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Une autre lettre
J'ai reçu une lettre qui me parlait de toi. Elle disait Monsieur, elle disait le défunt, elle disait les pièces à fournir.
J'ai mis longtemps à accèder au tangible, à admettre que ta voiture et ton deux pièces, ça s'appelait quand même une succession.
Finalement, le notaire considérait aussi que ses moulures façonnées par tes mains, que le canard désodorisant atroce pendu au rétroviseur, ce n'était pas des trésors rien que pour moi.
Tu vois, je crois que je peux accepter ta mort, mais pas ta succession.
On me parle d'enlever tes affaires des placards, ton rasoir près du verre à dents, tes outils dans la cave.
Je me découvre thésaurisant, fétichiste , animiste, luttant contre l'inadmissible non retour, dans la panique de l'obsessionnelle collection, amoureuse de reliques.
Je m'entends dans des réflexes qui me filent le vertige, pensant à t'appeler pour te demander si du béton ciré, ça revient plus ou moins cher que du faux carrelage ancien.
Tu vois, je crois que je peux accepter ta mort, mais pas ta disparition.
Il fallait nettoyer le grenier parce que qu'est ce qu'on garde comme conneries quand même, et puis le grand silence, mais c'était trop tard, je l'avais déjà vue, la toile, à l'huile, perspectives parfaites, couleurs encore maladroites, c'était ta première. La Pointe Pescade, ta maison. Et je l'avais aimée, et je l'avais gardée.
Ca me surgit, comme tout le monde, de nulle part et de partout, ça me fait tanguer en équilibre un moment au bord du vide, entre le déni et le gouffre.
Et le champ près de la maison reste vide , et ta voiture au canard ridicule, vendue déjà sans doute, et toi qui en sors, dégaine un peu voûté, air gavé rigolard,
et les placards vides, et c'est intolérable.
A grands coups de la vie est lente et l'éspérance est violente, tu vois, je croyais que j'avais accepté ta mort, moi.


Commentaires
C'est la suite logique dans l'histoire d'une vie.
Tous ces objets sont autants de marques de son vécu.
Des questions aussi, est-il vraiment parti?
Ecrit par : Angelina | 12 septembre 2006
ben t'as encore tout dit!
Ecrit par : aaa | 12 septembre 2006
Je suis comme toi, ce besoin de se raccrocher à des objets, de vouloir garder les moindres reliques comme des objets bénis, qui te laissent croire encore un peu que nan, tout n'est pas fini. Comme si le fait que les pièces de la maison soient remplies pouvaient faire un peu oublier qu'à l'interieur de nous, y a un nom-de-Dieu de grand vide. Et j'ai la chair d'ampoule a chaque fois, parce que plus je te lis, plus je me rends compte que tu vois ton père de la même façon que je vois le mien. Et que ça me rapelle qu'un jour, moi ausi, faudra que j'accepte l'inacceptable. Putain skeu j'te trouve courageuse.Des bises plus plus à toi.
Ecrit par : Jude, with the heart. | 12 septembre 2006
Les objets d'une vie qui se retrouvent confrontés à la douleur de ceux qui ont aimé leur propriétaire et sont face à ses souvenirs ...
Quel moment douloureux (je t'embrasse).
Ecrit par : Indilou | 12 septembre 2006
Comment pourrait-on jamais vraiment accepter tout cela?
Je t'embrasse tres fort, ma pote.
Ecrit par : Yael | 12 septembre 2006
C'est ça. C'est exactement ça. Les objets inanimés ont bien une âme : celle de celui auquel ils appartenaient et qui n'est plus là. Et ils sont comme des gouttes de vinaigre sur la plaie purrulente... Mais ils rappellent aussi tant de bons souvenirs...
Ecrit par : Tant-Bourrin | 13 septembre 2006
J'suis de tout coeur avec toi... Courage
Ecrit par : El Caribou | 13 septembre 2006
"Accepter ne se peut
comprendre ne se peut
on ne peut pas vouloir accepter ni comprendre
On avance peu à peu
comme un colporteur
d'une aube à l'autre"
Ecrit par : Ab6 :) | 13 septembre 2006
C'est très dur de se retrouver dans ces périodes de tri et de succession.
De ma petite Maman j'ai gardé un grand morceau d'etoffe qui entoure mon cou dans les périodes de froid ou lorsque je commence a avoir un torticolis, je sens encore sa présence et sa douceur contre ma peau.
