de retrouver le goût de la pliure. Mais de rire, comme les tranches de ton sandwich générationnel.
(mais en attendant, quelle baffe, ce texte !)
Ecrit par : Tant-Bourrin | 03 septembre 2007
Biz.
Ecrit par : Freefou | 03 septembre 2007
"Après le trou de ton manque, je peux vivre avec tous les cratères."
Oui, rien n'égale la chaleur perdue de cette main-là.
(je touche du bois)
Ecrit par : Sygne | 03 septembre 2007
eh ben moi, je vous embrasse. Et je les accroche, vos mains.
Ecrit par : Abs | 03 septembre 2007
Oh, that song is singing
Singing in to me
Over everything
I used to be
Oh, that song is singing
Singing into me
Slow and sweet
It carries me
Carries me
Out to sea
And swallows me
Into the deep
And comforts me
And comforts me
...
(Un bout de Breathe by Cinematic orchestra, donc, tapé au clavier mains en avant, qui là là là là lie :)
Ecrit par : Odile | 03 septembre 2007
"Les spectateurs sont fatigués" changeons de spectateurs ! Personnellement je ne me lasse pas.
elle nous a dit, si rousse "C'est fini, j'ai fait mon deuil". J'ai pensé "Si elle le dit, c'est qu'elle ne l'a pas fait". Elle s'est frottée contre moi, Elle m'a dit "en silence ce soir", Elle m'a dit, "on ne baffre pas devant une affamée". Et puis, après, quand ma bouche était salée d'Elle, Elle a dit "bien sûr qu'elle n'a pas fait son deuil, mais tu dois lui laisser enclencher sa méthode coué". J'ai dit "ça renforce la méthode coué d'avoir des incrédules". Et j'ai remis une moule sur la pyramide à Lille, sans brader mes sentiments.
Ecrit par : AcarienAvideDesSquamesd'Abs | 03 septembre 2007
Hey, je me suis fais manger mon com de "plus tot"....rhaaaaa...je te donnais juste mes deux mains gauche en guise de soutien. :-/
Ecrit par : Pascal | 03 septembre 2007
On n'oublie pas mais la douleur devient supportable. La vie s'en sort ; ) Bisous.
Ecrit par : manoum | 04 septembre 2007
Je t'embrasse ma ptite soeurette. Cette note fout les larmes aux yeux, vraiment.
Ecrit par : Yael | 04 septembre 2007
eh ben je vous fais encore des bisoux. ce genre de note c'est vraiment difficile pour commenter, je sais.
mais ça va, je mange de la pizza, là. :))
Ecrit par : abs | 04 septembre 2007
Double-fromage? Pasque sinon c'est pas la peine hein.
Ecrit par : Yael | 04 septembre 2007
Obviously (et va savoir pourquoi ton commentaire me file envie de pleurer ??!)
tu vas reprendre alors ? je suis (egoistement) contente.
Ecrit par : Abs | 04 septembre 2007
Les châteaux des temps plus anciens étaient ainsi faits qu'après chaque assaut, il restait la possibilité de reculer sa ligne de défense, jusqu'à se retrancher au pire de la bataille au sommet du donjon.
Pas question donc pendant ces temps guerriers de baguenauder dans la riante campagne, place à ce qui importe, place à la survie.
Revient heureusement toujours le temps de la paix, la liberté d'aller et venir, au gré de ses envies, au gré de ses passions.
Tu sais quoi, je t'envie ton père, même s'il n'est plus là. Ce qu'il t'a légué est le plus beau des cadeaux, une certaine idée de la vie, une élégance rare.
Lui parler, même absent, comme tu le fais, c'est non pas t'adosser à une chimère, le temps d'un apaisement, mais conserver une flamme, qu'à ton tour tu devras transmettre à ton fils, c'est ce que tu dois à ton père.
et si on aborde le primordial sujet de la pizza:
pas trés orthodoxe mais pizza nutella banane noix de coco, j'ai mangé ça hier, et ça le fait bien :)
Ecrit par : lorent | 04 septembre 2007
Ca donne envie de l'avoir connu. Ca donne envie de vous avoir connu. Ca donne envie de te connaître aussi, parce que t'es encore vivante, bordel de merde, et tu vas le rester.
"Rions nous de la mort, car la mort se rit de nous" disait Desproges. Ton père l'avait bien compris.
Ecrit par : draleuq | 04 septembre 2007
Il y a une vie après la mort, mais moi je préférerais qu'il y en ait une avant.
Ca pourrait rentrer dans les grands classiques des maximes ça.
J'espère que la rentrée de ta fille aura été aussi bonne que la mienne.
Ecrit par : draleuq | 04 septembre 2007
Ouais bon là, je reconnais, t'as gagné le droit de te foutre de ma gueule. Ce comm était destiné à Sygne, tu l'auras compris.
Lapsus révélateur... Vous êtes décidément indissociables :)
Ecrit par : draleuq | 04 septembre 2007
Draleuq> ho t'inquiete, mon fils aussi est rentré , presque ça le fait :)
et on n'est pas indissociables, on est associées par copntre, ca fera 200 euros steuplait. (CHACUNE)
et sinon, merci, pour mon père.
Lorent> Merci , vraiment. Pour ce tres beau commentaire.
et la pizza chocolat ha je pourrai pas, la pizza c'est salé quoi. (je suis réac des fois)
Ecrit par : ABs | 04 septembre 2007
J'avais écrit un commentaire ici mais je préfère te l'écrire a toi seule je t'embrasse !
Ecrit par : Jipes | 05 septembre 2007
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