Le souvenir sera toujours là Abcisse c'est ce qui compte le reste ne sont que des choses matérielles qui passeront mais le souvenir et l'amour qui vous unit sera toujours présent
Ecrit par : Jipes | 13 septembre 2006
...
Ecrit par : Byalpel | 13 septembre 2006
A chaque fois que tu parles de ton père, j'ai comme la sensation que tu mets pas écrit tout ce que je pense et que j'arrive pas à exprimer ...
ça fait 4 ans que ma mère est partie ailleurs ... et ça fait 4 ans que je vis amputée d'ma partie gauche ... mais quand je pense très fort à elle, je sais qu'elle est là, c'est comme si la communication (tiens j'reviens là ...) était pas coupée. Y'a pas d'explication rationnelle, c'est que du ressenti, mais j'te souhaite de pouvoir vivre la même chose, parce que ça aide juste un peu, mais ça aide ...
Ecrit par : sandrine | 13 septembre 2006
J'ai rien touché pendant 6 mois, les volets clos, la porte fermée.
Puis j'ai tout donné et vendu la maison. De mon père il me reste une alliance et ses outils, de ma mère une chaîne et sa trousse à couture. C'était trop dur, je pouvais pas.
Ecrit par : 4largo | 13 septembre 2006
C'est inacceptable... porte plainte de suite !!! Ecris lui à cette faucheuse de vie et avec tes mots tu la persuaderas..... Ab6 je pense à toi...
Ce qu'on est sur, c'est qu'on le vivra tous mais pour ma part savoir que mes enfants (dans la logique des choses hein ben sur sauf si cette conne ose faire l'inverse là non non j'y pense même pas) vivront ça m'effondre...
J'ai vraiment du mal avec la mort... Peut-être que, finalement, la foi aide les gens comme moi... Oui dans Grey'sAnatomy il le disait le mec que pour l'aider à surmonter l'insurmontable il avait trouver la foi, il savait pas si c'était vrai mais au moins c'était plus facile pour lui...
Moi des années après je l'ai toujours pas trouvé et j'y arrive pas...
Courage et pensées des plus affctueuses ...
Ecrit par : vale | 13 septembre 2006
si nous étions cousins, je remettrais en place cette méche qui te barre le visage et je remettrais un baiser sur ton front en fermant les yeux.
Ecrit par : donydami | 13 septembre 2006
Très belle lettre : )
Ecrit par : Manou | 13 septembre 2006
Manou merci.
Donydomi--> "my perfect cousin" un morceau magnifique, je suis touchee.
Valé--> je croyais que je ne l'avais pas, mais n'empêche, je lui écris et je me dis qu'il lit, c'est te dire que la foi, c'est un peu malgre nous...
4largo--> tu admets qu'ils ne vont pas revenir. Moi pas encore, je crois.
Sandrine--> :))j'espere aussi...
Byby des bisoux.
Jipes , toutes ces choses ne sont pas chez moi, mais j'ai qd même pas envie qu'elles disparaissent.
j'ai plein de chance, mon pere faisait des meubles magnifiques et j'en ai, plein...le lit de mon fils, un vaisselier, un "pétrin" coffre
Ecrit par : ab6 | 13 septembre 2006
Touché.
Ecrit par : Bière Bremier | 13 septembre 2006
j'm'ai trompée de note pour te faire le smiley , Bière :)
Ecrit par : ab6 | 13 septembre 2006
Pas grave, je vais commenter dans l'autre note histoire de le récupérer, attends.
Ecrit par : Bière Bremier | 13 septembre 2006
oui, je comprends. que c'est dur!
une de mes amies a perdu son frère il ya quelques années, un ami pour moi aussi. et j'ai vu la difficulté de décision pour enlever les affaires de la vie quotidienne. c'est dur.. courage mon ab6
Ecrit par : nie | 14 septembre 2006
On croit toujours accepter la mort en tant que telle, finalement comme une inéluctable évolution... involution ?
Quoiqu'il en soit, tous ces objets faisaient partie intégrante de la vie de la personne disparue. Et finalement, on a du mal à s'en débarrasser. Et à chaque fois que tu parles de ton papa, ça ne me rappelle rien de particulier, si ce n'est, finalement, un sentiment incongru de manque, alors qu'on pensait avoir un peu oublié.
Ecrit par : Anteresi | 14 septembre 2006
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